«Pas un Noël comme les autres»: avec la guerre, des fêtes moroses à Bethléem

L'emblématique édifice est aussi dépeuplé que la place de la Mangeoire attenante, où seuls résonnent les chants de moines arméniens depuis le site de la grotte dans laquelle Jésus a vu le jour selon la tradition chrétienne. (AFP)
L'emblématique édifice est aussi dépeuplé que la place de la Mangeoire attenante, où seuls résonnent les chants de moines arméniens depuis le site de la grotte dans laquelle Jésus a vu le jour selon la tradition chrétienne. (AFP)
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Publié le Mardi 24 décembre 2024

«Pas un Noël comme les autres»: avec la guerre, des fêtes moroses à Bethléem

  • "Les chrétiens de Ramallah (distante d'une vingtaine de kilomètres) ne peuvent pas venir à cause des checkpoints. Les soldats israéliens nous malmènent, c'est dangereux et ça provoque de gros bouchons", dénonce M. Sabeh
  • Le maire de Bethléem, Anton Salman, regrette que l'armée israélienne ait ajouté de nouveaux points de contrôle à ceux existant déjà, ce qui dissuade les visiteurs potentiels

BETHLEEM: Des milliers de visiteurs devraient normalement se presser dans l'église de la Nativité à l'approche de Noël, mais pour la deuxième année consécutive, l'ambiance n'est pas à la fête à Bethléem en raison de la guerre à Gaza et des entraves israéliennes à la circulation en Cisjordanie occupée.

L'emblématique édifice est aussi dépeuplé que la place de la Mangeoire attenante, où seuls résonnent les chants de moines arméniens depuis le site de la grotte dans laquelle Jésus a vu le jour selon la tradition chrétienne.

"Entre 3.000 et 4.000 personnes devraient normalement visiter quotidiennement l'église à cette date", affirme un agent de sécurité, Mohammed Sabeh.

Les touristes étrangers ne sont pas les seuls à avoir déserté Bethléem, dont l'économie repose quasi exclusivement sur eux. C'est aussi le cas des Palestiniens, rebutés par un trajet de plus en plus compliqué.

"Les chrétiens de Ramallah (distante d'une vingtaine de kilomètres) ne peuvent pas venir à cause des checkpoints. Les soldats israéliens nous malmènent, c'est dangereux et ça provoque de gros bouchons", dénonce M. Sabeh.

Le maire de Bethléem, Anton Salman, regrette que l'armée israélienne ait ajouté de nouveaux points de contrôle à ceux existant déjà, ce qui dissuade les visiteurs potentiels.

"Certains d'entre eux arriveront peut-être à venir", dit-il à l'AFP. "Mais les autres vont se heurter aux barrières et aux checkpoints mis en place par Israël".

L'économie affectée 

L'élu estime qu'organiser de fastueuses célébrations de Noël dans sa ville n'est pas de mise, quand la bande de Gaza est chaque jour encore davantage ravagée par la guerre déclenchée après l'attaque sans précédent du mouvement palestinien Hamas sur Israël le 7 octobre 2023.

"Nous souhaitons montrer au monde que ce n'est pas un Noël comme les autres à Bethléem", témoigne-t-il.

Des messes auront lieu et le patriarche latin de Jérusalem fera le déplacement, comme d'habitude, mais les festivités se cantonneront au religieux, sans parade ni grand rassemblement.

"Bethléem est un lieu à part à Noël et en Terre sainte. C'est ici qu'est né Jésus", dit Souad Handal, une guide local de 55 ans. "Ce qui se passe est regrettable car l'économie de Bethléem dépend du tourisme".

Propriétaire de l'une des boutiques les mieux placées de la ville, sur la place de la Mangeoire, Joseph Giacaman n'ouvre qu'une fois ou deux par semaine, pour "faire le ménage".

"Beaucoup de familles ont perdu leur commerce à cause de l'absence de touristes", soupire Abood, gérant d'un autre magasin de souvenirs.

Dans la vieille ville de Jérusalem, à seulement une quinzaine de kilomètres au nord, de l'autre côté du mur de séparation construit par Israël, le quartier chrétien n'arbore pas non plus ses décorations habituelles, dont le grand sapin de l'emblématique porte Neuve.

"Quittons cet endroit"

De nombreux habitants de Bethléem ont choisi de quitter la ville en raison du renforcement des mesures de sécurité depuis le début de la guerre à Gaza et des difficultés économiques.

"Quand vous ne pouvez pas subvenir aux besoins de votre enfant, ce n'est pas possible d'en faire abstraction", avance le maire, selon lequel environ 470 familles chrétiennes ont déménagé au cours des 12 derniers mois.

Les chrétiens, qui représentaient en 2017 autour de 11% des 215.000 habitants du gouvernorat de Bethléem, ne sont pas les seuls concernés et le phénomène, s'il n'est pas nouveau, "s'est accéléré et amplifié avec les récents événements", relève le père Frédéric Masson.

"Un nombre considérable de gens partent", poursuit ce prêtre syriaque catholique de la paroisse de Bethléem. "Surtout des jeunes qui ne peuvent pas se projeter dans l'avenir. Il n'y a plus d'espoir quand le pouvoir politique en place confisque votre avenir".

Fayrouz Aboud, directrice de l'Alliance française de la ville, fait le même constat. Pour elle, "l'espoir est plus douloureux que le désespoir" dans le contexte actuel.

Alors que des responsables politiques israéliens évoquent de plus en plus souvent une annexion de la Cisjordanie occupée, où la guerre à Gaza a attisé les violences, des jeunes viennent apprendre le français auprès de son institut dans l'optique de partir vivre à l'étranger.

A commencer par son propre fils, âgé de 30 ans. "Viens, quittons cet endroit", lui a-t-il demandé. "Ils (les Israéliens) vont venir et vont nous tuer".


Liban: plusieurs frappes israéliennes dans le sud malgré l'accord Washington-Téhéran

Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle). (AFP)
Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle). (AFP)
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  • Lundi soir, l'armée iranienne a menacé d'une "réponse sévère" si les attaques israéliennes se poursuivaient
  • Les frappes israéliennes ont diminué depuis l'annonce de l'accord mais elles ont tout de même continué, tuant cinq personnes depuis, selon l'Ani

BEYROUTH: Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle).

Ces frappes ont notamment touché la région de Nabatiyé et de Kfartebnit, selon la même source.

L'Iran a répété plusieurs fois depuis l'annonce d'un accord avec les Etats-Unis lundi qu'il devait inclure une cessation des hostilités au Liban, où Israël dit viser le Hezbollah allié de Téhéran.

Lundi soir, l'armée iranienne a menacé d'une "réponse sévère" si les attaques israéliennes se poursuivaient.

Les frappes israéliennes ont diminué depuis l'annonce de l'accord mais elles ont tout de même continué, tuant cinq personnes depuis, selon l'Ani.

Et si certains habitants du sud ont commencé à rentrer chez eux, l'armée libanaise a conseillé d'attendre à cause des "risques de violations" de l'accord de la part d'Israël.

Mardi, l'armée israélienne avait mené plusieurs frappes, tuant quatre personnes, et affirmé que ses soldats dans le sud du Liban avaient été ciblés par des roquettes.

Le Hezbollah ne s'est pas exprimé publiquement depuis. Son chef, Naïm Qassem, qui a exprimé sa "profondre gratitude" à l'Iran pour avoir poussé pour inclure le Liban dans l'accord, doit s'exprimer à la télévision mercredi.

Le protocole visant à mettre fin à la guerre qui a fait des milliers de morts au Moyen-Orient, principalement en Iran et au Liban, doit être formellement signé en Suisse vendredi.


Mettre fin à la guerre au Liban est la «question la plus importante» de l'accord avec Washington, selon la diplomatie iranienne

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
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  • Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien
  • "Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban"

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington.

"Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban", a déclaré le ministre lors d'une réunion avec des diplomates étrangers diffusée à la télévision d'Etat.


Au G7, coup de projecteur sur l'Ukraine, éclipsée par l'Iran

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
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  • La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien
  • Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni

EVIAN: La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien face à Vladimir Poutine.

Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni.

Ils se retrouveront pour un déjeuner de travail consacré aux crises de cette région secouée par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. L'Egypte, les Emirats arabes unis et le Qatar - qui a contribué à la médiation ayant abouti à un accord entre Washington et Téhéran - y ont été conviés.

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump.

La dernière rencontre entre les deux dirigeants remonte à fin décembre dans la résidence du milliardaire américain à Mar-a-Lago, en Floride.

A défaut d'annoncer une réunion bilatérale, le président des Etats-Unis, accaparé ces derniers mois par le conflit avec l'Iran, a assuré lundi avoir eu "une très bonne conversation avec le président (Volodymyr) Zelensky et le président (russe Vladimir) Poutine" dimanche.

"Et je pense que nous pouvons peut-être faire quelque chose", a-t-il ajouté.

Il a en outre déploré les 25.000 morts par mois dans ce conflit, "majoritairement des soldats". "Cela ne devrait pas se produire", a-t-il réagi.

Après de nouvelles frappes meurtrières menées lundi par la Russie qui ont fait au moins 11 morts et incendié une cathédrale historique à Kiev, Volodymyr Zelensky a demandé "davantage de pression sur l'agresseur et davantage de soutien à la défense aérienne de l'Ukraine".

Le président peut d'ores et déjà compter sur l'appui indéfectible des dirigeants européens et canadien, dont il verra certains en tête-à-tête.

Le Royaume-Uni va fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie, a ainsi annoncé le Premier ministre britannique Keir Starmer en amont de la session de travail.

"Unité et détermination" 

Condamnant les "frappes barbares" de la Russie en Ukraine, Londres compte "monter d'un cran" en "étouffant les ressources qui alimentent la guerre de Poutine et en fournissant de l'énergie à l'Ukraine pour les hivers à venir", a déclaré Keir Starmer.

Avant même la tenue du sommet, une source gouvernementale italienne soulignait de son côté que l'Ukraine restait "un sujet sur lequel il y a la plus grande attention italienne".

Lundi, le président du conseil européen António Costa, également présent à Evian, a estimé que "l'unité et la détermination du G7 sont essentielles pour contribuer à mettre fin à cette guerre et parvenir à une paix juste et durable".

A cet égard, la participation du président Zelensky aux discussions au G7 est "particulièrement importante", a-t-il fait valoir.

De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué l'Ukraine qui "tient la ligne de front et regagne même partiellement du terrain".

Elle a en outre loué la capacité de Kiev de frapper des cibles stratégiques "au cœur même de la Russie".

Depuis le début du conflit en février 2022, l'Ukraine a opéré un virage stratégique en devenant un acteur majeur de l'industrie de défense, notamment via sa production de drones, mais continue d'avoir cruellement besoin du soutien occidental.

Selon les Européens, la Russie, sous pression des sanctions internationales, commence, elle, à montrer des signes de faiblesse.

"Nos sanctions frappent profondément", a estimé Ursula Von der Leyen.

Pour autant, Vladimir Poutine reste inflexible.

Lundi, le président ukrainien a fait savoir qu'il avait invité son homologue russe à venir au G7.

"La Russie a montré une fois de plus qu'elle n'est pas prête à parler", a-t-il dit, estimant qu'il fallait intensifier la pression sur le président jusqu'à ce qu'il mette fin à la guerre.