Avec le retour de Trump, le spectre des guerres commerciales refait surface

L'ancien président des États-Unis et candidat républicain à la présidence Donald Trump s'exprime lors d'un rassemblement de campagne sur le site de sa première tentative d'assassinat à Butler, en Pennsylvanie, le 5 octobre 2024. (Photo AFP)
L'ancien président des États-Unis et candidat républicain à la présidence Donald Trump s'exprime lors d'un rassemblement de campagne sur le site de sa première tentative d'assassinat à Butler, en Pennsylvanie, le 5 octobre 2024. (Photo AFP)
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Publié le Mardi 14 janvier 2025

Avec le retour de Trump, le spectre des guerres commerciales refait surface

  • Avant même son entrée en fonction, le président élu a promis qu'il ferait pression sur les alliés comme sur les adversaires des États-Unis, ou sur des entreprises, afin de s'assurer de pouvoir mettre son programme en place.
  • Les entreprises américaines se préparent de leur côté à toutes les éventualités, conscientes qu'elles pourraient faire l'objet de représailles de la part de la Chine ou de l'Union européenne, par exemple, si des droits de douane étaient mis en place.

WASHINGTON : Que ce soit pour réduire l'immigration, lutter contre le trafic de drogue ou protéger les industries américaines, Donald Trump, qui retourne à la Maison Blanche le 20 janvier, dit avoir une réponse : utiliser les droits de douane, quitte à relancer des guerres commerciales.

Avant même son entrée en fonction, le président élu a promis qu'il ferait pression sur les alliés comme sur les adversaires des États-Unis, ou sur des entreprises, afin de s'assurer de pouvoir mettre son programme en place.

Il a déjà menacé le Mexique et le Canada, deux pays pourtant théoriquement protégés par un accord de libre-échange signé durant son premier mandat et qu'il avait alors présenté comme le « meilleur possible ».

L'objectif de ces annonces est de faire pression sur Mexico pour lutter contre le trafic de fentanyl, puissant opiacé de synthèse utilisé dans le milieu médical mais dont l'usage est détourné pour fabriquer des drogues, et de forcer Ottawa à accepter un rééquilibrage des échanges commerciaux.

Il est même allé plus loin, menaçant le Canada d'utiliser « la force économique » et estimant qu'il devrait devenir le 51^e État américain.

Dans le même temps, il a menacé les BRICS (dix pays membres dont le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud) de droits de douane à 100 % s'ils créaient une monnaie commune pouvant rivaliser avec le dollar, alors que cette proposition n'a pourtant jamais été avancée.

Autant d'annonces qui, si elles se concrétisaient, pourraient fortement déstabiliser l'économie mondiale et abîmer durablement les liens entre Washington et ses alliés.

- Hausse des coûts -

Les entreprises américaines se préparent de leur côté à toutes les éventualités, conscientes qu'elles pourraient faire l'objet de représailles de la part de la Chine ou de l'Union européenne, par exemple, si des droits de douane étaient mis en place.

Elles craignent également une hausse des coûts qu'elles devraient immanquablement reporter sur les prix.

« Je ne suis pas contre les droits de douane », notamment quand un pays tire les prix vers le bas, explique Mark Pascal, restaurateur dans le New Jersey (nord-est). Mais son cogérant Francis Schott assure qu'ils craignent tous deux « que des taxes soient imposées sur les vins et spiritueux, alors que c'est un secteur où il n'y a pas du tout de distorsion de concurrence », contrairement à d'autres.

Lors de son premier mandat, Donald Trump avait déjà employé l'arme des droits de douane sur un large éventail de produits chinois, alors qu'il voulait imposer à Pékin un accord pour rééquilibrer la balance commerciale entre les deux puissances.

Il avait également visé le secteur de l'acier et de l'aluminium afin de protéger l'industrie américaine, mais aussi les produits alimentaires européens, alors que Bruxelles et Washington s'attaquaient mutuellement devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour leurs subventions à leur industrie aéronautique.

Pour Joshua Meltzer, chercheur à la Brookings Institution, il ne fait aucun doute que M. Trump utilisera les droits de douane comme outil de négociation.

Mais la Chine a déjà pris les devants et l'UE est bien plus prête à y faire face, estime-t-il, car « tous les gouvernements sont arrivés à la conclusion qu'il valait mieux menacer les États-Unis de représailles plutôt que de se plier à leurs demandes ».

Selon le chef économiste du cabinet EY, Gregory Daco, le risque existe que les droits de douane et les autres mesures prévues poussent l'économie mondiale vers la stagflation, soit une stagnation de la croissance économique avec une inflation élevée.

Parmi ces mesures, M. Trump souhaite déréguler tout en baissant les impôts et expulser des millions d'immigrants entrés illégalement, pourtant essentiels à de nombreux secteurs économiques.

En novembre, Scott Bessent, secrétaire au Trésor désigné, a estimé que les droits de douane n'auraient pas d'effet inflationniste, même s'il reconnaissait « un possible ajustement des prix ».

Toutefois, selon M. Daco, des coûts d'importation plus élevés pourraient entraîner une hausse des prix de 1,2 % pour les consommateurs au bout d'un an.

« À long terme, l'impact sera une contraction de l'économie américaine et une réduction de la valeur de nos salaires », s'inquiète Erica York, de la Tax Foundation, groupe de réflexion basé à Washington.

Selon le Bureau du Congrès pour le budget, une hausse uniforme de 10 % des droits de douane et 50 % supplémentaires sur les produits chinois réduirait le déficit public, mais diminuerait également le PIB réel, c'est-à-dire hors inflation.


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.