En Syrie, la société civile se mobilise pour empêcher tout retour à l'autoritarisme

Des représentants de la société civile syrienne réfléchissent à des stratégies pour s'assurer que leur pays ne retourne pas à l'autoritarisme, dans une scène inimaginable sous le régime du président Bachar al-Assad, dans la cour d'une maison traditionnelle du vieux Damas, le 6 janvier 2025. (AFP)
Des représentants de la société civile syrienne réfléchissent à des stratégies pour s'assurer que leur pays ne retourne pas à l'autoritarisme, dans une scène inimaginable sous le régime du président Bachar al-Assad, dans la cour d'une maison traditionnelle du vieux Damas, le 6 janvier 2025. (AFP)
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Publié le Mercredi 15 janvier 2025

En Syrie, la société civile se mobilise pour empêcher tout retour à l'autoritarisme

  • La société civile est déterminée à s'imposer dans la nouvelle Syrie pour empêcher tout retour à l'autoritarisme
  • Depuis qu'une coalition emmenée par des islamistes radicaux a pris le pouvoir le 8 décembre à l'issue d'une offensive armée, Damas foisonne de réunions publiques, autrefois interdites, donnant lieu à des retrouvailles émouvantes

DAMAS: Dans le patio d'une maison traditionnelle de Damas, des militants discutent du rôle qu'ils veulent jouer dans la période transitoire: réprimée sous Bachar al-Assad, la société civile est déterminée à s'imposer dans la nouvelle Syrie pour empêcher tout retour à l'autoritarisme.

Depuis qu'une coalition emmenée par des islamistes radicaux a pris le pouvoir le 8 décembre à l'issue d'une offensive armée, Damas foisonne de réunions publiques, autrefois interdites, donnant lieu à des retrouvailles émouvantes entre les militants de l'intérieur et ceux revenus d'exil.

Les dirigeants d'une plateforme réunissant des dizaines d'organisations de la société civile, Madaniya, ont rencontré le nouveau dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, le 4 janvier pour exprimer leurs revendications.

"Nous avons souligné le rôle essentiel que doit jouer la société civile dans la transition politique", assure la directrice exécutive de Madaniya, Sawsan Abou Zainedin, résumant cette réunion lors d'une conférence du collectif.

"Nous avons insisté sur la nécessité de ne pas désigner des personnes d'un seul camp" au sein de l'autorité transitoire, ajoute-t-elle, alors que le nouvel homme fort de la Syrie a nommé ses fidèles aux postes-clés.

Sawsan Abou Zaineddin, qui a rencontré Chareh en compagnie du fondateur de Madaniya, l'homme d'affaires syro-britannique Ayman Asfari, indique qu'ils ont même évoqué "le problème" de la "nomination de jihadistes étrangers" au sein du ministère de la Défense.

Ahmad al-Chareh est le chef d'un groupe islamiste radical, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), qui affirme avoir rompu avec le jihadisme.

Mais il a nommé au moins six jihadistes étrangers à des postes de commandement au sein de la future armée, qu'il entend constituer après la dissolution des groupes armés dans le pays, morcelé par une guerre civile qui a fait en 13 ans plus d'un demi-million de morts.

- "Vide constitutionnel" -

La responsable de Madaniya souligne en outre qu'ils ont demandé "une transparence absolue" dans la préparation de la conférence de dialogue national que le pouvoir entend organiser et le choix des participants.

Le ministre des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a déclaré qu'une commission élargie allait être créée pour préparer cette conférence, dont la date n'a pas été annoncée.

"Nous sommes dans une situation de vide constitutionnel, dans une période de transition après 62 ans de règne du parti Baas", explique à l'AFP l'avocat Abdulhay Sayed, les nouvelles autorités ayant gelé la Constitution et le Parlement.

Ce juriste est l'un des plus de 300 signataires d'une pétition appelant à des élections libres à l'Ordre des avocats, où les nouvelles autorités ont nommé d'office un nouveau bâtonnier pour remplacer le précédent imposé par l'ancien régime.

Il souligne que la conférence de dialogue sera "cruciale", à condition que les organisations représentant la société civile ainsi que les syndicats y soient conviés, ce qui permettrait d'instaurer un "contre-pouvoir" et d'empêcher tout retour à l'autoritarisme.

"La conférence doit établir une feuille de route pour une loi électorale en vue d’élire une assemblée constituante dans un an. Cette assemblée sera chargée de rédiger une Constitution permanente et pourra, par la suite, se transformer en un parlement", préconise-t-il.

Or le nouveau dirigeant syrien a affirmé lors d'une interview à la chaîne al-Arabiya que la tenue d'élections pourrait prendre quatre ans, alors que le pays est assoiffé de liberté.

- Les femmes bougent -

Le pouvoir cherche cependant à rassurer les Syriens et la communauté internationale sur le respect des droits des minorités, dans un pays multiethnique et multiconfessionnel.

La même demande de participation est relayée par des femmes réunies le 8 janvier à Damas lors d'un congrès du "mouvement politique féministe syrien".

"Nous voulons et nous rêvons d'un Etat de droit" affirme à l'AFP l'une des participantes, la juriste Joumana Seif, qui travaille sur les crimes de guerre en Syrie.

Cette avocate dont le père, le député Riad Seif, avait été emprisonné par Bachar al-Assad, souligne que les femmes "ont un grand rôle à jouer" dans la nouvelle Syrie et veulent "une participation active à la conférence de dialogue national.

"Nous ne voulons pas d'un nouvel oppresseur", lance à la tribune la militante et écrivaine Wajdan Nassif, qui s'était exilée après avoir été détenue.

"Nous ne voulons plus voir de prisons. Les femmes syriennes veulent participer à part entière (...) à la nouvelle ère en Syrie et nous ne voulons pas la réédition du terrible passé".


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.

 


Le président iranien affirme que le blocus naval américain est «voué à l'échec»

Des jeunes filles chantent une chanson tout en mimant le mouvement des missiles avec leurs mains, à côté des portraits de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la révolution iranienne aujourd'hui décédé, et de ses successeurs (Photo AP/Vahid Salemi)
Des jeunes filles chantent une chanson tout en mimant le mouvement des missiles avec leurs mains, à côté des portraits de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la révolution iranienne aujourd'hui décédé, et de ses successeurs (Photo AP/Vahid Salemi)
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  • "Toute tentative d'imposer un blocus maritime est contraire aux lois internationales (...) et est vouée à l'échec"
  • Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les Etats-Unis imposent un blocus des ports iraniens depuis le 13 avril

TEHERAN: Le président iranien a affirmé jeudi que le blocus des ports de son pays par les Etats-Unis était "voué à l'échec" et ne ferait qu'aggraver les perturbations dans le Golfe.

"Toute tentative d'imposer un blocus maritime est contraire aux lois internationales (...) et est vouée à l'échec", a assuré Massoud Pezeshkian dans un communiqué, après qu'un haut responsable de la Maison Blanche a mentionné une possible prolongation de ce blocus "pendant plusieurs mois".

Alors que ces déclarations ont contribué à provoquer un bond des cours du pétrole, le président iranien a estimé que de telles mesures de blocage "non seulement ne permettaient pas d'améliorer la sécurité régionale, mais constituaient une source de tension et une perturbation de la stabilité à long terme du golfe".

Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les Etats-Unis imposent un blocus des ports iraniens depuis le 13 avril.

Dans ces conditions, les forces armées iraniennes ont décidé de maintenir leur contrôle sur le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Elles menacent de représailles si Washington ne lève pas son blocus.

"Nous ne tolérerons pas le blocus naval. S'il se poursuit, l'Iran ripostera", a averti mercredi sur la télévision d'Etat Mohsen Rezaei, ancien commandant en chef des Gardiens de la Révolution, nommé en mars conseiller militaire du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei.

Il a également mis en garde contre une reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis, qui pourrait selon lui se solder par le naufrage de navires américains et la mort ou l'emprisonnement de nombreux soldats ennemis.

Et un haut responsable de la marine iranienne a évoqué le déploiement "dans un avenir très proche" d'armes navales récemment mises au point.

Le ministre du Pétrole, Mohsen Paknejad, a pour sa part minimisé l'impact du blocus mené par les Etats-Unis, assurant qu'il "ne produirait aucun résultat".

"Les employés de l'industrie pétrolière travaillent sans relâche pour garantir un approvisionnement sans problème", a-t-il dit.


Plus d’un million de Libanais risquent de souffrir de la faim d’ici août, avertit l’ONU

Les femmes et les enfants continuent d’être touchés de manière disproportionnée. (AFP/Archives)
Les femmes et les enfants continuent d’être touchés de manière disproportionnée. (AFP/Archives)
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  • Les récents progrès en matière de sécurité alimentaire ont été anéantis par une forte escalade de la violence, replongeant le Liban dans un état de crise, selon des analystes
  • Cette situation intervient alors que les autorités israéliennes émettent un nouvel ordre de déplacement visant 16 zones du sud du Liban, enjoignant les habitants à se rendre dans la ville voisine de Saïda

​​​​​​NEW YORK : Plus d’un million de personnes au Liban risquent de faire face à une insécurité alimentaire aiguë dans les mois à venir, alors que la violence, les déplacements massifs et les difficultés économiques aggravent une situation humanitaire déjà fragile, a averti l’ONU mercredi.

Cette annonce intervient le même jour où les autorités israéliennes ont émis un nouvel ordre de déplacement pour 16 zones situées au sud du fleuve Litani, demandant aux habitants de se relocaliser dans la ville voisine de Saïda.

Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré que ce nouvel ordre accentue les pressions liées aux déplacements à travers le pays, alors que les civils continuent de payer le prix des hostilités en cours.

Les femmes et les enfants restent particulièrement touchés, a-t-il ajouté, avec des rapports faisant état d’une hausse des détresses psychologiques. Beaucoup font face à des difficultés accrues liées au déplacement, à la séparation familiale et à la dégradation des conditions économiques. Les abris surpeuplés augmentent également le risque de violences basées sur le genre, aggravant encore la vulnérabilité des populations déplacées.

« Nous et nos partenaires répondons aux besoins croissants là où l’accès le permet », a déclaré Dujarric aux journalistes à New York, tout en soulignant que les opérations humanitaires restent limitées par un accès restreint aux zones touchées.

La crise est encore aggravée par la détérioration des conditions de sécurité alimentaire. Une nouvelle analyse de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et du Programme alimentaire mondial conclut que les progrès récents ont été inversés par la récente escalade de la violence, replongeant le Liban dans une situation de crise.

Les dernières données de la Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire indiquent qu’environ 1,24 million de personnes — soit près d’une sur quatre parmi celles évaluées — devraient faire face à une insécurité alimentaire de « phase 3 » (niveau de crise) ou pire d’ici août. Cela signifie que les ménages sont contraints d’adopter des stratégies d’adaptation sévères, comme sauter des repas ou vendre des biens essentiels pour pouvoir se nourrir.

Malgré l’ampleur de la crise, le financement des efforts humanitaires reste gravement insuffisant. L’appel éclair pour le Liban n’a jusqu’à présent recueilli qu’un peu plus de 117 millions de dollars, soit seulement 38 % des 308 millions nécessaires pour répondre aux besoins les plus urgents.

Dujarric a averti que sans un soutien financier immédiat supplémentaire et un meilleur accès humanitaire, la situation risque de se détériorer davantage, exposant des millions de personnes à un risque accru de faim et de précarité dans les mois à venir. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com