De Nantes au Gard, la récupération politique au détriment des victimes

Le soir même, le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, la ministre de l’Éducation Élisabeth Borne et la maire PS de Nantes Johanna Rolland se rendaient sur place. (AFP)
Le soir même, le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, la ministre de l’Éducation Élisabeth Borne et la maire PS de Nantes Johanna Rolland se rendaient sur place. (AFP)
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Publié le Lundi 05 mai 2025

De Nantes au Gard, la récupération politique au détriment des victimes

  • Le 24 avril, au lycée Notre-Dame-de-Toutes-Aides à Nantes, un adolescent a poignardé 57 fois une camarade de classe, la laissant pour morte
  • Les poids lourds de la droite (Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Éric Ciotti, etc.) ont immédiatement réclamé fouilles, portiques et vidéosurveillance

PARIS: Deux drames déchirants ont entaché la dernière semaine d’avril en France. L'un à Nantes et l'autre dans le Gard. 

Le 24 avril, au lycée Notre-Dame-de-Toutes-Aides à Nantes, un adolescent a poignardé 57 fois une camarade de classe, la laissant pour morte. Il s’est par la suite acharné sur trois autres élèves qu’il a sérieusement blessé.

Le soir même, le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, la ministre de l’Éducation Élisabeth Borne et la maire PS de Nantes Johanna Rolland se rendaient sur place. 

Très vite, la tragédie a servi de prétexte à des discours antagonistes, et l’émotion suscitée par la mort de la lycéenne de 15 ans, a rapidement fait place à des appels sécuritaires et à des joutes idéologiques.

À droite, Bruno Retailleau a parlé d’un « fait de société » et de « l’ensauvagement » de la jeunesse, Marine Le Pen de la « banalisation de l’ultraviolence ». 

François Bayrou, Premier ministre, a salué le courage des professeurs intervenus et plaidé pour « intensifier les contrôles » aux abords des établissements scolaires, évoquant l’installation de portiques de sécurité comme «piste». 

Les poids lourds de la droite (Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Éric Ciotti, etc.) ont immédiatement réclamé fouilles, portiques et vidéosurveillance.

En face, la gauche a dénoncé une « course à l’échalote sécuritaire », la député écologiste Sandrine Rousseau à souligné que « la santé mentale est un sujet tabou » chez les jeunes, en pointant du doigt les violences interfamiliales, le harcèlement en ligne.. 

Du côté de LFI, la députée Manon Aubry a condamné la posture de Retailleau, « un peu comme un vautour » profitant d’un « moment d’unité nationale ».

Dépitée par ces échanges stériles, la maire socialiste de Nantes Johanna Rolland, a fustigé ceux qui « tweetent depuis Paris » sans venir sur le terrain, les accusant d’instrumentaliser politiquement l’émotion locale. 

Ainsi, au lieu de se concentrer sur la mémoire de la victime et sur le soutien concret aux blessés (une cellule psychologique d’urgence a été mise en place et les élèves présents ont reçu un soutien psychiatrique), le débat a rapidement dévié vers le bien-fondé des mesures sécuritaires et la culpabilisation de la société

Le contraste est criant : les mêmes politiciens qui s’indignent aujourd’hui promettant de « frapper vite, frapper fort » n’ont guère abordé les questions de fond l’isolement familial, l’absence de soutien scolaire qui nourrissent le mal être des jeunes.

L’éditorialiste du Journal du Dimanche Jules Torres déplorait justement cette impasse, indiquant qu’après le deuil « une émotion seule est une lâcheté si elle n’est pas suivie d’action ».

Assassinat en pleine mosquée et échanges stériles 

Au lendemain du drame de Nantes, vendredi 25 avril, c’est l’assassinat d’Aboubakar Cissé, un jeune musulman malien de 21 ans, qui a plongé la communauté du Gard dans l’effroi. 

Il a été tué « à coups de couteau » dans la salle de prière qu’il fréquentait, un acte qualifié d’« exécution » par les enquêteurs. 

Un rassemblement contre « l’islamophobie » a immédiatement été organisé à Paris par des personnalités de gauche en hommage à la victime, et Emmanuel Macron a assuré les « compatriotes de confession musulmane » du soutien de la Nation. 

Chaque fait divers dramatique — agression, meurtre, émeute — semble aujourd’hui suivre un scénario bien rodé, une émotion collective immédiate, suivie d’une récupération politique presque instantanée. 

Le Premier ministre François Bayrou a dénoncé une « ignominie islamophobe » et annoncé que tous les moyens de l’État seraient mobilisés pour retrouver l’assassin.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Grande Mosquée de Paris ont appelé à la vigilance, déclarant que « l’acte anti-musulman » révélait une « banalisation de la haine » et demandant un « plan national de protection » des lieux de culte.

Islamophobie et accusations

Là aussi, très vite, les accusations ont fusé dans l’autre sens, à gauche, le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a accusé Retailleau d’alimenter un « climat islamophobe », ce que le ministre de l’intérieur a rejeté comme étant du « communautarisme ». 

Le leader communiste Fabien Roussel a dénoncé un « deux poids deux mesures » entre l’attention accordée aux crimes anti-musulmans et la relative indifférence dans d’autres affaires.

Le député Manuel Bompard (LFI) a fustigé le fait que Retailleau ait attendu deux jours pour se déplacer sur les lieux, jugeant que « ce n’est pas le message qu’il faut envoyer ». 

Dans le cadre de cet affrontement idéologique, on oublie souvent de parler de l’origine réelle des violences, dont l’échec scolaire, la précarité, l’isolement familial, le désengagement des institutions dans certains territoires. 

Même son de cloche de la part du président de région Xavier Bertrand (ex-UMP parti de droite) qui a jugé « qu’il aurait fallu y aller aussitôt » et rappelé que « l’indignation ne peut pas être à géométrie variable ». 

Ces voix réclamaient de maintenir la pression pour lutter contre l’islamophobie systémique.

Chaque fait divers dramatique — agression, meurtre, émeute — semble aujourd’hui suivre un scénario bien rodé, une émotion collective immédiate, suivie d’une récupération politique presque instantanée. 

De son côté le Rassemblement National (l’extrême droite) et certains élus Les Républicains (la droite) ont eux aussi saisi l’affaire pour critiquer la gauche. 

Interrogée sur cette polémique, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a affirmé qu’« il n’y a aucun deux poids deux mesures » et rappelé que Retailleau était « déterminé à lutter contre toutes les formes de violence, y compris les actes anti-musulmans ».

En somme, le statut de victime d’Aboubakar Cissé a souvent été oublié au profit d’une guerre des récits, des calculs de communication plus que que des discours d’empathie pour la famille ou pour la communauté musulmane frappée.

Chaque fait divers dramatique — agression, meurtre, émeute — semble aujourd’hui suivre un scénario bien rodé, une émotion collective immédiate, suivie d’une récupération politique presque instantanée. 

À chaque incident, les mêmes réflexes s’enchaînent, indignation, dénonciations croisées, joutes médiatiques, pourtant au cœur de ces événements, ce sont toujours des vies brisées, des territoires abandonnés, et des systèmes à bout de souffle qui restent dans l’ombre.

Dans le cadre de cet affrontement idéologique, on oublie souvent de parler de l’origine réelle des violences, dont l’échec scolaire, la précarité, l’isolement familial, le désengagement des institutions dans certains territoires. 

On désigne un ennemi, souvent un groupe, une religion, ou une culture au lieu d’interroger les mécanismes qui nourrissent la colère, l’exclusion, ou la violence.

La réponse politique est presque toujours ponctuelle, spectaculaire, mais rarement suivie d’un travail de fond, on légifère dans l’urgence, on multiplie les lois répressives, on renforce les dispositifs de surveillance, mais rien n’est fait pour répondre aux racines sociales du problème.


Mort de Quentin: vers la fin des gardes à vue, appels au calme

Des personnes participent à une cérémonie d’hommage lors d’un rassemblement de soutien au militant d’extrême droite Quentin Deranque, à Nantes (ouest de la France), le 18 février 2026. (AFP)
Des personnes participent à une cérémonie d’hommage lors d’un rassemblement de soutien au militant d’extrême droite Quentin Deranque, à Nantes (ouest de la France), le 18 février 2026. (AFP)
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  • À Lyon, onze suspects liés à des mouvances d’ultragauche ont été placés en garde à vue dans l’enquête pour homicide volontaire après la mort de Quentin Deranque, 23 ans, frappé en marge d’une conférence de Rima Hassan
  • Le président Emmanuel Macron et les parents de la victime appellent au calme pour éviter un engrenage de violences

LYON: Des premières mises en examen sont attendues jeudi dans l'enquête sur la mort du jeune militant nationaliste Quentin Deranque, dont les parents, comme Emmanuel Macron, ont appelé au calme souhaitant éviter une "engrenage de la violence".

Le président "se préoccupe de la situation". Une "vive inquiétude" partagée par le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet qui a demandé à la préfecture d'interdire une marche, prévue samedi, réclamant "Justice pour Quentin, tué par les antifas".

Le procureur de Lyon tiendra à 17H00 une conférence de presse au moment où se termineront les gardes à vue de onze suspects interpellés mardi soir et mercredi matin dans le cadre d'une enquête ouverte notamment pour "homicide volontaire".

Sept sont soupçonnés d'avoir joué un rôle direct dans les violences survenues il y a une semaine, les quatre autres le sont pour avoir tenté de les aider à se soustraire aux recherches.

La plupart sont liés à des mouvements d'ultragauche, selon une source proche de l'enquête. Figurent parmi eux deux collaborateurs parlementaires et un ancien stagiaire du député LFI Raphaël Arnault, fondateur du groupuscule La Jeune Garde Antifaciste, dissoute par décret en juin 2025 notamment pour des "violences".

Alors que la pression monte sur La France insoumise, notamment à droite et à l'extrême droite, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a martelé jeudi matin sur FranceInfo qu'il n'était "pas question" de suspendre ou d'exclure Raphaël Arnault du groupe LFI à l'Assemblée nationale, au motif notamment qu'il ne saurait être "tenu responsable des actes de ses salariés".

- "Conclusions" -

Quentin Deranque, 23 ans a été frappé le 12 février par plusieurs personnes encagoulées, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis qui manifestait contre la venue de l'élue. Souffrant d'un grave traumatisme crânien, il est décédé samedi.

Devant les enquêteurs, Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, "a reconnu (...) la commission de violences et sa présence sur les lieux" mais "a indiqué qu’il n’était pas l’auteur des coups qui ont provoqué le décès de M. Deranque", a dit à la presse son avocat, Me Bertrand Sayn.

La présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a suspendu ses accès aux locaux du Palais Bourbon, tout comme un deuxième collaborateur de M. Arnault en garde à vue, Robin C. connu à l'assemblée sous le nom de Robin Michel, et qui est lui soupçonné d'avoir aidé un des auteurs principaux à se cacher.

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a appelé jeudi Raphaël Arnault à "tirer les conclusions (...) si jamais la justice trouve des indices graves et concordants qui touchent lui-même (ou) ses collaborateurs qu'il a embauchés". Et le patron de LR Bruno Retailleau a exigé sa démission de l'Assemblée nationale.

La veille, le président du RN Jordan Bardella a également réclamé sa démission et mené l'offensive contre le parti d'extrême gauche en visant tout particulièrement son leader Jean-Luc Mélenchon. Il a aussi prôné un "front commun", un "cordon sanitaire" pour un "tout sauf LFI" aux élections municipales de mars et la présidentielle de 2027.

- "Dans la retenue" -

Jeudi matin, l'entourage d'Emmanuel Macron en visite en Inde a assuré que le président "se préoccupait de la situation" et appelait à éviter "tout engrenage de la violence".

Sur RTL, leur avocat a assuré que les parents de Quentin appelaient "au calme et à la retenue" et dénonçaient "toute forme d'appel à la violence, toute forme de violence politique".

Ils ne participeront pas, si elle a lieu, à une marche en hommage à Quentin samedi à Lyon et "souhaitent que si des personnes veulent s'agréger à cette initiative, qu'elles le fassent dans le calme, dans la retenue et sans expression politique", a expliqué l'avocat.

Cette marche, à l'appel d'une amie de Quentin et d'une ex-porte-parole du mouvement anti-avortement Marche pour la vie, n'a pour l'heure été ni autorisée ni interdite par la préfecture, dont les services continuent d'"évaluer" les risques qu'elle pourrait poser "pour la sécurité des participants comme des habitants".

Les autorités s'intéressent notamment aux nombreux appels sur les réseaux sociaux de groupes qui pourraient se greffer ou même se "désolidariser" de la marche, a indiqué la préfecture à l'AFP. Ces appels proviennent de groupes d'ultradroite comme d'ultragauche, y compris de l'étranger.

Mais jeudi matin, le maire Grégory Doucet, a demandé de l'interdire "face au risque réel de débordements violents".


Anne-Claire Legendre: Une diplomate chevronnée à l’élégance maîtrisée à la présidence de l’IMA

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
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  • C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines
  • Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque

PARIS: Silhouette longiligne rehaussée par des talons aiguilles, regard clair, élégance sobre et intelligence affûtée : en plus d’être une diplomate chevronnée, exigeante, cultivée et résolument tournée vers le dialogue.

C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines. Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque.

Elle succède à Jack Lang, figure flamboyante de la vie culturelle française, qui aura présidé l’institution pendant près de treize ans. Avec Legendre, le style change, laissant percevoir moins d’éclat médiatique, davantage de rigueur stratégique et plus de méthode.

Le monde arabe, Legendre ne l’a pas étudié à distance : elle l’a vécu, arpenté, observé, analysé dans ses tensions comme dans ses espérances. Sa carrière commence à l’ambassade de France au Yémen, immersion fondatrice dans une région dont elle deviendra l’une des meilleures spécialistes françaises. Très vite, elle se distingue par une compréhension fine des équilibres politiques et humains. À la mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York, elle travaille sur les dossiers les plus sensibles du Moyen-Orient au Conseil de sécurité.

Première femme consule générale de France à New York, ambassadrice au Koweït, puis porte-parole du Quai d’Orsay, elle devient finalement l’une des conseillères les plus influentes du président Emmanuel Macron pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Dans les cercles diplomatiques, on la décrit comme celle qu’on envoie quand la situation se complique : les dossiers brûlants ne la rebutent pas, ils la stimulent, et elle les travaille avec passion et acharnement. Elle tente ainsi de réchauffer les relations franco-algériennes lors d’une mission auprès du président Abdelmadjid Tebboune ; elle œuvre pour la désescalade au Liban et suit avec une attention minutieuse les évolutions du dossier israélo-palestinien. Certains diplomates lui attribuent même un rôle déterminant dans la décision française de reconnaître l’État palestinien en 2025, qui a constitué un tournant diplomatique majeur.

Ce qui frappe chez elle n’est pas seulement la compétence, mais la persévérance : elle travaille dans la durée, patiemment, presque obstinément. Sa désignation à la tête de l’Institut du monde arabe intervient à un moment charnière, puisque l’institution approche de son quarantième anniversaire et doit se réinventer pour continuer à peser dans le paysage culturel et diplomatique.

Une ambitieuse feuille de route

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a fixé une feuille de route ambitieuse : moderniser la gouvernance de l’IMA, restaurer l’équilibre financier, renforcer les règles de déontologie et surtout faire rayonner l’institut bien au-delà de ses murs. Une mission immense, mais qui semble taillée pour le tempérament de Legendre, qui a fait ses preuves dans l’art de structurer, clarifier, stabiliser, puis projeter.

Son élection a d’ailleurs fait l’unanimité au sein du conseil d’administration, où siègent représentants français et ambassadeurs des pays de la Ligue arabe, ainsi que des personnalités économiques. Rarement une nomination aura suscité un tel consensus. Cependant, réduire Legendre à une technicienne de la diplomatie serait une erreur, car sa formation intellectuelle dit autre chose.

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, arabisante formée à l’INALCO, également diplômée en lettres modernes de l’Université Sorbonne-Nouvelle, elle appartient à cette tradition française où la culture nourrit l’action publique.

Et puis, il y a cette facette plus intime, presque secrète, dévoilée par un texte publié par la radio France Culture, qui révèle une plume sensible, habitée par la mémoire et la réparation des blessures collectives. Dans ce poème, Legendre évoque les morts qu’il faut nommer, les fractures qu’il faut recoudre, la lumière qu’il faut rallumer dans les zones sombres de l’histoire : un thème poignant au cœur de l’actualité du monde.

Sa présidence s’ouvre pour trois ans, soit une période décisive pour transformer l’Institut du monde arabe en un acteur encore plus central du dialogue entre la France, l’Europe et les sociétés arabes. Elle devra moderniser, réorganiser, assainir. Mais surtout, elle devra incarner. Car l’atout majeur de Legendre réside peut-être là : une autorité sans dureté, une rigueur sans rigidité, une élégance qui n’est jamais superficielle.

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, elle semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale.


Anne-Claire Legendre, diplomate experte du monde arabe, à la tête de l’IMA à Paris

Nouvellement nommée à la tête de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre s’adresse à la presse à l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris le 17 février 2026. (AFP)
Nouvellement nommée à la tête de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre s’adresse à la presse à l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris le 17 février 2026. (AFP)
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  • Anne-Claire Legendre, diplomate chevronnée et experte du Maghreb et du Moyen-Orient, devient la première femme à diriger l’Institut du monde arabe, succédant à Jack Lang, après avoir été conseillère du président Emmanuel Macron pour la région
  • Elle s’illustre par sa gestion de dossiers sensibles : reconnaissance d’un État palestinien par la France, médiation au Liban et en Algérie, et lutte contre la désinformation internationale

PARIS: Désignée mardi pour prendre la succession de Jack Lang à la tête de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, Anne-Claire Legendre est une diplomate chevronnée dont l'expertise sur le Maghreb et le Moyen-Orient est unanimement louée pour servir le prestigieux instrument d'influence française.

Conseillère du président Emmanuel Macron chargée de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient depuis fin 2023, elle a été élue mardi présidente, sur proposition de l'Etat français, pour succéder à Jack Lang, emporté par l'affaire Epstein.

Elle devient, à 46 ans, la première femme à diriger l'IMA.

Elle est "compétente, substantielle et engagée avec une connaissance aiguë de chaque pays qui compose le monde arabe, que ce soit le Maghreb ou le Moyen-Orient", souligne auprès de l'AFP un ambassadeur siégeant au conseil d'administration de l'institution.

Ce conseil d'administration est composé à parité d'ambassadeurs arabes et de personnalités choisies par le ministère des Affaires étrangères français - surnommé par métonymie le Quai d'Orsay, son adresse dans la capitale française.

Originaire de Bretagne (ouest), cette quadragénaire reconnaissable à ses cheveux blonds coupés courts parle l'arabe avec aisance. Elle est diplômée de la prestigieuse école de sciences politiques, Sciences Po, et de l'université de la Sorbonne, toutes deux à Paris.

Après avoir occupé diverses fonctions au Quai d'Orsay - qui contribue pour moitié (12,3 millions d'euros) au budget de l'IMA - elle était déjà devenue la première et plus jeune femme consul de France à New York, en 2016, où elle restera quatre ans.

- Riposte française -

En 2020, elle devient ambassadrice au Koweit, avant d'être rappelée à Paris à peine un an plus tard, pour devenir la porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

A ce poste, elle affûte la riposte française face aux campagnes de désinformation russes.

Au sein du ministère, certains lui reprochent parfois sa froideur, qui contraste avec le ton de ses conférences de presse hebdomadaires où elle se montre particulièrement à l'aise, maniant les éléments de langage sans jamais sortir du cadre imposé.

La diplomate contribue à rendre visible la fonction de porte-parole du ministère en multipliant les interventions à la télévision et sur les radios pour expliquer la position de la France sur les principaux dossiers du moment, en particulier la guerre en Ukraine et l'activisme des mercenaires du groupe russe Wagner en Afrique.

En décembre 2023, Anne-Claire Legendre devient conseillère Afrique du nord et Moyen-Orient à la cellule diplomatique de la présidence, en pleine recrudescence du conflit israélo-palestinien.

- Terrains minés -

La période est alors délicate pour le président Emmanuel Macron, dont la politique étrangère dans la région est critiquée jusque dans les rangs des diplomates français qui la jugent illisible.

Auprès d'Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre est la principale instigatrice de la reconnaissance d'un État palestinien par la France en septembre dernier, selon des sources diplomatiques à l'AFP.

Cette décision, qui a suscité l'ire d'Israël, sera suivie d'un cessez-le-feu mais la solution à deux États vivant en paix côte à côte semble à bien des égards encore chimérique.

Cette reconnaissance reste néanmoins "un point fort pour l'ensemble des pays arabes membres" à mettre à l'actif de la diplomate, explique un des ambassadeurs membres du conseil d'administration de l'IMA.

Au-delà du délicat dossier israélo-palestinien, Anne-Claire Legendre est aussi celle qu'on envoie volontiers pour déminer les terrains les plus difficiles, avec plus ou moins de succès.

Elle se rend ainsi à Alger en mars 2025 pour rencontrer le président algérien Abdelmadjid Tebboune afin de tenter d'apaiser les relations entre la France et l'Algérie, avant que les deux pays ne retombent dans la crise.

Au Liban, elle pousse pour la fin de la guerre entre le Hezbollah et Israël. Un accord est arraché en novembre 2024, en vertu duquel la France fait partie du mécanisme de surveillance de cessez-le-feu auprès des Américains.