14 juillet: la France réaffirme son attachement au partenariat stratégique avec l'Arabie Saoudite

Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Arabie saoudite (Photo Fournie)
Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Arabie saoudite (Photo Fournie)
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Publié le Mercredi 16 juillet 2025

14 juillet: la France réaffirme son attachement au partenariat stratégique avec l'Arabie Saoudite

  • En poste à Riyad depuis un an, l'ambassadeur décrit la relation entre la France et l'Arabie saoudite comme particulièrement dynamique.
  • "La dynamique est très positive. Cette première année nous a permis de formaliser notre partenariat stratégique, comme en témoigne la visite d'État historique du président français en décembre dernier"

RIYAD: Chaque 14 juillet, jour de la Bastille, la France commémore les valeurs fondatrices de sa République : la liberté, l'égalité et la fraternité. Elle célèbre aussi les liens durables qui l’unissent à ses partenaires mondiaux.
Cette fête nationale, qui trouve son origine dans la prise de la Bastille en 1789 — tournant de la Révolution française et de la fin de la monarchie absolue — a été célébrée pour la première fois en 1790, lors de la Fête de la Fédération, et officiellement déclarée fête nationale en 1880. Elle reste un symbole d’unité, de démocratie et d’ouverture.

C’est dans cet esprit que nous avons rencontré Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Arabie saoudite, pour réfléchir à l’état des relations bilatérales entre Paris et Riyad.
Au cœur de la discussion : le partenariat stratégique croissant entre les deux pays, le développement de la coopération économique, la présence accrue des entreprises françaises dans le Royaume, les échanges culturels et touristiques, ainsi que le rôle que joue la France dans la promotion de la stabilité régionale.

Une relation bilatérale stratégique et dynamique

En poste à Riyad depuis un an, l’ambassadeur décrit la relation entre la France et l’Arabie saoudite comme particulièrement dynamique.
« La dynamique est très positive. Cette première année nous a permis de formaliser notre partenariat stratégique, comme en témoigne la visite d'État historique du président français en décembre dernier », a-t-il souligné.

« Sous l’impulsion de nos deux dirigeants, nous avons œuvré à l’approfondissement de notre coopération dans tous les domaines couverts par le partenariat : la coopération politique, comme en témoigne notre coordination sur les questions régionales, ainsi que dans les domaines de l’économie, de la culture et de la défense », a-t-il ajouté.

Il a insisté sur le haut niveau de confiance mutuelle :
« Je suis heureux que la France soit reconnue comme un partenaire stratégique de confiance du Royaume, et réciproquement. La fréquence des rencontres entre le prince héritier et le président français témoigne de la solidité de notre relation bilatérale », a-t-il déclaré.

Coopération économique : un partenariat en pleine expansion

La France est aujourd’hui le deuxième investisseur étranger en Arabie saoudite, avec des projets majeurs dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, des transports et de la santé. L’ambassadeur a souligné l’importance de la récente visite d’État présidentielle :
« Cette visite reflète la maturité de notre relation bilatérale, mais surtout notre ambition commune d’aller plus loin dans des domaines clés tels que l’économie, la défense, l’innovation, la transition énergétique, la culture et les échanges entre les peuples », a-t-il déclaré.

Dans le secteur de l’énergie, de grandes entreprises françaises sont impliquées.
« On ne le dit pas assez : la France est le deuxième investisseur étranger en Arabie saoudite, notamment dans des secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables, les transports et la santé », a-t-il souligné.

« Les projets incluent le partenariat de TotalEnergies avec Saudi Aramco pour l’exploitation de la raffinerie SATORP et le développement du complexe pétrochimique Amiral. Engie détient près de 9 milliards de dollars d’actifs dans les secteurs de l’énergie et de l’eau, tandis qu’EDF gère un portefeuille de projets d’une valeur de plus de 8 milliards de dollars, comprenant notamment le développement d’une infrastructure multi-services pour AMAALA, ainsi que les centrales à cycle combiné Taiba-2 et Qassim-2, qui fourniront ensemble une capacité de plus de 4 gigawatts. »

Dans le secteur des transports, les entreprises françaises contribuent au métro de Riyad et au tramway expérimental d’AlUla. Airbus a reçu plus de 300 commandes d’avions de la part de Saudia, Flynas, Riyadh Air et AviLease.

Parmi les autres acteurs majeurs figurent Veolia, Accor, Bouygues, Alstom, Thales et JCDecaux, tous impliqués dans le développement urbain et les infrastructures.
« Je me réjouis des technologies que nous apportons à l’appui de la Vision 2030 », a déclaré l’ambassadeur.

Aujourd’hui, plus de 200 entreprises françaises sont présentes dans le Royaume et emploient environ 13 000 personnes. Le Conseil d’affaires franco-saoudien, qui compte plus de 300 membres, reflète cette dynamique :
« Il compte désormais 75 % d’entreprises saoudiennes francophiles et 25 % d’entreprises françaises opérant en Arabie saoudite, soit un quasi-quadruplement du nombre de ses membres », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, 34 entreprises françaises ont établi leur siège régional en Arabie saoudite en juin 2025. L’ambassadeur a également salué l’ouverture du bureau du Fonds d’investissement public (FIP) à Paris :
« C’est un signal fort de l’intention du Royaume d’approfondir ses investissements en France et en Europe, en particulier dans les secteurs d’avenir », a-t-il souligné.

Discours de l'ambassadeur de France en Arabie saoudite à l'occasion du 14 juillet

Chers amis de la France,

Ce jour de fête nationale pour les Français, est aussi, en Arabie saoudite, un moment tout particulier : un moment pour célébrer l’amitié sincère, profonde, singulière, entre nos deux nations.

En cette occasion solennelle, je prie votre Altesse royale de transmettre, au nom du Président de la République, un salut respectueux à Sa Majesté le Roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, Gardien des deux Saintes Mosquées, et à Son Altesse Royale le Prince héritier, Mohammed ben Salmane, dont la vision et l’engagement façonnent l’avenir de ce grand Royaume. J’adresse également le salut fraternel de la France à toutes les autorités et à la nation saoudiennes.

Cette amitié, je la ressens à chaque instant de ma mission ici. Elle s’exprime dans les gestes simples, la chaleur de l’accueil, la générosité des échanges et la qualité des conversations. Elle dit la confiance, la bienveillance et le respect profond qui unissent nos deux peuples.

L’année passée a été marquée par un moment fort : la visite d’État du Président Emmanuel Macron, en décembre. Une visite qui a encore renforcé nos liens. Une visite qui a rappelé combien la relation entre la France et l’Arabie Saoudite est confiante, exigeante et tournée vers l’avenir.

Car, si nos coopérations économiques sont multiples et fructueuses, pour la France, l’Arabie n’est pas seulement une terre d’opportunités. Elle est un partenaire de pensée, de vision, de transformation. Elle est un acteur majeur dans un monde en mutation dont nous partageons la responsabilité.

Mais il y a aussi quelque chose de plus intime, de plus précieux encore. À chaque rencontre, je suis touchée par l’amour que vous témoignez à mon pays. Cet attachement dépasse les mots. Il est fait de souvenirs, de sensations, d’émotions.

Vous êtes nombreux à avoir des souvenirs d’enfance en France, des vacances dans nos montagnes ou dans nos campagnes, des moments heureux dans les rues de Paris, à la terrasse d’un café ou sur les routes lumineuses du Sud. Vous connaissez nos artisans, notre gastronomie, nos créateurs, notre patrimoine. Vous parlez de nos paysages avec tendresse.

Chaque Saoudien que je rencontre porte en lui un morceau de France. Une maison à Paris, un été à Cannes, une étincelle d’enfance à Disneyland ou dans un village de Provence, et toujours le souvenir simple de moments heureux. Et cela, je dois le dire, nous touche profondément. Car cela signifie que notre relation est humaine, vivante, habitée. Elle n’est pas une abstraction diplomatique, encore moins un contrat commercial. Elle est une histoire partagée.

Ce lien-là, si unique, si ancré, nous engage. Il nous oblige à être à la hauteur de ce que nous représentons l’un pour l’autre. Il nous rappelle que la France et l’Arabie Saoudite ne se regardent pas à distance. Elles dialoguent, elles avancent, elles construisent. Ensemble.

Face aux défis et aux fracas du monde, face aux incessantes tragédies du Moyen Orient, qui nous révoltent et nous bouleversent, nous portons une voix commune. Celle de la paix, de la stabilité, de la dignité. Car nous croyons ensemble qu’il n’y a pas de fatalité. Que la paix est un devoir. Que l’avenir se construit par le dialogue, la compréhension mutuelle et la volonté partagée d’un monde plus juste.

C’est dans cet esprit que la France et l’Arabie Saoudite se sont engagées pour faire sortir le Liban de l’impasse, pour éviter que la Syrie ne sombre, pour œuvrer à la reconnaissance d’un État palestinien. Car il ne saurait y avoir de paix durable sans justice, ni de stabilité dans la région sans un espoir concret pour le peuple palestinien. Nous assumons ainsi notre responsabilité pour porter une voix forte en faveur d’une solution politique, respectueuse du droit international, qui redonne sa place au dialogue et à la dignité humaine.

Je veux aussi m’adresser à la jeunesse saoudienne, à cette génération pleine de vitalité, de créativité et d’audace. Elle incarne l’avenir de ce Royaume qui avance, transforme, innove. Je la rencontre souvent, et je suis toujours frappée par son intelligence, sa curiosité, son envie d’échanger, de bâtir, de rêver grand sans jamais perdre le lien avec ses racines. C’est avec cette jeunesse que nous voulons construire les ponts de demain. Des ponts d’idées, de projets, de passions partagées.

 

Cette expertise est notamment mise à profit pour le développement d’AlUla, avec le soutien d’AFALULA en matière d’archéologie, de durabilité, d’hospitalité et de formation au tourisme.
« Nous sommes également engagés dans d’autres régions du Royaume, dans la construction de musées, les infrastructures sportives, la gestion d’hôtels et d’événements, ainsi que dans la formation », a-t-il noté.

L’ambassadeur a visité plusieurs projets majeurs, notamment Diriyah, Qiddiya, King Salman Park, le futur aéroport international de Riyad et l’Expo 2030.
« Ces projets passionnants vont transformer l’image du Royaume. Je suis fier chaque fois que l’expertise française est sollicitée », a-t-il déclaré.

La reprise de la ligne directe Paris–Riyad par Air France renforce encore les liens bilatéraux.
« Les Saoudiens aiment la France, et de plus en plus de Français découvrent l’Arabie saoudite et repartent émerveillés par tout ce qu’elle offre : lieux saints, merveilles archéologiques, plages, divertissements, et bien sûr une ligue de football de classe mondiale ! »

Coopération culturelle : patrimoine et créativité en dialogue

« Plus d’une quinzaine de missions archéologiques françaises sont actuellement actives en Arabie saoudite », précise l’ambassadeur.
Depuis 2018, la France soutient le développement d’AlUla, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, à travers AFALULA.
Cette coopération implique également des institutions prestigieuses: « Le Centre Pompidou, le Grand Palais, l’Institut national du patrimoine, la Bibliothèque nationale de France... », a-t-il énuméré.

« Nous soutenons également de belles initiatives comme la création du premier ballet national saoudien et la formation d’étudiants saoudiens dans les domaines de la mode et de la gastronomie. »

Deux projets importants sont à venir :
« Le 2 octobre, nous inaugurerons la Villa Hegra à AlUla, une résidence qui accueillera des artistes saoudiens et français. Et en janvier, dans le cadre de la Biennale d’art contemporain de Diriyah, nous ouvrirons une "Factory" franco-saoudienne dédiée à la danse et aux arts immersifs », annonce-t-il.

Un outil essentiel a également été mis en place : « Suite à la visite du Président, nous avons ouvert un Institut français en Arabie saoudite pour structurer et intensifier tous ces domaines de coopération », a-t-il conclu.

Stabilité régionale : une vision diplomatique engagée

« La France reste fidèle à ses convictions : seules des solutions politiques durables peuvent apporter la stabilité dont cette région a besoin », a affirmé l’ambassadeur.

Et d’ajouter :
« L’histoire du Proche-Orient montre que les armes n’ont jamais conduit à des solutions politiques durables. Les victoires militaires et une paix durable sont deux objectifs très différents. »

Concernant le conflit israélo-palestinien, il est sans équivoque :
« Il n’y aura pas de véritable stabilité sans la mise en œuvre d’une solution à deux États qui réponde aux aspirations légitimes des Palestiniens et aux besoins d’Israël en matière de sécurité. »

Il a fermement condamné les violences récentes :
« Les horreurs du 7 octobre, les massacres à Gaza et les actes criminels des colons extrémistes dans les territoires occupés sont autant d’insultes au droit international, à la conscience des nations et à notre humanisme commun. »

Et d’avertir : « Je suis profondément préoccupé par des politiques à court terme qui ne conduiront qu’à davantage de souffrances atroces, à des effusions de sang qui appellent malheureusement davantage de sang. »

La France agit :« La France et l’Arabie saoudite coprésideront bientôt une conférence à l’Assemblée générale des Nations unies pour faire avancer la solution des deux États, avec tous les pays invités. Cette conférence comprendra des mesures à la fois ambitieuses et concrètes », a-t-il annoncé.

Au-delà de la Palestine, l’ambassadeur a constaté une coordination croissante entre Paris et Riyad sur d’autres crises régionales :
« Notre coopération se traduit également dans les dossiers du Liban, du nucléaire iranien et de la Syrie », a-t-il ajouté.

Il a conclu avec conviction :
« Le renforcement de notre relation politique est notre atout le plus précieux. Je suis convaincu que le Royaume et a France peuvent jouer ensemble un rôle constructif unique pour l’ensemble de la région. »


Les images du vol spectaculaire du Louvre dévoilées

Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
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  • On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.
  • Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge

PARIS: Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision.

On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.

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Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge.

L'un des deux hommes, s'attaque, muni d'une disqueuse, à la vitrine dans laquelle se trouvait le diadème de l'Impératrice Eugénie, qu'il parvient à saisir après avoir donné des coups de poings dans le verre.

Il vient ensuite en aide au deuxième malfaiteur s'affairant sur la vitrine voisine, qui attrape plusieurs bijoux à toute vitesse.

Le tout aura duré moins de quatre minutes, sous les yeux de quelques agents impuissants, l'un d'eux brandissant un poteau de guidage sans savoir que faire, selon les images de France Télévisions.

Le butin a été estimé à 88  millions d'euros.

Les voleurs auraient pu être stoppés "à 30 secondes près", a notamment estimé mi-décembre Noël Corbin, chef de l'Inspection générale des affaires culturelles (Igac).


Budget: des chiffrages en cours pour la surtaxe des bénéfices des entreprises, dit Roland Lescure

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure (au centre), s'exprime lors d'un examen solennel et d'un vote sur le projet de loi de finances rectificative présenté par le gouvernement afin de continuer à financer provisoirement l'État et les administrations, au Sénat, la chambre haute du Parlement français, à Paris, le 23 décembre 2025. (AFP)
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure (au centre), s'exprime lors d'un examen solennel et d'un vote sur le projet de loi de finances rectificative présenté par le gouvernement afin de continuer à financer provisoirement l'État et les administrations, au Sénat, la chambre haute du Parlement français, à Paris, le 23 décembre 2025. (AFP)
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  • Roland Lescure indique que le gouvernement finalise les chiffrages pour une éventuelle surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, en négociation avec le Sénat, tandis que l’opposition et le PS réclament des montants différents
  • La prime d’activité sera augmentée de 50 € en moyenne pour plus de trois millions de ménages, et le gouvernement décidera bientôt de recourir au 49.3 ou à une ordonnance pour faire passer le budget

PARIS: Le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure a évoqué samedi des chiffrages en cours au sujet d'une éventuelle surtaxe des bénéfices des grandes entreprises samedi, une mesure réclamée par le parti socialiste mais repoussée à l'Assemblée.

"On est en train encore de caler les derniers chiffrages. Pourquoi? Parce qu'on est encore en train de négocier avec les groupes parlementaires du Sénat l'évolution des dépenses des collectivités locales", a commenté le ministre sur France info, rappelant que la mesure figurait dans le budget initial du gouvernement. "Ce n'est pas seulement une demande du PS", a-t-il ajouté.

Lors de son allocution vendredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a rien dit de cette éventuelle surtaxe sur les bénéfices des entreprises, censée aider à la négociation avec le PS mais repoussée à l'Assemblée.

Opposés à cette mesure, les groupes LR et Renaissance n'ont pas apporté leur soutien à un amendement du gouvernement jeudi, qui aurait porté le rendement de la surtaxe à 6,3 milliards d'euros, contre 8 milliards en 2025 et 4 milliards dans le projet de loi initial du gouvernement pour 2026.

Les socialistes réclamaient quant à eux le maintien de la surtaxe à 8 milliards. Début janvier, Roland Lescure avait plaidé pour la réintroduction de cette surtaxe à l'Assemblée, après sa suppression au Sénat, nécessaire au compromis, selon lui.

"On est en train de caler ça. Donc on aura l'occasion de vous donner les chiffres exacts dans les 2-3 jours qui viennent au maximum", a précisé le ministre de l'Economie samedi.

M. Lescure a par ailleurs confirmé l'augmentation de 50 euros en moyenne de la prime d'activité, un complément de revenu versé aux travailleurs à revenus modestes, pour plus de trois millions de ménages, une mesure annoncée par le Premier ministre vendredi.

"Il y avait des économies prévues sur la prime d'activité (...) Tout ça, c'est terminé. Mais il y a en plus une hausse de la prime d'activité qui fait à peu près 50 euros pour quelqu'un qui gagne le SMIC", a expliqué Roland Lescure.

Le gouvernement doit trancher d'ici mardi entre un recours au 49.3 ou à une ordonnance budgétaire pour tenter de faire passer le projet de budget sans vote.

"Le vote du budget, j'allais dire traditionnel, est malheureusement proscrit du fait de la manière dont les débats se sont produits. Moi, j'ai été élu à l'Assemblée nationale. Je préfère toujours que l'Assemblée nationale puisse se prononcer. Et on verra dans les heures qui viennent ce qu'on décide", a répondu Roland Lescure, interrogé sur l'option qui sera retenue par le gouvernement.


France: le gouvernement abat ses dernières cartes pour arracher un budget

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026. (AFP)
Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, prononce un discours lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'année 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 13 janvier 2026. (AFP)
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  • Sébastien Lecornu est engagé dans une phase décisive de négociations avec les socialistes pour faire adopter le budget 2026 et éviter une censure, dans un contexte d’impasse parlementaire
  • Faute d’accord, le gouvernement devra choisir entre le recours au 49.3 ou une ordonnance budgétaire inédite, au risque de provoquer une crise politique et d’éventuelles législatives anticipées

PARIS: Le premier ministre Sébastien Lecornu, nommé en octobre pour sortir de l'impasse budgétaire dans laquelle la France se trouve depuis des mois, entre dans la toute dernière ligne droite pour trouver un accord sur le budget 2026 avec les socialistes qui lui éviterait une censure, se résignant à une adoption sans vote.

Il s'exprimera "en fin de journée depuis Matignon afin de présenter les éléments de fond pour construire le contenu d'un accord sur le projet de loi de finances pour l'année 2026", a fait savoir vendredi matin son entourage.

Le chef du gouvernement s'est donné jusqu'à mardi pour trouver une solution acceptable aux yeux du parti socialiste (PS) qui l'a jusqu'à présent épargné. Sur le fond mais aussi sur la forme, les deux outils constitutionnels à sa disposition - article 49.3 ou ordonnance (article 47) - étant perçus par ses opposants comme des "passages en force".

Le gouvernement a pris jeudi soir la décision de suspendre les interminables débats budgétaires à l'Assemblée nationale. Un coup de théâtre justifié par l'impossibilité d'aller à un vote sur le budget de l'État.

Le Premier ministre, qui s'est rendu vendredi matin à l'Élysée pour rencontrer le président Emmanuel Macron, a averti qu'un renversement de son gouvernement serait quasi automatiquement synonyme d'élections législatives anticipées qui pourraient coïncider avec les municipales (15 et 22 mars).

- "Saboteurs" -

"On a donné toutes ses chances au débat" mais "nous avons des saboteurs à l'Assemblée nationale", la France insoumise (LFI, gauche radicale) et le Rassemblement national (RN, extrême droite), a accusé à la télévision la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, en première ligne dans les discussions avec les forces politiques qu'elle a déjà réunies à plusieurs reprises.

La ministre a esquissé quelques pistes de propositions du gouvernement, sur les collectivités locales, en attente d'engagements financiers à quelques semaines des élections municipales, ou la fiscalité.

Pour le cadre général, Matignon a prévenu qu'il souhaitait arriver à un déficit de 5% maximum du PIB, déplorant qu'il atteigne "à ce stade" 5,3%.

Une fois les propositions sur la table, le chef du gouvernement va devoir trancher sur la manière de les faire entrer dans la loi.

Les discussions budgétaires sont théoriquement censées reprendre mardi après-midi, et le Premier ministre devrait donc avoir d'ici là choisir de recourir soit à l'article 49.3, soit à une ordonnance budgétaire.

Amélie de Montchalin a dit qu'elle n'avait "pas de préférence" mais qu'elle souhaitait "de la stabilité et un budget".

Un recours à l'article 49.3, auquel Sébastien Lecornu avait solennellement renoncé à la demande du PS pour éviter une censure, permettrait au gouvernement de faire passer un budget sans vote en retenant les amendements de son choix.

- "Heures décisives" -

Mais il devrait l'utiliser potentiellement trois fois (sur les dépenses, les recettes, puis sur l'ensemble du texte), s'exposant à chaque fois à une censure.

L'ordonnance budgétaire, c'est-à-dire la traduction du budget dans un texte qui n'a pas besoin de passer devant le Parlement, serait inédite, et constituerait un précédent potentiellement lourd de conséquences.

Sauf que, contrairement au 49.3, elle permettrait de doter le pays d'un budget même si le gouvernement devait être censuré par la suite.

Le député socialiste Emmanuel Grégoire a jugé à la télévision "inacceptable" le recours à une ordonnance qui voudrait dire "forcément censure, puisque sur les ordonnances il ne peut pas y avoir d'amendements, d'enrichissement" du texte.

Sur le 49.3, "ça dépend évidemment de la copie finale" et des propositions du gouvernement, a-t-il estimé. "Et donc nous allons vivre évidemment des heures décisives".

Pour Sébastien Lecornu, comme pour les socialistes, un recours au 49.3 aurait un goût amer. Son abandon était un marqueur d'action du Premier ministre et, pour le PS, le signe d'un retour au parlementarisme.