Paris s’apprête à accueillir un forum franco-saoudien des affaires.
Une délégation de haut niveau va se rendre à l’Esports World Cup (EWC), Porte de Versailles à Paris, ce dimanche. Le ministre saoudien des Investissements annonce le rachat d’un parc d’attractions en France, alors que le commerce extérieur entre la France et l’Arabie atteignait plus de 7 milliards d’euros en 2024, hors armement.
Le moment de rappeler quelques vérités.
L’environnement des affaires en Arabie saoudite est particulièrement intéressant. Moins bruyante et moins exposée à la criminalité organisée que son voisin de Dubaï, l’Arabie saoudite jouit d’une appréciation favorable des organismes internationaux qui luttent contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Premier pays arabe à obtenir le statut de membre à part entière du GAFI (FATF)
Récemment le pays a montré une vigilance particulière sur les opérations de transfert et sur la coopération internationale en matière de lutte contre le blanchiment.
Dans le contexte actuel d’une criminalité exponentielle qui coûte entre 2 à 5 % du PIB soit entre 2000 et 5000 milliards de dollars par an, ce point est important.
Mais il ne faut pas se mentir, mis à part les grandes entreprises du secteur pétrolier, de l’armement et du luxe qui investissaient en Arabie, les autres, plutôt réticentes, y voyaient un pays un peu moyenâgeux, où les femmes ne conduisaient pas, une société fermée, restée figée par le poids de la religion et sa stricte observance.
Ces idées reçues n’ont plus cours et il est urgent de les balayer.
Pour comprendre et apprécier l’Arabie d’aujourd’hui, il faut comprendre l’extraordinaire mutation de la société saoudienne.
Voyageant en Arabie depuis près de 20 ans, je peux dire que ce n’est pas une évolution, c’est une révolution de la société saoudienne à laquelle nous assistons. Sans doute la plus importante depuis la Révolution culturelle chinoise de Mao.
Il n’y a pas si longtemps l’arrivée à Riyad pour une femme était précédée d’un rituel assez exotique et pour tout dire empreint de respect et de curiosité : enfiler une longue robe noire, une abaya, pour respecter la loi saoudienne et j’ai le souvenir précis de jeunes femmes voulant s’en affranchir, refoulées au poste frontière de l’aéroport de Riyad.
Le port de l’abaya n’est plus obligatoire, cela n’est pas une révolution, mais un signal fort car visible.
Rappelons-nous l’interdiction faite aux femmes de conduire, le bannissement de la musique dans les lieux publics, les restrictions à la mixité dans les restaurants. Tout cela semble si loin que personne ne prend plus la peine d’un flash-back pourtant salutaire.
Pour la jeunesse d’abord, qui profite de ces libertés, les rues de Riyad ou de Djeddah et les malls n’ont plus rien à envier à ceux de Dubaï.
Le tourisme est en plein essor avec le phare d’AlUlla superbe exemple de coopération franco-saoudienne, les concerts et festivals rivalisent de têtes d’affiche prestigieuses.
Le festival du film de la mer Rouge attire de plus en plus de monde. Les défilés de mode ont trouvé des sites exceptionnels pour mettre en valeur les collections.
Qui aurait pensé qu’un jour, en plein désert saoudien, on pourrait admirer des défilés de jeunes femmes présentant… des maillots de bain ?
Think Unthinkable
SAR MBS, que j’ai eu la chance de rencontrer en tête à tête lors d’un passage à Paris, m’avait dressé sa feuille de route, « Vision 2030 », à destination de la jeunesse saoudienne.
À moins de 4 ans de l’échéance que d’avancées !
Elles sont le résultat de la volonté de modernisation du royaume, comme un réveil après un très long sommeil.
Le succès de cette entreprise doit être souligné, car SAR MBS a pris le risque de la réforme.
Dans le pays gardien des Deux Saintes Mosquées, garant des hauts lieux saints de l’islam il fallait pouvoir réaliser cette mutation sans heurter la partie la plus traditionaliste de la population et les hautes instances religieuses.
Ce pari est gagné. N’a-t-on pas vu le Secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, le docteur Mohammed Al-Issa, jadis bras armé du wahhabisme pur et dur, participer à de multiples forums interreligieux, visiter la Grande Synagogue de Paris ou encore prier à Auschwitz, en mémoire et respect des millions de juifs et des autres victimes assassinées par la barbarie nazie ?
Tout ce qui pouvait apparaître comme des mesures cosmétiques de communication s’analyse, avec une décennie de recul, comme la réalisation d’une volonté ferme et éclairée de faire de l’Arabie un pays qui allie modernité et tradition.
Les femmes sont présentes à la Choura, comme dans les milieux d’affaires ou la diplomatie. Le poste majeur d’ambassadeur à Washington est d’ailleurs occupé par une diplomate de grand talent, SAR Reema bent Bandar Al Saoud, que j’ai eu l’honneur de recevoir il y a un an au Sénat.
Alors, il faut sans doute en finir avec les idées reçues qui rendent paresseux et apprécier à leur juste valeur les avancées de la société saoudienne.
L’Arabie saoudite est une puissance régionale de premier plan, qui a chassé, par le fait du prince, les stéréotypes qui y étaient attachés et qui est devenue un partenaire économique de premier plan, où nos entreprises sont les bienvenues.
Nathalie Goulet est sénateur de l’Orne et auteur d’un ouvrage « L’abécédaire du financement du terrorisme »
X: @senateur61
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français.














