Chaleur record : la politique aggrave les pénuries d'électricité en Irak

Dans le sud de l'Irak, riche en pétrole, les mois d'été torrides posent de nouveaux choix douloureux à l'ère du coronavirus: rester à la maison dans la chaleur étouffante avec l'électricité coupée pendant des heures, ou sortir et risquer d’attraper le virus. (Photo Nabil AL-JURANI/AP).
Dans le sud de l'Irak, riche en pétrole, les mois d'été torrides posent de nouveaux choix douloureux à l'ère du coronavirus: rester à la maison dans la chaleur étouffante avec l'électricité coupée pendant des heures, ou sortir et risquer d’attraper le virus. (Photo Nabil AL-JURANI/AP).
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Publié le Mardi 04 août 2020

Chaleur record : la politique aggrave les pénuries d'électricité en Irak

  • Alors que les températures atteignent des niveaux record cet été – arrivant jusqu’à 52 degrés Celsius à Bagdad la semaine dernière - l’approvisionnement en électricité de l’Iraq est encore une fois loin de répondre à la demande
  • Les caisses de l’État sont à sec en raison d’une crise économique provoquée par la chute des prix du pétrole et la pandémie, laissant peu d’investissements pour maintenir l’infrastructure électrique vieillissante de l’Irak

BASSORA : Dans le sud de l'Irak, riche en pétrole, les mois d'été torrides posent de nouveaux choix douloureux à l'ère du coronavirus: rester à la maison dans la chaleur étouffante avec l'électricité coupée pendant des heures, ou sortir et risquer d’attraper le virus.

C’est la situation difficile de Zain al-Abidin. Habitant du district d'al-Hartha, dans la province de Bassora, al-Abidin a perdu son emploi en raison de restrictions liées à la pandémie. Pendant la journée, il écoute impuissant sa fille de quatre mois pleurer dans la chaleur insupportable, étant trop pauvre pour s'offrir des générateurs privés pour compenser jusqu'à huit heures de coupures de courant.

«Je n'ai aucune astuce pour faire face à cela, sauf prier à Dieu de me soulager», a-t-il dit.

Alors que les températures atteignent des niveaux record cet été – arrivant jusqu’à 52 degrés Celsius (125 Fahrenheit) à Bagdad la semaine dernière - l’approvisionnement en électricité de l’Iraq est encore une fois loin de répondre à la demande, créant une étincelle pour de nouvelles manifestations anti-gouvernementales. L'Irak a imposé un confinement strict et un couvre-feu de 24 heures. Les familles doivent donc injecter du carburant et de l’argent dans des générateurs ou, si elles ne peuvent pas, souffrir dans des maisons étouffantes sans climatisation.

Les caisses de l’État sont à sec en raison d’une crise économique provoquée par la chute des prix du pétrole et la pandémie, laissant peu d’investissements pour maintenir l’infrastructure électrique vieillissante de l’Irak. L'importation d’électricité supplémentaire est étroitement liée à la politique. D'un côté, les Iraniens exigent des paiements en retard sur l'énergie qu'ils ont déjà fournie à l'Irak. De l'autre côté, les États-Unis poussent Bagdad à s'éloigner de l'Iran et à conclure des accords énergétiques avec des alliés du Golfe, selon trois hauts responsables du gouvernement irakien. Les responsables ont parlé sous couvert d'anonymat conformément à la réglementation.

Les coupures de courant, coïncidant avec les restrictions de rester chez soi et les températures caniculaires, se sont étendues au Liban et en Syrie, deux pays également au bord de l'effondrement économique.

Obscurité et chaleur, au Liban et en Syrie aussi

Au Liban, les résidents souffrent de coupures de courant pouvant durer jusqu'à 20 heures par jour à Beyrouth alors même que l’humidité grimpe à plus de 80%, ce qui ajoute à la colère publique face à la grave crise financière du pays. Les générateurs de quartier ont dû s'éteindre pour interrompre leurs moteurs et rationner le carburant, provoquant une ruée sur les bougies et les lampes à piles.

Comme en Irak, les coupures d'électricité font partie de la vie au Liban, en grande partie à cause de la course aux profits, de la corruption et de la mauvaise gestion, depuis la guerre civile de 1975-1990.

En Syrie, près d'une décennie de guerre a laissé les infrastructures en ruine et les coupures d'électricité fréquentes. La semaine dernière, l'électricité était coupée pendant des heures alors même que les températures à Damas atteignaient un record de 48 degrés Celsius (118 Fahrenheit).

A Bagdad, le rugissement des générateurs ponctue les pannes quotidiennes réglées comme une horloge. Les Irakiens trouvent un répit de courte durée en utilisant des douches publiques installées dans la rue. La chaleur a été imputée à une explosion dans un dépôt d'armes de la police fédérale.

«Nous amenons nos enfants en bas et les pulvérisons avec un tuyau d'arrosage pour les rafraichir», a déclaré Ahmed Mohamed, à Bagdad.

Les réformes du secteur de l'électricité ont été contrecarrées par les protestations et les intérêts particuliers des sociétés privées de générateurs, certaines ayant des liens avec des personnalités politiques. La réticence du public à payer l’État pour l’électricité a longtemps déconcerté les responsables irakiens.

À l'été 2018, la mauvaise prestation des services a provoqué des manifestations déstabilisantes à Bassora. L’année suivante, des manifestations antigouvernementales de masse ont paralysé Bagdad et le sud de l’Irak, alors que des dizaines de milliers de personnes dénonçaient la corruption endémique qui a entravé la fourniture de services, y compris l’électricité.

Deux manifestants ont été tués par les forces de sécurité à Bagdad la semaine dernière alors qu'ils manifestaient contre les coupures d'électricité.

Audit immédiat

L'effondrement des lignes électriques signifie qu'il y aura 1000 mégawatts de moins d'électricité cet été. L'offre est maintenant inférieure de 10 000 mégawatts à la demande, a déclaré un haut fonctionnaire du ministère de l'Électricité.

«Il faut travailler très dur pour résister», a déclaré Ali al-Saffar, chef de la division du Moyen-Orient de l'Agence internationale de l'énergie, dont le siège est basé à Paris.

Pour survivre aux mois d'été, al-Saffar recommande un audit immédiat des générateurs utilisés dans les bureaux publics pour voir ce qui peut être investi dans le réseau national, car moins de personnes viennent au travail à cause des mesures de confinement.

Le gouvernement a déjà mis en œuvre des mesures d'urgence pour détourner l'énergie utilisée dans les opérations dans les champs pétrolifères pour l'ajouter au réseau, ont déclaré des responsables des ministères du pétrole et de l'électricité.

L'Irak dépend fortement de l'Iran pour l’énergie, en particulier pendant l'été. Mais les insuffisances budgétaires fait que Bagdad a accumulé les arriérés. Deux responsables gouvernementaux ont déclaré que des allocations urgentes étaient en cours pour éviter une répétition de l’été 2018, lorsque l'Iran a interrompu les importations en raison de paiements non réglés.

Dépendance

La dépendance à l'énergie iranienne a également compliqué les relations américano-irakiennes.

Afin d’être qualifié pour des dérogations successives aux sanctions permettant la poursuite des importations, l'Irak doit prouver à l'administration du président Trump qu'il prend des mesures concrètes pour se sevrer de sa dépendance à l'Iran.

Trois responsables ont déclaré que les États-Unis ont fait pression pour conclure des accords avec les alliés du Golfe afin de diversifier l’approvisionnement énergétique de l’Irak.

Deux projets semblent en être à des stades avancés de négociations. Le premier fournirait un approvisionnement initial de 500 mégawatts au sud de l'Irak en connectant le réseau à un super réseau englobant six pays du Golfe. Un accord-cadre a été signé l'année dernière avec l'Autorité d'interconnexion électrique du Conseil de coopération du Golfe, mais le manque de financement pour payer 300 kilomètres (187 miles) de lignes de transmission a ralenti les progrès dans la mise en application de l’accord.

Les pays du Golfe se sont engagés à verser de l'argent, mais «ils s'inquiètent de la situation politique», a déclaré un haut responsable du gouvernement irakien.

Le deuxième est le développement d'un gazoduc très attendu dans le sud de l'Irak pour répondre à la demande nationale d'électricité.

Des pourparlers sont en cours pour développer le champ pétrolifère irakien de Ratawi et capturer le gaz brûlé dans les champs voisins pour produire de l’électricité. Dans le cadre de l'accord, ACWA Power, basée à Riyad, et la société américaine Honeywell construiraient le gazoduc, financé par les produits sur le terrain, exploité par Saudi Aramco.

Mais l'accord n'a pas été officiellement signé.

Pendant ce temps, les Irakiens continuent de protester dans la rue.

L'activiste Mohammed Ibrahim, qui organise de petits sit-in avec ses collègues militants à Bassora, a déclaré que les manifestations se poursuivraient même si leurs appels au changement tombaient dans l'oreille d'un sourd dans les couloirs du pouvoir.

«Les manifestations sont le seul moyen pour montrer cette injustice», a-t-il déclaré.


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".


L'Iran écarte tout compromis après le rejet de sa proposition par Trump

L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
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  • "Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs"
  • Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public

TEHERAN: L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle".

"Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs", a écrit sur X le négociateur en chef de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, plus d'un mois après l'instauration d'une trêve précaire.

Celui qui est aussi président du Parlement a interpellé les négociateurs américains, estimant que "plus ils traîneront les pieds, plus les contribuables américains en paieront le prix", au moment où les cours du pétrole évoluent à des niveaux toujours élevés.

Ces déclarations sonnent comme une réponse à Donald Trump qui avait dénigré la veille les propositions iraniennes et assimilé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril à un malade "sous assistance respiratoire", avec "1% de chances" de survie.

"Donner une leçon" 

Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public.

Selon certains médias, elle contient un protocole d'accord pour mettre fin aux combats, qui ont fait des milliers de morts depuis le début de la guerre le 28 février, et établir un cadre de négociations sur le dossier du nucléaire iranien.

Dans sa réponse, l'Iran appelle à une fin immédiate des hostilités dans la région, y compris au Liban où les tirs d'Israël et du Hezbollah pro-iranien ne cessent pas en dépit d'un autre cessez-le-feu. Mardi, deux secouristes sont morts dans une frappe israélienne dans le sud, selon la Défense civile libanaise.

Téhéran demande également l'arrêt du blocus de ses ports par la marine américaine et le dégel des avoirs iraniens détenus à l'étranger, selon le ministère des Affaires étrangères.

"Si l'ennemi ne se plie pas aux exigences légitimes et définitives de la nation iranienne sur le terrain diplomatique, il doit s'attendre à voir ses défaites se répéter sur le champ de bataille", a prévenu le porte-parole du ministère iranien de la Défense, Reza Talaei-Nik, cité par l'agence Irna.

Pression américaine sur Pékin 

Côté américain, Donald Trump a brandi la menace d'une relance de son opération de protection des navires pour franchir le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran.

Une situation qui désespère Maryam, une peintre téhéranaise de 43 ans: elle raconte à une journaliste de l'AFP basée à Paris "vivre au jour le jour" car "le futur est très incertain".

Les regards sont désormais tournés vers la visite à Pékin prévue à partir de mercredi du président Trump, qui doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Selon l'administration américaine, il entend faire pression pour que la Chine, principal importateur du pétrole iranien, use de son influence sur l'Iran.

Donald Trump a dit s'attendre à une "longue conversation" avec Xi sur la guerre.

La quasi paralysie du détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, fait à nouveau grimper les cours de l'or noir mardi, à plus de 107 dollars le baril (+3,25%) pour le Brent de la mer du Nord, référence internationale, vers 14H00 GMT.

"L'Iran ne devrait pas utiliser le détroit comme une arme pour faire pression", a dénoncé cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre du Qatar, en première ligne face à ce blocage.

29 milliards de dollars 

"Le levier d'Ormuz est essentiel", analyse Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, pour qui Téhéran estime que Donald Trump perdra patience face à la hausse des prix à la pompe, avant les élections de mi-mandat en novembre. D'autant que le Pentagone vient de réévaluer à la hausse le coût de cette guerre à près de 29 milliards de dollars.

L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a par ailleurs révélé, au détour d'une conférence, qu'Israël avait envoyé aux Emirats arabes unis des systèmes de défense antiaérienne pendant cette guerre où les pays du Golfe ont été ciblés par l'Iran quasi-quotidiennement.

Au Liban, un nouveau bilan du ministère de la Santé libanais fait état de 380 morts dans des frappes israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 17 avril.

De nouvelles discussions censées ouvrir la voie à des négociations de paix doivent se tenir jeudi et vendredi à Washington entre les deux pays.

Mais le chef du Hezbollah Naïm Qassem a affirmé mardi que la question du désarmement de sa formation, exigé par Israël, ne faisait pas partie des "négociations avec l'ennemi" auxquelles le mouvement chiite est opposé.