Anticipant des tensions avec Biden, Erdogan cherche à apaiser ses relations avec l'Europe

Le président turc Recep Tayyip Erdogan prononçant un discours alors qu'il assiste à la réunion des ambassadeurs de l'Union européenne. (Mustafa Kamaci / SERVICE DE PRESSE DE LA PRESIDENCE TURQUE / AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan prononçant un discours alors qu'il assiste à la réunion des ambassadeurs de l'Union européenne. (Mustafa Kamaci / SERVICE DE PRESSE DE LA PRESIDENCE TURQUE / AFP)
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Publié le Dimanche 17 janvier 2021

Anticipant des tensions avec Biden, Erdogan cherche à apaiser ses relations avec l'Europe

  • Signe de leur exaspération face à une diplomatie turque jugée agressive, les pays européens se sont accordés le mois dernier pour sanctionner Ankara en lien avec ses forages gaziers unilatéraux en Méditerranée orientale
  • Du point de vue de l'UE, la Turquie reste dans tous les cas un partenaire incontournable en raison de sa situation géographique et de son rôle dans la gestion des flux migratoires vers l'Europe

ANKARA: Confronté à l'arrivée d'un nouveau dirigeant américain potentiellement hostile, le président turc Recep Tayyip Erdogan semble déterminé à apaiser ses relations avec l'Union européenne après plusieurs années de vives tensions.

Signe de leur exaspération face à une diplomatie turque jugée agressive, les pays européens se sont accordés le mois dernier pour sanctionner Ankara en lien avec ses forages gaziers unilatéraux en Méditerranée orientale.

La Turquie a aussi agacé ses partenaires occidentaux en intervenant en Libye pour soutenir le gouvernement de Tripoli, et en appuyant l'Azerbaïdjan dans son conflit avec l'Arménie dans la région du Nagorny Karabakh.

Mais après des mois d'acrimonie, marqués notamment par des échanges désobligeants entre M. Erdogan et le président français Emmanuel Macron, le chef d'Etat turc martèle désormais qu'il souhaite "écrire une nouvelle page" dans les relations entre Ankara et l'UE.

MM. Erdogan et Macron ont même échangé des lettres ces derniers jours. Prémices d'une réconciliation?

Ankara a aussi tendu un rameau d'olivier à Athènes en l'invitant à des discussions, prévues fin janvier, sur l'exploitation des hydrocarbures en Méditerranée.

Si la Turquie a adouci son langage, c'est parce qu'elle "ne peut pas se permettre une escalade des tensions avec à la fois les Etats-Unis et l'Europe, surtout avec une économie aussi fragile", souligne un diplomate européen.

"Quête d'amis" 

La dépendance économique d'Ankara envers l'Europe est en effet forte: entre 2002 et 2018, deux tiers des investissements directs de l'étranger en Turquie provenaient des 27 pays de l'UE, selon les chiffres officiels.

Mais les tensions ont contribué à créer un climat d'instabilité, l'inquiétude des investisseurs se reflétant dans la dégringolade de la livre turque qui a perdu un cinquième de sa valeur face au dollar en 2020.

Après avoir écarté son gendre de la fonction de ministre des Finances en novembre, M. Erdogan a multiplié les appels du pied en direction de l'Europe, promettant notamment de renforcer l'Etat de droit.

Isolé, "Erdogan cherche des amis partout où il peut en trouver", souligne Ilke Toygur, analyste à l'Institut allemand des relations internationales et des questions sécuritaires SWP.

A cette fin, M. Erdogan et son ministre des Affaires étrangères ont eu des réunions mardi avec des ambassadeurs de pays européens.

En attendant Biden

Si les difficultés économiques ont guidé la nouvelle approche turque, la victoire de Joe Biden semble aussi être un facteur déterminant.

Alors que M. Erdogan avait tissé avec Donald Trump une relation personnelle qui a permis à Ankara d'éviter de lourdes sanctions pour ses opérations militaires en Syrie ou l'achat de missiles russes, la Turquie anticipe plus de froideur de la part de la prochaine administration.

"La victoire de Biden a certainement changé la donne. La Turquie s'attend à ce que le prochain gouvernement américain lui laisse moins de latitude", estime le diplomate européen.

L'appel au rapprochement avec l'UE "peut être interprété comme une façon de se préparer" à la prise de fonction de M. Biden, abonde Sinem Adar, du Centre d'études appliquées sur la Turquie à Berlin.

Mais pour elle, la tentative d'apaisement d'Ankara s'explique aussi par "la pression domestique croissante" pour M. Erdogan "due aux problèmes économiques aggravés par la pandémie" et "une érosion de la popularité" du parti nationaliste MHP, allié au président turc.

Mesures concrètes 

Mais si les responsables turcs multiplient les déclarations, les analystes se demandent quelles mesures concrètes Ankara sera prêt à prendre.

Pour que la Turquie "soit perçue comme crédible par l'UE, il faut qu'Ankara change de direction" sur l'Etat de droit, estime Mme Adar, alors que l'emprisonnement d'opposants et de figures de la société civile a vivement préoccupé l'Occident.

Mme Toygur estime aussi que cette question est "le vrai obstacle", ajoutant que l'Europe attend "une preuve de bonne foi" de la part de M. Erdogan.

Du point de vue de l'UE, la Turquie reste dans tous les cas un partenaire incontournable en raison de sa situation géographique et de son rôle dans la gestion des flux migratoires vers l'Europe.

"Plusieurs pays européens veulent calmer les choses, car les tensions (...) ne servent ni les intérêts de la Turquie, ni ceux de l'Europe", indique le diplomate européen.

Cependant, ajoute-t-il, l'"offensive de charme" de la Turquie fait pour le moment "de nombreux sceptiques".


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.


Le prince héritier saoudien et Trump évoquent les pourparlers entre Washington et Téhéran et la sécurité dans le Golfe

  • Les dirigeants mettent l’accent sur la diplomatie et la sécurité maritime dans un contexte de regain des tensions au Moyen-Orient
  • Le ministre saoudien des Affaires étrangères et Marco Rubio discutent de leur coordination alors que les tensions entre Washington et Téhéran persistent

RIYAD : Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, et le président américain Donald Trump ont discuté vendredi, lors d’un entretien téléphonique, de la sécurité régionale, de la liberté de navigation maritime et des contacts en cours entre les États-Unis et l’Iran, alors que Riyad et Washington renforcent leur coordination diplomatique à la suite d’une nouvelle montée des tensions dans le Golfe.

Selon l’Agence de presse saoudienne (SPA), les deux dirigeants ont passé en revue la coopération bilatérale et les moyens de renforcer les relations dans divers secteurs. Ils ont également échangé leurs points de vue sur les évolutions régionales et internationales, notamment sur les discussions entre Washington et Téhéran.

Le prince héritier et Donald Trump ont souligné l’importance de garantir la sécurité de la navigation maritime, de protéger les voies maritimes internationales et de soutenir les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité régionales.

Par ailleurs, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, s’est entretenu par téléphone avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Les deux responsables ont réaffirmé l’importance de poursuivre la coordination et les consultations afin de promouvoir la sécurité et la stabilité dans l’ensemble de la région, a rapporté la SPA.

Ces échanges interviennent après une nouvelle escalade entre les États-Unis et l’Iran, qui menace de compromettre les récents efforts diplomatiques visant à mettre fin à plusieurs mois d’hostilités.

La dernière crise a éclaté après que des forces iraniennes ont attaqué des pétroliers commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz, malgré un accord de cessez-le-feu, entraînant des frappes aériennes américaines contre des cibles situées en Iran. Téhéran a ensuite riposté par des attaques de missiles et de drones contre des alliés des États-Unis dans le Golfe, ravivant les craintes d’un conflit régional de plus grande ampleur.

Cette reprise des violences a intensifié les appels de la communauté internationale en faveur d’un retour des États-Unis et de l’Iran à la table des négociations.

L’Égypte et le Qatar ont exhorté les deux parties à reprendre le dialogue et à mettre en œuvre le protocole d’accord conclu plus tôt cette année comme base d’un règlement plus large, tandis que le Pakistan a appelé à la retenue et proposé de poursuivre son rôle de médiateur entre les deux pays.

Vendredi, Donald Trump a déclaré que les États-Unis avaient accepté de poursuivre les discussions avec l’Iran, tout en estimant que le cessez-le-feu était, dans les faits, caduc après les derniers échanges d’attaques.

L’Arabie saoudite a constamment appelé à la retenue, au dialogue et à des solutions diplomatiques afin de préserver la stabilité régionale et de garantir la sécurité des routes maritimes internationales, en particulier à travers le détroit d’Ormuz, l’un des corridors énergétiques les plus stratégiques au monde. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Attaques de drones sur des infrastructures pétrolières en Russie, une raffinerie en feu

Un véhicule de recrutement militaire renversé à Lviv, à la suite des troubles qui ont éclaté après que des officiers ont interpellé un homme soupçonné de se soustraire au service militaire et l'ont conduit dans un centre de recrutement le 8 juillet 2026, dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo : document fourni / Bureau du procureur général ukrainien / AFP)
Un véhicule de recrutement militaire renversé à Lviv, à la suite des troubles qui ont éclaté après que des officiers ont interpellé un homme soupçonné de se soustraire au service militaire et l'ont conduit dans un centre de recrutement le 8 juillet 2026, dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo : document fourni / Bureau du procureur général ukrainien / AFP)
  • Le gouverneur de la région de Rostov, Iouri Slioussar, également dans le sud de la Russie, a indiqué que deux installations de stockage d'hydrocarbures à Azov avaient pris feu, suite à des frappes
  • Ces nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières interviennent au moment où le pays connaît des difficultés d'approvisionnement en carburant, qui sont particulièrement sévères dans la péninsule de Crimée voisine

MOSCOU: Des attaques de drones ont visé plusieurs infrastructures pétrolières dans le sud de la Russie vendredi, déclenchant un incendie dans une raffinerie de la région de Krasnodar, ont indiqué les autorités, faisant état de la destruction de 376 drones ukrainiens dans la nuit.

"A la suite de la chute de débris de drones, un incendie s’est déclaré à la raffinerie d'Ilskiï", a indiqué le quartier général opérationnel de la région de Krasnodar sur Telegram, précisant qu'il n'y a pas eu de victimes.

Le gouverneur de la région de Rostov, Iouri Slioussar, également dans le sud de la Russie, a indiqué que deux installations de stockage d'hydrocarbures à Azov avaient pris feu, suite à des frappes.

Ces nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières interviennent au moment où le pays connaît des difficultés d'approvisionnement en carburant, qui sont particulièrement sévères dans la péninsule de Crimée voisine.

Entre 20H00 locales jeudi et vendredi 7H00, les forces russes ont détruit 376 drones ukrainiens, a précisé le ministère russe de la Défense sur la messagerie Max.

La Russie continue de frapper presque quotidiennement l'Ukraine, plus de quatre ans après le début de la guerre, pire conflit en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, jusqu'à présent sans issue diplomatique.

L'Ukraine a également intensifié ses frappes sur le territoire russe, parfois très loin de la frontière, visant particulièrement des infrastructures de transport et de stockage d'hydrocarbures pour tenter d'assécher la capacité de Moscou à financer son effort de guerre.