ANALYSE : Quelles sont les raisons de la colère au Liban ?

Le 29 janvier 2021 des véhicules de transport de troupes blindés stationnés sous une peinture murale sur la place Al-Nour dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, à la suite d'affrontements nocturnes entre les forces de sécurité et des manifestations anti-gouvernementales. Plus de 400 personnes ont été blessées dans le nord du Liban cette semaine dans des affrontements entre les forces de sécurité et des manifestants irrités par un verrouillage du coronavirus qui, selon eux, les affame. (Joseph Eid/AFP)
Le 29 janvier 2021 des véhicules de transport de troupes blindés stationnés sous une peinture murale sur la place Al-Nour dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, à la suite d'affrontements nocturnes entre les forces de sécurité et des manifestations anti-gouvernementales. Plus de 400 personnes ont été blessées dans le nord du Liban cette semaine dans des affrontements entre les forces de sécurité et des manifestants irrités par un verrouillage du coronavirus qui, selon eux, les affame. (Joseph Eid/AFP)
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Publié le Samedi 30 janvier 2021

ANALYSE : Quelles sont les raisons de la colère au Liban ?

  • Le Liban est englué dans sa pire crise économique depuis des décennies, avec une dépréciation inédite de sa monnaie, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques
  • L'explosion au port de Beyrouth le 4 août -imputée à la négligence des autorités et qui a fait plus de 200 morts- a été la tragédie de trop pour des Libanais éreintés

 

BEYROUTH : De violents heurts ayant fait un mort et plus de 400 blessés secouent depuis plusieurs jours la métropole de Tripoli, dans le nord du Liban, où des manifestants dénoncent les répercussions économiques du confinement imposé pour endiguer la propagation du coronavirus.

Quelles sont les causes de cette poussée de fièvre ? Le pays, secoué à l'automne 2019 par un soulèvement antipouvoir, est-il au bord de l'implosion ?

Combien de crises ?

Le Liban est englué dans sa pire crise économique depuis des décennies, avec une dépréciation inédite de sa monnaie, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

Résultat, plus de la moitié de la population se retrouve sous le seuil de pauvreté, selon l'ONU, et la part vivant dans l'extrême pauvreté a explosé, passant de 8% à 23%.

En 2020, le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 25% et les prix ont bondi de 144%, selon le Fonds monétaire international (FMI). La livre libanaise a perdu plus de 80% de sa valeur face au dollar.

En outre, les restrictions inédites sur les retraits et virements bancaires, en vigueur depuis l'automne 2019, empêchent les épargnants d'accéder librement à leurs dépôts en devises étrangères.

Ils peuvent retirer en convertissant les montants en livres libanaises, à un taux extrêmement faible par rapport à celui du marché parallèle, car cela équivaut à une perte de facto "de plus de 50%", qui a surtout affecté les petits et moyens épargnants, rappelle l'économiste Jad Chaaban.

Un plan de relance économique, annoncé en avril 2020, incluant une restructuration de la dette, parmi les plus élevée au monde par rapport au PIB, et du secteur bancaire, est resté lettre morte. Des négociations entamées avec le FMI pour une aide financière ont rapidement déraillé.

L'explosion au port de Beyrouth le 4 août -imputée à la négligence des autorités et qui a fait plus de 200 morts- a été la tragédie de trop pour des Libanais éreintés, qui dénoncent l'inertie, la corruption et l'incompétence du pouvoir face à une avalanche de crises.

Le pays est sans gouvernement depuis août, faute d'entente entre les principaux partis, malgré les pressions locales et internationales.

Enfin, depuis fin décembre, le Liban connaît une propagation exponentielle du coronavirus.

Confinement : quel impact ?

Un premier confinement entre mars et juin 2019 a poussé près d'un Libanais sur trois au chômage, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Face à l'ampleur de la crise sanitaire, le gouvernement a imposé depuis le 14 janvier un confinement strict, accompagné d'une fermeture des commerces, qui peuvent uniquement livrer à domicile. Pour sortir, les habitants doivent remplir des attestations autorisant les déplacements dans certains cas seulement.

L'ONG Save the Children a mis en garde contre les retombées sociales des restrictions, dans un pays où les journaliers représentent environ la moitié de la population active, selon le ministère du Travail.

L'organisation craint que "les familles vulnérables et leurs enfants" se retrouvent "livrés à eux-mêmes".

La Banque mondiale a approuvé une aide d'urgence de 202 millions d'euros pour venir en aide à 786.000 Libanais.

De leur côté, les autorités assurent distribuer 400.000 livres par mois (43 euros au marché noir) à 230.000 ménages défavorisés.

Un montant jugé insuffisant et loin de couvrir tous les besoins: 75% des Libanais ont aujourd'hui besoin d'une assistance financière, selon le ministère des Affaires sociales.

Le pire à venir ?

Pour Jad Chaaban, la grogne sociale risque d'enfler.

"Si l'impasse politique persiste, que les affrontements et incidents sécuritaires se poursuivent, le taux de change au marché noir risque de grimper jusqu'à 10.000 livres, voire plus, pour un dollar (contre 8.800 à l'heure actuelle, ndlr), ce qui ferait bondir les prix", explique-t-il.

"A cela pourrait s'ajouter une levée des subventions -initialement programmée pour fin 2020- sur certaines denrées essentielles comme l'essence et les médicaments, ce qui aurait également des effets inflationnistes", ajoute l'économiste.

Quant aux aides internationales, notamment celles du FMI, elles sont conditionnées à la mise en place de réformes, tributaires d'un gouvernement "crédible" qui n'a toujours pas vu le jour, poursuit M. Chaaban.

Une évaluation qui fait craindre le pire, dans un contexte de mécontentement généralisé.

"Ce qui s'est passé (...) n'est que le prélude à de plus grands mouvements", pronostiquait mardi un militant de Tripoli.


Israël va «intensifier» ses opérations au Liban, après avoir détruit un pont reliant Tyr au reste du pays

Israël va «intensifier» ses opérations au Liban, après avoir détruit un pont reliant Tyr au reste du pays
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  • Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays
  • Le président libanais Joseph Aoun a aussitôt "condamné le ciblage et la destruction par Israël d'infrastructures et d'installations vitales"

BEYROUTH: Israël a annoncé dimanche qu'il allait "intensifier" ses opérations terrestres au Liban et étendre son "contrôle" sur le terrain, après avoir détruit un pont stratégique dans le sud du pays, utilisé selon lui par le Hezbollah pro-iranien.

Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays.

Le président libanais Joseph Aoun a aussitôt "condamné le ciblage et la destruction par Israël d'infrastructures et d'installations vitales".

"Ces attaques représentent une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban, et sont considérées comme un prélude à une invasion terrestre", a-t-il estimé dans un communiqué.

Peu de temps après ces déclarations, l'armée israélienne a annoncé intensifier ses "opérations terrestres ciblées" et ses frappes.

"L'opération contre l'organisation terroriste Hezbollah ne fait que commencer (...) Il s'agit d'une opération de longue haleine et nous y sommes préparés", a affirmé le chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.

"Nous n'arrêterons pas avant que la menace ne soit repoussée loin de la frontière et qu'une sécurité à long terme soit assurée aux habitants du nord d'Israël", a-t-il ajouté.

Dans un autre communiqué, le porte-parole de l'armée israélienne Effie Defrin a précisé que ces opérations terrestres débuteraient "dans la semaine".

"Nous commencerons à consolider notre emprise", a-t-il déclaré. "Nous allons étendre notre contrôle sur le terrain et nos manœuvres pour empêcher des tirs directs".

Détruire "tous les ponts" 

Le ministre de la Défense, Israël Katz, avait annoncé plus tôt avoir ordonné de "détruire immédiatement tous les ponts au-dessus du fleuve Litani qui servent à des activités terroristes, afin d'empêcher le passage (...) du Hezbollah et d'armes vers le sud".

D'après l'agence nationale d'information libanaise, l'Ani, quatre frappes ont visé le pont de Qasmiyeh, le rendant impraticable. Ces frappes ont également causé des dommages "aux réseaux électriques, ainsi que de graves dégâts aux commerces, aux vergers et aux parcs situés à proximité du pont", précise l'Ani.

L'armée israélienne avait déjà indiqué mercredi avoir détruit deux ponts sur le fleuve, qui traverse le Liban à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël, dans le cadre de son offensive contre le Hezbollah, organisation chiite libanaise.

Plus tôt dimanche, les secours israéliens avaient annoncé la mort d'un civil près de la frontière.

Le Hezbollah a revendiqué avoir ciblé des soldats, mais l'armée israélienne a ouvert une enquête pour déterminer si cette mort était liée à un tir de ses propres soldats.

Il s'agit de la première victime civile sur la frontière nord du pays depuis le début de la guerre entre le mouvement libanais et Israël début mars.

"Deux véhicules se sont entièrement embrasés après un impact direct dans le kibboutz de Misgav Am: les pompiers ont dégagé une victime décédée sur les lieux", ont précisé les services de secours de cette région.

Le 8 mars, deux soldats israéliens avaient été tués par des tirs du Hezbollah dans le sud du Liban, tout près de la frontière.

Destructions de maisons 

Le Hezbollah est entré dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour des frappes israélo-américaines sur Téhéran.

Depuis, Israël mène des représailles massives à travers une vaste campagne de frappes aériennes sur le Liban et des avancées terrestres dans une zone tampon le long de la frontière, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

Selon Israël Katz, l'armée va aussi "accélérer la destruction des maisons libanaises dans les villages de contact" à la frontière, "afin de contrer les menaces qui pèsent sur les communautés israéliennes".

D'après l'agence Ani, les forces israéliennes ont détruit "un certain nombre de maisons" dans le village de Taybeh. Le Hezbollah a lui annoncé avoir pris pour cible des soldats israéliens dans la ville frontalière de Khiam, où des affrontements ont lieu depuis plusieurs jours, ainsi qu'à Maroun al-Ras, Marwahin et dans d'autres zones frontalières avec Israël.

L'Ani a aussi rapporté plusieurs frappes ailleurs dans le sud, notamment dans la localité stratégique de Khiam et la ville côtière de Naqoura, mais aussi dans la vallée de la Bekaa (est).

 

 


L'Arabie saoudite et ses voisins du Golfe à nouveau attaqués

La région de Ryad en Arabie saoudite a été visée par deux missiles balistiques, a annoncé lundi le ministère de la Défense du royaume au 24e jour de la guerre au Moyen-Orient, d'autres pays du Golfe faisant également état de tirs iraniens vers leurs territoires. (AFP)
La région de Ryad en Arabie saoudite a été visée par deux missiles balistiques, a annoncé lundi le ministère de la Défense du royaume au 24e jour de la guerre au Moyen-Orient, d'autres pays du Golfe faisant également état de tirs iraniens vers leurs territoires. (AFP)
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  • Un des missiles a été intercepté et l'autre est tombé dans une zone inhabitée, a précisé le ministère saoudien
  • Aux Emirats arabes unis, autre pays régulièrement visé par Téhéran depuis le début de la guerre, le ministère de la Défense a annoncé lundi qu'il "réagissait actuellement à des menaces de missiles et de drones en provenance d'Iran"

RYAD: La région de Ryad en Arabie saoudite a été visée par deux missiles balistiques, a annoncé lundi le ministère de la Défense du royaume au 24e jour de la guerre au Moyen-Orient, d'autres pays du Golfe faisant également état de tirs iraniens vers leurs territoires.

Un des missiles a été intercepté et l'autre est tombé dans une zone inhabitée, a précisé le ministère saoudien.

Aux Emirats arabes unis, autre pays régulièrement visé par Téhéran depuis le début de la guerre, le ministère de la Défense a annoncé lundi qu'il "réagissait actuellement à des menaces de missiles et de drones en provenance d'Iran", expliquant que "les bruits entendus sont le résultat de l'interception de missiles et de drones par les systèmes de défense aérienne".

Une alerte a également été déclenchée à Bahreïn. "Les citoyens et les résidents sont invités à rester calmes et à se rendre à l'endroit sûr le plus proche", a indiqué le ministère de l'Intérieur du pays sur les réseaux sociaux.

Les pays du Golfe, qui se sont longtemps présentés comme des oasis de sécurité et de stabilité dans une région en proie aux conflits, ont été entraînés dans la guerre au Moyen-Orient alors que la République islamique riposte aux frappes américano-israéliennes.

L'Iran a pris pour cible des installations militaires américaines ainsi que des infrastructures civiles, notamment des aéroports, des ports et des installations pétrolières autour du Golfe.

 


Les autorités saoudiennes saluent le succès du plan opérationnel durant le Ramadan

Des fidèles musulmans se rassemblent autour de la Kaaba, le sanctuaire le plus sacré de l’islam, dans l’enceinte de la Grande Mosquée de la ville sainte de La Mecque. (AFP)
Des fidèles musulmans se rassemblent autour de la Kaaba, le sanctuaire le plus sacré de l’islam, dans l’enceinte de la Grande Mosquée de la ville sainte de La Mecque. (AFP)
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  • L’autorité souligne que ce succès repose sur un système opérationnel intégré fondé sur une planification proactive, une coordination entre les services, la sécurité, les opérations et la santé, ainsi qu’une exécution efficace sur le terrain

LA MECQUE : L’Autorité générale pour la gestion des Deux Saintes Mosquées a salué le succès de son plan opérationnel pour le Ramadan, mettant en avant la capacité du Royaume à gérer l’une des opérations de foule les plus vastes et complexes au monde.

Des millions de pèlerins ont visité les deux saintes mosquées durant le Ramadan, bénéficiant d’un flux de fidèles et de services fluide et minutieusement organisé, reflétant l’engagement du Royaume à leur service.

L’autorité a souligné que ce succès est le fruit d’un système opérationnel intégré reposant sur une planification proactive, une coordination entre les entités de service, de sécurité, opérationnelles et sanitaires, ainsi qu’une exécution efficace sur le terrain.

Cette approche a permis une gestion très efficace des foules et la fourniture de services de haute qualité, améliorant l’expérience spirituelle des fidèles et des visiteurs.

Au cours des dix derniers jours du mois sacré, plus de 18 000 agents et près de 6 000 véhicules ont été mobilisés, alors que les fidèles entamaient l’itikaf dans les deux saintes mosquées.

Durant cette période, divers services leur ont été fournis, notamment orientation, soins de santé, traduction, hospitalité et fournitures essentielles, afin de garantir une expérience confortable et spirituellement enrichissante. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com