Après la tragédie du port, les Libanais craignent une pénurie de pain

Ce qu’il reste des silos à grains, dans l’enceinte du port dévasté de Beyrouth suite à l’explosion d’un dépôt de nitrates le 5 août 2020 (Fichier/AFP)
Ce qu’il reste des silos à grains, dans l’enceinte du port dévasté de Beyrouth suite à l’explosion d’un dépôt de nitrates le 5 août 2020 (Fichier/AFP)
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Publié le Vendredi 07 août 2020

Après la tragédie du port, les Libanais craignent une pénurie de pain

  • L’explosion au port de Beyrouth a touché les plus grands silos de céréales du Liban, provoquant la panique parmi la population qui craint une pénurie de pain
  • La destruction du port de la capitale a encore restreint l'accès à la nourriture d'une population qui importe 85% de ses besoins alimentaires

BEYROUTH : Du blé se répand hors de silos éventrés, se mélangeant à la suie, aux débris et au ciment : l'explosion au port de Beyrouth a touché les plus grands silos de céréales du Liban, provoquant la panique parmi la population qui craint une pénurie de pain.

La destruction du port de la capitale a encore restreint l'accès à la nourriture d'une population qui importe 85% de ses besoins alimentaires, dont le blé nécessaire à la production des galettes de pain, indispensables à chaque repas libanais et vendues aujourd'hui au prix subventionné de 2.000 livres libanaises (1,2 euro) le paquet de 900 grammes.

"Lorsque nous avons vu les silos, nous avons paniqué", reconnaît Ghassan Bou Habib, PDG de la chaîne de boulangeries Wooden Bakery.

Quelque 15.000 tonnes de blé, de maïs et d'orge entreposées dans les imposants silos, vieux de 55 ans, ont été projetées par l'explosion et une minoterie voisine a été détruite.

Tant les boulangeries que les consommateurs craignent que la destruction des silos, d'une capacité de 120.000 tonnes, n'aggrave une éventuelle pénurie de blé.

Une crise de liquidités depuis l'automne a réduit les importations, les banques ayant interrompu les transferts à l'étranger.

L'activité des conteneurs avait déjà baissé de 45% au premier semestre 2020 par rapport à l'année dernière, selon la Blominvest Bank, tandis que la dévaluation rapide de la livre libanaise a entraîné une hausse vertigineuse des prix.

"Nous avions déjà des difficultés avec le peu de farine et de blé disponibles", affirme Ghassan Bou Habib. "Les minoteries n'en avaient pas assez ou n'avaient pas de carburant pour fonctionner", dit-il.

"Nous ne mangeons pas de steak"

Même avant l'explosion, les 50 branches de la chaîne Wooden Bakery ne recevaient que les deux-tiers des 70 tonnes de farine quotidiennes nécessaires.

"Maintenant, notre cuisine centrale ne produit plus assez pour remplir les rayons", dit M. Bou Habib.  Au lendemain de l'explosion, des clients paniqués se sont précipités par centaines à la boulangerie des Capucins, dans le quartier commerçant de Hamra.

"Nous avons tout vendu. Chacun achetait cinq paquets de pain au lieu d'un seul, au cas où il y aurait une pénurie", affirme un employé, Haïdar Moussaoui.

"Le pain est la seule chose qui peut rassasier les pauvres : nous ne sommes pas assis à manger un steak avec une fourchette et un couteau", déclare-t-il à l'AFP.

Des responsables ont tenté d'atténuer les craintes des Libanais, affirmant que le pays avait des stocks de blé suffisants pour un mois et que de nouvelles cargaisons arriveraient cette semaine à travers les ports de Tripoli dans le nord et Saïda dans le sud.

Mais les silos manquent, fait remarquer Moussa Khoury, un entrepreneur agricole qui a géré le stockage des céréales de Beyrouth de 2014 à 2017.

"Rien n'est comparable au port de Beyrouth, où les céréales étaient déchargées des bateaux ou retirées des silos 24 heures sur 24", ajoute-t-il, prédisant "d'énormes problèmes" dans les prochains mois.

"Les ports de Tripoli et Saïda sont plus petits, ce qui signifie que le déchargement sera plus long et plus coûteux" et pourrait se répercuter sur le prix du pain, ajoute-t-il.

Les propriétaires de minoteries ont déjà calculé que le transport du blé par camion depuis Tripoli, à 80 km au nord de Beyrouth, coûterait 6 dollars de plus par tonne, déclare Arslan Sinno, président de Dora Mills.

"Qui payera ? Nous ? ", demande-t-il amèrement.

La cerise" sur le gâteau"

Arslan Sinno explique à l'AFP que les stocks dans les silos et les minoteries étaient déjà à la baisse en raison des délais de paiement de la Banque centrale aux fournisseurs étrangers.

"D'autres fournisseurs peuvent ne plus vouloir venir en raison de problèmes de sécurité", ajoute-t-il.

L'Agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) a aussi tiré la sonnette d'alarme après l'explosion de Beyrouth, affirmant mercredi craindre "à brève échéance, un problème de disponibilité de farine".

Depuis des mois, des initiatives comme celle de la Banque alimentaire libanaise distribuent des rations aux familles dans le besoin, dont du pain offert par certaines des minoteries et boulangeries aujourd'hui touchées de plein fouet.

Depuis l'explosion mardi, des volontaires de la Banque alimentaire libanaise (LFB) sont sur le pont, distribuant des sandwichs et des repas aux familles dont les habitations ont été endommagées, affirme Souha Zeaiter, sa directrice exécutive. Mais même son initiative peut être affectée.

Une boulangerie qui donnait 500 paquets de pain par jour à la LFB avant le drame l'a avertie qu'elle ne pouvait pas donner plus en raison de la pénurie de farine. "Nous étions déjà confrontés au Covid-19 et à la crise économique, et puis ce désastre est arrivé", dit Souhai Zeaiter à l'AFP. "C'était la cerise sur le gâteau". 


Le CCG affiche une unité sécuritaire après une tentative d’infiltration au Koweït

Le secrétaire général du CCG, Jasem Mohamed Albudaiwi. (SPA)
Le secrétaire général du CCG, Jasem Mohamed Albudaiwi. (SPA)
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  • Les ministres du Golfe soulignent le caractère « indivisible » de la sécurité régionale après l’arrestation au Koweït d’individus présumés liés aux Gardiens de la révolution iraniens
  • Le CCG prévoit de renforcer sa coordination, affirme le secrétaire général Jasem Mohamed Albudaiwi

RIYAD : Les ministres de l’Intérieur du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont affirmé mercredi que la sécurité du bloc régional était « indivisible » et ont appelé à un renforcement de la coordination face aux menaces régionales après l’arrestation au Koweït de cellules présumées liées au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, selon l’Agence de presse saoudienne.

Le secrétaire général du CCG, Jasem Mohamed Albudaiwi, a indiqué que les ministres avaient insisté sur la nécessité d’une coopération plus étroite entre leurs ministères et les autorités sécuritaires concernées lors d’une réunion extraordinaire tenue au siège du secrétariat du bloc à Riyad.

La réunion était présidée par le ministre bahreïni de l’Intérieur, Rashid bin Abdullah Al-Khalifa, dans un contexte de fortes tensions régionales et d’inquiétudes sécuritaires liées au conflit en cours impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis.

Selon Albudaiwi, les ministres ont discuté de la situation sécuritaire régionale et des moyens de renforcer la coordination commune du CCG afin de faire face aux défis résultant des attaques visant les États du Golfe.

« La sécurité des États du CCG est indivisible », a-t-il déclaré, ajoutant que les ministres avaient souligné l’importance de faire face à toutes les menaces pesant sur la stabilité de la région et de lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes.

Cette déclaration intervient quelques jours après l’annonce par les autorités koweïtiennes de l’arrestation de quatre ressortissants iraniens accusés d’avoir tenté d’infiltrer l’île de Bubiyan, un site stratégique proche des côtes irakiennes et iraniennes abritant le port Moubarak Al-Kabeer.

Le ministère koweïtien de l’Intérieur a indiqué que les suspects avaient reconnu appartenir aux Gardiens de la révolution et qu’ils avaient pour mission de mener des actes hostiles après être entrés dans les eaux koweïtiennes à bord d’un bateau de pêche loué. Deux autres suspects présumés ont pris la fuite lors d’un échange de tirs avec les forces koweïtiennes, au cours duquel un membre des forces de sécurité a été blessé.

L’Iran a rejeté ces accusations, les qualifiant d’« absolument sans fondement », affirmant que les quatre officiers étaient entrés accidentellement dans les eaux koweïtiennes en raison d’une panne de navigation. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a ensuite demandé la libération des détenus et déclaré que Téhéran se réservait le « droit de répondre ».

La tentative d’infiltration a rapidement été condamnée par plusieurs États du Golfe, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et Bahreïn, qui ont tous exprimé leur solidarité avec le Koweït et qualifié l’incident de violation de la souveraineté koweïtienne.

Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, a déclaré que la sécurité du Koweït était indissociable de celle de l’ensemble de la région du Golfe, reprenant ainsi le langage adopté plus tard lors de la réunion du CCG.

L’Arabie saoudite a également condamné ce qu’elle a qualifié de tentative d’infiltration iranienne visant à déstabiliser le Koweït, avertissant que de telles actions compromettaient les efforts internationaux destinés à restaurer la sécurité régionale.

Albudaiwi a ajouté que les ministres du CCG avaient également présenté leurs condoléances aux familles des victimes des récentes attaques contre les États du Golfe et souhaité un prompt rétablissement aux blessés.

Il a salué « l’efficacité et la vigilance » des agences de sécurité du CCG dans la découverte et le démantèlement des cellules présumées hostiles, affirmant que ces opérations reflétaient le haut niveau de préparation des services de sécurité du Golfe.

Cette réunion d’urgence intervient alors que les États du Golfe restent en état d’alerte renforcée face à l’escalade des tensions régionales, notamment les attaques iraniennes de missiles et de drones visant les Émirats arabes unis, les menaces pesant sur la navigation maritime dans le détroit d’Ormuz et les inquiétudes concernant la sécurité des routes énergétiques et maritimes stratégiques.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban et Israël retentent un rapprochement à Washington

Une personne est visible à l’intérieur d’un véhicule en flammes tandis que des hommes tentent d’éteindre l’incendie après une frappe aérienne israélienne ayant touché une voiture dans la ville côtière de Barja, au sud de Beyrouth, au Liban, mercredi 13 mai 2026. (Photo AP/Mustafa Jamalddine)
Une personne est visible à l’intérieur d’un véhicule en flammes tandis que des hommes tentent d’éteindre l’incendie après une frappe aérienne israélienne ayant touché une voiture dans la ville côtière de Barja, au sud de Beyrouth, au Liban, mercredi 13 mai 2026. (Photo AP/Mustafa Jamalddine)
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  • Des négociateurs israéliens et libanais se retrouvent à Washington pour tenter de consolider le cessez-le-feu avant son expiration le 17 mai, malgré la poursuite des frappes israéliennes au Liban
  • Le Liban réclame l’arrêt des attaques israéliennes, tandis qu’Israël maintient sa pression contre le Hezbollah, dans un contexte de fortes tensions régionales impliquant aussi l’Iran

WASHINGTON: Négociateurs israéliens et libanais se retrouvent à partir de jeudi à Washington, à quelques jours de l'expiration d'un cessez-le-feu qui n'a pas empêché des centaines de morts supplémentaires lors de frappes israéliennes contre le Hezbollah.

Cette rencontre, la troisième de ce type, intervient au lendemain d'une série de frappes israéliennes sur une trentaine de lieux au Liban qui a fait au moins 22 morts, selon le ministère libanais de la Santé.

Les représentants des deux pays s'étaient déjà rencontrés le 23 avril dans la capitale américaine. Le président Donald Trump avait annoncé à cette occasion une prolongation de trois semaines de la trêve, et exprimé l'espoir d'un rapprochement historique entre les deux voisins du Proche-Orient qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le président des Etats-Unis avait conjecturé qu'il accueillerait dans l'intervalle à la Maison Blanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président libanais Joseph Aoun. Mais cet espoir ne s'est pas concrétisé, le chef d'Etat libanais exigeant au préalable un accord sur les questions de sécurité et la fin des attaques israéliennes.

La trêve a été prolongée jusqu'au dimanche 17 mai. Depuis son entrée en vigueur le 17 avril, plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Israël s'est réservé le droit de continuer à viser le Hezbollah, le mouvement chiite pro-iranien qui a entraîné le Liban dans la guerre à la suite du déclenchement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.

"Quiconque menace l'Etat d'Israël mourra en raison de sa faute", a encore averti la semaine dernière Benjamin Netanyahu après l'assassinat d'un important chef militaire du Hezbollah en plein cœur de Beyrouth.

Dans ses propres tractations indirectes avec Washington, l'Iran exige que toute trêve concerne aussi le Liban -- à savoir qu'Israël cesse de frapper son allié du Hezbollah.

- "Consolidation" -

A Washington, le Liban vient chercher "une consolidation du cessez-le-feu", a déclaré à l'AFP un haut responsable ayant requis l'anonymat. "La priorité est de mettre un terme aux morts et aux destructions".

Plus de 2.800 personnes ont péri au Liban depuis le début du conflit début mars, dont au moins 200 enfants, d'après Beyrouth.

Israël vise des secteurs à forte population chiite, dont la banlieue sud de Beyrouth, et s'est emparé d'une bande frontalière qu'il occupait déjà entre 1982 et 2000.

Washington dit défendre la souveraineté du Liban sur tout son territoire mais appelle aussi le pays à s'en prendre au Hezbollah.

Pour le département d'Etat, "ces pourparlers doivent permettre de rompre catégoriquement avec l'approche ratée des deux dernières décennies qui autorisait des mouvements terroristes à s'enraciner et à s'enrichir, tout en sapant l'autorité de l'Etat libanais et en menaçant la frontière septentrionale d'Israël".

A la différence de la précédente session de négociations, ni le secrétaire d'Etat Marco Rubio ni Donald Trump lui-même n'y participeront. Tous deux sont en visite officielle en Chine.

Pour ces deux journées d'entretiens au département d'Etat, l'équipe de médiateurs américains comprend les ambassadeurs des Etats-Unis en Israël et au Liban, respectivement Mike Huckabee, un pasteur évangélique, et Michel Issa, un partenaire de golf de Donald Trump qui est né au pays du Cèdre.

Le Liban est représenté par Simon Karam, un avocat et diplomate de 76 ans, et Israël par son ambassadeur Yechiel Leiter, 67 ans, allié de longue date de Benjamin Netanyahu.


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué.