Un concert de casseroles donne le coup d’envoi à la «résistance birmane»

Une femme cogne des poêles après les appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux à Rangoun, le 3 février 2021. (Photo, AFP)
Une femme cogne des poêles après les appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux à Rangoun, le 3 février 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 04 février 2021

Un concert de casseroles donne le coup d’envoi à la «résistance birmane»

  • Des milliers de personnes se sont rassemblées sur leurs balcons pour se faire entendre
  • Les militaires ont pris le pouvoir lundi après avoir renversé le gouvernement civil dirigé par Aung San Suu Kyi

RANGOUN: Comme à chaque fois qu’ils manifestent contre l’armée, les Birmans n’attendaient qu’un signe pour descendre dans la rue et manifester.

Cependant, peu de temps après le coup d'État de l'armée ce lundi, lorsque le chef des forces armées, Min Aung Hlaing, a déclaré l'état d'urgence et décrété un régime militaire pour une durée d’un an, la plupart ont opté pour une méthode non violente et traditionnelle d'exprimer leur résistance, un concert de casseroles.

Les rues de Rangoun, la plus grande ville du pays avec une population de plus de cinq millions d’habitants, ont fait écho au tapage de vingt heures, lundi, quand des milliers de personnes se sont rassemblées sur leurs balcons pour se faire entendre.

«C'est notre façon traditionnelle de nous débarrasser des mauvais esprits. Si nous croyons que quelqu’un ou quelque chose est possédé, nous frappons sur des casseroles, des poêles et des assiettes pour que l’esprit ait peur et s’en aille», explique à Arab News Hla Min, un habitant de 52 ans de la commune de Hlaing à Rangoun.

Et il est bien passé pour le savoir. Témoin de la répression brutale de l'armée contre les manifestants lors des mouvements prodémocratie en 1988 et 2007, Min se dit «soulagé» de voir les gens manifester de manière non violente.

«J'avais peur qu'il n’y ait un grand rassemblement dans les rues pour affronter des soldats prêts à les abattre. Nous savons que les soldats n'ont aucune pitié», confie-t-il, peu de temps après avoir rejoint la «manifestation des balcons» pendant quinze minutes.

Les militaires ont pris le pouvoir lundi après avoir renversé le gouvernement civil dirigé par Aung San Suu Kyi.

Le coup d’État fait suite à une victoire écrasante de la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) de Suu Kyi aux élections générales de novembre de l’année dernière.

L'armée a toutefois contesté les résultats, invoquant des irrégularités de scrutin et des fraudes.

Lors de la prise de contrôle de lundi, les troupes de Hlaing ont arrêté les principaux dirigeants du gouvernement, dont Suu Kyi, ainsi que le président Win Myint, et plusieurs importants militants.

Cependant, Min Ko Naing, célèbre défenseur de la démocratie et ancien prisonnier politique, et considéré comme la deuxième personne la plus influente du pays après Suu Kyi, a réussi à échapper à l'arrestation et s'est caché. Il avait appelé les gens à résister à l'armée de manière non violente.

«Les gens ne doivent pas reconnaître le régime, ils doivent refuser de collaborer, d’obéir», a-t-il déclaré dans une courte vidéo qui est devenue virale mardi sur les réseaux sociaux.

«C'est ce que nous devrions faire pour boycotter le régime», a-t-il affirmé.

Une nouvelle administration militaire, le Conseil Administratif National, a été formée mardi. Elle sera présidée par Hlaing.

Des signes de colère publique ont commencé à émerger, en particulier parmi les professionnels de la santé. Bien qu’ils soient les plus concernés par la pandémie de la Covid-19, ils mènent une campagne de désobéissance civile contre le nouveau régime.

Les médecins et les infirmières d'au moins 74 hôpitaux publics et services de santé à travers le pays étaient en grève mercredi, en guise de protestation contre le coup d'État.

Dans une déclaration commune publiée mercredi, plusieurs ont affirmé ne pas reconnaître la légitimité du gouvernement militaire.

«Nous cesserons de nous rendre dans les hôpitaux qui sont à présent sous le contrôle du gouvernement militaire illégal», ont-ils affirmé.

Un médecin d’un hôpital public de la commune d’Insein à Rangoun précise que le mouvement peut «incommoder» les patients, mais que le boycott était «inévitable.»

«Nous nous soucions des patients, mais nous ne pouvons accepter l’intimidation de la part des militaires. Nous ne pouvons pas faire partie de la dictature», a-t-il déclaré mercredi à Arab News.

«J'espère que les patients nous comprendront», a-t-il poursuivi.

Nay Phone Latt, ancien prisonnier politique et député de la NLD, a déclaré que le mouvement de désobéissance civile a pris de l'ampleur après que davantage de fonctionnaires ont commencé à se joindre à eux.

«Nous avons commencé par une manifestation bruyante, et nous prévoyons davantage de résistance non violente jusqu'à ce que nous atteignions notre objectif», a-t-il déclaré à Arab News.

Latt, qui a été emprisonné pendant cinq ans pour avoir dirigé un mouvement prodémocratie en 2007, estime qu'une campagne qui appelle les gens à descendre dans la rue serait le «dernier recours» contre le régime.

«Nous savons que nous risquons d’être arrêtés, détenus, torturés et mis en prison pour avoir exprimé nos objections à leur égard», a-t-il déclaré, «ils essaient de voler l'avenir du pays. Nous ne pouvons pas les laisser faire».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com


Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis vont démarrer en Suisse

Le vice-président américain JD Vance est arrivé en Suisse dimanche, atterrissant à la base aérienne d’Emmen à 5 h 59 (03 h 59 GMT), selon son porte-parole. (AFP)
Le vice-président américain JD Vance est arrivé en Suisse dimanche, atterrissant à la base aérienne d’Emmen à 5 h 59 (03 h 59 GMT), selon son porte-parole. (AFP)
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  • Les négociations américano-iraniennes s’ouvrent en Suisse dans un contexte tendu, marqué par la poursuite des violences au Liban et des divergences sur l’application du protocole d’accord, notamment sur le nucléaire et un cessez-le-feu
  • L’escalade régionale s’intensifie avec la fermeture annoncée du détroit d’Ormuz par l’Iran, tandis que les États-Unis appellent à la retenue et poursuivent les discussions diplomatiques

BURGENSTOCK: Les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran pour trouver une paix durable au Moyen-Orient doivent débuter dimanche matin dans un hôtel de luxe des Alpes suisses, quatre jours après la signature d'un protocole d'accord, déjà malmené, pour mettre fin aux hostilités.

Ces pourparlers, centrés sur le programme nucléaire iranien, sont prévus pour une durée renouvelable de 60 jours. Avant même qu'ils ne commencent, les écueils se sont accumulés, avec la poursuite des combats au Liban malgré une clause de l'accord-cadre prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts, et l'annonce par Téhéran d'une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles.

Sur le front libanais, des frappes israéliennes ont fait au moins 30 morts samedi dans l'est et le sud du Liban, avant une accalmie constatée par un correspondant de l'AFP en fin de journée, lorsque l'armée israélienne a reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah pro-iranien.

Les pourparlers débuteront dans le courant de la matinée, a annoncé la diplomatie suisse, précisant que la délégation américaine, dirigée par le vice-président américain JD Vance, et la délégation iranienne, menée par le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, étaient arrivées à l'hôtel de luxe de Bürgenstock, surplombant le lac de Lucerne, site des discussions. Les pays médiateurs, le Pakistan et le Qatar, sont également sur place.

Arrivée samedi soir, la délégation iranienne compte aussi, selon la télévision d'Etat iranienne, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati.

Les discussions devraient durer "quelques jours", a affirmé JD Vance à la presse samedi soir, ajoutant qu'il ne pourrait rester en Suisse "qu'un jour ou deux".

"J'espère qu'on va faire des progrès sur la question nucléaire et sur la question du cessez-le-feu au Liban. Ce sont les deux points principaux sur lesquels je pense que nous allons nous concentrer", a-t-il déclaré.

L'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, se trouvent également en Suisse, selon JD Vance.

Les pourparlers sont censés mener à un accord final pour mettre un terme au conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février. Les hostilités ont causé des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

- Protocole "en danger" -

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a toutefois prévenu samedi les Etats-Unis que le protocole d'accord serait "en danger" si ses clauses n'étaient pas appliquées rapidement, en référence à la situation au Liban.

Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaei, a lui appelé à la prudence face à tout "optimisme", affirmant sur X que "l'ennemi a montré qu'il ne tenait pas ses promesses".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient par des tirs de roquettes sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, tué au début de la guerre.

Depuis, les opérations israéliennes au Liban ont fait 4.057 morts, selon le dernier bilan, samedi, du ministère libanais de la Santé.

L'armée israélienne a annoncé pour sa part qu'un de ses soldats avait été tué samedi dans le sud du Liban, portant à 36 le nombre de ses pertes depuis le début du conflit. Elle a précisé samedi que ses troupes ne mèneraient "pas de frappes proactives", mais qu'elles opéreraient "de manière défensive" au sein de la bande territoriale du sud du Liban occupée par Israël.

Avant son départ pour la Suisse, le vice-président américain a assuré que la situation "s'améliore" au Liban.

"Le gros problème, c'est que vous allez avoir quelqu'un qui va commencer à tirer et ensuite quelqu'un va répondre, et donc vous avez en quelque sorte ce problème de l'oeuf et de la poule où il faut réussir à arrêter les tirs suffisamment longtemps pour que le cessez-le-feu tienne, c'est ce qu'on essaie de faire", a-t-il dit.

- Ormuz fermé -

Après les nouveaux affrontements au Liban, le commandement central de l'armée iranienne a annoncé que "le détroit d'Ormuz serait fermé au trafic maritime", une "première mesure en réponse à la violation des engagements par l'ennemi". Il a menacé "d'autres mesures" si nécessaire "pour contraindre l'ennemi à respecter ses obligations".

La réouverture du détroit a constitué l'un des points clés du protocole d'accord américano-iranien. L'Iran avait verrouillé au début de la guerre cette voie maritime stratégique par laquelle transitaient auparavant quelque 20% des hydrocarbures mondiaux, provoquant une flambée des cours du pétrole.

Après l'annonce par l'Iran de sa nouvelle fermeture, le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a indiqué que ses forces demeuraient "vigilantes". Selon lui, 55 navires marchands ont franchi le détroit de manière sûre samedi.

Téhéran a également évoqué la possible mise en place de "frais" de service maritime pour les navires voulant y transiter. Le président américain Donald Trump a lui aussi menacé d'appliquer un péage dans le détroit en cas d'échec des discussions avec l'Iran.


Iran: le négociateur en chef conditionne toute discussion avec les Etats-Unis aux «lignes rouges» fixées par Téhéran

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement
  • L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient

TEHERAN: Le chef de l'équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, a insisté vendredi sur le nécessaire respect des "lignes rouges" de l'Iran lors des futurs pourparlers avec les Etats-Unis.

"Comme nous l'avons démontré tout au long des négociations précédentes, nous restons fermes dans le respect des conditions et des lignes rouges fixées, et dans la défense des intérêts de la nation iranienne", a déclaré l'influent M. Ghalibaf, cité par l'agence Irna.

"Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement.

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient.

Le président iranien Massoud Pezeshkian, qui a paraphé l'accord à distance avec son homologue américain Donald Trump, a publié une déclaration similaire, réaffirmant que les intérêts nationaux demeuraient la "ligne rouge" de son pays, sans plus de précisions.

Cette signature doit ouvrir la voie à des négociations plus poussées et techniques, d'une durée reconductible de 60 jours, centrées sur le programme nucléaire iranien en vue d'un accord définitif.

Mais de premiers pourparlers, prévus vendredi en Suisse, ont été annulés.

Les propos de M. Ghalibaf font suite à un communiqué du guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, faisant part de ses réserves pour le protocole d'accord qu'il a finalement autorisé.

Il prévoit notamment la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban. Mais des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés, selon les autorités libanaises, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats.

L'accord a par ailleurs permis la levée du blocus naval américain imposé depuis deux mois aux ports iraniens et la réouverture par Téhéran du détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour les hydrocarbures.

En Iran, le texte suscite l'opposition de certains conservateurs, hostiles à des concessions, notamment sur le contrôle du stratégique détroit.

"Les Américains ne respectent aucun engagement, ils n'ont jamais été loyaux envers aucun accord et ils ne le seront jamais", a ainsi déclaré Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal ultraconservateur Kayhan, lors d'une interview jeudi accordée à la télévision d'Etat.

"Le détroit d'Ormuz est le moyen d'obtenir des compensations" lors des négociations, a-t-il estimé.


Vance lance un avertissement aux critiques de Trump en Israël

JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
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  • "Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti
  • "Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président

WASHINGTON: JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington.

"Ce que je veux dire, et cela me dérange, c'est qu'il y a des gens dans le gouvernement de Bibi (le surnom du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ndlr) qui se sont exprimés pour attaquer l'accord et qui d'une certaine manière ont attaqué le président des Etats-Unis très personnellement", a dit le vice-président américain pendant une conférence de presse.

"Mon message pour eux est double. D'abord, Donald J. Trump est le seul chef d'Etat dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël aujourd'hui, et il se trouve être le chef d'Etat de la première puissance mondiale", a poursuivi JD Vance.

"Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti.

"Le second message que je voudrais lancer à certains de ces ministres qui attaquent le président des Etats-Unis - Bibi, et c'est tout à son honneur, n'a pas pris cette voie - c'est que ces trois derniers mois, deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains", a ajouté JD Vance.

"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président.