Le Tigré en Éthiopie fait face à une catastrophe humanitaire

Des réfugiés éthiopiens qui ont fui des combats intenses dans leur pays natal du Tigré, attendent leur ration de nourriture dans le centre d'accueil frontalier de Hamdiyet, dans l'État soudanais de Kasala, le 14 novembre 2020 (AFP / Photo d’Archive)
Des réfugiés éthiopiens qui ont fui des combats intenses dans leur pays natal du Tigré, attendent leur ration de nourriture dans le centre d'accueil frontalier de Hamdiyet, dans l'État soudanais de Kasala, le 14 novembre 2020 (AFP / Photo d’Archive)
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Publié le Jeudi 18 février 2021

Le Tigré en Éthiopie fait face à une catastrophe humanitaire

  • Ceux qui ont choisi de rester sur place – la grande majorité des six millions d’habitants du Tigré – sont désormais confrontés à des pénuries de nourriture, de médicaments et d’eau potable
  • Dans une déclaration récente, un trio de partis d'opposition du Tigré a déclaré qu'au moins 50 000 civils ont été tués dans le conflit depuis novembre

DUBAÏ: Avec leurs quelques objets personnels emballés à la hâte et enveloppés dans du tissu, des familles entières, dont beaucoup ont de jeunes enfants, parcourent de vastes distances à pied ces jours-ci pour échapper aux combats dans le nord de l'Éthiopie entre les forces armées fédérales et le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT).

Depuis que le conflit a éclaté il y a trois mois, près de deux millions d’Éthiopiens ont été contraints de fuir la région du Tigré, dont beaucoup sont arrivés au Soudan voisin avec des blessures faites à la hache et au couteau, d'autres avec des fractures et un grave traumatisme mental. 

Ceux qui ont choisi de rester sur place – la grande majorité des six millions d’habitants du Tigré – sont désormais confrontés à des pénuries de nourriture, de médicaments et d’eau potable. L'Éthiopie fait face à des accusations de blocage de l'aide alors que le spectre de la famine hante la région.

Le plus inquiétant reste le risque imminent de famine, un phénomène que les Éthiopiens connaissent tragiquement. La grande famine qui a frappé le pays entre 1888 et 1892 a tué environ un tiers de sa population. Une autre famine en 1983-1985 a fait 1,2 million de morts.

Selon l’organisation Famine Early Warning Systems Network, présidée par le gouvernement américain, certaines secteurs du centre et de l'est du Tigré sont à deux doigts de la famine, et tout laisse à craindre que plus d'un million de personnes ne meurent de faim si l'aide n'est pas autorisée prochainement. 

Dans une déclaration récente, un trio de partis d'opposition du Tigré a déclaré qu'au moins 50 000 civils ont été tués dans le conflit depuis novembre. Les agences humanitaires et les journalistes n'ont pas été autorisés à accéder à la région pour vérifier le bilan des morts.

Les autorités éthiopiennes insistent sur le fait que l'aide est fournie et que près de 1,5 million de personnes y ont accès. Mais les experts de la Corne de l'Afrique estiment que l'une des pires catastrophes humanitaires de l'histoire moderne se déroule dans la zone de conflit.

«Si le monde détourne les yeux, il sera témoin de l'une des atrocités de masse les plus graves de notre époque», a déclaré à Arab News Alex de Waal, directeur exécutif de la World Peace Foundation et professeur de recherche à la Fletcher School de l'université Tufts. «Ce sera une tache éthique impardonnable. C'est aussi une question d'intérêt. Les pays de la péninsule Arabique veulent-ils assister à une autre calamité semblable à celle du Yémen sur les rives Sud de la mer Rouge – un peu plus éloignée, mais encore plus grande?»

Abiy Ahmed, président de l'Organisation démocratique des peuples Oromo (Opdo) observe les événements depuis Addis-Abeba. Fer de lance de la lutte contre la dictature du Derg, alors véritable puissance en Éthiopie depuis longtemps, le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), que l'armée éthiopienne combat dans son fief nordique du Tigré, a façonné l'histoire récente du pays. (AFP / Photo d’Archive)
Abiy Ahmed, président de l'Organisation démocratique des peuples Oromo (Opdo) observe les événements depuis Addis-Abeba. Fer de lance de la lutte contre la dictature du Derg, alors véritable puissance en Éthiopie depuis longtemps, le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), que l'armée éthiopienne combat dans son fief nordique du Tigré, a façonné l'histoire récente du pays. (AFP / Photo d’Archive)

Le FLPT, qui a dominé la politique éthiopienne après la chute de la dictature militaire en 1991 jusqu'à la victoire électorale d'Abiy en 2018, formait une coalition avec le gouvernement actuel jusqu'à ce que les deux parties se séparent en 2019. 

Au mépris de la décision du gouvernement fédéral de reporter tous les votes jusqu'à ce que la pandémie de la Covid-19 soit sous contrôle, les autorités du Tigré ont poursuivi leurs propres élections parlementaires en septembre. Les autorités fédérales ont déclaré le vote illégal. 

Les tensions se sont encore aggravées en novembre quand Abiy Ahmed a accusé le FLPT de s'être emparé d'une base militaire dans la capitale régionale de Mekele. Son gouvernement a répondu en déclarant l'état d'urgence, coupant l'électricité, les services Internet et téléphoniques et désignant le FLPT comme une organisation terroriste. 

Bien que M. Ahmed ait revendiqué la victoire lorsque les troupes fédérales sont entrées à Mekele le 28 novembre, l'effusion de sang s'est poursuivie, les dirigeants tigréens ayant juré de continuer à se battre. 

«Le gouvernement fédéral a qualifié le conflit “d’opération de maintien de l’ordre destinée à démettre de ses fonctions l’exécutif voyou de la région du Tigré”», a déclaré à Arab News William Davison, analyste pour l'International Crisis Group (ICG) et spécialiste de l'Éthiopie. 

«La réalité était que les défenses du Tigré ont été submergées par la puissance de l’armée fédérale éthiopienne et des forces alliées.» 

RAPPORT DE L'ONU EN BREF

* Les rapports des travailleurs humanitaires sur le terrain indiquent une augmentation de la malnutrition sévère dans la région du Tigré. 

* Seulement 1 % des 920 centres de traitement nutritionnel sont accessibles.

* La logistique de l'aide est particulièrement inadéquate, avec un accès limité à la population rurale hors des routes principales.

* Certains travailleurs humanitaires doivent négocier l'accès avec des acteurs armés, même notamment érythréens.

Après avoir présenté le FLPT comme une entité traîtresse coupable d’avoir attaqué l'armée et violé l'ordre constitutionnel, le gouvernement éthiopien a déclaré qu'il n'avait d'autre choix que d'agir.

Le gouvernement éthiopien a également pris des mesures contre ceux qui se demandaient si son intervention serait aussi rapide et indolore qu'il l'avait d'abord prétendu – y compris William Davison, expulsé le 20 novembre sans raison officielle.

«Si vous émettez des critiques à l'égard du gouvernement, vous serez alors perçu comme complice de l'adversaire, le FLPT», explique William Davison, désormais basé au Kenya.

«Moi-même et d'autres avons été considérés comme complices du FLPT et le gouvernement a fait tout son possible pour convaincre tout le monde que le FLPT est une entité traîtresse coupable d’avoir attaqué l'armée et violé l'ordre constitutionnel.» 

Des réfugiés éthiopiens qui ont fui d'intenses combats dans leur pays natal du Tigré, se rassemblent au centre d'accueil frontalier de Hamdiyet, dans l'État soudanais de Kasala, le 14 novembre 2020 (AFP / Photo d’Archive) 
Des réfugiés éthiopiens qui ont fui d'intenses combats dans leur pays natal du Tigré, se rassemblent au centre d'accueil frontalier de Hamdiyet, dans l'État soudanais de Kasala, le 14 novembre 2020 (AFP / Photo d’Archive) 

Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019 pour avoir rétabli des relations avec l'Érythrée, l'ennemi de longue date de l'Éthiopie, est aujourd’hui accusé de crimes de guerre au Tigré.

Seyoum Mesfin, ancien ministre éthiopien des Affaires étrangères, artisan de la paix et ancien homme d'État africain, était l’un des trois dirigeants du FLPT tués par l'armée début janvier dans une action qui a déclenché un tollé international.

Pramila Patten, l'envoyée de l'Organisation des nations unies (ONU) chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit,  déclare qu'il existe «des rapports inquiétants d'individus qui auraient été contraints, sous la menace, de violer des membres de leur propre famille». 

La Commission éthiopienne des droits de l'homme a récemment déclaré que 108 cas de viol ont été signalés au cours des deux derniers mois dans l'ensemble du Tigré. La commission a également admis que «les structures locales telles que la police et les établissements de santé vers lesquelles les victimes de violences sexuelles se tourneraient normalement pour signaler de tels crimes n’existent plus».

Tous ces événements sont un revirement de situation pour un pays qui, il y a quelques mois à peine, était considéré comme l’économie africaine à la croissance la plus rapide. Désormais, les journalistes éthiopiens et les militants des droits de l’homme ont peur de s'exprimer, beaucoup d'entre eux évitant les zones frontalières, laissant ainsi les atrocités militaires passer inaperçues.

«Nous sommes sur nos gardes depuis des mois maintenant. Vous devez être très prudent avec vos commentaires», a déclaré à Arab News un analyste politique basé à Addis-Abeba, requérant l’anonymat.

«Des violations des droits de l'homme sont commises de toutes parts, à la fois par les milices Amhara (l'un des deux plus grands groupes ethniques d'Éthiopie) mais aussi par les troupes fédérales elles-mêmes et les Érythréens. 

«L’aspect humanitaire du conflit est effrayant, ainsi que le manque d’informations de la part du gouvernement concernant la fourniture de l’aide. Ils annoncent publiquement qu'ils le feront. Mais de grandes zones du Tigré sont toujours inaccessibles. Il est très difficile de dire combien de temps ils comptent continuer ainsi, ce qui est très préoccupant. »

Un membre des forces spéciales d'Amhara tient son arme tandis qu'un autre se lave le visage à Humera, en Éthiopie, le 22 novembre 2020. Le Premier ministre Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix 2020, a annoncé des opérations militaires au Tigré le 4 novembre 2020, affirmant qu'elles sont la réponse aux attaques contre les camps de l'armée fédérale par le parti, le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT). (AFP / Photo d’Archive)
Un médecin désinfecte ses outils à l'intérieur d'un établissement médical pour un réfugié éthiopien qui a fui les combats dans la province du Tigré au camp d'Um Raquba dans la province de Gedaref, dans l'est du Soudan, le 21 novembre 2020 (AFP / Photo d’Archive) 

Les soldats érythréens ont aggravé le problème en attaquant le FLPT au nom du gouvernement d'Abiy, ce qui a incité l'administration de Joe Biden à demander leur retrait immédiat. (Asmara et Addis-Abeba nient que les forces érythréennes soient présentes au Tigré.)

Les rapports indiquent qu’une grande partie des 100 000 réfugiés érythréens résidant dans la région risquent d'être pris entre deux feux ou d'être renvoyés de force. Filippo Grandi, Haut-Commissaire des nations unies pour les réfugiés, s'est dit «profondément alarmé par les informations faisant état de réfugiés tués, enlevés et renvoyés de force en Érythrée, ce qui constituerait une violation majeure du droit international».

Alex de Waal, de la World Peace Foundation, affirme que si la guerre provoque une catastrophe humanitaire et l'effondrement économique de l'Éthiopie, il ne fait aucun doute que les conséquences se feront sentir partout.

«Le prix humain et économique sera payé par les habitants de la Corne de l'Afrique, mais ces personnes commenceront également à se déplacer en masse vers l'Europe, et le projet de loi de sauvetage humanitaire et économique sera présenté à l'Europe et aux États-Unis», a-t-il déclaré à Arab News.

«En période d'austérité et de réduction des budgets consacrés aux aides, cela pose aux donateurs un terrible dilemme.»

Résumant la crise du Tigré et sa solution potentielle sans mâcher ses mots, Alex de Waal déclare: «Chaque jour qui passe est synonyme de plus de souffrance, de meurtres, de famine, d'amertume et de répercussions plus larges. Retirez les troupes érythréennes. Ensuite, entamez les pourparlers politiques.»

Twitter: @rebeccaaproctor

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Washington désigne le groupe Palestine Action comme «organisation terroriste étrangère»

"Le terrorisme d'extrême gauche représente une menace grave pour les Etats-Unis et l'Occident dans son ensemble", a déclaré sur X le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio. (AFP)
"Le terrorisme d'extrême gauche représente une menace grave pour les Etats-Unis et l'Occident dans son ensemble", a déclaré sur X le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio. (AFP)
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  • L'organisation propalestinienne Palestine Action est accusée d'avoir "apporté une aide substantielle (...) à un acte de terrorisme ou en faveur de celui-ci", a rapporté dans un communiqué le département du Trésor
  • L'entité italienne visée est Autistici/Inventati (Collectif A/I), que Washington considère comme "un groupe extrémiste qui met en place et gère l'infrastructure numérique de cellules Antifa violentes et d'autres militants à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont désigné mercredi comme "organisations terroristes" le groupe Palestine Action, basé au Royaume-Uni, ainsi qu'un groupe italien d'extrême gauche, dans le cadre d'une offensive de l'administration Trump contre les mouvements extrémistes de gauche.

"Le terrorisme d'extrême gauche représente une menace grave pour les Etats-Unis et l'Occident dans son ensemble", a déclaré sur X le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio.

"Nous utiliserons tous les moyens et toutes les prérogatives dont nous disposons pour lutter contre le terrorisme et protéger notre mode de vie contre la coercition terroriste", a-t-il ajouté.

L'organisation propalestinienne Palestine Action est accusée d'avoir "apporté une aide substantielle (...) à un acte de terrorisme ou en faveur de celui-ci", a rapporté dans un communiqué le département du Trésor.

L'entité italienne visée est Autistici/Inventati (Collectif A/I), que Washington considère comme "un groupe extrémiste qui met en place et gère l'infrastructure numérique de cellules Antifa violentes et d'autres militants d'extrême gauche à travers le monde", selon un autre communiqué du département d'Etat.

"Ces outils sont spécifiquement conçus pour faciliter les activités des réseaux terroristes d'extrême gauche, et permettent à ces derniers de s'organiser, recruter, communiquer, diffuser de la propagande, partager des informations sur leurs cibles et des tactiques, et mener des attaques violentes – tout en restant anonymes, intraçables", est-il reproché.

Le département d'Etat affirme aussi que les "cellules anarchistes responsables des actes de sabotage commis contre les réseaux ferroviaires en France, en Italie, en Allemagne et aux Pays-Bas en 2026 ont utilisé les outils et services du collectif A/I pour revendiquer ces attaques, publier des communiqués officiels et diffuser des manuels expliquant comment fabriquer des engins incendiaires de fortune pour les voies ferrées et d'autres infrastructures critiques".

Liberté d'expression 

Au Royaume-Uni, le groupe Palestine Action a été déclaré "terroriste" par le gouvernement travailliste en 2025 après des actes de vandalisme commis par ses militants, notamment sur une base de la Royal Air Force et une attaque à Bristol contre un site de l'entreprise d'armement israélienne Elbit Systems.

La mesure, qui entraîne son interdiction, a déclenché des manifestations d'ampleur et est contestée devant la justice.

"Le fait que Trump s'inspire désormais de la répression exercée par la Grande-Bretagne à l'encontre du mouvement pour la liberté des Palestiniens montre à quel point cette interdiction est dangereuse et devrait servir de signal d'alarme à tous ceux qui ont à cœur la liberté d'expression et les libertés civiles", a réagi Huda Ammori, co-fondatrice de Palestine Action.

Elle a appelé le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, à lever cette interdiction qui représente une "attaque sans précédent contre la liberté d'expression en Grande-Bretagne".

Créé en 2020, Palestine Action a gagné en visibilité après le début de la guerre dans la bande de Gaza, provoquée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Les sanctions américaines impliquent pour les organisations visées un gel des avoirs éventuellement détenus aux Etats-Unis. Les entreprises et citoyens américains ont interdiction de commercer avec elles, sous peine d'être à leur tour sanctionnés.

Mi-juillet, les Etats-Unis ont accueilli une conférence internationale sur "la résurgence du terrorisme politique", visant notamment le mouvement Antifa, pour "antifasciste". Il s'agit d'un mouvement nébuleux d'activistes de gauche qui, selon les experts, relève davantage d'une idéologie politique que d'un groupe organisé.

Dans un récent rapport sur l'antiterrorisme, l'administration Trump a défini trois principales "menaces" contre la première puissance mondiale: "les narcoterroristes et les gangs internationaux", les "terroristes islamistes historiques" et les "extrémistes violents de gauche, y compris les anarchistes et les antifascistes".

Les détracteurs de l'administration Trump relèvent que la violence d'extrême gauche reste historiquement bien en-deçà de celle de l'extrême droite.


Les Etats-Unis visent «l'asphyxie économique» de l'Iran et menacent les alliés de Téhéran

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  • L'Iran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit et discute depuis des semaines d'un accord sur les modalités de son franchissement avec Oman, qui borde la rive sud du détroit
  • Lors d'une conférence de presse à Washington, le ministre des Finances Scott Bessent a présenté un nouveau train de sanctions dites "secondaires", touchant non pas l'Iran directement mais ses partenaires commerciaux

WASHINGTON: Le gouvernement américain a affirmé lundi sa volonté de "couper toutes les ressources économiques" de l'Iran et adressé un avertissement ferme aux pays qui continueraient à soutenir Téhéran, qui voit là un "aveu de défaite" des Etats-Unis.

Lors d'une conférence de presse à Washington, le ministre des Finances Scott Bessent a présenté un nouveau train de sanctions dites "secondaires", touchant non pas l'Iran directement mais ses partenaires commerciaux, sur l'or, la technologie, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime.

Il n'a toutefois pas précisé quand elles entreraient en vigueur ni quels pays pourraient se retrouver dans le viseur des Etats-Unis. La Chine, par exemple, est une grande consommatrice de pétrole iranien.

"L'Iran fait face à un choix très clair, avec seulement deux chemins possibles: un isolement total et une économie de subsistance, ou un retour vers la normalité avec la possibilité de rejoindre l'économie mondiale", a prévenu M. Bessent.

L'avertissement s'adresse également au reste du monde puisque les pays qui ne participeront pas aux sanctions américaines "partageront l'isolement de l'Iran", a menacé le ministre, envisageant notamment d'expulser les récalcitrants "du système dollar".

"Nous tiendrons chacun pour responsable. Ceci marque l'asphyxie économique de ce régime. Personne ne devrait tester notre volonté" en la matière, a ajouté Scott Bessent.

"Nouvelle défaite" 

La veille, il avait promis à l'Iran un "D-Day économique" - en référence au Débarquement allié de 1944 en France - visant à couper ses dernières "lignes de survie", alors que les efforts diplomatiques pour régler le conflit, déclenché le 28 février par une offensive israélo-américaine contre Téhéran, sont dans l'impasse.

Sur la télévision d'Etat iranienne, le ministre de l'Economie Ali Madanizadeh a rétorqué que les menaces américaines se traduiraient par "une nouvelle défaite" de Washington et que Téhéran disposait d'un "plan sur deux ans" pour contrer ces sanctions.

Avant même la conférence de presse de Scott Bessent, Pékin, partenaire stratégique de Téhéran, avait estimé que les "sanctions et la pression" américaines ne permettraient pas de résoudre le conflit régional.

Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a lui affirmé devant la presse que cette pression économique maximale ne signifiait pas la fin des frappes, si Washington les jugeait nécessaires.

"Situation très difficile" 

Au cœur du conflit, le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran quasiment sans interruption depuis six mois, ce qui a entraîné une envolée des prix du pétrole et une pression accrue sur Donald Trump aux Etats-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.

L'Iran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit et discute depuis des semaines d'un accord sur les modalités de son franchissement avec Oman, qui borde la rive sud du détroit. Le chef de la diplomatie omanaise, Badr al-Busaidi, est attendu mardi à Téhéran.

Illustrant les risques liés à la traversée du détroit, un pétrolier a été touché par un "projectile inconnu" alors qu'il circulait au large d'Oman, a annoncé dans la nuit de lundi à mardi l'agence maritime britannique, UKMTO.

En dépit de la fermeté affichée par Téhéran, le président iranien Massoud Pezeshkian a reconnu que le pays faisait face à "de nombreuses difficultés économiques", après des décennies de sanctions américaines et internationales.

"L'Iran devrait faire des compromis dès maintenant", estime Sarah Hassanbeigi, une pharmacienne interrogée par l'AFP à Téhéran. "La situation est vraiment très difficile. Je ne pense pas que les gens puissent supporter cela beaucoup plus longtemps."

Le 22 juillet, l'inflation atteignait 66% sur douze mois dans le pays, contre 46% en février, et la monnaie nationale poursuit sa dégringolade: un dollar s'échangeait la semaine dernière contre 1,88 million de rials, contre 1,65 million juste avant le conflit.

Et selon la société de suivi maritime Kpler, le blocus américain imposé aux ports iraniens a entraîné une chute des exportations pétrolières de l'Iran, passées de deux millions de barils par jour avant la guerre à seulement 0,4 million à la mi-août, leur plus bas depuis le début du conflit.


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.