Le Hirak algérien s’impose face aux tentatives de «récupération politique»

Le retour imposant des manifestants démontre que l’impasse politique est loin d'être finie, et que la crise politique persiste, malgré un nouveau président et une nouvelle constitution (Photo, AFP).
Le retour imposant des manifestants démontre que l’impasse politique est loin d'être finie, et que la crise politique persiste, malgré un nouveau président et une nouvelle constitution (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 23 février 2021

Le Hirak algérien s’impose face aux tentatives de «récupération politique»

  • La libération des prisonniers est un geste politique pour essayer de sortir de la crise et calmer le Hirak souligne Dalia Ghanem, chercheuse au Carnegie Middle East Center
  • Avec la reprise du Hirak, je crains que la situation sociale devienne très importante, ajoute-t-elle

PARIS: Des milliers de manifestants ont défilé lundi à Alger, comme dans d'autres villes algériennes, pour commémorer le deuxième anniversaire du Hirak. Le mouvement populaire, relancé après un an d'interruption, fait face à un « système à bout de souffle qui tente des gestes d'apaisements » par le biais de la libération de certains prisonniers et d’un remaniement ministériel, qualifié par les experts de «poudre aux yeux».

Depuis mi-mars 2020, les marches du Hirak ont été interrompues à cause de la pandémie de Covid-19. Mais le retour imposant des manifestants démontre que l’impasse politique est loin d'être finie, et que la crise politique persiste, malgré un nouveau président et une nouvelle constitution.

Déclenché le 22 février 2019, le Hirak a bouleversé l'Algérie et a poussé Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies, à la démission. Abdelmadjid Tebboune, le nouveau président élu en décembre 2019, et nommé également au poste de ministre de la Défense, revient en Algérie après plusieurs mois d’absence en Allemagne où il s’est fait soigner de "complications" post-Covid.

drareni
Le journaliste Khaled Drareni à son arrivée chez lui à Alger le 19 février derier, après sa libération de la prison de Kolea. (AFP).

L'ancien loyaliste du leader évincé Abdelaziz Bouteflika a dissous dimanche l'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement. Tebboune a également procédé à un remaniement de son gouvernement, sans changement d'équipe majeur, à la veille du 2eme anniversaire du Hirak, et a gracié une dizaine de détenus politiques, une décision saluée par le président français, Emmanuel Macron.

Lors d’un entretien avec Arab News en Français, Dr. Dalia Ghanem, chercheuse résidente au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, fondé par la Fondation Carnegie pour la paix internationale, décrit les décisions du président algérien comme une récupération politique.

Que représente la libération de Khaled Drareni, journaliste, et des autres prisonniers politiques ? 

Dr. Dalia Ghanem : La libération des prisonniers est un geste politique pour essayer de sortir de la crise et calmer le Hirak à l'aube de son 2eme anniversaire. Le vrai geste fort aurait été la libération de tous les détenus d'opinions sans aucune condition. Ces personnes n’auraient jamais dû être emprisonnées, elles ont été incarcérées de manière réellement injuste. Pour tenter d'éviter des rassemblements de masse, le système qui est à bout de souffle, tente des gestes d'apaisements.

Pourquoi la dissolution de l’assemblée et le remaniement ministériel sont des initiatives cosmétiques par rapport aux hirakistes?

C’est de la poudre aux yeux. C’est un moyen de sortir d’une impasse où les institutions politiques sont paralysées et la grogne sociale ne cesse de monter. Le système essaie de trouver des portes de sorties pour calmer la situation, et surtout parce que le président est en manque de légitimité. D’abord, il lui fallait réaffirmer sa présence et son retour. Il faut noter que le président Tebboune a été absent pendant plus de trois mois en Allemagne alors que le contexte économique et social est de plus en plus tendu dans le pays. Il lui fallait réaffirmer son rôle dans le pays avec un geste fort, en sa qualité qu’homme fort au pays. Il ne faut pas oublier que c’est un président qui a été très faiblement élu, puisque les élections présidentielles du 12 décembre 2019 n’ont récolté qu’un taux de participation qui peinait à frôler les 35%. Six électeurs sur dix ont boudé les urnes. Il s’agit donc de redorer le blason du système, mais les algériens savent que c’est un ravalement de façade.

Vous avez mentionné une crise économique “tendue”. Où en est l'Algérie aujourd’hui ?  

Alors, la crise économique est là, accentuée par des institutions paralysées par un régime répudié le 22 février 2019. Et à cela se greffe une situation économique très difficile. Celle-ci était déjà mauvaise bien avant le Covid. La pandémie n'a fait qu'exacerber une situation déjà très mauvaise. On se trouve donc dans une situation où c'est en quelque sorte la fin de l'État rentier. La rente s'amenuise et en fait, tous les voyants économiques sont au rouge.

Les exportations ont baissé de près de 41% en 2020, les réserves de change ont fondu pour atteindre, les 47 milliards de dollars. Aujourd'hui, on a également un déficit de la balance commerciale de plus de 6 milliards de dollars. Il y a une inflation de 2,3 % et un taux de croissance déjà très faible en 2018, et qui est devenu anémique en 2019 puisqu'il est passé de 1,4 % à -6,5 % en 2020. Et enfin, le chômage qui avoisine les 11% officiellement. Donc, avec l'économie qui va mal et une pandémie qui s’éternise, l'État continue de dépenser beaucoup d'argent.

Les Hirakistes appellent à un changement de système, mais qui remplacerait le “système actuel” avec une crise économique profonde et des institutions paralysées ? 

Avec la reprise du Hirak, je crains que la situation sociale devienne très importante. Elle sera au cœur du débat parce que les Algériens souffrent déjà beaucoup sur le plan socio-économique. Le régime en est clairement conscient, mais il n'a pas d'autres alternatives aujourd'hui puisque les gouvernements successifs ont raté plusieurs fois l'occasion de redynamiser l'économie, complètement dépendante aux hydrocarbures.

Aujourd'hui, il va être très difficile de diversifier cette économie dans ces conditions et de trouver une alternative au système. Les demandes radicales du Hirak ne sont pas faisables pour l’instant, il va donc falloir trouver un compromis. Mais pour ce faire, il faut qu’il y ait un dialogue national. Or, tant que le Hirak n'a pas de représentants, et que le mouvement ne s'institutionnalise pas au minimum pour pouvoir encadrer la mobilisation et une feuille de route un peu réaliste… Cela dit, le Hirak est en mesure de bien comprendre le régime et ses moyens de cooptation, de marginalisation et d’emprisonnements. Mais à un moment, il faudra s'asseoir à la table des négociations.


Bahreïn et le Koweït affirment avoir contré des attaques iraniennes

Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran. (AFP)
Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran. (AFP)
Short Url
  • "L'Iran poursuit sa politique hostile systématique à travers ses attaques criminelles visant les civils", a déclaré l'armée bahreïnie dans un communiqué, en affirmant avoir " intercepté et détruit plusieurs attaques aériennes"
  • Des sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi à Manama, la capitale du royaume, où des explosions ont été entendues

MANAMA: Bahreïn et le Koweït ont affirmé jeudi avoir contré des attaques iraniennes, après de nouvelles frappes américaines contre l'Iran.

"L'Iran poursuit sa politique hostile systématique à travers ses attaques criminelles visant les civils", a déclaré l'armée bahreïnie dans un communiqué, en affirmant avoir " intercepté et détruit plusieurs attaques aériennes".

Des sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi à Manama, la capitale du royaume, où des explosions ont été entendues, a rapporté une journaliste de l'AFP.

L'état-major koweïtien a également indiqué dans la nuit avoir répondu à "des attaques hostiles de drones" iraniens. Il a précisé que les explosions entendues étaient le résultat d'interceptions aériennes.

Les forces iraniennes ont annoncé avoir visé "des systèmes de radar, un système de défense antiaérienne Patriot et des sites de stockage de carburant" sur la base aérienne Ali al-Salem  au Koweït, ainsi que des installations militaires américaines sur la base aérienne de Cheikh Isa à Bahreïn.

Téhéran mène des attaques quasi quotidiennes dans ces deux pays du Golfe depuis la reprise des hostilités le 7 juillet avec les Etats-Unis, en disant cibler des intérêts militaires américains.

Les autorités bahreïnie et koweïtienne accusent toutefois leur voisin de viser aussi des sites civils.

Dimanche, le Koweït a affirmé que trois postes-frontières et une plateforme pétrolière offshore avaient été ciblés, sans préciser leur origine.

La confrontation a repris après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent au Moyen-Orient depuis le cessez-le-feu du 8 avril.


La Syrie dit avoir saisi des armes en provenance d'Irak destinées au Hezbollah

"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana. (AFP)
"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana. (AFP)
Short Url
  • Le pouvoir syrien est hostile au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad
  • Il a annoncé à plusieurs reprises avoir saisi des armes destinées au mouvement pro-iranien près de la frontière libanaise, mais c'est la première fois qu'il mentionne la frontière avec l'Irak

DAMAS: La Syrie a annoncé jeudi avoir déjoué une tentative de faire passer des armes destinées au Hezbollah pro-iranien au Liban, dont des missiles, via sa frontière avec l'Irak.

"Les unités spécialisées ont déjoué une tentative d'introduction d'une cargaison d'armes sophistiquées et de missiles via la frontière syro-irakienne", a indiqué une source du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence officielle Sana.

"Les premières investigations ont établi que la cargaison était destinée à transiter par la Syrie au profit de la milice terroriste du Hezbollah", a ajouté cette source.

Le pouvoir syrien est hostile au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad.

Il a annoncé à plusieurs reprises avoir saisi des armes destinées au mouvement pro-iranien près de la frontière libanaise, mais c'est la première fois qu'il mentionne la frontière avec l'Irak.

Cette annonce intervient alors que le président américain Donald Trump met la pression sur la Syrie pour qu'elle intervienne au Liban contre le Hezbollah.

Depuis qu'une coalition islamiste a pris le pouvoir en Syrie en 2024, les autorités ont affirmé avoir démantelé des cellules liées à la formation pro-iranienne qui préparaient des attentats en Syrie, mais le Hezbollah a toujours démenti.

Le groupe est affaibli par la nouvelle guerre qu'il a menée contre Israël depuis mars pour soutenir l'Iran.

Le président syrien Ahmad al-Chareh dit refuser d'intervenir militairement au Liban contre le Hezbollah, comme l'a suggéré à plusieurs reprises Donald Trump.


Israël confirme au Pentagone vouloir rester dans des «zones de sécurité» au Liban, en Syrie et à Gaza

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a exprimé dans la nuit de jeudi à vendredi à son homologue américain Pete Hegseth la "détermination d'Israël" à maintenir ses forces déployées dans des "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza. (AFP)
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a exprimé dans la nuit de jeudi à vendredi à son homologue américain Pete Hegseth la "détermination d'Israël" à maintenir ses forces déployées dans des "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza. (AFP)
Short Url
  • Les dirigeants israéliens évoquent régulièrement ces "zones de sécurité" dont les contours restent flous mais que les autorités israéliennes placent le long des frontières israéliennes
  • Le bureau de M. Katz a indiqué avoir fait part à son homologue américain de "la détermination d'Israël à rester dans les zones de sécurité en Syrie, à Gaza et au Liban afin de protéger les frontières d'Israël"

JERUSALEM: Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a exprimé dans la nuit de jeudi à vendredi à son homologue américain Pete Hegseth la "détermination d'Israël" à maintenir ses forces déployées dans des "zones de sécurité" établies au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza.

Cette déclaration intervient alors que les Etats-Unis ont annoncé que les négociations menées mardi et mercredi à Rome entre Israël et le Liban avaient été "positives" et que le processus de mise en œuvre de "zones pilotes", d'où les troupes israéliennes doivent se retirer, commencerait "dans les prochains jours".

Le président américain Donald Trump avait demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de retirer les forces israéliennes de Syrie et du Liban, selon un article publié mardi par le média américain Axios.

Les dirigeants israéliens évoquent régulièrement ces "zones de sécurité" dont les contours restent flous mais que les autorités israéliennes placent le long des frontières israéliennes.

Dans un communiqué, le bureau de M. Katz a indiqué avoir fait part à son homologue américain de "la détermination d'Israël à rester dans les zones de sécurité en Syrie, à Gaza et au Liban afin de protéger les frontières d'Israël et les communautés situées près de la frontière contre les menaces que représentent les forces jihadistes".

"Nous n'avons jamais demandé aux Etats-Unis d'opérer à notre place le long de nos frontières", ajoute le communiqué du cabinet de M. Katz.

Au Liban et à Gaza, les forces israéliennes sont présentes sur le terrain, où elles mènent quotidiennement des opérations contre le Hezbollah et le Hamas.

Au Liban, les forces israéliennes restent déployées dans ce que l'armée décrit comme une "zone de sécurité" s'étendant sur environ 10 kilomètres à l'intérieur du territoire libanais et poursuit des frappes limitées dans le sud.

A Gaza, l'armée israélienne contrôle 60% du territoire. Elle est notamment présente sur l'ensemble du périmètre extérieur du territoire palestinien, le long des frontières entre Israël et l'Egypte.

Après le renversement, en décembre 2024, de Bachar al-Assad, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon surveillée par l'ONU qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan.

Depuis lors, Israël a mené des incursions répétées sur le territoire syrien, ainsi que des bombardements, et a déclaré vouloir instaurer une zone démilitarisée dans le sud de ce pays.