De plus en plus d'Afghans se tournent vers le commerce illicite d'organes

Selon de récents rapports des médias, plus de 1 000 reins ont été échangés au cours des cinq dernières années à Herat, l'une des plus grandes provinces d'Afghanistan. (AFP)
Selon de récents rapports des médias, plus de 1 000 reins ont été échangés au cours des cinq dernières années à Herat, l'une des plus grandes provinces d'Afghanistan. (AFP)
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Publié le Jeudi 25 février 2021

De plus en plus d'Afghans se tournent vers le commerce illicite d'organes

  • Des «chiffres confirmés» montrent que plus de 1 000 reins ont été vendus au cours des cinq dernières années à Herat
  • Cette triste réalité dure depuis des années: le secteur privé de la santé est impliqué dans des affaires illégales

KABOUL: Fateh Shah raconte comment, il y a quelques années, ses deux frères et lui se sont retrouvés devant un choix à faire afin d’échapper au piège de la dette: commettre un crime ou vendre leurs reins.

«Nous en avions assez du harcèlement répété qu’ils nous infligeaient», confie Fateh Shah, 35 ans, à Arab News.

«Avec l’aide d’un trafiquant», ils ont trouvé refuge en Iran, le pays voisin. Ils espéraient y trouver un emploi et envoyer une partie de leurs revenus chez eux pour rembourser leurs dettes par étapes.

«Mais nous nous sommes encore plus endettés, car nous avons été reconduits à la frontière peu après notre arrivée en Iran… Le trafiquant est devenu notre nouveau prêteur, exigeant de l'argent pour le voyage. C'était un cauchemar», avoue Fateh.

Les trois frères ont finalement décidé de passer au bistouri, chacun gagnant 320 000 afghanis (1 afghani = 0,010 euro) pour la vente d'un rein.

«Nous n’avions pas d’autre choix… nous ne pouvions plus supporter l’humiliation, les hurlements et les menaces des prêteurs. Nous avions deux possibilités: commettre un crime pour payer nos lourdes dettes ou vendre nos reins. Nous avons donc décidé de vivre avec un seul rein plutôt que de voler», explique Fateh Shah.

Les frères Shah ne sont pas seuls. Selon de récents rapports des médias, des «chiffres confirmés» montrent que plus de 1 000 reins ont été vendus au cours des cinq dernières années à Herat, l’une des plus grandes provinces d’Afghanistan, à la frontière avec l’Iran.

«Des centaines de personnes qui ont vendu un rein vivent dans le village de Se Shanba Bazar, dans le district d’Injil à Herat», affirme la chaîne de télévision privée Tolo News dans un reportage.

Shah dit avoir appris l'existence du commerce illégal de reins dans l'ouest de Herat, où il s'était installé, comme beaucoup d'autres, après avoir fui de longues périodes de sécheresse, de pauvreté et de chômage dans la province de Badghis, au nord-ouest du pays.

Ce commerce illégal est tellement lucratif que deux hôpitaux de Herat «proposent des services de transplantation réalisés par des médecins iraniens», selon le reportage qui souligne que des enfants de tout juste sept ans et plusieurs femmes «font partie des personnes contraintes de vendre leurs organes vitaux».

Par ailleurs, les autorités afghanes ont lancé une enquête sur ce commerce peu après la diffusion du reportage; les chiffres sont tout aussi alarmants.

«Lorsque l'équipe a visité les hôpitaux, elle a constaté que dans l’un d’eux 182 transplantations avaient eu lieu… et 18 dans un autre», déclare Dastagir Nazari, porte-parole du ministère de la Santé.

Selon lui, les premières constatations montrent que «les transplantations sont réalisées dans les deux hôpitaux de Herat depuis au moins deux ans».

«Toutefois… nous avons constaté que les chiffres étaient beaucoup plus importants que ceux qui sont relevés dans ces hôpitaux, en particulier dans le district d’Injil», affirme M. Nazari.

Ces chiffres inquiétants ont incité les autorités de Herat à mener une enquête plus approfondie.

Néanmoins, les fonctionnaires «n’ont pu identifier aucun document attestant des échanges commerciaux à l’intérieur des hôpitaux» entre les donneurs et les patients. Les règlements de santé publique stipulent que «la transplantation d’un rein ne peut être effectuée que si le donneur est apparenté au patient qui a besoin du rein et la loi interdit le commerce illégal d’organes», souligne M. Nazari.

En outre, les experts accusent la «mafia de la santé» de Herat d’être responsable de la situation précaire de la province. «Les contraintes économiques ont certes imposé de lourdes pressions à notre peuple, mais la mafia de la santé ne doit pas abuser ainsi de la pauvreté des gens», a récemment déclaré sur Facebook Waheed Qatali, le gouverneur de Herat.

En revanche, les habitants et les législateurs de Herat accusent le gouvernement de ne pas leur procurer d’emplois et de ne pas les aider à sortir de la pauvreté, ce qui a entraîné une augmentation du commerce illégal de reins.

«Notre gouvernement est doué pour les slogans vides de sens. Il est incapable d’empêcher ces pratiques, car les gens n’ont pas d’autre choix», explique Rafiq Shahir, une personnalité éminente de la province de Herat.

Selon lui, la pauvreté sévit dans de nombreuses régions d’Afghanistan en dépit des centaines de milliards de dollars (1 dollar = 0,82 euro) d’aide étrangère versés depuis que les talibans ont été évincés du pouvoir par l’invasion menée par les États-Unis en 2001. Pourtant, les autorités mènent la belle vie».

Le Dr Nawrooz Haqmal, un expert afghan dans le domaine de la santé, basé au Royaume-Uni, partage cet avis. Il estime que «les gens n’ont pas d’autre choix que de transgresser la loi», qui prohibe la vente illégale de reins.

«Cette triste réalité dure depuis des années: le secteur privé de la santé est impliqué dans des affaires illégales», explique-t-il à Arab News.

«Ainsi, les responsables du ministère ont fermé les yeux sur ce commerce illégal, ce qui a créé une confusion au sujet de l’application de la loi dans cette ville qui compte pourtant parmi les plus grandes villes afghanes», ajoute-t-il.

Dans ce contexte, les Afghans arrivent encore à plaisanter à ce sujet. La semaine dernière, une émission de télévision satyrique a été consacrée au commerce illégal de reins de Herat. Imitant le président Ashraf Ghani, qui a juré à maintes reprises d’améliorer les conditions de vie des Afghans depuis son arrivée au pouvoir, il y a plus de six ans, un des artistes a dit: «Les habitants de Herat ont raison de vendre leurs reins pour relancer l’économie. Les Afghans sont très riches, et chacun cache dans son corps un trésor à vendre.» Il poursuit: «Le peuple d’Afghanistan! On se revoit bientôt, avec un seul rein.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

 

 


Des pourparlers indirects en cours entre les États-Unis et l’Iran, dit le Pakistan

Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
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  • M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais du Pakistan"
  • "Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X

ISLAMABAD: Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar.

M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais de messages transmis par le Pakistan".

"Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X.

"Des pays frères comme la Turquie et l'Égypte, entre autres, apportent également leur soutien à cette initiative", a-t-il ajouté.

Les déclarations de M. Dar constituent la première confirmation officielle de la part d'Islamabad que le Pakistan joue un rôle de facilitateur.

Islamabad a été présenté comme un médiateur potentiel, compte tenu de ses liens anciens avec l’Iran voisin et avec les États-Unis, ainsi que de son réseau de contacts dans la région.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et M. Dar sont tous deux en contact régulier avec de hauts responsables du gouvernement iranien, ainsi qu'avec leurs alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite.

Le puissant chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, est lui aussi impliqué dans ces efforts diplomatiques et a parlé au président américain Donald Trump dimanche dernier, ont indiqué des responsables.

Mais le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'avait "pas l'intention de négocier" et comptait "continuer à résister".

L'Iran veut "mettre fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné. "Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation".