À Bagdad, les musulmans se réjouissent de la rencontre entre le Pape et Sistani

Un panneau d'affichage géant montre le pape François et le grand ayatollah Ali Sistani à Bagdad le 3 mars 2021 avant la toute première visite papale en Irak, dans le but d'encourager la communauté chrétienne en déclin à rester dans leur ancienne patrie. Le slogan arabe sur le panneau d'affichage dit: "Vous faites partie de nous et nous faisons partie de vous". Sabah ARAR / AFP
Un panneau d'affichage géant montre le pape François et le grand ayatollah Ali Sistani à Bagdad le 3 mars 2021 avant la toute première visite papale en Irak, dans le but d'encourager la communauté chrétienne en déclin à rester dans leur ancienne patrie. Le slogan arabe sur le panneau d'affichage dit: "Vous faites partie de nous et nous faisons partie de vous". Sabah ARAR / AFP
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Publié le Jeudi 04 mars 2021

À Bagdad, les musulmans se réjouissent de la rencontre entre le Pape et Sistani

  • Le pape François sera le premier à rencontrer l'ayatollah Ali Sistani – la plus haute autorité de l’islam chiite – dans la ville chiite de Najaf
  • « Toute ma communauté est heureuse de la tenue de cet entretien, qui représente pour le peuple irakien un accomplissement pour la paix, en particulier les chrétiens et les chiites »

BAGDAD: Premier pape à visiter l'Irak, François sera également le premier à rencontrer l'ayatollah Ali Sistani – la plus haute autorité de l’islam chiite – dans la ville chiite de Najaf ce samedi. Un symbole fort pour la communauté chrétienne, mais aussi pour les musulmans. À Bagdad, chiites comme sunnites voient d’un bon œil cet événement.

L’entrevue entre les deux hommes de religion ne durera que quarante minutes. Les deux hommes seront parfois seuls, mais aussi avec leurs interprètes. Ils se rencontreront à l‘écart de la foule et des flashs des photographes, dans une modeste habitation dans une ruelle de Najaf.

Même si la réunion sera courte, elle a été d’ores et déjà été saluée par le président de la République irakienne Barham Saleh, qui y voit « une expression religieuse profonde de modération ».

« Toute ma communauté est heureuse de la tenue de cet entretien, qui représente pour le peuple irakien un accomplissement pour la paix, en particulier les chrétiens et les chiites », s'exclame Jalal Sharif, ecclésiastique et imam de la grande mosquée des prophètes de Rusafa, au centre de Bagdad. « Cette rencontre permettra de montrer la fraternité entre les deux religions et aussi d’aboutir à des résultats concrets qui se refléteront sur toute la société. »

L'une des figures les plus influentes en Irak

« Le grand ayatollah est considéré comme un leader pour tous les musulmans d'Irak », ajoute Jalal Sharif, passionné. « Sistani, pour les chiites, c'est l'équivalent du pape pour les chrétiens », abonde Saad al-Muttalibi, un parlementaire indépendant, auparavant affilié au parti islamiste chiite Dawa. «Lorsque cette visite a été annoncée, j'ai été surpris. Puis j'ai pensé que cette forme de respect que le pape montre à Sistani va l’aider à améliorer son image à l'international, peut-être même auprès des Américains et des Nations unies», affirme le politicien.

«Sistani, c’est quelqu’un qui a toujours su se positionner au juste milieu. Même les sunnites en Irak le respectent», argumente d’un ton convaincu Ali Riyadh. Ce jeune trentenaire travaille au ministère de la Culture et a été actif pendant les manifestations antigouvernementales qui se sont déroulées d’octobre 2019 à octobre 2020. Protestations au cours desquelles Sistani avait exprimé son soutien à la jeunesse en révolte. Considéré à l'unanimité comme l'une des figures les plus influentes en Irak aujourd'hui, le clergé nonagénaire a effectivement le pouvoir de mobiliser la nation en quelques mots.

Souvent critique de la mauvaise gestion politique et de l'étendue de la corruption en Irak, «Sistani est pourtant issu d'une école religieuse traditionnellement opposée à l'intervention d'un ayatollah en politique, mais depuis 2003, il a été presque contraint de le faire, après l'échec de la reconstruction du pays», explique Renad Mansour, analyste pour Chatham House à Londres. «Sistani joue un rôle central dans la construction de la paix en Irak. Je crois qu'il mérite cette reconnaissance lorsque le Pape viendra et je pense que cette rencontre sera le point culminant de la visite papale en Irak», estime pour sa part William Warda, président de l'organisation Hammurabi pour la défense des minorités religieuses en Irak.

Citoyen de seconde classe

Sistani a déjà pris des positions très positives en faveur des minorités chrétiennes en Irak: dans plusieurs fatwas, il a insisté sur le respect et la protection nécessaires qui devaient être accordés aux minorités religieuses. «Je pense qu’il y aura encore besoin de ces fatwas», souffle Wariqa Ghaser. Étudiante en business, la jeune femme de dix-neuf ans vient de Ramadi dans le désert d’Anbar, une région sunnite dans un pays majoritairement chiite. Elle-même membre d’un courant musulman qui est minoritaire en Irak, Wariqa se montre solidaire des chrétiens. «Ils ont encore besoin de beaucoup de soutien, après tout ce qu’ils ont vécu. Je pense que la rencontre [du pape François avec l’ayatollah Sistani] peut aider en ce sens. J’étais très enthousiaste quand j’ai appris qu’elle aurait lieu».

«Il est fort improbable que cette rencontre apporte des changements pour leur communauté», se désespère Muhi al Ansari. Sunnite lui aussi, ce journaliste qui travaille pour une chaîne Irakienne à Bagdad, se sent «un citoyen de seconde classe». «Le gouvernement, les armes, les milices… tout est contrôlé par les chiites et par une idéologie de fidélité envers l’Iran», dénonce-t-il. «Notre pays n’est pas en guerre, mais il n’est pas non plus en paix», acquiesce Ali Riyadh en hochant la tête. «En fin de compte, cette rencontre reste un mystère, non? Nous ne savons pas de quoi ils vont parler, s’ils feront mention de l’influence Iranienne en Irak, ou des relations entre l’Irak et Israël… Tout est possible, mais je me demande vraiment comment cette rencontre pourra déboucher sur des résultats concrets.»

 En février 2019, lors de sa visite à Abu Dhabi – la première d’un pontife dans la péninsule Arabique –  le pape François avait signé une déclaration de fraternité humaine avec le grand imam d’Al-Azhar, figure majeure de l’Islam sunnite. Ils sont nombreux à espérer aujourd’hui la même chose avec l’ayatollah chiite.


Liban: le bilan de la guerre s'élève à 570 morts depuis début mars 

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  • 84 personnes ont été tuées au cours de la seule journée de mardi
  • A l'aube, une frappe a touché un immeuble du quartier de Aïcha Bakkar à Beyrouth, selon l'agence de presse officielle Ani

BEYROUTH: Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes, dont 86 enfants et 45 femmes, depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, a annoncé mercredi le ministère de la Santé.

Selon la même source, 84 personnes ont été tuées au cours de la seule journée de mardi.

 

 


L'armée iranienne dit vouloir désormais frapper des cibles économiques dans la région

L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, après une attaque israélo-américaine sur un établissement bancaire de Téhéran. (AFP)
L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, après une attaque israélo-américaine sur un établissement bancaire de Téhéran. (AFP)
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  • "L'ennemi nous a donné carte blanche pour cibler les centres économiques et banques" appartenant aux Etats-Unis et à Israël dans la région, a déclaré le quartier général central de Khatam al-Anbiya
  • Selon les médias locaux, la frappe israélo-américaine de la nuit a "tué des employés" d'une banque de la capitale qui travaillaient "exceptionnellement" pour préparer le paiement des salaires du mois

TEHERAN: L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, après une attaque israélo-américaine sur un établissement bancaire de Téhéran.

"L'ennemi nous a donné carte blanche pour cibler les centres économiques et banques" appartenant aux Etats-Unis et à Israël dans la région, a déclaré le quartier général central de Khatam al-Anbiya, affilié aux Gardiens de la Révolution, selon un communiqué diffusé par la télévision d'Etat.

Selon les médias locaux, la frappe israélo-américaine de la nuit a "tué des employés" d'une banque de la capitale qui travaillaient "exceptionnellement" pour préparer le paiement des salaires du mois.

 

 


Erdogan: "Il faut mettre fin à cette guerre avant qu'elle n'embrase complètement la région"

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime après une réunion du cabinet à Ankara, en Turquie, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime après une réunion du cabinet à Ankara, en Turquie, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Recep Tayyip Erdogan appelle à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient avant qu’elle n’embrase toute la région et affirme que la diplomatie peut encore ramener les parties à la table des négociations
  • Le président turc met aussi en garde Iran contre des actions « provocatrices », après l’interception d’un second missile tiré depuis son territoire et entré dans l’espace aérien turc

ANKARA: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mercredi à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient "avant qu'elle n'embrase complètement la région", lors d'un discours devant son groupe parlementaire.

"Il faut mettre fin à cette guerre avant qu'elle ne s'aggrave et n'embrase complètement la région. Si la diplomatie a une chance, c'est tout à fait possible. Nous poursuivons patiemment nos efforts pour ramener les parties à la table des négociations", a affirmé le chef de l'Etat turc.

"Nous sommes tous conscients que si cette guerre insensée, anarchique et illégale se poursuit, les pertes humaines et matérielles s'aggraveront, et le coût pour l'économie mondiale ne fera que croître", a-t-il ajouté.

"En tant que peuples de la région, nous ne devons pas laisser un conflit dont nous sommes déjà victimes nous infliger de nouvelles souffrances", a-t-il souligné.

En revanche, lundi, le président turc avait mis en garde l'Iran contre toute "action provocatrice" après l'interception d'un second missile tiré depuis l'Iran dans l'espace aérien turc.

"Malgré nos avertissements clairs, des actions extrêmement inappropriées et provocatrices continuent d'être entreprises, mettant en péril l'amitié de la Turquie" envers l'Iran, avait-il  affirmé.