Couper internet pour contrer les manifestations, stratagème des autorités iraniennes

Le régime iranien a coupé l’accès à internet à plusieurs reprises dernièrement pour éviter la diffusion d’informations compromettantes (Photo, AFP).
Le régime iranien a coupé l’accès à internet à plusieurs reprises dernièrement pour éviter la diffusion d’informations compromettantes (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 09 mars 2021

Couper internet pour contrer les manifestations, stratagème des autorités iraniennes

  • Au moins 10 personnes ont été tuées lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu le 22 février sur des transporteurs de carburants près de la ville de Saravan
  • Peu d'informations ont filtré à cause d'une coupure quasi totale de l'internet imposée par les autorités pendant plusieurs jours à compter du 22 février dans le sud-est du pays

PARIS: L'Iran multiplie les coupures généralisées d'internet pour passer sous silence les manifestations, accusent des défenseurs des droits humains, s'inquiétant notamment de la situation dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

Selon des organisations des droits de l'Homme, au moins 10 personnes ont été tuées lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu le 22 février sur des transporteurs de carburants près de la ville de Saravan dans le Sistan-Baloutchistan, déclenchant des manifestations où les forces de sécurité ont tiré à balles réelles.  

Mais peu d'informations ont filtré à cause d'une coupure quasi totale de l'internet imposée par les autorités pendant plusieurs jours à compter du 22 février dans cette vaste province, l'une des plus déshéritées du pays et où vit la minorité baloutche, majoritairement sunnite, dans un pays chiite à 90%.

Le Sistan-Balouchistan, situé à la frontière avec le Pakistan et l'Afghanistan, a été déstabilisé entre 2005 à 2010 par une rébellion menée par un groupe baloutche sunnite. Les attentats ou les accrochages entre forces de l'ordre et groupes armés y restent fréquents. Téhéran impute ces violences à des groupes jihadistes ou séparatistes et accuse Islamabad de les soutenir.

Selon des informations recueillies par Amnesty International auprès de militants baloutches, au moins dix personnes, dont un adolescent de 17 ans, ont été tuées le 22 février quand les Gardiens de la Révolution (armée idéologique de l'Iran, NDLR) « ont de manière illégitime et abusive utilisé la force létale » contre des transporteurs de carburant baloutches non armés. 

« Balles réelles »

Ce bilan est une « estimation basse », que les militants baloutches ont documenté après avoir confirmé les noms des victimes, a indiqué Raha Bahreini, chercheuse à Amnesty. 

Les coupures d'internet sont « une mesure que les autorités semblent utiliser comme un moyen de dissimuler des atteintes aux droits de l'Homme et de possibles crimes comme les exécutions extrajudiciaires », ont déclaré dans un communiqué commun Amnesty et les groupes de défense de la liberté d'expression Access Now, Article19 et Miaan Group.

Selon ces défenseurs, le but d'une telle coupure - qui rappelle celles constatées ces derniers mois lors de troubles en Biélorussie, en Birmanie ou au Niger - poursuit un double objectif : empêcher les citoyens d'utiliser les services d'échanges de messages sur les réseaux sociaux pour mobiliser et coordonner les manifestations, et entraver la collecte d'informations sur tout crime perpétré par les forces de sécurité qui pourrait être utilisé pour mobiliser l'opinion publique. 

« Cela vise à nuire à la collecte de preuves de violations (filmées notamment) et à leur diffusion, ainsi qu'à la capacité de la population de se mobiliser et de se coordonner », a déclaré Mahsa Alimardani, chercheuse à Article19.

En novembre 2019, l'Iran avait bloqué l'accès à internet sur son territoire alors que le pays connaissait des manifestations inédites contre une hausse du prix de l'essence que les autorités avaient violemment réprimées. Les défenseurs des droits de l'Homme craignent que les mêmes stratagèmes soient utilisés alors que se profile cet été une élection présidentielle iranienne potentiellement tendue.

« Une tendance »

Au Sistan-Balouchistan, les autorités ont coupé les services d'internet sur téléphone portable ce qui a de fait coupé l'accès à internet dans cette région où les téléphones représentent plus de 95% de l'utilisation d'internet.

Contrairement à d'autres minorités en Iran, les Baloutches n'ont pas de représentation forte et organisée dans le monde occidental qui pourrait relayer et dénoncer les accusations de violations des droits humains.  

Les médias officiels iraniens ont rapporté des attaques sur des bâtiments gouvernementaux à Saravan et qu'un policier avait été tué dans l'attaque d'un commissariat de la capitale de la province, Zahedan. Irna Abouzarmahdi Nakahei, le gouverneur de cette ville, a qualifié de « fausses » les informations faisant état de morts pendant les manifestations.

Les coupures d'internet ont « fortement restreint la quantité d'informations ayant pu parvenir aux défenseurs des droits de l'Homme émanant de leurs contacts ou de témoins oculaires », a indiqué Bahreini, d'Amnesty. 

« Les autorités sont pleinement conscientes qu'elles empêchent le monde extérieur d'être au courant de l'ampleur et de la gravité des violations sur le terrain », a estimé Bahreini. Selon la chercheuse, ces coupures d'internet sont devenues « une tendance » en Iran. 

Le 5 mars, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a condamné ces incidents, qui « auraient entraîné la mort d'au moins 12 personnes », et s'est dit « profondément préoccupé » par la coupure généralisée d'internet.

« Les forces de sécurité ont tué impunément des centaines de manifestants en novembre 2019, et elles le font à nouveau aujourd'hui », a dénoncé Hadi Ghaemi, directeur du Centre pour les droits humains en Iran (CHRI), basé à New York. 


Liban: sept morts dans de nouvelles frappes d'Israël, qui veut occuper le sud après la guerre

Des civils et des secouristes se rassemblent sur le site d’une série de frappes israéliennes ayant visé la zone d’al Jnah, à la périphérie de la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2026. (AFP)
Des civils et des secouristes se rassemblent sur le site d’une série de frappes israéliennes ayant visé la zone d’al Jnah, à la périphérie de la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Les frappes israéliennes sur Beyrouth et ses environs ont fait au moins 7 morts supplémentaires, portant le bilan total à plus de 1 200 morts au Liban depuis le début du conflit avec le Hezbollah
  • Israël affirme vouloir occuper une partie du sud du Liban après la guerre, suscitant de fortes inquiétudes côté libanais et à l’ONU quant à une nouvelle occupation

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont annoncé tôt mercredi que de nouvelles attaques israéliennes avaient fait sept morts dans Beyrouth et sa région, au moment où Israël dit vouloir occuper une partie du Sud-Liban une fois la guerre terminée.

Les frappes israéliennes ne cessent pas dans ce pays embarqué dans la guerre depuis le 2 mars par une attaque du mouvement pro-iranien Hezbollah contre Israël. Elles ont causé au total plus de 1.200 morts, selon le ministère de la Santé libanais.

"Le raid mené par l'ennemi israélien sur le quartier de Jnah à Beyrouth a, selon un premier bilan, fait cinq morts et 21 blessés" dans ce quartier situé près de la banlieue sud de la capitale, a écrit le ministère de la Santé dans un communiqué.

D'après une source sécuritaire à l'AFP, les frappes israéliennes sur Jnah ont visé quatre voitures garées dans une rue.

Tôt mercredi, des journalistes de l'AFP ont entendu trois explosions dans la capitale. Elles résultent de bombardements effectués par des navires de guerre israéliens sur le quartier de Jnah, selon l'Agence nationale d'information (Ani) officielle du Liban.

Le ministère de la Santé a également indiqué qu'une frappe israélienne "visant un véhicule dans la région de Khaldeh, au sud de Beyrouth, a fait deux morts et trois blessés parmi la population civile".

Peu de temps avant ce communiqué, l'Ani avait rapporté que plusieurs missiles tirés par un drone israélien avaient visé une voiture sur une grande route au sud de Beyrouth mardi, soulignant que des ambulances et des pompiers s'étaient rendus sur place, mais sans donner alors de bilan.

Du côté israélien, l'armée a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi avoir frappé un "haut commandant" du Hezbollah ainsi qu'un "terroriste de haut rang" dans deux assauts distincts conduits "dans la région de Beyrouth" - sans préciser si cette seconde cible faisait également partie du mouvement islamiste libanais, ni communiquer sur le lieu précis des attaques.

- Craintes d'occupation -

Mardi, déjà, le ministère de la Santé avait dénombré huit morts lors de plusieurs frappes israéliennes dans le sud du Liban, dans les régions de Tyr, de Sidon et de Bint Jbeil. Parmi les personnes décédées se trouvait un secouriste, de même source.

Le Hezbollah a indiqué être engagé dans de "violents affrontements" avec Israël dans la nuit de mardi à mercredi dans deux localités du sud du pays.

L'ONU s'est inquiétée mardi, par la voix de son chef des opérations humanitaires Tom Fletcher, de la perspective que soit créé un nouveau "territoire occupé" au Moyen-Orient.

Plus tôt, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait répété l'intention de son pays "d'occuper" une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée. Avec pour l'objectif d'y établir, selon lui, une "zone de sécurité".

Le ministre libanais de la Défense, Michel Menassa, a affirmé que les propos de son homologue israélien n'étaient "plus de simples menaces" mais traduisaient "une intention claire d'imposer une nouvelle occupation du territoire libanais, de déplacer de force des centaines de milliers de citoyens et de détruire systématiquement des villages et des villes dans le sud".

C'est dans cette zone qu'ont été tués trois Casques bleus indonésiens ces derniers jours.

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) avait affirmé lundi que l'origine des projectiles ayant visé tué dimanche un soldat indonésien puis deux lundi étaient "inconnue".

Mais mardi, une source sécuritaire de l'ONU ayant souhaité rester anonyme a indiqué à l'AFP que des "investigations ultérieures" ont révélé que le tir de dimanche provenait d'un "char" israélien.

Et que l'explosion qui a tué lundi deux autres Casques bleus indonésiens pourrait être due à une mine, selon cette source.

L'armée israélienne a lancé une enquête concernant la mort de ces deux Casques bleus. Selon elle, "aucun engin explosif n'a été placé dans la zone par des soldats israéliens" et aucune de ses troupes "n'était présente sur place".

Mardi encore, Israël a notamment visé un immeuble sur la route de l'aéroport de Beyrouth et frappé sans avertissement un appartement de la banlieue nord de la capitale, selon l'Ani.

L'aviation israélienne a également visé mardi matin, après avertissement, la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, désertée par une grande partie de ses habitants.


Le Qatar affirme que les pays du Golfe sont «unis» dans leur appel à la désescalade

Short Url
  • "Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari
  • Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février

DOHA: Les pays du Golfe sont "unis" dans leur appel à une désescalade dans la guerre au Moyen-Orient, a affirmé mardi le Qatar, alors que l'Iran poursuit ses attaques de représailles contre ses voisins de la région.

"Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février, tandis que leurs exportations d'hydrocarbures sont affectées par la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.

Lundi, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce détroit stratégique par lequel passait environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le détroit a été "fermé en raison d'une opération militaire", et son avenir est "une question que l'ensemble de la région et les partenaires internationaux doivent décider collectivement", a déclaré le responsable qatari.

"Je pense que nous avons pris une décision collective, dans le Golfe, pour traiter cela comme une menace collective", a-t-il insisté.

Pays le plus visé par les attaques iraniennes, les Emirats arabes unis se sont démarqués ces derniers jours de leurs voisins en adoptant un ton plus offensif à l'égard de Téhéran.

"Un simple cessez-le-feu n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'un résultat concluant qui réponde à l'ensemble des menaces iraniennes: capacités nucléaires, missiles, drones, mandataires terroristes et blocages des voies maritimes internationales", a écrit leur ambassadeur à Washington, Yousef Al Otaiba, la semaine dernière dans une tribune du Wall Street Journal.

Le diplomate émirati a affirmé que son pays était prêt "à rejoindre une initiative internationale pour rouvrir le détroit et le maintenir ouvert".


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Short Url
  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.