L'examen de la politique étrangère du Royaume-Uni met en évidence le rôle croissant de la technologie

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, évoque la «révision intégrée» de son gouvernement lors d'une session parlementaire à la Chambre des communes à Londres le 16 mars 2021 (Parlement britannique/document via Reuters)
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Publié le Dimanche 21 mars 2021

L'examen de la politique étrangère du Royaume-Uni met en évidence le rôle croissant de la technologie

  • Le Premier ministre, Boris Johnson, entend clairement laisser son empreinte sur les efforts multilatéraux pour lutter contre le changement climatique et la perte de biodiversité
  • Aucun principe de politique étrangère ne sera toutefois universellement accepté, encore moins dans une société libre et ouverte aux questions

Le rapport sur la politique étrangère, de défense, de développement et de sécurité du Royaume-Uni a été publié cette semaine, moment le plus propice, après un an de réflexion. Une nouvelle administration après les élections de 2019, le Brexit et la lutte contre la pandémie constituent sans doute un ensemble unique de circonstances pour reconsidérer une politique internationale.

L'examen est certainement audacieux et, dans une certaine mesure, non conventionnel. Si les lecteurs recherchent un index pour consulter des chapitres consacrés à des régions connues et à des questions géopolitiques, ils chercheront en vain. L’intérêt de l’intégration est de sensibiliser à la fois la population du Royaume-Uni, les personnes amies et moins amicales envers nous à l’étranger, aux modifications des frontières et au développement technologique et scientifique qui bouleverse l’ordre ancien. Les amis, comme ceux du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (Mena), doivent comprendre que le Royaume-Uni continuera de leur tendre la main, de manière traditionnelle, comme nouvelle.

Les sujets traditionnels sont traités, mais pas au long de pages interminables. Le gouvernement britannique déclare qu'il «s’appuiera sur les partenariats existants dans la région Mena, les renforcera et les emmènera plus loin grâce à un engagement plus profond dans les domaines de la science, de la technologie, de la santé, du climat et de la biodiversité». Ne passez pas à côté de l'intention personnelle que sous-tendent ces exemples. Comme au Conseil de sécurité des nations unies pendant la présidence britannique le mois dernier, le Premier ministre, Boris Johnson, entend clairement laisser son empreinte sur les efforts multilatéraux pour lutter contre le changement climatique et la perte de biodiversité, qu'il décrit comme «la priorité internationale n° 1 du Royaume-Uni.» C'est une affirmation. Il a piloté l'examen et c'est lui, et non le ministre des Affaires étrangères, qui l'a lancé au Parlement. Il est important de le noter. Ces exemples comptent beaucoup pour lui, et pour le pays.

Le rapport planche sur des messages politiques réguliers, qui font état de la nécessité de travailler avec des partenaires en relation avec l’Iran, de l’importance des partenaires historiques du Royaume-Uni dans le Golfe pour la sécurité maritime, des menaces pour l’Europe, de la nécessité de l’Otan, et de la lutte contre le terrorisme.

Je pense que le message global devrait être rassurant. En dépit de l'importance croissante de l'Est et du «basculement vers l'Indo-Pacifique», dans lequel, bien sûr, le Royaume-Uni est loin d'être seul, les alliances conventionnelles se renforcent. Le retour des États-Unis sur la scène internationale, l'E3 du Royaume-Uni (regroupement informel de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni) ainsi que les nombreux amis du Royaume-Uni dans la région Mena, demeurent les fondements de la sécurité mondiale. Dans le cadre de cette nouvelle relation collective, cette sécurité doit cependant, de plus en plus, être construite autour de la technologie et de la science intelligentes.

«En dépit de l'importance croissante de l’Est et du «basculement vers l’Indo-Pacifique», les alliances conventionnelles sont stimulées.

Alistair Burt

Le cœur du document et de la politique repose sur quatre principes primordiaux. Le premier d’entre eux n’est pas, comme on l’aurait prévu il y a une génération, l’engagement du Royaume-Uni envers l’Otan et l’augmentation des dépenses de défense, mais plutôt «le maintien de l’avantage stratégique grâce à la science et à la technologie». Le deuxième est de faire en sorte que «des sociétés ouvertes et des économies ouvertes puissent prospérer». Ces objectifs clés ne sont pas du tout axés sur un «Make Britain Great Again» qui vanterait les qualités exceptionnelles de la Grande-Bretagne. Au contraire, ils sont résumés en un paragraphe reconnaissant que le Royaume-Uni ne peut pas atteindre seul ses objectifs – il doit s'appuyer sur une action et une création collectives, en donnant l'exemple là où il le peut mais en admettant «où il est le mieux placé pour soutenir les autres». C'est un grand pays qui reconnaît la nécessité de travailler avec les autres.

Si la politique est influencée par un monde technologique en évolution rapide, dans lequel il existe de nombreuses menaces de la part de ceux qui utilisent la cybersécurité et l'innovation scientifique avancée à des fins illicites, elle préconise également que la sécurité à l'étranger est désormais intimement liée à la sécurité intérieure. Les cyberattaques qui ciblent les États ne sont pas des crimes inoffensifs, car leurs auteurs visent à empêcher que nos citoyens aient accès aux services ou soient protégés par leur infrastructure, d'Abu Dhabi à Aberdeen. Tout comme dans une pandémie, personne n'est en sécurité à moins que tous soient le soient.

Il y aura des défis à relever et des questions à poser. Moderniser un arsenal nucléaire est une chose, mais augmenter le nombre d'ogives tout en respectant la clause de désarmement mutuel du Traité de non-prolifération est épineux. Et tout effort mettant en relief la contribution exceptionnelle du Royaume-Uni au développement ces dernières années, pour rassurer sur un retour à la norme élevée de 0,7 % du revenu national brut «lorsque la situation budgétaire le permet», tout en le ramenant actuellement à 0,5 % en raison de la pandémie, ne convaincra pas tout le monde au Parlement.

Cependant, aucun ensemble de principe de politique étrangère ne sera universellement accepté, encore moins dans une société libre et ouverte aux questions. Je pense que ce dernier est appelé à être un sujet de discussion dans de nombreuses capitales pendant un certain temps.

 

• Alistair Burt est un ancien député britannique qui a occupé à deux reprises des postes ministériels au Foreign Office et au Commonwealth – en tant que sous-secrétaire d'État parlementaire de 2010 à 2013 et en tant que ministre d'État pour le Moyen-Orient de 2017 à 2019.

Twitter: @AlistairBurtUK

Avertissement: les opinions exprimées par les rédacteurs dans cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com