Ouïghours: l'UE, le Canada et les USA sanctionnent la Chine, Pékin réplique

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, lors d'une conférence de presse à la suite d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles le 22 mars 2021 (Photo, AFP)
Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, lors d'une conférence de presse à la suite d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles le 22 mars 2021 (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Lundi 22 mars 2021

Ouïghours: l'UE, le Canada et les USA sanctionnent la Chine, Pékin réplique

  • Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont approuvé l'inscription de quatre dirigeants et d'une entité de la région chinoise du Xinjiang sur la liste des sanctions pour les violation des droits de l'homme
  • «Ces sanctions sont inacceptables», a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell

BRUXELLES: Les Européens, les Etats-Unis et le Canada ont sanctionné lundi la Chine pour la persécution des musulmans Ouïghours dans la région du Xinjiang, et Pékin a immédiatement riposté avec des sanctions contre une dizaine de personnalités européennes. 

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont approuvé l'inscription de quatre dirigeants et d'une entité de la région chinoise du Xinjiang.   

Le Royaume-Uni et le Canada ont adopté les mêmes mesures que l'UE. Les sanctions de l'UE et du Royaume-Uni contre des violations des droits de l'homme par Pékin sont les premières depuis 1989. 

Les Etats-Unis ont sanctionné deux des quatre responsables chinois identifiés par les Européens. 

Les sanctions européennes consistent en une interdiction de se rendre dans l'UE et un gel des avoirs détenus dans l'Union européenne. Les sanctions américaines »complètent » celles de l'UE et du Canada, selon Washington. 

Pékin a répliqué à la décision de l'UE en sanctionnant dix personnalités européennes, dont plusieurs élus du Parlement européen, accusés »de porter gravement atteinte à la souveraineté et aux intérêts de la Chine et de propager des mensonges et de la désinformation ». 

Quatre fondations européennes sont également concernées, dont l'Alliance des démocraties, une institution danoise dirigée par l'ancien secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen. 

Les Européens et leurs familles seront interdits de séjour en Chine, à Hong Kong et Macao. 

Pékin a également visé le Comité Politique et de sécurité (COPS), une instance réunissant les ambassadeurs des Etats membres à Bruxelles qui a préparé les sanctions. 

« Ces sanctions sont inacceptables », a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. 

« La Chine ne répond à aucune des préoccupations de l'UE et se voile la face », a-t-il ajouté. « Ces sanctions n'auront aucune influence sur la détermination de l'UE à réagir à toutes les violations des droits humains », a-t-il assuré. 

Paris a aussi qualifié ces mesures d'« inacceptables », dénonçant des « insultes » contre des chercheurs français et une polémique avec des parlementaires émanant de l'ambassade de Chine. Le ministère des Affaires étrangères a indiqué que ce serait le »message » signifié à l'ambassadeur Lu Shaye, qui a été convoqué. 

Alors qu'un député néerlandais a été sanctionné, le Premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte a condamné les sanctions chinoises dans les mêmes termes, et La Haye a convoqué l'ambassadeur de Chine pour protester.  

« Ces intimidations, ces menaces, ne nous arrêteront pas, bien au contraire! Elles renforcent notre détermination à lutter pour la démocratie à Hong Kong, au Tibet ou au Xinjiang où on voit que les camps de concentration se développent pour enfermer les Ouïghours », a déclaré l'une des personnalités sanctionnées, le député belge Samuel Cogolati. 

« Il est temps de briser un silence européen qui a trop duré, un silence qui est devenu complice avec le temps », a-t-il ajouté. 

« Ma légion d'honneur » 

L'eurodéputé français Raphaël Glucksmann (Renew-libéral), qui s'est engagé dans la défense des Ouïghours, s'est pour sa part dit flatté par la décision des autorités chinoise. 

« J’apprends que je suis visé par les sanctions chinoises, banni du territoire chinois (ainsi que toute ma famille!) et interdit de tout contact avec les institutions officielles et entreprises chinoises pour ma défense du peuple Ouïghour: c’est ma légion d’honneur », a-t-il affirmé sur son compte twitter. 

« L'escalade de la réponse de la Chine aux sanctions en matière de droits de l'homme imposées par l'UE est ridicule. La Chine parvient à monter les quatre principaux groupes politiques du Parlement européen contre elle en une seule action », a commenté un autre sanctionné, l'eurodéputé allemand Vert Reinhard Butikofer. 

« Comme le dit le proverbe chinois : la pierre qu'ils ont soulevée leur retombera sur les pieds », a-t-il averti. 

« Cela rend naturellement le dialogue avec les représentants de la République populaire plus difficile et plus lourd, ce que je trouve regrettable », a affirmé son compatriote, Michael Gahler, élu européen de la CDU, le parti de la chancelière Angela Merkel. 

« Je soupçonne que ma présidence des groupes d'amitié de Taïwan au Parlement européen a joué un certain rôle dans la décision prise à Pékin », a-t-il estimé. 

Pékin avait mis en garde les Européens.   

« Je tiens à souligner que les sanctions sont une confrontation. Des sanctions fondées sur des mensonges pourraient être interprétées comme une atteinte délibérée à la sécurité et au développement de la Chine », avait averti la semaine dernière l'ambassadeur de la Chine après de l'UE, Zhang Ming. 

« Nous voulons le dialogue et non la confrontation », avait-il assuré. 


Giorgia Meloni annonce que l'Italie suspend son accord de défense avec Israël

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé mardi que son gouvernement allait "suspendre le renouvellement automatique" de l'accord de défense entre l'Italie et Israël. (AFP)
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé mardi que son gouvernement allait "suspendre le renouvellement automatique" de l'accord de défense entre l'Italie et Israël. (AFP)
Short Url
  • "Compte tenu de la situation actuelle, le gouvernement a décidé de suspendre le renouvellement automatique de l’accord de défense avec Israël"
  • Israël a convoqué lundi l'ambassadeur d'Italie après que le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani eut condamné les "attaques inacceptables" d'Israël contre des civils au Liban lors d'une visite à Beyrouth

ROME: La Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé mardi que son gouvernement allait "suspendre le renouvellement automatique" de l'accord de défense entre l'Italie et Israël.

"Compte tenu de la situation actuelle, le gouvernement a décidé de suspendre le renouvellement automatique de l’accord de défense avec Israël", a déclaré Giorgia Meloni à la presse en marge d'un déplacement à Vérone (nord).

 


Le président chinois Xi Jinping affirme que l'État de droit doit être respecté pour la paix au Moyen-Orient

Le président chinois Xi Jinping, deuxième à gauche, et le cheikh Khaled bin Mohamed bin Zayed Al-Nahyan, prince héritier d'Abou Dhabi (Émirats arabes unis), troisième à droite, assistent à une réunion au Grand Hall du Peuple à Pékin, le mardi 14 avril 2026. (Photo de pool via AP)
Le président chinois Xi Jinping, deuxième à gauche, et le cheikh Khaled bin Mohamed bin Zayed Al-Nahyan, prince héritier d'Abou Dhabi (Émirats arabes unis), troisième à droite, assistent à une réunion au Grand Hall du Peuple à Pékin, le mardi 14 avril 2026. (Photo de pool via AP)
Short Url
  • La Chine accueillait mardi une série de dirigeants étrangers, tous concernés à des titres divers par les retombées des évènements du Moyen-Orient, même si ces derniers n'étaient pas annoncés comme l'objet premier de leur venue
  • Outre le prince héritier d'Abou Dhabi étaient présents le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le président vietnamien To Lam et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez - l'une des principales voix occidentales opposées à la guerre

PEKIN: La Chine a haussé le ton mardi vis-à-vis des Etats-Unis en jugeant "dangereux et irresponsable" le blocus des ports iraniens, tout en se présentant en protagoniste actif des efforts de résolution de la crise lors d'une journée d'intense activité diplomatique à Pékin.

Pékin a aussi prévenu que la Chine prendrait des mesures de rétorsion "résolues" si les Etats-Unis lui imposaient des droits de douanes supplémentaires en raison de soupçons de fourniture d'aide militaire à l'Iran.

En même temps, Pékin s'est érigée en défenseure du droit international et de la souveraineté des Etats du Moyen-Orient en se disant prête à continuer à jouer un rôle "constructif" pour la paix.

Le haussement de ton de Pékin intervient après l'entrée en vigueur la veille du blocus maritime des Etats-Unis contre les ports iraniens dans le Golfe et en mer d'Oman. Téhéran a dénoncé un acte "illégal" de "piraterie".

Plus de la moitié des importations chinoises de brut transporté par voie maritime provenait l'an dernier du Moyen-Orient et transitait majoritairement par le détroit d'Ormuz, selon la société d'analyse Kpler. L'Iran destinait à la Chine plus de 80% de ses exportations de pétrole avant la guerre, selon Kpler.

Le blocus américain "ne fera qu'exacerber les tensions, fragiliser un accord de cessez-le-feu déjà fragile et compromettre encore davantage la sécurité du passage dans le détroit", a indiqué Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

"Il s'agit d'un comportement dangereux et irresponsable", a-t-il souligné lors d'un point de presse régulier.

Il a aussi vivement réagi aux informations de la presse américaine selon lesquelles la Chine aurait livré ou s'apprêterait à livrer des équipements militaires à l'Iran.

Le président américain Donald Trump a brandi dimanche la menace de droits de douanes à 50% sur les marchandises chinoises.

Guo Jiakun a de nouveau qualifié de "fabriquées de toutes pièces" les informations en ce sens.

La Chine prendra "des contre-mesures résolues si les Etats-Unis persistent à utiliser ce prétexte pour lui imposer des droits de douane supplémentaires", a-t-il mis en garde.

Plus tôt dans la journée, le président Xi Jinping a critiqué à demi-mots les opérations américaines, lors d'une rencontre à Pékin avec le prince héritier d'Abou Dhabi, Khaled ben Mohammed ben Zayed Al Nahyane.

"Préserver l'autorité du droit international ne doit pas vouloir dire l'utiliser quand cela nous arrange, et le rejeter quand ce n'est pas le cas. Nous ne pouvons laisser le monde retourner à la loi de la jungle", a dit M. Xi à son hôte, ont rapporté les médias d'Etat.

La Chine accueillait mardi une série de dirigeants étrangers, tous concernés à des titres divers par les retombées des évènements du Moyen-Orient, même si ces derniers n'étaient pas annoncés comme l'objet premier de leur venue.

Outre le prince héritier d'Abou Dhabi étaient présents le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le président vietnamien To Lam et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez - l'une des principales voix occidentales opposées à la guerre des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran.

"Vraiment nécessaires" 

La Chine et la Russie sont des partenaires de l'Iran et des rivales des Etats-Unis.

La Chine a jusqu'alors été mesurée dans son soutien à Téhéran, soucieuse de ne pas compromettre ses relations étroites avec les pays arabes du Golfe, avec lesquels elle a profondément développé sa coopération économique et diplomatique durant la dernière décennie.

Malgré la grande discrétion sur les détails de son action, un rôle important a été attribué à la diplomatie chinoise dans le cessez-le-feu actuel et dans la tenue des pourparlers qui ont échoué entre l'Iran et les Etats-Unis au Pakistan.

Devant le prince héritier d'Abou Dhabi, Xi Jinping a indiqué que la Chine "continuerait à jouer un rôle constructif" pour la reprise des pourparlers.

Le président chinois a tenu des propos similaires à Pedro Sanchez.

La Chine et l'Espagne doivent "coopérer étroitement pour s'opposer au retour du monde à la loi de la jungle", a plaidé M. Xi.

"La Chine peut jouer un rôle important" pour la résolution du conflit et ses efforts sont "vraiment nécessaires", a estimé M. Sanchez lors d'une conférence de presse.

De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères est arrivé mardi en Chine pour une visite de deux jours, au cours de laquelle les deux puissances se "coordonneront" selon Pékin sur les questions internationales du moment.

 


Le Pakistan s’emploie à ramener l’Iran et les États-Unis à la table des négociations, selon deux sources de haut rang

L'Iran et les États-Unis ne sont pas parvenus à conclure un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient à l'issue de pourparlers marathon qui se sont tenus à Islamabad le 12 avril 2026. (AFP)
L'Iran et les États-Unis ne sont pas parvenus à conclure un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient à l'issue de pourparlers marathon qui se sont tenus à Islamabad le 12 avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Le président du Pakistan Shehbaz Sharif a assuré lundi que le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran "tenait" et que des efforts étaient en cours pour régler les points de blocage
  • "Le cessez-le-feu tient toujours et au moment où je parle, des efforts sont en cours pour résoudre les derniers litiges", a-t-il affirmé au cours d'une brève allocution retransmise à la télévision

ISLAMABAD: Le Pakistan cherche de nouveau à ramener l'Iran et les Etats-Unis à la table des négociations, ont confié mardi deux sources pakistanaises de haut rang à l'AFP, l'une d'elles précisant que des efforts pour prolonger le cessez-le-feu sont en cours.

"Des efforts sont en cours pour ramener les deux parties à la table des négociations. Bien sûr, nous voulons qu’elles reviennent à Islamabad, mais le lieu n’est pas encore déterminé", a déclaré la source, qui a requis l’anonymat.

Samedi, les discussions entre Washington et Téhéran, censées mettre fin à la guerre au-delà d'un cessez-le-feu de deux semaines, ont échoué.

Un second responsable, qui a également requis l'anonymat, a déclaré que des discussions étaient toujours possibles avant la fin de la période de cessez-le-feu, la semaine prochaine.

"Aucune date ni aucun lieu n’ont encore été décidés", a-t-il assuré.

"La réunion pourrait avoir lieu prochainement", a déclaré la première source, en précisant que les dates devaient encore être confirmées.

"Nous travaillons également à obtenir la prolongation du cessez-le-feu au-delà de l’échéance actuelle afin de disposer de plus de temps".

"Les ébauches écrites des demandes et des concessions ont déjà été échangées, de sorte que les deux parties sont conscientes des compromis possibles", a ajouté le responsable.

Deux jours après l'échec des pourparlers de samedi, le vice-président américain JD Vance a déclaré que les lignes rouges de Washington étaient claires et "que la balle était dans le camp des Iraniens".

L’Iran a mis en cause les exigences maximalistes de Washington, sans pour autant rejeter les efforts des dirigeants mondiaux pour ramener les deux parties à la table des négociations.

Une fragile trêve de deux semaines, conclue mercredi afin de laisser le temps de trouver un cessez-le-feu durable, a été respectée, même après l'entrée en vigueur du blocus maritime imposé par les Etats-Unis contre les ports iraniens dans le Golfe et en mer d'Oman.