En Libye, l'"Athènes africaine" menacée par les pelleteuses

Une vue des ruines du temple de Déméter dans la ville antique de Cyrène, à l'est de la Libye. Les ruines spectaculaires de l'ancienne cité grecque de Cyrène ont survécu à la révolution de 2011 en Libye et à la décennie d'anarchie qui a suivi, mais elles sont aujourd'hui confrontées à de nouvelles menaces : le pillage et les bulldozers. (Abdullah DOMA / AFP)
Une vue des ruines du temple de Déméter dans la ville antique de Cyrène, à l'est de la Libye. Les ruines spectaculaires de l'ancienne cité grecque de Cyrène ont survécu à la révolution de 2011 en Libye et à la décennie d'anarchie qui a suivi, mais elles sont aujourd'hui confrontées à de nouvelles menaces : le pillage et les bulldozers. (Abdullah DOMA / AFP)
Short Url
Publié le Lundi 05 avril 2021

En Libye, l'"Athènes africaine" menacée par les pelleteuses

  • Sous un doux soleil de printemps, une poignée de visiteurs profite d'un retour au calme relatif pour découvrir ou redécouvrir ce site splendide, perché sur une colline battue par les vents de la Méditerranée
  • "Un millénaire d'histoire est inscrit dans ses ruines", selon l'UNESCO

SHAHAT : Les ruines spectaculaires de la cité antique de Cyrène ont survécu à la sanglante révolte libyenne, aux conflits et au chaos, mais sont aujourd'hui menacées par les constructions anarchiques et les pelleteuses des habitants qui empiètent sur "l'Athènes africaine".

Sous un doux soleil de printemps, une poignée de visiteurs profite d'un retour au calme relatif pour découvrir ou redécouvrir ce site splendide, perché sur une colline battue par les vents de la Méditerranée.

Ici, pas de file d'attente ni de nuées de touristes encombrants: les rares visiteurs libyens ont tout le loisir de déambuler dans le sanctuaire d'Apollon, l'amphithéâtre ou le temple de Zeus, plus vaste que le Parthénon sur l'acropole.

 

 

Au cœur de l'immense cité grecque, des bustes de divinités funéraires "aprosope" (sans visage) et de grands nus en marbre sont disposés dans un petit musée niché sur un plateau fertile. 

Chaque objet d'art "offre un regard sur les différentes civilisations qui se sont succédé" dans la nécropole, lance fièrement Ismaïl Dakhil, responsable au Département des musées dans l'est de la Libye.

L'antique cité hellène du littoral oriental libyen a été fondée au VIIe siècle avant JC.

"Romanisée, elle resta une grande capitale jusqu'au tremblement de terre de 365", selon l'Unesco, qui l'a inscrite en 1992 au patrimoine de l'Humanité. 

"Un millénaire d'histoire est inscrit dans ses ruines".

Urbanisation galopante 

Q
Des hommes travaillent à l'entretien du site des ruines de la ville antique de Cyrène, dans l'est de la Libye, le 10 mars 2021. Les ruines spectaculaires de l'ancienne cité grecque de Cyrène ont survécu à la révolution de 2011 en Libye et à la décennie d'anarchie qui a suivi, mais elles sont aujourd'hui confrontées à de nouvelles menaces : le pillage et les bulldozers. 
(Abdullah DOMA / AFP)

Cyrène est située à environ 180 km à l'est de Benghazi (est), berceau de la révolte ayant entraîné la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Le pays a depuis sombré dans le chaos, suscitant de vives inquiétudes sur l'avenir de son patrimoine antique. En 2016, l'Unesco a classé la cité de Cyrène et quatre autres sites libyens du patrimoine mondial parmi les sites en péril.

A la guerre s'ajoutait la menace des groupes jihadistes implantés alors à Derna, à une soixantaine de kilomètres de la nécropole, avant qu'ils n'en soient chassés.

Conflits armés et combattants islamistes ont finalement épargné les trésors du patrimoine antique libyen. Et si l'"Athènes africaine" a vu sa partie protégée préservée, ce n'est pas le cas hors de ce périmètre, dans la localité de Shahat, à la lisière de Cyrène. 

En cause, des pillages en série qui nourrissent le trafic illicite d'oeuvres d'art et une urbanisation galopante. A coups de pelleteuse, des constructions cubiques sans âme sont érigées sur des parcelles "renfermant des antiquités, que les habitants se partagent pour les revendre", alerte Adel Abou Fejra, responsable au Département des antiquités à Cyrène.

"Indemnités"

Q

Certains habitants de cette ville de moins de 50.000 âmes ont "repris de force des terrains dont ils avaient été dépossédés par l'Etat, les ont divisés en parcelles et les ont vendus pour y construire" des logements, explique-t-il.

Le site est perçu comme un "obstacle" face aux besoins pressants en logements, alors que le plan local d'urbanisme, jamais mis à jour depuis 1986, est largement ignoré.

Quelle est l'ampleur des dégâts? "Nous ne sommes pas en mesure de l'évaluer", dit-il, les atteintes ayant été commises "sur la partie du site hors de notre contrôle".

Ismaïl Dakhil aussi, ne cache pas son désarroi: Cyrène est victime de "pillages", "d'actes de vandalisme", de "fouilles sauvages", avec pour conséquence des œuvres d'art "exhumées et expédiées hors des frontières". Sans oublier l'urbanisation "anarchique qui empiète" sur la cité antique.

Le son de cloche est tout autre chez les habitants. Comme Saad Mahmoud, qui défend sa "liberté d'exploiter sa propriété privée" jouxtant le site. 

"S'il y a un problème", dit-il, "c'est à l'Etat de trouver des solutions en nous versant des indemnités correspondant aux prix élevés" des terrains. 

La Libye dispose d'un arsenal juridique visant à protéger son patrimoine antique, encadrer les fouilles archéologiques et sanctionner les contrevenants.

Mais les lois s'avèrent peu dissuasives avec des "amendes dérisoires et des peines de prison très courtes", allant de trois mois à un an maximum, selon M. Dakhil.

Après une décennie de chaos et d'instabilité, un nouveau gouvernement unifié vient d'être mis sur pied pour clore le chapitre des divisions. Une embellie politique qui pourrait faire voir la lumière au bout du tunnel.


Un député israélien tente de détruire un mémorial palestinien en Cisjordanie

Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
Short Url
  • L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot
  • "Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression"

RAMALLAH: Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique.

"Il y a quelques jours, j'ai demandé à l'armée d'agir pour retirer les monuments commémorant des terroristes responsables d'attaques contre des Israéliens dans les villages de Madama et de Burin. Malheureusement, ils sont restés en place. Je m'y suis donc rendu moi-même et j'ai pris des mesures pour les retirer", a affirmé M. Soukot dans une vidéo le montrant avec un marteau tentant de détruire le mémorial.

L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot.

"Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression", a dit l'armée dans un communiqué.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que l'armée est "l'autorité souveraine en Judée-Samarie (nom israélien de la Cisjordanie)".

"Se faire justice soi-même, en particulier lorsqu'il s’agit de personnalités publiques, est une pratique répréhensible qui empêche Tsahal de se concentrer sur ses missions de lutte contre le terrorisme et l'incitation à la violence", a dit M. Netanyahu selon un communiqué de son bureau.

Le principal rival de M. Netanyahu pour les prochaines élections, Gadi Eizenkot, a réagi sur X en accusant le Premier ministre "qui permet à des anarchistes comme Zvi Soukot et ses semblables de faire tout ce qui leur plaît, mettant en danger la sécurité des localités israéliennes et portant atteinte à la position d'Israël dans le monde".

Rami Nassar, chef du conseil du village de Madama, a déclaré à l'AFP que "le monument porte les noms des martyrs du village tombés lors de la bataille de Karameh (en 1968, NDLR), des première et deuxième Intifada (soulèvement palestinien), ainsi que jusqu'à aujourd'hui", qualifiant l'acte du député israélien de "terrorisme".

M. Nassar a affirmé que le nom d'"un agriculteur du village tué alors qu'il travaillait sa terre, sans qu'aucun affrontement n'ait eu lieu" était notamment inscrit sur le mémorial.

Dans sa vidéo, M. Soukot a affirmé que parmi les noms mentionnés sur le mémorial figurait celui de Yamen Faredj, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), recherché pour sa participation à des attentats en Israël pendant la seconde Intifada et qui avait été tué en 2004 à Naplouse par l'armée israélienne.

Les violences ont explosé dans le territoire palestinien, occupé depuis 1967, depuis l'attaque du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.


Les Etats-Unis retirent la Syrie de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme

Les États-Unis retirent la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré dans un communiqué que cette mesure « contribuera à favoriser de nouveaux investissements en Syrie afin de promouvoir la stabilité politique et économique ». (AFP)
Les États-Unis retirent la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré dans un communiqué que cette mesure « contribuera à favoriser de nouveaux investissements en Syrie afin de promouvoir la stabilité politique et économique ». (AFP)
Short Url
  • Le secrétaire d'Etat Marco Rubio a affirmé que cette décision américaine offrait aux Syriens "une voie vers la prospérité".
  • Cette mesure "élimine les derniers obstacles majeurs à l'investissement du secteur privé en Syrie et favorise la reprise économique du pays ainsi que sa réintégration dans l'économie mondiale", a-t-il indiqué dans un communiqué

WAHSINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir retiré la Syrie de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme, sur laquelle le pays figurait depuis 47 ans, une nouvelle étape de la levée progressive des sanctions américaines.

Le gouvernement Trump avait indiqué début juillet son intention de supprimer la Syrie de cette liste, qui limitait jusqu'ici les investissements dans ce pays, un peu moins de deux ans après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024.

Les Etats-Unis ont également sorti Hayat Tahrir al-Sham (HTS), anciennement Front al-Nosra, ancien groupe islamiste qu'a dirigé le président syrien Ahmad al-Chareh, de leur liste des principaux groupements et individus "terroristes" (Specially Designated Global Terrorist).

Un temps branche d'Al-Qaïda en Syrie, le Front al-Nosra avait annoncé rompre ses liens avec l'organisation en 2016 et s'était rebaptisé HTS.

Le secrétaire d'Etat Marco Rubio a affirmé que cette décision américaine offrait aux Syriens "une voie vers la prospérité".

Cette mesure "élimine les derniers obstacles majeurs à l'investissement du secteur privé en Syrie et favorise la reprise économique du pays ainsi que sa réintégration dans l'économie mondiale", a-t-il indiqué dans un communiqué.

Tom Barrack, l'envoyé spécial américain en Syrie, a lui salué sur X, "une nouvelle étape décisive dans le remarquable parcours de la Syrie, de l'isolement au partenariat, et d'un pourvoyeur de terrorisme à un partenaire engagé dans la lutte mondiale contre lui".

"Moderne et durable"

Le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani a qualifié la décision américaine d'"étape historique", affirmant qu'elle reflétait "l'engagement du nouvel Etat syrien en faveur de la paix et de la sécurité internationale".

Le ministre syrien des Finances, Mohammed Barnieh, y voit un "succès majeur et historique de la diplomatie syrienne", dans un commentaire cité par l'agence de presse officielle Sana.

Cette mesure ouvre également selon lui une "voie majeure et attendue de longue date pour renforcer l'intégration de la Syrie dans le système économique et financier mondial, attirer les investissements et les technologies modernes, et soutenir les perspectives de développement".

De son côté, le gouverneur de la Banque centrale syrienne s'est félicité que le retrait du pays de cette liste lui permette "de retrouver sa place naturelle au sein du système économique mondial" et de "bâtir un système financier moderne et fiable".

Après sa prise de pouvoir, en décembre 2024, Ahmad al-Chareh avait annoncé la dissolution de tous les groupes armés ayant renversé Bachar al-Assad, dont HTS, sa propre formation.

Lundi toujours, le Trésor américain a ôté HTS de sa liste des personnes et entités sous sanctions (SDN List), selon un communiqué.

"Le Trésor se conforme à la promesse du président Trump de donner au peuple syrien une ouverture sur de grandes choses", a déclaré le ministre des Finances, Scott Bessent, cité dans le communiqué.

"Les décisions prises aujourd'hui vont favoriser des investissements supplémentaires en Syrie pour promouvoir la stabilité politique et économique" du pays, a-t-il poursuivi.

Depuis 2025, de nombreux pays occidentaux ont progressivement annulé les sanctions imposées à la Syrie, notamment le Canada ou le Royaume-Uni. L'Union européenne les avait levées dès mai 2025.

Lors de sa visite à Damas fin juillet, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait appelé les Etats à lever "immédiatement" les dernières sanctions visant encore la Syrie, afin de soutenir la reconstruction et la relance de l'économie locale.


Le ministre des Affaires étrangères d'Oman en Iran pour discuter d'Ormuz

Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Short Url
  • M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région"
  • Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux"

TEHERAN: Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz.

M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région", a déclaré lundi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, dans un communiqué.

Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux".

En riposte aux frappes israélo-américaines sur son sol le 28 février, qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient, l'Iran a verrouillé le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel circulait, avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

Téhéran a indiqué qu'il entendait imposer des frais de navigation pour des services aux navires y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région. L'Iran a pris pour cible des navires qui tentent de traverser le détroit sans demander d'autorisation.

De son côté, le président américain Donald Trump martèle avoir le "contrôle total" du détroit et a affirmé qu'il en ferait, après la guerre un "territoire américain".

Il a également menacé de bombarder Oman si le pays se mettait "en travers" du chemin des Etats-Unis.

L'Iran et Oman discutent depuis plusieurs semaines pour établir une nouvelle route de navigation dans le détroit.

Mardi, le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit, les a appelés à conclure leurs négociations, pour permettre de "reprendre" les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran.

Téhéran affirme que la voie maritime restera fermée tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, dont la levée du blocus imposé par les Etats-Unis aux  ports iraniens.