Canal de Suez: quelle facture pour les assureurs?

Des garde-côtes égyptiens patrouillent alors qu'un navire navigue dans le canal de Suez le 30 mars 2021, un jour après qu'un cargo ait été délogé de ses rives.  (Tarek WAJEH / AFP)
Des garde-côtes égyptiens patrouillent alors qu'un navire navigue dans le canal de Suez le 30 mars 2021, un jour après qu'un cargo ait été délogé de ses rives. (Tarek WAJEH / AFP)
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Publié le Mercredi 31 mars 2021

Canal de Suez: quelle facture pour les assureurs?

  • Dans le secteur maritime, plusieurs types d'assurance entrent en jeu pour couvrir les dommages aux navires ou aux marchandises durant le transport
  • Les assureurs peuvent aussi couvrir les dégâts causés à l'environnement, ou dans certains cas les risques politiques et de guerre

PARIS : Le porte-conteneur géant Ever Given, qui bloquait depuis une semaine le canal de Suez, a été remis lundi à flot. Mais le flou demeure quant à la facture pour les assureurs, qui pourrait n'être connue que d'ici plusieurs années.

L'assurance dans le secteur maritime, mode d'emploi

Quel que soit leur mode de transport, les marchandises et les machines sont exposées à de nombreux risques: accidents, incendie, vol…

Dans le secteur maritime, plusieurs types d'assurance entrent en jeu pour couvrir les dommages aux navires ou aux marchandises durant le transport, depuis le site de provenance jusqu'à la destination finale.

Les assureurs proposent notamment des couvertures "coque et moteur" des navires contre le risque de dommages physiques.

D'autres types de contrats, équivalents de la responsabilité civile, permettent aussi d'assurer les dommages aux tiers durant le transit. Les assureurs peuvent aussi couvrir les dégâts causés à l'environnement, ou dans certains cas les risques politiques et de guerre.

Que coûtera le blocage de l'Ever Given aux assureurs?

Impossible de donner un chiffre précis à ce stade: des expertises sont toujours en cours et de longues procédures judiciaires à prévoir.

"Ça risque de prendre dix ans", résume pour l'AFP Bertrand Faurisson, directeur de l'activité navire du courtier en assurances français Siaci Saint Honoré. Pour lui toutefois, "à l'échelle de l'assurance maritime, ce devrait être un événement important, mais pas extrême".

"Les pertes totales assurées vont rester gérables (pour les assureurs), compte tenu de la période relativement courte de blocage du canal, des limitations et franchises de certaines couvertures", a pour sa part estimé mardi DBRS Morningstar.

Cette agence de notation rappelle notamment que la plupart des contrats d'assurance prévoient un montant maximal au-delà duquel les assureurs ne couvrent plus: généralement entre 100 à 140 millions de dollars pour la coque et le moteur d'un navire du type de l'Ever Given, par exemple.

Quels sont les sinistres en jeu?

En premier lieu, il va falloir déterminer si le navire a subi des dommages physiques, une procédure relativement simple.

S'y ajoute le coût du sauvetage, estimé à un peu moins de 10  millions de dollars, selon Siaci Saint Honoré -- assez peu en comparaison aux 500 millions d'euros du sauvetage du navire de croisière Costa Concordia, qui avait fait naufrage en 2012 au large de la Toscane. 

Il faudra ensuite déterminer les dégâts éventuels sur les biens transportés par l'Ever Given. L'assureur allemand Allianz fait état de premiers rapports "optimistes sur le fait qu'il n'y a pas eu de dommage physique importants à la cargaison".

Mais "la vraie question, ça va être ce qui va concerner les 300 ou 400 navires bloqués, qui vont eux-mêmes subir des pertes et qui vont rechercher à se retourner contre un responsable pour obtenir des indemnités. Ça va être une bataille d'avocats", souligne M. Faurisson. 

"Y a-t-il eu une avarie machine? Une erreur du capitaine? Des problèmes moteurs avant le départ du navire ou pendant son voyage? Tout cela est susceptible de changer la nature de la responsabilité", ajoute cet expert.

Les demandes d'indemnisation pour retards de livraison peuvent "prendre beaucoup de temps, car il va falloir démontrer que le décalage du passage du canal a eu un impact réel sur la date de livraison de la marchandise et vérifier qu'il n'y a pas d'autres raisons que celle-là", explique à l'AFP Didier Giraud, expert maritime pour le groupe français de services à l'assurance Stelliant.

Quant aux cargaisons, par exemple "peut-être qu'il va y avoir des décès de moutons. Combien de moutons vont mourir, compte tenu du retard? C'est difficile de le dire. Et combien meurent habituellement dans un transit? Il faut prendre en compte tous ces éléments-là", selon M. Giraud.

Le gigantisme des navires en question

"Les assureurs avertissent depuis des années que la taille croissante des navires entraîne une accumulation plus importante de risques", souligne Rahul Khanna chez Allianz.

"Ces navires génèrent des économies d'échelle pour les armateurs, mais aussi un coût disproportionné lorsque les choses tournent mal", selon cet expert: la gestion des incidents impliquant de grands navires, tels que les incendies, les échouements et les collisions, devient en effet plus complexe et plus coûteuse.


Liban: deux morts dans des frappes israéliennes sur le sud

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  • L'agence officielle libanaise Ani a rapporté qu'une des frappes dans le sud avait touché un hangar, tandis que celles dans l'est ont atteint des montagnes proches de la localité de Nabi Sheet
  • Celle sur Derdaghya a visé une voiture, d'après cette source

BEYROUTH: Des frappes israéliennes sur le sud du Liban ont fait deux morts dimanche, a indiqué le ministère de la Santé libanais, l'armée israélienne affirmant avoir visé des positions du Hezbollah.

Malgré la trêve conclue en novembre 2024 censée mettre fin à plus d'un an d'hostilités avec le Hezbollah, Israël continue de mener régulièrement des frappes sur le territoire libanais, disant viser le mouvement chiite pro-iranien qu'il accuse de se réarmer.

Dans un communiqué, le ministère a fait état d'un "raid de l'ennemi israélien" entre les localités de Khirbet Selm et de Kfardounine, dans le sud du pays, faisant un mort et cinq blessés.

Ailleurs dans le sud, une frappe a fait un mort à Derdaghya, a rapporté le ministère.

L'armée israélienne a déclaré avoir frappé un "site de fabrication d'armes" du Hezbollah dans le sud, où elle dit avoir identifié "l'activité terroriste d'agents du Hezbollah".

Elle a ajouté avoir visé des "sites d'infrastructures militaires appartenant au Hezbollah" dans la région orientale de la Bekaa.

L'agence officielle libanaise Ani a rapporté qu'une des frappes dans le sud avait touché un hangar, tandis que celles dans l'est ont atteint des montagnes proches de la localité de Nabi Sheet.

Celle sur Derdaghya a visé une voiture, d'après cette source.

Mercredi, Israël a frappé quatre points de passage le long de la frontière syro-libanaise, utilisés selon lui par le Hezbollah pour passer des armes en contrebande.

Début janvier, l'armée libanaise a annoncé avoir achevé la première phase de son plan de désarmement du Hezbollah, couvrant la zone située au sud du fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière israélienne.

Israël juge les progrès de l'armée libanaise insuffisants, tandis que le mouvement islamiste a rejeté les appels à remettre ses armes.

Selon un décompte de l'AFP basé sur les bilans du ministère de la Santé, plus de 350 personnes ont été tuées par des tirs israéliens au Liban depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.


Les Etats-Unis mettent en garde l'Irak sur ses futures relations avec l'Iran

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a mis en garde l'Irak dimanche contre tout rapprochement avec l'Iran, alors que l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, soutenu par les partis chiites proches de Téhéran, devrait prochainement retrouver son poste. (AFP)
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a mis en garde l'Irak dimanche contre tout rapprochement avec l'Iran, alors que l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, soutenu par les partis chiites proches de Téhéran, devrait prochainement retrouver son poste. (AFP)
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  • Lors d'un entretien téléphonique avec l'actuel Premier ministre, Mohamed Chia al-Soudani, Marco Rubio a dit espérer que le futur gouvernement irakien ferait du pays "une force de stabilité, de prospérité et de sécurité
  • "Le secrétaire a souligné qu'un gouvernement contrôlé par l'Iran ne peut pas faire passer en premier les propres intérêts de l'Irak avec succès, tenir l'Irak hors des conflits régionaux ou faire progresser le partenariat mutuellement bénéfique"

WASHINGTON: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a mis en garde l'Irak dimanche contre tout rapprochement avec l'Iran, alors que l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, soutenu par les partis chiites proches de Téhéran, devrait prochainement retrouver son poste.

M. Maliki, figure centrale de la vie politique en Irak, a reçu samedi l'appui de la principale alliance chiite du pays, le Cadre de coordination, qui détient la majorité au Parlement et a des liens divers avec Téhéran.

Lors d'un entretien téléphonique avec l'actuel Premier ministre, Mohamed Chia al-Soudani, Marco Rubio a dit espérer que le futur gouvernement irakien ferait du pays "une force de stabilité, de prospérité et de sécurité dans le Moyen-Orient.

"Le secrétaire a souligné qu'un gouvernement contrôlé par l'Iran ne peut pas faire passer en premier les propres intérêts de l'Irak avec succès, tenir l'Irak hors des conflits régionaux ou faire progresser le partenariat mutuellement bénéfique entre les Etats-Unis et l'Irak", selon des propos rapportés par son porte-parole Tommy Pigott.

Un éventuel gouvernement irakien pro-Iran serait une rare éclaircie pour Téhéran, qui rencontre des difficultés sur le plan national comme international.

La République islamique a été secouée par un mouvement de contestation d'ampleur à partir de fin décembre. Les manifestations ont été durement réprimées, les morts se comptant en milliers.

Et depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023, l'Iran a subi des frappes directes israéliennes et américaines, et vu des alliés régionaux grandement affaiblis ou évincés.

Les Etats-Unis ont fait part de leur "opinion négative concernant les précédents gouvernements dirigés par l'ancien Premier ministre Maliki", a indiqué à l'AFP une source de la sphère politique irakienne.

Dans une lettre, des responsables américains ont affirmé que Washington prendrait "ses propres décisions souveraines à propos du prochain gouvernement, en accord avec les intérêts américains", reconnaissant néanmoins qu'il revient à l'Irak de choisir ses dirigeants.

Les Etats-Unis disposent d'un important moyen de pression contre l'Irak. Ils contrôlent une large partie des recettes de l'exportation de pétrole du pays conformément à un accord de 2003, conclu après l'invasion américaine et le renversement de Saddam Hussein.

L'actuel Premier ministre Soudani, en poste depuis 2022, a gagné la confiance américaine en s'employant à faire diminuer les violences des groupes armés chiites soutenus par Téhéran, que Washington ne veut pas voir s'enhardir de nouveau.


Syrie: l'ONU envoie de l'aide vers une ville à majorité kurde cernée par l'armée

Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours, après que ces dernières ont cédé des pans entiers de territoire aux troupes gouvernementales, décidées à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire. (AFP)
Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours, après que ces dernières ont cédé des pans entiers de territoire aux troupes gouvernementales, décidées à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire. (AFP)
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  • Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours
  • Des "affrontements violents" ont lieu tôt lundi entre les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) et des "factions affiliées à Damas" qui attaquent au sol et à l'artillerie le village de Kharab Ashk

DAMAS: Un corridor humanitaire a été ouvert vers Kobané, ville à majorité kurde du nord de la Syrie cernée par l'armée, où un premier convoi de l'ONU est arrivé dimanche pour fournir une "aide vitale" aux déplacés ayant fui les affrontements.

Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours, après que ces dernières ont cédé des pans entiers de territoire aux troupes gouvernementales, décidées à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire.

Les deux parties se sont mutuellement accusées de violations de la trêve.

Des "affrontements violents" ont lieu tôt lundi entre les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) et des "factions affiliées à Damas" qui attaquent au sol et à l'artillerie le village de Kharab Ashk, situé au sud-est de Kobané, affirment les FDS.

Dimanche soir, l'armée, citée par des médias d'Etat, a dit avoir été visée par des drones autour de Kobané. Quant aux FDS, elles ont accusé l'armée de plusieurs attaques, dont un bombardement ayant tué un enfant à l'ouest de Kobané.

Plus tôt dans la journée, l'armée avait annoncé ouvrir deux corridors afin de permettre "l'entrée de l'aide", l'un vers Kobané et l'autre dans la province voisine de Hassaké, région dans laquelle l'armée s'est également déployée.

Un convoi d'aide de l'ONU est arrivé dimanche à Kobané, a déclaré à l'AFP Céline Schmitt, porte-parole du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) en Syrie.

Le représentant de l'agence en Syrie, Gonzalo Vargas Llosa, avait auparavant précisé que le convoi était composé de "24 camions transportant des denrées essentielles, des articles de secours et du diesel", devant "fournir une aide vitale aux civils affectés par les hostilités et le climat hivernal".

L'opération a été rendue possible par "la coopération du gouvernement syrien", avait-il écrit sur X.

Plus tôt cette semaine, des habitants de Kobané (Aïn al-Arab en arabe) avaient déclaré à l'AFP manquer de nourriture, d'eau et d'électricité, alors que la ville était submergée de personnes ayant fui l'avancée de l'armée syrienne.

Intégration à l'Etat 

Kobané, dans l'extrême nord-est de la Syrie, est entourée par les forces gouvernementales et est bordée par la frontière turque au nord.

Les forces kurdes ont accusé l'armée syrienne d'y imposer un "siège".

La ville, que les forces kurdes avaient libérée d'un long siège du groupe Etat islamique (EI) en 2015, était devenue un symbole en tant que première grande victoire contre les jihadistes.

Le pouvoir islamiste de Damas réclame la dissolution des FDS, tandis que Washington estime que leur mission initiale de lutte contre les jihadistes n'a plus de raison d'être, avec l'émergence d'un Etat central fort et soutenu par les Etats-Unis à Damas.

Samedi, les autorités syriennes ont affirmé que le cessez-le-feu avait été prolongé pour faciliter le transfert par les Etats-Unis de détenus de l'EI de Syrie vers l'Irak.

Cette opération a débuté cette semaine, Washington craignant des failles sécuritaires dans la surveillance des prisonniers du fait des affrontements entre l'armée et les Kurdes.

L'armée américaine a dit vouloir transférer en Irak jusqu'à 7.000 suspects de l'EI auparavant détenus par les combattants kurdes syriens.

Des Européens figuraient parmi les 150 détenus haut placés de l'EI qui ont été les premiers à être transférés mercredi, et deux responsables irakiens ont déclaré à l'AFP qu'un deuxième groupe "comptant jusqu'à 1.000 détenus de l'EI" était samedi en cours de transfert.

La trêve entre Damas et les FDS s'inscrit dans le cadre d'un accord plus large qui vise à intégrer les institutions civiles et militaires kurdes à l'Etat.

Cet accord, pour lequel les Kurdes syriens doivent présenter un plan d'application, porte un coup aux espoirs d'autonomie de cette minorité, qui avait instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est durant la guerre civile (2011-2024).