Turquie: l'abandon d'un traité protégeant les femmes divise les féministes

Le président turc Recep Tayyip Erdogan donne une conférence de presse après la réunion du cabinet au complexe présidentiel à Ankara, le 29 mars 2021. (Adem ALTAN / AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan donne une conférence de presse après la réunion du cabinet au complexe présidentiel à Ankara, le 29 mars 2021. (Adem ALTAN / AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 01 avril 2021

Turquie: l'abandon d'un traité protégeant les femmes divise les féministes

  • Son abandon par la Turquie a été annoncé dans un décret de M. Erdogan publié dans la nuit du 19 au 20 mars
  • Plus de 300 femmes ont été tuées l'année dernière en Turquie, selon la plateforme "Nous allons arrêter les féminicides"

ISTANBUL : La décision du président Recep Tayyip Erdogan de retirer la Turquie d'un traité de lutte contre les violences faites aux femmes a beau avoir provoqué une onde de choc, certaines associations féministes conservatrices l'ont accueillie avec "compréhension".

C'est notamment le cas de l'association Femmes et Démocratie (KADEM) dont la vice-présidente n'est autre que la fille cadette du président turc, Sumeyye Erdogan.

L'argument avancé par la présidence pour justifier ce retrait a en effet trouvé écho auprès de certaines organisations conservatrices comme KADEM: préserver les valeurs familiales face à ceux qui cherchent à "normaliser l'homosexualité" au nom du traité abandonné, qui prohibe plus généralement toute discrimination basée sur "le genre".

Connu sous le nom de Convention d'Istanbul, ce traité du Conseil de l'Europe datant de 2011 oblige les gouvernements à adopter une législation réprimant la violence domestique et les abus similaires, y compris le viol conjugal et la mutilation génitale féminine.

Son abandon par la Turquie a été annoncé dans un décret de M. Erdogan publié dans la nuit du 19 au 20 mars. 

Ce retrait, décidé alors que les féminicides n'ont cessé d'augmenter depuis une décennie en Turquie, a suscité la colère des organisations de défense des droits des femmes et des critiques de l'Union européenne, de Washington et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU.

"Ni pour ni contre"

Mais pour Derya Yanik, avocate et membre du conseil d'administration de KADEM, l'association faite par certains milieux entre la convention et la défense des droits des LGBT était devenue "un poids difficile à porter" dans un pays largement conservateur.

"De notre point de vue, la convention d'Istanbul était un instrument pour combattre les violences faites aux femmes. Mais certains groupes l'ont associé aux droits des LGBT. C'est un des facteurs qui ont nui au traité", affirme Mme Yanik à l'AFP.

Si ses propos ressemblent à une défense des justifications avancées par Ankara, Mme Yanik tient à préciser que KADEM n'est "ni pour ni contre" la convention d'Istanbul. 

Elle fait valoir que la Turquie est déjà dotée d'une législation pour protéger les femmes, ce qui rend, selon elle, le traité moins indispensable.

"On a prétendu qu'en cas de retrait de la convention d'Istanbul, il n'y aurait plus de moyens pour protéger les femmes. Mais ce n'est pas le cas", affirme l'avocate.

Reprenant à son compte les arguments des autorités turques, Mme Yanik considère que le traité "imposait" la défense des LGBT comme "le nouveau normal".

"Nous sommes tuées, voilées ou pas"

La décision du chef de l'Etat turc a provoqué des manifestations à travers la Turquie de femmes qui se sentent menacées par l'abandon du traité dans un pays où la mentalité patriarcale est encore prédominante.

Plus de 300 femmes ont été tuées l'année dernière en Turquie, selon la plateforme "Nous allons arrêter les féminicides".

Environ 38% des femmes en Turquie ont affirmé avoir été au moins une fois victimes de violences conjugales, selon les données de l'Organisation mondiale de la Santé, alors que le taux se situe aux alentours de 25% pour l'Europe. 

Une femme voilée qui a participé à l'une des manifestations dans un quartier conservateur d'Istanbul, Aysel Ozbey, 43 ans, estime que le retrait de la Turquie du traité est "un putsch contre les femmes" par M. Erdogan.

"Nous sommes tuées indépendamment de notre langue, notre religion ou notre race, ou encore du fait que nous soyons conservatrices ou pas, que nous portions le voile ou pas", affirme-t-elle.

"Pas de leçons de morale"

Pour Rumeysa Camdereli, fondatrice de "Havle", un groupe qui se présente comme féministe et musulman, prétendre que la convention d'Istanbul impose à la Turquie l'acceptation du style de vie des LGBT est ridicule.

"Certains pensent que les gens deviendront homosexuels après avoir lu le traité. Ce n'est même pas un argument qui vaut la peine d'y répondre", rit-elle.

Pour Mme Camdereli, les femmes en Turquie ont besoin de "protections légales et pas de leçons de morale".

Selon les défenseurs des droits des femmes, les lois existantes sont mal appliquées par les forces de l'ordre et la justice en Turquie, alimentant ainsi une culture d'impunité pour les auteurs des violences.

Mme Camdereli refuse cependant de tomber dans "le désespoir" et reste convaincue qu'il faut continuer la lutte. 

"C'est la violence masculine qui détruit la famille, pas le traité", affirme-t-elle.


Le président syrien n'entend pas intervenir au Liban (sources proches)

Le président syrien Ahmed al-Chareh. (REUTERS)
Le président syrien Ahmed al-Chareh. (REUTERS)
Short Url
  • Le président syrien Ahmad al-Chareh a démenti toute intention d’intervention au Liban, qualifiant ces rumeurs d’infondées
  • Damas affirme privilégier la coordination avec Beyrouth et la stabilité du Liban, dans un contexte régional tendu lié au Hezbollah et au conflit israélo-libanais

DAMAS: Le président syrien Ahmad al-Chareh a déclaré à des visiteurs que Damas n’avait aucune intention d’intervenir au Liban, démentant des rumeurs à ce sujet, ont indiqué vendredi à l'AFP deux personnes ayant assisté à l'entretien.

L’un des participants, qui a requis l’anonymat, a affirmé que le dirigeant syrien avait dit à une délégation de près de 70 notables et dignitaires de la province de Damas, en visite jeudi au palais présidentiel, que "ce qui se dit au sujet d'une intervention de la Syrie au Liban n’est qu'une rumeur".

L'autre personne a confirmé ces propos.

Le communiqué officiel publié à l'issue de cette visite, centrée autour de questions locales de développement, n'a fait aucune mention des propos d'Ahmad al-Chareh sur le Liban.

Le président américain Donald Trump avait affirmé lors d'une interview le 7 juin à NBC que le président syrien était prêt à aider à affaiblir le Hezbollah, contre lequel Israël mène une campagne de frappes aériennes et une offensive terrestre.

Dans une interview télévisée jeudi, le porte-parole du ministère syrien de l’Intérieur, Noureddine al-Baba, a déclaré que Damas se tient aux côtés du président libanais Joseph Aoun pour " préserver la sécurité du Liban et la souveraineté de l’Etat libanais".

"La coordination avec (...) le Liban est le fondement de tout rôle que la Syrie peut jouer dans la résolution des dossiers libanais", a-t-il ajouté.

Réagissant aux propos de Donald Trump, Noureddine al-Baba a déclaré que "les parties syrienne et libanaise sont les mieux placées pour (les) interpréter et se mettre d’accord sur une formule qui serve les deux pays dans le cadre d'une vision arabe commune".

Selon un diplomate qui a requis l'anonymat, la Syrie est sous pression des Etats-Unis depuis le début de la guerre entre Israël et le Liban le 2 mars pour intervenir contre la formation pro-iranienne dans le pays voisin, avec lequel elle partage une longue frontière terrestre.

La Syrie est dirigée depuis fin 2024 par des autorités islamistes hostiles au Hezbollah, qui était l'allié du président renversé Bachar al-Assad.

M. Chareh a dit vouloir ouvrir une nouvelle page avec le Liban.

Le président syrien Hafez al-Assad, père de Bachar al-Assad, était intervenu au Liban en pleine guerre civile en 1976 et ses troupes ne s'en étaient définitivement retirées que près de 30 ans plus tard.


Le CCG déclare que les hostilités iraniennes compromettent le dialogue et les relations régionales

Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
Short Url
  • Le communiqué indique que la poursuite de l'agression iranienne ne fera qu'accentuer l'isolement de l'Iran
  • Affirmation du droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international

LONDRES : Un communiqué du Conseil de coopération du Golfe a déclaré mercredi que les hostilités iraniennes sapaient la confiance et fermaient la porte au dialogue.

Le communiqué souligne que "l'agression ne permet pas d'établir des relations ni de favoriser la compréhension ou le rapprochement".

La déclaration ajoute que la poursuite de l'approche agressive de l'Iran ne fera qu'accentuer son isolement, avertissant que de telles politiques affaiblissent la stabilité régionale.

Elle précise également que la porte de la compréhension reste ouverte à ceux "qui choisissent le langage de la sagesse et du bon voisinage".

Le Conseil a réaffirmé son entière solidarité avec le Bahreïn, le Koweït et la Jordanie, soulignant que la sécurité des États du Golfe est indivisible et que toute attaque contre un membre constitue une attaque contre tous.

Le Conseil a condamné les actions de l'Iran, a tenu Téhéran pour responsable de leurs conséquences sur la sécurité régionale, la navigation internationale et l'approvisionnement en énergie, et a appelé la communauté internationale à demander des comptes aux responsables.

Il a également affirmé le droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international et à la charte des Nations unies.

Cette déclaration a été faite alors que les ministres des affaires étrangères du CCG participaient à la 167e session du conseil ministériel du CCG à Bahreïn.

La réunion du CCG pour les États arabes du Golfe s'est tenue à Manama sous la présidence du ministre des affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al-Zayani.


Liban: au moins 12 morts dans des frappes israéliennes dans le sud

Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
Short Url
  • Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud
  • "Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël"

BEYROUTH: Israël a poursuivi mercredi ses frappes au Liban, faisant au moins 12 morts, selon une source médicale à l'AFP, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, appelant les Libanais à "rejoindre" la lutte de son pays contre le Hezbollah pro-iranien.

L'armée israélienne a en outre arrêté et enlevé en Israël, pour interrogatoire, deux habitants d'un village frontalier du sud, avant leur remise en liberté dans la soirée.

Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud.

"Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël", a déclaré M. Netanyahu dans un message en anglais adressé au peuple libanais.

Dans le même temps, Donald Trump a douché mercredi les espoirs d'un accord avec Téhéran pour mettre fin à la guerre régionale. Il a affirmé que son armée allait "attaquer" l'Iran dès mercredi, l'accusant de duplicité.

Dans le sud, près de Tyr, huit personnes ont été tuées dans des frappes sur le village de Tayr Debba et quatre autres dans la localité de Deir Qanoun an-Nahr, a indiqué une source médicale à l'AFP.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a aussi rapporté d'autres bombardements sur une trentaine de localités dans le sud et l'est du Liban, dont trois villages méridionaux dont Israël avait ordonné plus tôt l'évacuation.

La veille, de violents raids sur la ville de Tyr avaient fait 11 morts et Israël avait ordonné à l'ensemble des habitants de la ville millénaire et de ses environs d'évacuer, provoquant un exode précipité.

Plus au nord, une frappe israélienne a visé une voiture dans le centre de la grande ville côtière de Saïda, porte du sud du Liban, a indiqué l'Ani.

Un correspondant de l'AFP y a vu des secours retirer deux personnes d'un véhicule en feu.

Villages chrétiens isolés 

De son côté, le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des troupes israéliennes dans des localités qu'elles occupent dans le sud.

Dans la zone frontalière, une patrouille israélienne a enlevé "un membre du conseil municipal de Kfar Chouba et un employé de la municipalité alors qu'ils effectuaient des travaux de pompage d'eau", selon l'Ani.

L'armée israélienne a indiqué pour sa part avoir interpellé et "transféré sur le territoire israélien pour y être interrogés", deux "suspects" qui "s'étaient approchés de la zone où les soldats israéliens mènent des opérations".

La municipalité de Kfar Chouba a annoncé qu'ils étaient revenus libres au village dans la soirée. Affirmant qu'ils "n'avaient aucune intention de s’approcher des forces israéliennes", elle a condamné un "acte hostile envers deux innocents qui accomplissaient une mission humanitaire".

Kfar Chouba est l'un des rares villages frontaliers dont les habitants sont restés malgré les ordres d'évacuation de l'armée israélienne, qui occupe désormais une partie du sud du pays.

Parmi ces villages figure une poignée de localités chrétiennes, dont les représentants ont appelé mardi soir l'État libanais à "ouvrir des couloirs humanitaires".

Le communiqué du "Rassemblement des villages chrétiens frontaliers" souligne que les routes les desservant sont désormais "coupées ou extrêmement dangereuses".

Depuis le début, le 2 mars, de la nouvelle guerre au Liban entre le Hezbollah et Israël, les frappes israéliennes ont fait 3.696 morts, selon le dernier bilan des autorités.

Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans cette guerre régionale pour soutenir l'Iran, qui exige que tout accord de paix avec Washington inclut la fin des hostilités sur le front libanais.