Moustafa al-Kazimi réintègre l’Irak dans la sphère arabe

Une image fournie par l'Agence de presse des Émirats arabes unis (WAM) le 4 avril 2021 montre le cheikh Mohamed ben Zayed al-Nahyan (à droite), prince héritier d'Abou Dhabi et commandant suprême adjoint des forces armées des Émirats arabes unis, recevant le Premier ministre irakien Mustafa al-Kazimi lors d'une cérémonie à Abu Dhabi. WAM / AFP
Une image fournie par l'Agence de presse des Émirats arabes unis (WAM) le 4 avril 2021 montre le cheikh Mohamed ben Zayed al-Nahyan (à droite), prince héritier d'Abou Dhabi et commandant suprême adjoint des forces armées des Émirats arabes unis, recevant le Premier ministre irakien Mustafa al-Kazimi lors d'une cérémonie à Abu Dhabi. WAM / AFP
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Publié le Mardi 06 avril 2021

Moustafa al-Kazimi réintègre l’Irak dans la sphère arabe

Moustafa al-Kazimi réintègre l’Irak dans la sphère arabe
  • La tournée dans le Golfe du Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, l’a mené en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis
  • L’Iran souhaite se débarrasser de sanctions qui ont énormément nui à son économie sans pour autant avoir à retourner à la table des négociations

La tournée dans le Golfe du Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, l’a mené en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Elle est perçue par les observateurs comme un événement de première importance et intervient, de fait, à un moment où les tensions au Moyen-Orient vont crescendo à plus d’un titre.

L’escalade des tensions de la part de l’Iran se poursuit alors que les pays signataires de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 tentent de reprendre les négociations avec les États-Unis, qui essaient de réintégrer l’entente trois ans après le retrait décidé par l’ancien président américain Donald Trump. Par ailleurs, les manœuvres entre Téhéran et Washington concernant les conditions de ce retour se multiplient.

En effet, si l’Iran a réduit ses nombreuses violations et transgressions de l’accord – telles que l’augmentation du taux d’enrichissement de l’uranium jusqu’à 20% et l’obstruction des inspections surprises effectuées par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans ses installations nucléaires –, il n’en reste pas moins qu’il insiste depuis le début pour faire savoir que le retour à l’accord ne nécessite pas de négociations. Pour Téhéran, les Américains devraient commencer par lever les sanctions, et ce n’est qu’ensuite que l’Iran honorera à nouveau ses engagements.

 

L’Iran souhaite se débarrasser de sanctions qui ont énormément nui à son économie sans pour autant avoir à retourner à la table des négociations avec les Américains et les autres pays signataires de l’accord (P4+1) sur des thèmes qui ne concernent pas le texte de l’accord de base.

Ali Hamade

En d’autres termes, l’Iran souhaite se débarrasser de sanctions qui ont énormément nui à son économie sans pour autant avoir à retourner à la table des négociations avec les Américains et les autres pays signataires de l’accord (P4+1) sur des thèmes qui ne concernent pas le texte de l’accord de base. Parmi ces sujets figure l’épineuse question du programme de missiles balistiques mis en place par l’Iran, ou encore ce que les Américains qualifient de «politiques iraniennes malveillantes ou perturbatrices» au Moyen-Orient.

L’ingérence de l’Iran dans les affaires des États de la région et sa politique expansionniste nuisent à la souveraineté de ses voisins au Moyen-Orient. Il ne faut pas oublier, dans ce contexte, l’escalade iranienne au Yémen, par le biais des Houthis, mais aussi en Arabie saoudite, cible continuelle de missiles balistiques et de drones. Les tensions montent également en Irak, et des attaques ciblent les installations militaires et diplomatiques américaines dans plusieurs régions, menées par des milices irakiennes affiliées au Corps iranien des gardiens de la révolution islamique.

De leur côté, les Américains tiennent à ce que le retour des Iraniens à leurs engagements nucléaires coïncide avec une levée progressive des sanctions américaines. Washington a fait de nombreuses concessions en assouplissant certaines sanctions contre l’Iran et en exprimant son désir de négocier avec les Iraniens afin de trouver un moyen de revenir à l’accord. Les États-Unis envoient même aujourd’hui une délégation à Vienne pour participer de manière indirecte aux pourparlers entre l’Iran et le P4+1.

 

Des forces affiliées à l’Iran en Irak ont tenté à plusieurs reprises d’exercer sur Moustafa al-Kazimi un blocus politique, voire sécuritaire.

Ali Hamade

C’est dans ce contexte que le Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, a décidé de visiter l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, deux pays arabes qui jouent un rôle central, malgré les réserves des forces politiques irakiennes influencées par l’Iran, alors que les forces politiques partisanes ou indépendantes ont quasiment toutes fait part de leur adhésion à cette tournée dans le Golfe. Ces forces-là soutiennent le Premier ministre dans son projet qui vise à étendre la souveraineté de l’Irak et à limiter la propagation des armes des milices qui empêchent l’État d’exercer sa souveraineté sur le territoire irakien.

Des forces affiliées à l’Iran en Irak ont tenté à plusieurs reprises d’exercer sur Moustafa al-Kazimi un blocus politique, voire sécuritaire. Malgré cela, le ministre irakien n’a de cesse de poursuivre son projet: étendre la souveraineté de l’État aux quatre coins de l’Irak, limiter la propagation des armes des milices qui opèrent sous l’égide des Unités de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) en vue d’un désarmement à un stade ultérieur, réintégrer l’Irak dans la sphère arabe au prix d’une véritable tentative pour parvenir à l’équilibre requis par les Irakiens face à l’expansion de l’influence iranienne; enfin, réactiver directement les relations de l’Irak avec la communauté internationale, sans que l’influence iranienne nuise à ces relations.

 

Cependant, le plus important réside dans le fait que le Premier ministre irakien a pu prouver, lors de sa dernière tournée dans le Golfe, qu’il poursuit le projet de libération progressive de l’influence iranienne et qu’il recalibre la boussole irakienne vers le monde arabe.

Ali Hamade

Lors de sa visite au Royaume et aux Émirats arabes unis, le Premier ministre a été accueilli avec chaleur. Il a fait remarquer combien les pays arabes souhaitent le retour de l’Irak dans la sphère arabe, et combien ils sont prêts à aider l’Irak à rétablir ses relations arabes, à renforcer l’autorité légitime de l’État irakien et à soutenir l’économie irakienne. Beaucoup pensent que l’Iran, depuis 2003, compte sur l’économie irakienne pour contourner les sanctions qui lui sont imposées, puisqu’il a dilapidé des dizaines de milliards de dollars qui appartenaient à l’Irak pour son propre compte et ses propres intérêts. Al-Kazimi a également remarqué que les pays arabes étaient disposés à coopérer immédiatement avec lui à travers la conclusion de nombreux accords à Riyad et Abou Dhabi. De plus, les montants alloués par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour établir des fonds de soutien aux investissements en Irak sont supérieurs à 6 milliards de dollars (soit 5,08 milliards d’euros).

Cependant, le plus important réside dans le fait que le Premier ministre irakien a pu prouver, lors de sa dernière tournée dans le Golfe, qu’il poursuit le projet de libération progressive de l’influence iranienne et qu’il recalibre la boussole irakienne vers le monde arabe. L’Irak va bientôt entreprendre des démarches envers l’Égypte et la Jordanie au niveau des chefs d’État et libérer ses relations internationales des pressions iraniennes. Dans ce contexte, rappelons que des réunions auront lieu dans deux jours dans le cadre du dialogue stratégique entre les États-Unis et l’Irak, qui représente un point d’équilibre pour la position régionale et internationale de l’Irak.

Tout cela a lieu alors qu’Al-Kazimi travaille sereinement pour faire face aux réalités difficiles en Irak et aux équilibres en vigueur depuis 2003, en dépit des menaces qui pèsent sur sa personne et du fait qu’il risque d’être pris pour cible par l’Iran dans la prochaine étape de l’obstruction du projet de libération de l’Irak de l’influence iranienne. Cette influence domine le pays depuis plusieurs années, ce qui a poussé les dirigeants iraniens à considérer l’Irak comme un champ ouvert à l’influence de Téhéran.

Ali Hamade est journaliste éditorialiste au journal Annahar, au Liban.

TWITTER: @AliNahar

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.