L'appli Clubhouse, «un espace pour s'écouter» dans un Liban polarisé et en crise

Dans les salons consacrés au Liban, les sujets de conversation n'échappent pas aux réalités amères du pays, frappé par une paupérisation à grande échelle (Photo, AFP).
Dans les salons consacrés au Liban, les sujets de conversation n'échappent pas aux réalités amères du pays, frappé par une paupérisation à grande échelle (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 06 avril 2021

L'appli Clubhouse, «un espace pour s'écouter» dans un Liban polarisé et en crise

  • Universitaires, journalistes et militants, au Liban ou expatriés, se retrouvent dans des salons de conversations audio pour deviser des sujets du moment
  • «Clubhouse a aidé des interlocuteurs aux extrémités de l'échiquier politique à comprendre leurs points de vue respectifs», résume Paula Naoufal, journaliste libanaise de 25 ans

BEYROUTH: A la télévision ou sur les réseaux sociaux, politiciens et militants du Liban se déchirent et s'invectivent parfois sans merci. Si une crise inédite alimente cette polarisation légendaire, les utilisateurs de l'application audio Clubhouse y découvrent une nouvelle approche du débat.

Dans un pays où la politique déchaîne les passions, débattre de la formation du gouvernement ou de l'effondrement économique sans en arriver aux insultes, voire aux mains, est un petit miracle, offert par Clubhouse.

Universitaires, journalistes et militants, au Liban ou expatriés, se retrouvent dans des salons de conversations audio pour deviser des sujets du moment.

« Clubhouse a aidé des interlocuteurs aux extrémités de l'échiquier politique à comprendre leurs points de vue respectifs », résume Paula Naoufal, journaliste libanaise de 25 ans.

« C'est un espace pour s'écouter, contrairement à Twitter et Instagram, qui ne sont pas aussi interactifs », ajoute-t-elle.

Pour le moment, la version beta de la plateforme américaine, lancée il y a un an, est accessible sur invitation seulement. Et uniquement sur iOS (Apple), dans un pays où un iPhone vaut plus de dix fois le salaire minimum.

Dans les salons consacrés au Liban, les sujets de conversation n'échappent pas aux réalités amères du pays, frappé par une paupérisation à grande échelle et une dépréciation historique de sa monnaie.

Mais ici, point d'algorithme pour biaiser ce à quoi l'internaute a accès, contrairement à d'autres réseaux sociaux qui offrent en premier lieu à l'utilisateur des contenus susceptibles de lui plaire.

Clubhouse permet ainsi à un partisan de la révolte antisystème de discuter avec un supporter d'un des grands partis dominant la scène politique, régie par un système confessionnel.

« Soif de connexion »

Clubhouse est « un espace où les adeptes de différentes religions ou affiliations politiques peuvent se rencontrer virtuellement et parler directement », confirme Joe Khawly, journaliste libanais installé à Washington.

« On apprend qu'en tant que Libanais, nous partageons les mêmes combats et les mêmes craintes », ajoute-t-il.

Le nom des salons, qui réunissent la plupart du temps quelques dizaines de participants, raconte le quotidien d'une nation qui enchaîne les tragédies : « Personne ne vient nous sauver » ou encore « Entre Hariri et Aoun: pour ou contre », en référence aux guerres mesquines entre le Premier ministre désigné Saad Hariri et le président Michel Aoun, incapables de mettre sur pied un nouveau gouvernement.

« Comment le port de Beyrouth a-t-il explosé ? », propose une autre discussion, en allusion à la déflagration du 4 août qui a fait plus de 200 morts.

On retrouve aussi parfois les espoirs déçus du soulèvement d'octobre 2019, contre une classe politique accusée de corruption et d'incompétence. Ou les confinements à répétition qui ont paralysé le pays.

« L'application est apparue au moment opportun. Tout le monde au Liban avait soif de connexion et de conversations », indique le blogueur Ali Fawaz.

Grâce à Clubhouse, il a pu débattre avec un ancien ministre et un célèbre journaliste et les passer sur le gril. Rien à voir avec les questions habituellement complaisantes des interviews télévisées, dit-il.

Il apprécie particulièrement les « conversations sans filtres avec des personnalités publiques », dont certaines « n'ont jamais été interpellées sur leur passé trouble ».

« Changer de perception »

La popularité de Clubhouse se retrouve ailleurs au Moyen-Orient. L'application permet de contourner la censure des régimes autoritaires, pour discuter réformes politiques.

Les militants syriens, dans leur pays ou exilés, l'utilisent pour parler du conflit. Clubhouse gagne aussi du terrain dans les riches pays du Golfe, jeunes et ultraconnectés mais aux régimes réfractaires à la liberté d'expression.

Bloquée par la Chine, l'application fait l'objet d'une enquête en France sur l'utilisation des données personnelles.

Wissam Fakih, expatrié libanais à Washington, reconnaît que Clubhouse « a réussi à changer sa perception » des jeunes affiliés aux grands partis.

Certains « essayent de trouver une issue à la crise, ou cherchent des réformes dans leur propre camp », reconnaît ce journaliste de télévision.

Dans un salon sur la formation du gouvernement, il dit avoir été surpris de voir certains participants soutenant des factions politiques se démarquer de la ligne officielle de leur leader : « Tout le monde semblait d'accord pour dire que le nouveau gouvernement devait être composé de technocrates, pour ne pas retomber dans le même piège ».


Trump annonce une reprise des négociations lundi avec l'Iran

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Donald Trump a annoncé une reprise des négociations lundi avec l'Iran, après avoir suspendu les bombardements américains sur la République islamique et fait état de progrès diplomatiques en vue de rouvrir le détroit d'Ormuz.

La signature mi-juin d'un protocole d'accord n'a débouché pour l'instant sur aucune percée diplomatique majeure en vue d'arriver à la fin d'un conflit qui, depuis plus de cinq mois, a embrasé le Moyen-Orient et ébranlé l'économie mondiale.

Après avoir menacé l'Iran d'une nouvelle attaque majeure, le président américain a annoncé samedi soir y renoncer et a laissé entendre que des progrès avaient été réalisés sur le plan diplomatique.

"Bien sûr qu'ils ne veulent pas être attaqués. Ils connaissaient l'ampleur de cette attaque car ils la voyaient prendre forme", a-t-il déclaré dimanche soir dans son avion présidentiel.

"Ce que l'on fait maintenant, c'est parler avec eux sous la forme d'une négociation", a ajouté M. Trump, précisant simplement que ces discussions devaient commencer lundi après-midi, sans autre détail.

Ni Téhéran ni les pays médiateurs du conflit n'ont confirmé la tenue de ces discussions, mais la République islamique s'était dite dimanche proche d'un accord avec Oman sur le détroit d'Ormuz.

 

- Chute du pétrole -

 

Crucial pour le commerce mondial d'hydrocarbures, le détroit d'Ormuz est de nouveau verrouillé par la République islamique depuis la reprise début juillet des affrontements avec les Etats-Unis, provoquant de fortes perturbations de l'économie mondiale.

L'Iran, qui ne veut pas d'un retour à la situation d'avant-guerre, n'autorise pour l'heure qu'un seul itinéraire le long de ses côtes et entend garder le contrôle du détroit, également situé dans les eaux omanaises.

En juin, la mise en place d'une route omanaise avait suscité la colère des autorités iraniennes mais un compromis semble se dessiner si l'on en croit Téhéran, Mascate n'ayant pas réagi dans l'immédiat.

"Nous sommes sur le point de parvenir à un accord sur une route acceptable pour les deux parties - ni la route nord, ni la route sud -, dans le respect des droits souverains de chaque pays et la garantie de nos intérêts nationaux et de notre sécurité", a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, à la télévision d'Etat.

Ces apparentes avancées ont été suivies d'une chute des prix du pétrole à la réouverture du marché lundi matin, le baril de Brent, référence du marché mondial, reculant de près de 5% pour s'échanger autour de 84 dollars. Il avait brièvement dépassé les 100 dollars fin juillet.

En attendant un possible accord, la situation dans le détroit d'Ormuz reste tendue: une explosion près d'un pétrolier y a été rapportée dans la nuit de dimanche à lundi par l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

 

- Volte-face -

 

Depuis le début du conflit, déclenché le 28 février par une offensive israélo-américaine, le président américain a menacé à plusieurs reprises de bombarder massivement l'Iran, avant de faire volte-face.

Donald Trump, à la peine pour trouver une issue à un conflit très impopulaire parmi ses électeurs, a conditionné la suspension des frappes américaines à la conclusion rapide d'un accord avec Téhéran, en particulier sur Ormuz.

Selon des médias américains, Washington envisageait de nouveaux bombardements massifs au cours du week-end: CBS News avait notamment mentionné la possibilité de frappes contre des raffineries de pétrole et des centrales électriques, menées par les Etats-Unis mais aussi Israël, ce qui aurait été une première depuis deux mois.

Donald Trump a dit avoir renoncé à une nouvelle attaque à la demande de pays de la région, qui selon lui "pensent qu'on a un accord": "Il y a un accord sur Ormuz, et il y aura ensuite un accord sur le nucléaire, on pourrait même dire sur la dénucléarisation de l'Iran".

Le président américain a affirmé que la demande provenait de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, du Qatar et de l'Iran lui-même.

D'après l'agence de presse officielle saoudienne, il avait eu une conversation téléphonique avec le prince héritier Mohamed ben Salmane, un allié clef dans la région, qui l'a appelé à "privilégier le dialogue afin de réduire les tensions".

La guerre s'est étendue récemment, avec un nouveau front en mer Rouge, où les rebelles yéménites Houthis, soutenus par l'Iran, ont annoncé imposer un blocus aux ports saoudiens et ont depuis revendiqué des attaques contre des pétroliers et des installations pétrolières du royaume.


L'armée israélienne annonce avoir tué plusieurs membres du Hezbollah dans le sud du Liban

L'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été modérément blessé lors d'un affrontement rapproché avec des combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, dans la nuit de samedi, malgré le cessez-le-feu. (Photo d'archive/AFP)
L'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été modérément blessé lors d'un affrontement rapproché avec des combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, dans la nuit de samedi, malgré le cessez-le-feu. (Photo d'archive/AFP)
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  • L'armée israélienne affirme avoir tué plusieurs combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, où un soldat israélien a également été blessé
  • Malgré le cessez-le-feu, les tensions persistent, le Hezbollah rejetant l'accord-cadre tandis que Beyrouth dénonce la poursuite des opérations israéliennes

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé samedi avoir tué plusieurs combattants du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud du Liban et indiqué qu'un soldat israélien avait été blessé malgré le cessez-le-feu.

L'armée a affirmé avoir identifié dans la nuit plusieurs combattants du Hezbollah dans le sud du Liban.

"Après leur identification, les soldats ont frappé les terroristes et les ont éliminés afin d'écarter la menace", a indiqué l'armée dans un communiqué.

Elle avait précédemment annoncé qu'un soldat avait été blessé dans un "affrontement rapproché" avec le Hezbollah, et a confirmé dans son second communiqué que le soldat avait été "modérement" blessé.

Il a été évacué vers un hôpital, selon les communiqués militaires.

Le Hezbollah pro-iranien n'a revendiqué aucune attaque depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu avec Israël le 20 juin.

Contacté par l'AFP à Beyrouth, le mouvement chiite libanais n'a pas fait de commentaire.

Un accord-cadre parrainé par les Etats-Unis, signé fin juin par le Liban et Israël, vise à mettre un terme aux hostilités. Il prévoit le désarmement du Hezbollah par l'armée libanaise ainsi que le retrait de l'armée israélienne de "zones pilotes", où les forces libanaises seront ensuite déployées.

Le Hezbollah a rejeté à plusieurs reprises cet accord et refuse de déposer les armes, tandis qu'aucun calendrier n'a été fixé pour le retrait complet d'Israël.

L'accord est intervenu plus de trois mois après que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale en tirant des roquettes sur Israël, le 2 mars, en soutien à Téhéran, déclenchant d'importantes frappes aériennes israéliennes et une offensive terrestre.

Si les violences ont diminué depuis la signature, en juin, d'un accord préliminaire entre les Etats-Unis et l'Iran ainsi que de l'accord entre le Liban et Israël, Beyrouth continue de signaler des frappes israéliennes sporadiques et des tirs d'artillerie dans le sud du pays.

L'armée libanaise a récemment condamné la poursuite des activités militaires israéliennes qui, selon elle, empêchent son déploiement complet conformément à l'accord-cadre.


Les Etats-Unis appellent leurs citoyens à "envisager de quitter" le Moyen-Orient

En Jordanie, les ressortissants américains ont été appelés à éviter les bases militaires américaines, récemment ciblées par des missiles iraniens. (Photo d'archive/AFP)
En Jordanie, les ressortissants américains ont été appelés à éviter les bases militaires américaines, récemment ciblées par des missiles iraniens. (Photo d'archive/AFP)
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  • Les ambassades américaines au Moyen-Orient appellent leurs ressortissants à se tenir prêts à quitter la région face au risque d’une nouvelle escalade entre Washington et Téhéran
  • Malgré des discussions sur une désescalade, les tensions restent vives, Donald Trump menaçant de nouvelles frappes contre l’Iran tandis que Téhéran avertit d’une riposte contre tout pays soutenant les États-Unis

DUBAI: Les ambassades américaines dans plusieurs pays du Moyen-Orient ont mis en garde samedi les citoyens américains contre une possible "escalade" du conflit régional et les ont exhortés à se tenir prêts à partir, le président Donald Trump ayant menacé de frapper l'Iran avec force.

L'Iran et les Etats-Unis ont repris cette semaine leurs échanges de frappes nocturnes après plusieurs jours d'accalmie, mais aucune attaque n'a été signalée depuis la nuit de vendredi à samedi.

Selon des médias américains, Washington envisage de nouveaux bombardements massifs ce weekend, notamment contre des infrastructures énergétiques, mais d'après le média américain CBS, qui cite plusieurs sources anonymes, Donald Trump n'aurait toutefois pas encore donné son feu vert.

Le président américain a de nouveau menacé vendredi de frapper "très fort" l'Iran, qui depuis la reprise des hostilités début juillet, a recommencé à viser des pays alliés de Washington et des installations américaines dans la région.

"Les Américains présents dans la région devraient envisager de partir, ou être prêts à partir en cas d'escalade", indique une alerte de sécurité dont des versions ont été publiées samedi sur les réseaux sociaux des ambassades à Amman, Abou Dhabi, Jérusalem, Mascate, Koweït, Bagdad, Ryad, Doha et Beyrouth.

Les messages invitent les ressortissants américains à vérifier les informations relatives à leurs vols et à suivre les consignes de sécurité des autorités locales.

"Les Américains au Moyen-Orient doivent actuellement faire preuve de prudence et d'une vigilance accrue et se préparer à d'éventuelles annulations de vols, à des fermetures périodiques de l'espace aérien et à des perturbations potentielles des déplacements", précise l'alerte.

- "Imprévisible" -

En Jordanie, les citoyens américains ont été appelés à éviter les bases militaires américaines, récemment visées par des missiles iraniens. En Israël, il leur a été recommandé de repérer l'abri antiaérien le plus proche. Au Liban, le personnel non-essentiel de l'ambassade a été relocalisé.

"Le régime iranien est imprévisible, comme l'ont montré ses récentes décisions d'attaquer des zones de la région sans avertissement ni provocation, ainsi que d'étendre ses attaques à des zones qui n'avaient pas été visées auparavant (comme l'Egypte)", indique un message publié sur les sites des ambassades.

Mercredi, un drone a frappé un navire gazier appartenant à une société américaine, amarré dans un port égyptien. L'Egypte mène une enquête mais n'a, à ce stade, accusé aucun groupe d'être à l'origine de l'attaque.

L'armée iranienne a, de son côté, accusé Washington d'"attiser les tensions" dans la région et averti: "Tout pays servant de bouclier défensif à l'Amérique criminelle et agressive sera englouti par les flammes de la guerre".

La guerre au Moyen-Orient a été déclenchée le 28 février par des frappes conjointes des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, qui a riposté par des attaques de missiles et de drones dans la région.

Jeudi, le Pakistan, pays médiateur, a affirmé que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade, en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique au coeur des tensions et verrouillé par Téhéran.

La reprise des affrontements début juillet a fait dérailler le protocole d'accord signé mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.