L'Iran et le monde arabe : l'opportunité ouverte

Les drapeaux libanais et iranien. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 10 mai 2021

L'Iran et le monde arabe : l'opportunité ouverte

  • Le principe héritier saoudien réitère la position communément partagée dans le monde arabe depuis le changement de régime à Téhéran en 1979
  • Il y va de l'intérêt de l'Iran de composer avec un monde arabe stable et prospère, au lieu de recourir à la course effrénée aux armements et aux interventions belliqueuses dans les crises politiques arabes

Dans son dernier entretien télévisé à l'occasion du cinquième anniversaire du lancement de la « Vision 2030 », le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane a dévoilé au grand jour la position arabe vis-à-vis de l'Iran. Pour le prince Ben Salmane, les liens de voisinage et les intérêts stratégiques incitent au renforcement des relations avec l'Iran, qui devra réviser sa politique d'intervention belliqueuse et agressive dans les affaires du monde arabe, revoir son programme d'armement nucléaire et balistique qui menace la stabilité et la sécurité de la région.

Par cette déclaration, le principe héritier saoudien réitère la position communément partagée dans le monde arabe depuis le changement de régime à Téhéran en 1979.

Après des années d'accalmie qui coïncident avec le règne du président réformiste Mohammed Khatami (1997- 2005), les rapports entre l'Iran et les états influents dans le monde arabe se sont lourdement détériorés.

La politique arabe de l'Iran, axée depuis le début des années 1980 sur l'importation de l'idéologie révolutionnaire de « Wilayet Al faquih » (contestée par la majorité des autorités religieuses chiites) est passée depuis la chute de Bagdad en 2003 à un niveau alarmant.

L'Irak qui a toujours constitué à l'époque moderne un axe principal dans l'ordre politique arabe est ainsi devenu la base arrière de l'Iran qui s'est servi d'elle pour accroître sa politique d'ingérence dans les affaires arabes.

Seyid Ould Abah 

Les ambitions et demandes d'émancipation politique portées par les élites irakiennes après l'effondrement du régime baasiste, ont été dévoyées au profit de la mainmise des milices communautaires iraniennes sur les cercles du pouvoir.

Les réformes constitutionnelles adoptées et les élections pluralistes organisées dans la précipitation ont consacré la politique de tutelle iranienne sur l'Irak qui a conduit à la pire des guerres civiles et frayé le chemin à la montée des mouvements radicaux, notamment le mouvement Daech qui a instauré un faux nouveau « califat islamique » sur une large partie du centre et nord irakiens.

L'Irak qui a toujours constitué à l'époque moderne un axe principal dans l'ordre politique arabe est ainsi devenu la base arrière de l'Iran qui s'est servi d'elle pour accroître sa politique d'ingérence dans les affaires arabes.

En profitant du « vide stratégique arabe » ( feu Le prince Saoud Al Fayçal ) issu du séisme du « printemps arabe », l'Iran a nourri l'ambition de forger un nouvel ordre moyen-oriental autour de son fameux « croissant »  d'influence qui s'étend de Téhéran à Damas en passant par Bagdad et en visant l'espace du golfe arabique par son entrée yéménite.

Cette stratégie du Moyen-Orient perse a été appuyée et soutenue par une frange influente de l'administration du président américain Barack Obama qui a joué un rôle crucial dans l'aboutissement de l'accord nucléaire de Vienne, signé le 14 juillet 2015.

Cet accord, qui devrait mettre fin aux convoitises hégémoniques iraniennes, a attisé les ambitions démesurées de l'état perse qui a parrainé et soutenu l'insurrection houthie au Yémen, rendant ainsi oblgatoire l'intervention militaire arabe pour préserver la légitimité politique dans ce pays en proie à une guerre tragique imposée par l'Iran.

Il y a lieu de signaler ici que la nouvelle politique de rapprochement avec les états centraux arabes adoptée par le premier ministre irakien Moustapha al- Kazimi constitue une réelle opportunité pour l'ordre politique arabe en voie de recomposition. L'affranchissement de l'Irak de la tutelle iranienne permettra la restauration des équilibres géopolitiques dans le moyen-Orient.

La réintégration nécessaire de la Syrie dans l’ordre régional arabe au prix de réformes politiques structurelles internes et d'une véritable dynamique de réconciliation nationale inclusive sera le point culminant de cette recomposition souhaitée du pôle stratégique arabe.

Dans cet ordre d'idées, s'inscrit l'initiative saoudienne pour la résolution pacifique de la guerre yéménite, basée sur le dialogue entre toutes les composantes du tissu politique et communautaire du Yémen, hors de toute ingérence extérieure et dans le cadre de la légalité instituée et reconnue internationalement.

Il y va de l'intérêt de l'Iran de composer avec un monde arabe stable et prospère, au lieu de recourir à la course effrénée aux armements et aux interventions belliqueuses dans les crises politiques arabes en instrumentalisant les vecteurs identitaires locaux.

Le prix à payer pour le bon voisinage et la concorde avec le monde arabe n'est nullement exorbitant ; il s'agit pour l'Iran uniquement de réviser sa politique d'ingérence illégitime dans les questions arabes.

 

 

Seyid Ould Abah est professeur de philosophie et sciences sociales à l’université de Nouakchott, Mauritanie, et chroniqueur dans plusieurs médias. Il est l’auteur de plusieurs livres de philosophie et pensée politique et stratégique.

Twitter: @seyidbah

 

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français