Sumaya Rida, l'actrice saoudienne qui incarne l’ère du changement dans le Royaume

Étoile montante du cinéma saoudien moderne, Sumaya Rida est connue pour ses rôles télévisés dans «Another Planet et Boxing Girls» et ses apparitions sur grand écran dans «Junoon» et «Roll’em». (Photo fournie)
Étoile montante du cinéma saoudien moderne, Sumaya Rida est connue pour ses rôles télévisés dans «Another Planet et Boxing Girls» et ses apparitions sur grand écran dans «Junoon» et «Roll’em». (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 07 mai 2021

Sumaya Rida, l'actrice saoudienne qui incarne l’ère du changement dans le Royaume

  • «Le timing était très bon parce que ma carrière a commencé avec le lancement de la Vision 2030, et il a suffit de se laisser porter», confie Rida
  • Pour Rida, l’aspect le plus important du projet est cette chance de jouer une femme musulmane forte et indépendante

DUBAÏ: Le cinéma a fait son retour en Arabie saoudite depuis à peine trois ans que. Depuis la fin de l'interdiction des salles obscures - qui a duré trente-cinq ans - des cinémas ont vu le jour partout dans le Royaume. Cela a eu pour effet de réveiller l'industrie cinématographique locale et d'inspirer toute une nouvelle génération d’acteurs saoudiens.

Étoile montante du cinéma saoudien moderne, Sumaya Rida est connue pour ses rôles télévisés dans Another Planet et Boxing Girls ainsi que pour ses apparitions sur grand écran dans Junoon et Roll'em. Ces films sont parmi les premiers à être présentés en avant-première dans le Royaume juste après la levée de l’interdiction.

Depuis sa plus tendre enfance, lorsqu'elle a commencé à jouer dans des pièces de théâtre à l'école, Rida a toujours su qu'elle voulait devenir actrice. «J'avais aussi l'habitude de faire des courts métrages avec mes petits frères et sœurs avec la caméra Sony de mon père», confie la jeune femme de 32 ans à Arab News.

«J'ai joué dans des films et réalisé des courts métrages à l'âge de 12 ans. J'ai adoré la façon dont toute la famille se réunissait pour regarder mon œuvre. Ça valait tout l’or du monde pour moi à cette époque, et cela a façonné ma passion».

 

L'actrice d'origine saoudienne Sumaya Rida a déménagé au Royaume-Uni à l'adolescence pour fréquenter l’académie du roi Fahd, une école indépendante d'élite du quartier londonien d'Ealing. (Photo fournie)
L'actrice d'origine saoudienne Sumaya Rida a déménagé au Royaume-Uni à l'adolescence pour intégrer l’académie du roi Fahd, une école privée et huppée du quartier londonien d'Ealing. (Photo fournie)

 

Adolescente, l'actrice d'origine saoudienne Sumaya Rida a déménagé au Royaume-Uni pour intégrer l’académie du roi Fahd, une école privée et huppée du quartier londonien d'Ealing. Elle a obtenu une maîtrise en gestion de marketing international à l'Université de Surrey, et a continué de jouer, apparaissant notamment dans plusieurs spots publicitaires.

Ses études terminées, elle passe cinq ans à travailler dans le monde des affaires, mais ce profond désir de jouer sur scène et à l'écran ne l'a jamais quitté. Il a fallu le hasard d'une rencontre pour la mettre sur la bonne voie.

«Après avoir tant travaillé dans l’impitoyable monde des affaires, je suis tombé un jour sur Ali al-Sumayin, un réalisateur et cinématographe saoudien de premier plan, qui m'a emmenée vers le théâtre», raconte Rida.

Lors d'une visite chez Al-Sumayin en 2017, dans son bureau de Djeddah, Rida participe à un cours de théâtre. La montée d'adrénaline familière de la performance devant un public revient aussitôt.

«Je ne peux pas décrire ce sentiment. J'étais prise par l’excitation et la nostalgie, alors je lui ai confié que je voudrais participer à un spectacle», explique-t-elle. 

Rida passe bientôt une audition et décroche son premier rôle. Pour se préparer, elle s'inscrit à un cours de théâtre intensif de quatre mois, ainsi qu’à un coaching individuel avec des instructeurs turcs de renom, car les cours de théâtre avancés n'étaient pas encore disponibles en Arabie saoudite à l'époque.

«Dans le Royaume, nous n’avions pas d’institutions d'art dramatique ou de représentation, alors je devais le faire rapidement», a signalé Rida.

«Chaque acteur devrait avoir des mentors, car ils vous dirigent toujours et vous montrent des perspectives différentes».

 

Dès sa plus tendre enfance, lorsqu'elle a commencé à jouer dans des pièces de théâtre à l'école, Rida a toujours su que devenir actrice est sa véritable vocation. (Photo fournie)
Dès sa plus tendre enfance, lorsqu'elle a commencé à jouer dans des pièces de théâtre à l'école, Rida a toujours su que devenir actrice était sa véritable vocation. (Photo fournie)

 

Aujourd'hui, Rida se produit en anglais et en arabe. Pour un spectacle, elle a dû maîtriser l'accent bédouin. «C'était un peu difficile au début, mais c'était amusant», a-t-elle affirmé.

Son dernier projet, le film Rupture, est un thriller psychologique saoudien réalisé par Hamzah Kamal Jamjoom, produit par Ayman Kamal Khoja et financé par MBC Studios.

Jouant le rôle principal, Rida décrit le voyage d'une femme saoudienne qui lutte pour sauver son mariage, et finalement sa vie, d'un méchant à l'esprit retors.

«J'ai joué avec Billy Zane de Titanic qui est à la fois une personne merveilleuse et un acteur très talentueux», a-t-elle indiqué.

«Le film a intelligemment intégré quelques thèmes puissants dans son récit passionnant. L'un d'entre eux concerne la défense de ses valeurs culturelles personnelles même lors d'un déménagement dans un autre pays».

«Un autre porte sur l'importance de la vie privée et les dangers d'un partage excessif sur les réseaux sociaux, et le troisième aborde le concept de trouver un équilibre entre la codépendance et la liberté individuelle dans un mariage.»

Pour Rida, l’aspect le plus important du projet est cette chance de jouer une femme musulmane forte et indépendante, qui se défend elle-même, ainsi que sa famille et ses croyances.

«En toute sincérité, c’est un honneur et une opportunité rare de travailler avec des cinéastes et des producteurs saoudiens aussi talentueux sur ce projet», explique-t-elle.

«J’ai beaucoup apprécié la direction d’Hamzah. Son énergie positive et sa passion étaient vraiment contagieuses. Nous espérons finir le tournage après le ramadan. J'ai hâte de partager ce film avec mes spectateurs. Je suis émuei parce que c’est l’un des rares longs métrages saoudiens à reconnaître les luttes des femmes saoudiennes.»

Les règles sociales strictes et la ségrégation sexuelle d'une époque beaucoup plus conservatrice signifient que les actrices saoudiennes étaient rares durant l'enfance de Rida. Le soutien de sa famille s’avère crucial, tout comme l'ouverture de la société saoudienne.

«Le timing était très bon, parce que j'ai commencé avec le début de la Vision 2030, et Il suffit d'y aller avec», confie Rida.

Dans le cadre de la Vision 2030 qui a pour objectif la diversification de l’économie saoudienne hors pétrole, le Royaume a mis davantage l’accent sur les arts, les opportunités pour les jeunes et l’autonomisation sociale et économique des femmes.

 

L'Arabie saoudite a mis davantage l'accent sur les arts et les opportunités dédiées aux jeunes, et a levé une interdiction de 35 ans sur les cinémas il y a trois ans. (Photo, AFP/Archives)
L'Arabie saoudite a mis davantage l'accent sur les arts et les opportunités dédiées aux jeunes, et a levé,  il y a trois ans, une interdiction vieille de trente-cinq ans sur les cinémas. (Photo, AFP/Archives)

 

Ainsi, les femmes saoudiennes trouvent leur voix et découvrent leurs forces, un parcours que Rida estime nécessaire pour devenir une actrice professionnelle.

«Cela m'a aidé à me comprendre. Je voulais raconter des histoires. Nous avons beaucoup d'histoires ici en Arabie saoudite, et je voulais ressentir, pouvoir émouvoir, risquer et partager, et être courageuse et vulnérable en tant qu'artiste. C'est cathartique. Le véritable accomplissement réside également dans le dépassement de toutes les limitations qui ont été imposées à l'humanité. J'ai découvert que jouer est une activité très divertissante. C'est très enrichissant, épanouissant et cela nourrit l'âme ainsi que l’être intérieur».

En tant qu'artiste, Rida est sans cesse dans un voyage de découverte de soi et de renforcement de sa confiance devant la caméra. Elle souhaite essayer de nouveaux personnages qui vont l'aider à se développer «naturellement et avec sincérité, parce qu’être acteur est un processus continuel où nous apprenons et évoluons constamment».

Quant à son pays, Rida se dit ravie de voir autant de changements  et de faire partie d'une nouvelle vague de jeunes acteurs et cinéastes remaniant l'industrie cinématographique saoudienne. «Cela me rend très heureuse et optimiste», dit-elle.

 

Alors que les investissements dans le développement des talents dans le Royaume se développent dans le cadre de la Vision 2030, Sumaya Rida estime que l'avenir du cinéma saoudien est prometteur. (Photo, AFP/Archives)
Alors que les investissements dans le développement des talents dans le Royaume se poursuivent dans le cadre de la Vision 2030, Sumaya Rida estime que l'avenir du cinéma saoudien est prometteur. (Photo, AFP/Archives)

 

Mais elle reconnaît aussi qu'il reste encore un long chemin à parcourir. «Je vois des acteurs très passionnés de temps en temps, mais je pense vraiment que nous devons travailler sur nous-mêmes plus que nous ne le pensons. Obtenir un diplôme en théâtre ou en art dramatique n’est pas suffisant, c’est un processus continu.»

Rida espère également voir plus de jeunes Saoudiens partager leurs histoires avec le monde. «Nous devons non seulement investir dans les acteurs, mais aussi investir encore dans les écrivains, les producteurs et les réalisateurs, car ce n’est pas le travail d’une seule personne», rappelle-t-elle.

«Le jeu n'est pas seulement l'acteur que vous voyez. Derrière l’écran se cache un travail considérable.»

Sans investissement, formation et opportunités, ce potentiel ne peut être perfectionné. Le facteur brut, néanmoins, est le talent, qui se trouve en abondance dans la nouvelle Arabie saoudite.

«C'est illimité, c'est infini… et la trajectoire continue», affirme Rida.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Mondial-2026: le Maroc a confirmé son nouveau statut et regarde déjà vers 2030

Des supporters marocains réagissent en regardant le quart de finale de la Coupe du monde 2026 opposant leur équipe à la France, disputé aux États-Unis, depuis le stade Prince Moulay Abdellah, transformé en fan zone, à Rabat, au Maroc. (AFP)
Des supporters marocains réagissent en regardant le quart de finale de la Coupe du monde 2026 opposant leur équipe à la France, disputé aux États-Unis, depuis le stade Prince Moulay Abdellah, transformé en fan zone, à Rabat, au Maroc. (AFP)
  • Malgré son élimination face à la France (2-0), le Maroc confirme sa progression parmi les grandes nations du football
  • Les Lions de l'Atlas se projettent déjà vers la CAN 2027 et le Mondial 2030 avec de fortes ambitions

LOS ANGELES: Eliminé en quart de finale par la France (2-0) jeudi, le Maroc a néanmoins confirmé lors du Mondial-2026 son statut de nation forte et, certaine d'être sur la bonne voie, se projette déjà sur "sa" Coupe du monde dans quatre ans.

Comme en 2022, les Lions de l'Atlas ont en effet fini par plier face aux Bleus, sur le même score. Et avec cette fois le sentiment d'avoir été battus par une équipe qui leur a été assez largement supérieure, quand la demi-finale perdue sans démériter au Qatar avait pu à l'époque faire naître quelques regrets.

"Nous avons tout donné face à un adversaire très fort. Mais nous continuerons à construire une équipe capable de lutter pour les titres", s'empressait de déclarer à l'issue du match le sélectionneur Mohamed Ouahbi.

Car pour le Maroc, l'enseignement de cette Coupe du monde dépasse largement l'issue de ce quart de finale: après avoir créé la surprise lors de la précédente édition, il a confirmé qu'il fallait désormais bien compter sur lui sur l'échiquier mondial, dans la foulée d'une Coupe d'Afrique des nations remportée sur tapis vert (le Tribunal arbitral du sport doit encore statuer) à domicile, qui aurait pu jeter un voile sur ses prétentions.

Mohamed Ouahbi, qui a succédé à Walid Regragui, a réussi, en un peu plus de trois mois à peine, à transfigurer le style de jeu des Lions de l'Atlas, devenu plus proactif, offensif, basé sur la possession.

- "Croire en notre projet" -

"Je suis très fier de ce que nous avons réalisé. Je suis agréablement surpris par la vitesse avec laquelle les joueurs ont assimilé ma philosophie de jeu. Ils ont montré une immense envie de progresser", a souligné le technicien.

Son équipe, menée par le capitaine Achraf Hakimi, s'est montrée conquérante lors de ses cinq premiers matches. Elle a d'abord fait plus que jeu égal avec le Brésil (1-1) pour son entrée en lice, puis elle a su faire preuve de grandes ressources mentales pour renverser les Pays-Bas en 16es (1-1, 3-2 t.a.b.) et elle s'est montrée implacable en 8e face au Canada pays coorganisateur (3-0).

Tant et si bien que le Maroc était perçu comme un adversaire de taille pour la France et les paroles de Mohamed Ouahbi prononcées en début de tournoi - "Le Maroc est entré dans une nouvelle ère, une ère où nous devons croire en notre capacité à être sacrés champions du monde" - ont été prises au sérieux.

A commencer par les Bleus de Kylian Mbappé, qui n'ont pas pris de haut leurs adversaires et ont mis fin à leur aventure plus tôt qu'ils ne l'avaient envisagé.

"Cette défaite ne doit pas briser notre détermination", a déclaré Ouahbi. "Nous devons continuer à croire en notre projet, poursuivre notre travail et rester concentrés sur les fondamentaux."

- "L'avenir sera très beau" -

Un mot d'ordre venu rappeler la double stratégie au long cours mise en place par la Fédération.

La première se repose sur la formation des jeunes, qui a déjà porté ses fruits avec le titre glané au Mondial des moins de 20 ans l'an passé, déjà sous les ordres de Ouahbi à la tête d'une génération talentueuse appelée à jouer chez les A, Gessime Yassine ayant été le seul convoqué pour le tournoi.

La seconde vise à convaincre les binationaux de choisir le Maroc, à l'image d'Ayyoub Bouaddi, né à Senlis il y a 18 ans, passé par les sélections de jeunes en équipe de France et qui s'est décidé juste avant le Mondial à jouer pour le pays de ses parents.

"Nous disposons d’un grand vivier de jeunes joueurs et de toutes les conditions nécessaires pour continuer à progresser", a dit le sélectionneur.

Son homologue Didier Deschamps ne pouvait qu'abonder: "A part Achraf Hakimi, qui compte plus d’une centaine de sélections, beaucoup de joueurs sont encore au début de leur parcours international. Cela laisse penser que le Maroc aura un avenir avec le sourire".

Dans quatre ans, le Maroc coorganisera le prochain Mondial, avec l'Espagne et le Portugal. Et il n'y a aucune raison pour que ses ambitions viennent à baisser.

"Il y aura d'abord une Coupe d’Afrique des Nations (en 2027) avec des éliminatoires à bien préparer et puis une compétition que nous voulons remporter à domicile en 2030", a martelé Mohamed Ouahbi, convaincu que "l'avenir sera très beau si cette équipe continue sur cette voie".


Des photographies de la Coupe du Monde au Qatar exposées à Mexico

Mêlant photographie, installations multimédias et objets emblématiques du sport, l’exposition explore l’impact de la précédente Coupe du Monde bien au-delà du football. (Fourni)
Mêlant photographie, installations multimédias et objets emblématiques du sport, l’exposition explore l’impact de la précédente Coupe du Monde bien au-delà du football. (Fourni)
  • L’exposition « Journeys to Greatness: Qatar 2022 Legacy » à Mexico présente des photographies de Tasweer illustrant l’impact humain et culturel de la Coupe du Monde Qatar 2022
  • Ouverte jusqu’au 9 août au Centro de Cultura Digital, elle met en avant l’héritage du tournoi à travers la photographie, des installations multimédias et des objets sportifs

DUBAÏ : Des photographies mettant en lumière les histoires humaines qui ont marqué la Coupe du Monde de la FIFA Qatar 2022 sont arrivées à Mexico, où elles sont présentées dans le cadre d’une exposition qui établit un lien entre l’héritage du tournoi et la Coupe du Monde actuelle.

Une sélection d’images de « After the Game », l’une des expositions phares de la troisième édition du Tasweer Photo Festival Qatar en 2025, est présentée dans « Journeys to Greatness: Qatar 2022 Legacy ». Organisée par le Musée olympique et sportif 3-2-1 Qatar, en partenariat avec le ministère mexicain de la Culture à travers le Centro de Cultura Digital, l’exposition s’inscrit dans le cadre de l’Année de la Culture Qatar-Canada-Mexique 2026.

Associant photographie, installations multimédias et souvenirs sportifs, l’exposition explore les répercussions de la précédente Coupe du Monde au-delà du terrain, en mettant l’accent sur les personnes, les cultures et les communautés réunies par cet événement.

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Les photographies de Tasweer sont présentées dans différentes sections de l’exposition, notamment « Look of the Game », « Matches and Players » et « Unity in Diversity ». (Fourni)

Les photographies de Tasweer sont présentées dans différentes sections de l’exposition, notamment « Look of the Game », « Matches and Players » et « Unity in Diversity ». Plutôt que de documenter l’action sur le terrain, elles mettent en lumière les célébrations des supporters, les échanges culturels et les rencontres du quotidien.

« L’héritage de Qatar 2022 appartient non seulement aux joueurs et aux matchs, mais aussi aux supporters qui ont donné vie à cette compétition », a déclaré Abdulla Al-Mulla, directeur du Musée olympique et sportif 3-2-1 Qatar, soulignant que l’exposition illustre la manière dont le tournoi continue de créer des liens au-delà des frontières.

De son côté, Khalifa Al-Obaidli, directeur du Tasweer Photo Festival, a déclaré : « La photographie possède une capacité unique à préserver les émotions. Les œuvres présentées pour la première fois dans After the Game capturent les expériences, les rencontres et l’humanité partagée qui ont fait de Qatar 2022 une étape marquante et profondément transformatrice. »

L’exposition est présentée au Centro de Cultura Digital de Mexico jusqu’au 9 août. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


IMA: « Raconte moi ton mariage », un événement qui met à l’honneur une France multiculturelle

Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.  Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire. Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
  • Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin
  • Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français

PARIS: Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.

Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais.

Les youyous résonnent, les mains se parent de henné, un orchestre nord-africain entraîne la foule dans une danse spontanée, les enfants courent entre les voitures décorées de fleurs, tandis que les visiteurs se mêlent aux comédiens sans toujours distinguer où s’arrête la représentation et où commence la réalité.

Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin. Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français.

Conçue à partir de témoignages recueillis auprès d’habitants de Gennevilliers, Saint-Denis, Pantin ou Saint-Ouen, la performance donne vie à des histoires de mariage issues de l’immigration maghrébine.

Des cortèges de voitures fleuries convergent vers l’IMA avant de poursuivre leur route jusqu’au Grand Palais, où un couscous géant, des concerts et des spectacles prolongent la fête jusque tard dans la nuit.

Une nouvelle étape dans l’évolution de l’IMA

Pour Chawki Abdel Amir, vice-président de l’Institut du monde arabe, cette manifestation marque une nouvelle étape dans l’évolution de l’institut.

« On nous reproche parfois d’être trop intellectuels », déclare-t-il à Arab News en français. « Or, la culture, ce ne sont pas seulement les colloques ou les collections patrimoniales ; c’est aussi la cuisine, les coutumes, les mariages. Nous voulions montrer une culture vivante, joyeuse, telle qu’elle est réellement vécue. »

Dans une période internationale marquée par les conflits et les tensions, il revendique le choix d’offrir « un peu de bonheur » et de faire du parvis de l’IMA un lieu où les cultures populaires retrouvent toute leur vitalité.

Au-delà de l’aspect festif, il voit également dans cette célébration une manière d’assumer sereinement des identités parfois contestées, malgré les polémiques récurrentes autour des cortèges de mariage ou des youyous.

Il regrette que certains cherchent à faire disparaître des expressions culturelles pourtant parfaitement compatibles avec les valeurs de la République.

Ses propos font écho aux initiatives de certaines municipalités visant, au nom de l’ordre public ou d’une conception très restrictive de la neutralité, à encadrer, voire à décourager, certaines manifestations festives inspirées des cultures d’origine.

« La France est une idée universelle, rappelle-t-il. Elle s’est toujours enrichie des cultures qui la composent. Vouloir effacer ces particularités, c’est finalement appauvrir ce qu’elle représente. »

Le cortège lui-même illustre cette volonté de rendre visibles des traditions souvent confinées à la sphère privée.

Au volant de la voiture des mariés, l’un des participants raconte avec enthousiasme cette traversée de Paris, commencée à Gennevilliers.

Le convoi a emprunté les grands axes de la capitale, traversé Bir-Hakeim, longé les Champs-Élysées avant de rejoindre l’Institut du monde arabe.

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.

Tout au long du parcours, les passants applaudissaient, klaxonnaient et répondaient spontanément à la fête. « Les gens participaient comme s’ils assistaient à un vrai mariage », raconte-t-il avec émotion.

« C’était formidable de voir autant de sourires. Même devant l’Assemblée nationale, nous avions l’impression de partager un moment avec toute la ville. »

Pour Mohamed Bourouissa, cette réaction confirme l’ambition de son projet. « On ne voit pas cela tous les jours à Paris, indique-t-il. Je voulais rejouer le rituel du mariage parce qu’il est porteur de joie, d’amour et de mémoire. C’est un moment qui rassemble toute une communauté, mais qui parle aussi à tout le monde. »

L’artiste explique avoir voulu dépasser le simple folklore pour transformer ces récits familiaux en une œuvre contemporaine.

Les histoires recueillies auprès de familles venues principalement du Maghreb, mais aussi du Liban et d’autres horizons du monde arabe, deviennent ici une matière artistique qui relie les générations. La traversée entre les villes populaires de la périphérie parisienne et le cœur de la capitale revêt d’ailleurs une portée hautement symbolique.

« J’ai eu l’impression de vivre une véritable odyssée, confie-t-il, car cette traversée raconte quelque chose de notre histoire commune. »

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.