Après l'explosion au Liban, des immigrées en quête d'un billet retour

Des femmes kényanes, employées au Liban, se rassemblent à côté du consulat du Kenya dans la capitale Beyrouth le 20 août 2020, alors qu'elles demandent à être rapatriées dans leur pays. (Anwar AMRO/ AFP)
Des femmes kényanes, employées au Liban, se rassemblent à côté du consulat du Kenya dans la capitale Beyrouth le 20 août 2020, alors qu'elles demandent à être rapatriées dans leur pays. (Anwar AMRO/ AFP)
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Publié le Mercredi 26 août 2020

Après l'explosion au Liban, des immigrées en quête d'un billet retour

  • “J'aime le Liban mais je ne peux plus y vivre. Il n'y a pas de travail, comment vais-je manger?”
  • “Notre consulat ne fait rien pour nous rapatrier”, accuse Fatou Kanté

BEYROUTH: Tarik Kebeda, une Ethiopienne de 22 ans venue travailler au Liban, cherche à quitter ce pays qu'elle aime mais où elle ne « peut plus vivre » après l'explosion début août à Beyrouth, qui a détruit des murs et brisé toutes les vitres de sa vieille maison.

Cette jeune femme et ses quatre colocataires éthiopiennes racontent toutes la même descente aux enfers après le début de la crise économique au Liban, amplifiée par la pandémie de Covid-19.

Elles vivotaient déjà après la perte de leur emploi dans des supermarchés ou des restaurants. L'explosion a précipité leur chute, elles ont désormais aussi perdu leur toit.

Pour beaucoup, il faut partir.

Mais Tarik Kebeda n'a pas l'argent pour et n'a d'autre choix que de dormir chez des voisines éthiopiennes, dans une maison aux murs fissurés.

« J'ai peur de dormir chez moi et que le mur nous tombe dessus », confie-t-elle. « J'aime le Liban mais je ne peux plus y vivre. Il n'y a pas de travail, comment vais-je manger? »

Dans son quartier, Qarantina, l'un des plus pauvres de Beyrouth où vivent beaucoup de Syriens, les stigmates de la déflagration sont profonds. Et les aides rares, affirme Mme Kebeda.

Son amie Hana raconte qu'« un camion est venu distribuer des denrées mais ils disaient: +n'en donnez qu'aux Libanais+».

L'immeuble de Romane Abera, leur voisine, ne tient que grâce à des échafaudages. Un vent chaud s'y engouffre à travers des trous béants creusés par la puissante déflagration.

Après la pénurie de dollars, le coronavirus et l'explosion, « il n'y a plus rien », déplore cette trentenaire qui a perdu son emploi de femme de ménage et qui a laissé son bébé en Ethiopie. « J'aimerais que le Liban redevienne comme avant ».

« Des esclaves » 

Quelque 250.000 immigrés travaillent au Liban, arrivés grâce au système controversé de parrainage appelé « kafala » qui les prive des dispositions du droit du travail et permet à leurs employeurs de confisquer leur passeport.

Les employées étrangères gagnaient autrefois assez d'argent pour envoyer des dollars à leur famille. Mais beaucoup ne sont plus payées aujourd'hui, certaines sont jetées à la rue et réclament leur rapatriement, comme cette trentaine de Gambiennes manifestant devant leur consulat.

« Nous voulons rentrer chez nous », scandent-elles.

Les voix se brisent. Des larmes perlent. Certaines donnent des coups de marteau à la porte, jettent de la terre, implorent d'ouvrir. Mais la porte reste close.

« Notre consulat ne fait rien pour nous rapatrier », accuse Fatou Kanté. « Personne n'a les moyens de payer un billet », déplore cette jeune mère coincée au Liban car ses employeurs n'ont pas financé son retour, comme l'exige pourtant la loi.

« Nous sommes traitées comme des esclaves. Le racisme est très fort », s'insurge une compatriote, sous couvert d'anonymat.

A leurs côtés, Zeina Ammar de l'ONG Anti-Racism movement (ARM) appelle leur pays à « financer leur évacuation » et à « fournir un laissez-passer à tous les travailleurs sans-papiers », exhortant aussi les autorités libanaises à faire pression en ce sens.

« Marginalisés » 

Des Libanais ont partagé sur les réseaux sociaux des vidéos de ces femmes nettoyant les rues après l'explosion, ou d'une sauvant un enfant, en soulignant leur héroïsme malgré les discriminations.

Plusieurs ONG ont pointé les difficultés d'identification des victimes immigrées. L'ARM dénombre au moins une dizaine d'immigrés morts, dont plusieurs ne figuraient pas sur une première liste officielle.

Les travailleurs étrangers « sont systématiquement déshumanisés et marginalisés au Liban, dans la vie comme dans la mort », accuse l'organisation.

Des dizaines d'anciennes employées de maison et quelques enfants dorment depuis le 10 août devant le consulat du Kenya. Certaines ont été blessées dans l'explosion et ont perdu leur toit.

« J'ai donné 600 dollars pour un billet retour mais ils n'ont rien fait », dénonce l'une d'elles, âgée de 21 ans, accusant comme d'autres le consulat de corruption.

Celui-ci affirme cependant avoir enclenché le processus de rapatriement et être prêt à financer leur retour.

«  Nous avons seulement besoin d'aide pour rentrer », affirme Emily, évoquant le calvaire de son amie Veronica Mururi, laissée par ses employeurs devant le consulat, sans passeport ni argent, car trop malade pour travailler.

«  Qui jette une femme malade à la rue? », s'insurge Emily, déconseillant à ses compatriotes de venir au Liban. « Je ne peux leur permettre de vivre ce que nous avons vécu.»


Liban: frappes israéliennes près de Beyrouth et dans le sud, au moins six morts

Une frappe a touché mercredi les environs de Beyrouth, Israël poursuivant ses raids également dans le sud du Liban où six personnes ont été tuées, au moment où se tiennent des pourparlers entre les deux pays à Washington. (AFP)
Une frappe a touché mercredi les environs de Beyrouth, Israël poursuivant ses raids également dans le sud du Liban où six personnes ont été tuées, au moment où se tiennent des pourparlers entre les deux pays à Washington. (AFP)
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  • Un correspondant de l'AFP a vu une ambulance sur le lieu et des passants rassemblés sur cette autoroute côtière qui relie Beyrouth au sud du pays
  • Dans le même temps, l'armée israélienne dit avoir intercepté un "aéronef ennemi" en provenance du Liban, pour la première fois en plus de 24 heures, alors que le Hezbollah pro-iranien n'avait pas revendiqué d'attaques contre Israël depuis lundi soir

BEYROUTH: Une frappe a touché mercredi les environs de Beyrouth, Israël poursuivant ses raids également dans le sud du Liban où six personnes ont été tuées, au moment où se tiennent des pourparlers entre les deux pays à Washington.

Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), la frappe a visé une voiture sur la route de Khaldé, au sud de la capitale.

Un correspondant de l'AFP a vu une ambulance sur le lieu et des passants rassemblés sur cette autoroute côtière qui relie Beyrouth au sud du pays.

Dans le même temps, l'armée israélienne dit avoir intercepté un "aéronef ennemi" en provenance du Liban, pour la première fois en plus de 24 heures, alors que le Hezbollah pro-iranien n'avait pas revendiqué d'attaques contre Israël depuis lundi soir.

Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, avait averti mardi que l'armée frapperait la banlieue sud de la capitale, bastion du Hezbollah, si ce dernier visait son territoire.

L'Ani a par ailleurs fait état de frappes sans avertissement sur une vingtaine de localités dans le sud du pays mercredi, l'armée israélienne adressant des ordres d'évacuation aux habitants de plusieurs villages.

Quatre ressortissants syriens et deux Palestiniens ont été tués près de la ville millénaire de Tyr, a précisé une source médicale à l'AFP.

Mardi, l'armée israélienne avait affirmé que des membres du Hezbollah pro-iranien se cachaient dans le quartier chrétien de la ville jusque là épargné.


Pays arabes et du Golfe condamnent les récentes attaques iraniennes contre le Koweït et Bahreïn

Le Golfe et les pays arabes condamnent les nouvelles attaques iraniennes visant le Koweït et Bahreïn. Des bateaux passent devant les tours du Koweït, sur le front de mer le long du Golfe, à Salimiyah, le 2 juin 2026. (AFP)
Le Golfe et les pays arabes condamnent les nouvelles attaques iraniennes visant le Koweït et Bahreïn. Des bateaux passent devant les tours du Koweït, sur le front de mer le long du Golfe, à Salimiyah, le 2 juin 2026. (AFP)
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  • Les Émirats arabes unis ont fermement condamné les attaques iraniennes contre le Koweït et Bahreïn
  • Bader Al-Asaker, chef du bureau privé du prince héritier d'Arabie saoudite, a déclaré dans un post sur X.com : "Ô Dieu, protège notre peuple au Koweït et à Bahreïn et préserve notre Golfe de tout mal"


DUBAI : Les pays du Golfe et les pays arabes ont condamné les nouvelles attaques iraniennes visant le Koweït et Bahreïn plus tôt dans la journée de mercredi.

Le ministère des Affaires étrangères d'Arabie saoudite a exprimé la condamnation et la dénonciation les plus fermes du Royaume à l'égard des attaques répétées et odieuses de l'Iran contre le Koweït et le Bahreïn.

Dans un communiqué, le ministère a déclaré que le Royaume réitère son rejet catégorique de ces attaques qui portent atteinte à la souveraineté des États frères et qui constituent une violation flagrante du droit international et de la Charte des Nations unies.
Le bureau de Mohammed bin Salman d'Arabie saoudite a réagi par un post quelques heures après les attaques de l'Iran qui ont visé Bahreïn et le Koweït.

Bader Al-Asaker, chef du bureau privé du prince héritier d'Arabie saoudite, a déclaré dans un post sur X.com : "Ô Dieu, protège notre peuple au Koweït et à Bahreïn et préserve notre Golfe de tout mal".

Le Qatar, par le biais d'un communiqué du ministère des affaires étrangères, a déclaré qu'il "rejetait totalement le fait de viser des cibles civiles et des installations vitales, et soulignait la nécessité d'épargner à la région les conséquences d'attaques injustifiées et d'œuvrer à la désescalade afin de rétablir la sécurité et la stabilité régionales et internationales".

Doha a également réitéré son entière solidarité et son soutien au Koweït et à Bahreïn pour "toutes les mesures qu'ils prennent pour préserver leur souveraineté et leur sécurité".

Le ministère des affaires étrangères des Émirats arabes unis a également condamné fermement les attaques iraniennes contre le Koweït et le Bahreïn. Dans un communiqué, le ministère affirme que ces attaques constituent une violation flagrante de la souveraineté des deux pays et une infraction au droit international.

Anwar Gargash, conseiller présidentiel des Émirats arabes unis, a appelé à une position ferme et unifiée du Golfe contre l'agression iranienne répétée.

"Face à l'agression iranienne répétée contre l'État frère du Koweït et le Royaume de Bahreïn, le Golfe doit adopter une position ferme, unifiée et cohérente", a écrit Anwar Gargash sur X.

"Aucun État du Golfe ne devrait être laissé seul face à la cible, car la sécurité des États arabes du Golfe est interconnectée, leurs intérêts sont partagés et leur destin est commun.

Le ministère des affaires étrangères du Koweït a condamné le ciblage de Bahreïn par l'Iran, déclarant qu'il s'agissait d'une "escalade dangereuse qui constitue une violation flagrante des règles du droit international et une menace pour la sécurité et la stabilité de la région".

L'Égypte a fermement condamné ce qu'elle a qualifié d'"odieuse attaque iranienne" qui "constitue une violation flagrante de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Koweït et représente une escalade dangereuse menaçant la sécurité et la stabilité de la région du Golfe et de l'ensemble de la zone".

La Jordanie, dans une déclaration de son ministère des affaires étrangères, a condamné les "attaques iraniennes brutales qui ont visé des installations civiles et vitales" au Koweït et à Bahreïn, ajoutant que ces attaques constituaient une violation "flagrante" de leur souveraineté.

Le Conseil de coopération du Golfe a également condamné les attaques continues de l'Iran contre le Bahreïn et le Koweït, les qualifiant de "politique hostile inacceptable".

Le CCG a déclaré que les frappes contre des cibles civiles et des missions diplomatiques représentaient une escalade dangereuse et sans précédent.

Jasem Mohamed Albudaiwi, secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, a déclaré dans un communiqué que l'agression iranienne en cours contre le Koweït et le Bahreïn "révèle la détermination du régime iranien à poursuivre des politiques hostiles rejetées qui sapent la sécurité et la stabilité des pays de la région et menacent la paix régionale et internationale".

Les actions de l'Iran, a-t-il ajouté, "requièrent une position internationale ferme pour mettre fin à ces pratiques agressives dangereuses de l'Iran".

Mercredi, l'Iran a revendiqué les nouveaux attentats visant des installations militaires américaines au Koweït et à Bahreïn, notamment le quartier général de la cinquième flotte américaine.

Le Koweït a déclaré plus tôt qu'il avait suspendu les vols à l'aéroport international du Koweït après que son bâtiment ait subi des "dommages matériels importants" en raison de "l'agression criminelle iranienne".

Kuwait Airways a repris ses vols depuis le terminal 4 de l'aéroport mercredi après-midi après que les autorités aient évalué les dommages subis par l'installation.


L'armée américaine affirme avoir repoussé des attaques de missiles et drones iraniens dans le Golfe

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  • L'attaque a visé "des installations civiles et vitales, notamment l'aéroport international du Koweït, faisant un mort et des blessés, ainsi que des dégâts dans des installations vitales, dont des missions diplomatiques"
  • L'armée américaine a pour sa part affirmé mardi avoir repoussé plusieurs attaques iraniennes, par missiles et drones, contre ses bases et ses alliés dans la région, et avoir répliqué en bombardant au sol une île iranienne

WASHINGTON: Une personne a été tuée et plusieurs blessées au Koweït dans des attaques menées à l'aube par l'Iran, a indiqué le ministère koweïtien des Affaires étrangères.

L'attaque a visé "des installations civiles et vitales, notamment l'aéroport international du Koweït, faisant un mort et des blessés, ainsi que des dégâts dans des installations vitales, dont des missions diplomatiques", a dit le ministère dans un communiqué condamnant les "agressions iraniennes".

"La sécurité de l'État du Koweït, sa souveraineté ainsi que la sûreté de ses citoyens et des résidents sur son territoire constituent une ligne rouge", a-t-il ajouté.

L'armée américaine a pour sa part affirmé mardi avoir repoussé plusieurs attaques iraniennes, par missiles et drones, contre ses bases et ses alliés dans la région, et avoir répliqué en bombardant au sol une île iranienne.

"L'Iran a lancé plusieurs missiles balistiques vers des pays de la région, mais tous ont raté leur cible", a écrit le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient dans un communiqué sur X, ajoutant qu'aucun membre de l'armée n'avait été blessé.

"Deux missiles iraniens tirés vers le Koweït sont tombés avant d'atteindre le territoire ou se sont désintégrés en vol, et trois missiles lancés contre Bahreïn ont été immédiatement interceptés par les défenses aériennes américaines et bahreïniennes", a précisé le Centcom.

Avant cela, l'armée américaine avait "abattu trois drones" d'attaque "lancés par l'Iran contre des marins civils qui circulaient légitimement dans les eaux régionales", a encore déclaré l'armée américaine.

En réponse, le Centcom dit avoir "mené des frappes de légitime défense" sur des cibles au sol sur l'île iranienne de Qeshm, dans le détroit d'Ormuz.

Le Corps des Gardien de la Révolution, cités par les médias iraniens, a affirmé que les Etats-Unis ont visé une tour de télécommunication sur l'île et qu'en représailles, ils ont visé une base militaire américaine dans un pays de la région ainsi que le siège de la 5e flotte américaine, à Bahreïn.

Cette dernière affirmation a été démentie par le Centcom. "Toutes les attaques iraniennes contre les forces américaines ont échoué", a écrit le Centcom sur X.

Un peu plus tôt, le Koweït avait affirmé intercepter des "attaques de drones et missiles hostiles".

Le Centcom a ensuite déclaré avoir intercepté "plusieurs drones." "Une nouvelle vague de drones iraniens tentant d'attaquer les forces américaines au Koweït n'a pas atteint les cibles visées cette nuit," a déclaré le commandement américain sur X.