Riad Salamé persiste et signe : Au Liban, l’argent des déposants n'a pas disparu

Riad Salamé est sous le feu des critiques. On l’accuse notamment d’avoir fait vivre les Libanais dans une « bulle artificielle » et d’avoir fait mauvais usage de leur argent à travers des financements accordés à l’État, (mal) géré par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle. (Photo AFP).
Riad Salamé est sous le feu des critiques. On l’accuse notamment d’avoir fait vivre les Libanais dans une « bulle artificielle » et d’avoir fait mauvais usage de leur argent à travers des financements accordés à l’État, (mal) géré par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle. (Photo AFP).
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Publié le Lundi 24 août 2020

Riad Salamé persiste et signe : Au Liban, l’argent des déposants n'a pas disparu

  • Il y a quelques jours, une source officielle révélait à l’agence Reuters que la Banque du Liban ne pouvait assurer les subventions sur le carburant, les médicaments et le blé que pour trois mois. Une information confirmée par M. Salamé
  • "Nous allons bientôt faire un circulaire pour responsabiliser ces déposants et les inciter à ramener une liquidité importante au pays sans leur confisquer leur argent pour autant. Aujourd’hui, c’est une question éthique, et non pas légale"

PARIS: Riad Salamé a longtemps été perçu comme l’homme fort du Liban, le gardien, en quelque sorte, d’un modèle économique qui faisait des jaloux partout dans la région. Habile financier primé par les plus grandes institutions financières, garant de la stabilité de la livre libanaise depuis près de trente ans, le banquier a vu sa vie basculer avec le début de la révolte populaire en octobre 2019, et l’effondrement économique dans lequel s’est enlisé le Pays du Cèdre.

Depuis, Riad Salamé est sous le feu des critiques. On l’accuse notamment d’avoir fait vivre les Libanais dans une « bulle artificielle » et d’avoir fait mauvais usage de leur argent à travers des financements accordés à l’État, (mal) géré par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle.    

Dans une interview exclusive accordée à Arab News en français, Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban (BDL), se défend de ces accusations, qu’il estime « injustes ». Il affirme notamment être en faveur de l’audit de la BDL par des experts de la Banque de France, une proposition du président français, Emmanuel Macron, en visite au Liban après l’explosion au port de Beyrouth, le 4 août dernier, afin de faire avancer les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI).

« Un audit de la banque du Liban a été mené par deux firmes internationales, et cela depuis 1993, rappelle toutefois Riad Salamé. Les derniers rapports de cet audit ont été envoyés au FMI au début des négociations. Il faut donc savoir que cet audit international existe, pour dissiper tout doute sur la manière dont est gérée la Banque du Liban. Quant à la proposition que la Banque de France fasse un audit de la BDL, nous l’accueillons favorablement. La décision relève de la Banque de France, mais nous sommes prêts à accueillir ces experts quand ils le souhaitent. »

Il faut donc savoir que cet audit international existe, pour dissiper tout doute sur la manière dont est gérée la Banque du Liban. Quant à la proposition que la Banque de France fasse un audit de la BDL, nous l’accueillons favorablement. La décision relève de la Banque de France, mais nous sommes prêts à accueillir ces experts quand ils le souhaitent

Riad Salamé

Le 30 avril 2020, le gouvernement a annoncé un plan de relance et demandé une aide du Fonds monétaire international, duquel Beyrouth espère obtenir une aide d’environ 10 milliards de dollars. Le Liban a initié les négociations avec le fonds, mais près de trois mois plus tard, le processus est au point mort.

S’il admet que le Liban doit négocier avec le FMI, le gouverneur de la BDL souligne être en faveur d’« une implication du FMI au Liban, même si certains ont prétendu le contraire ». Pendant les négociations cependant, une commission parlementaire et le gouvernement ont divergé sur l'estimation des déficits publiques, de ceux de la Banque centrale et de ceux des banques : de 60 000 à 241 000 milliards de livres libanaises (soit des dizaines de milliards de dollars). Le FMI a alors réclamé une seule évaluation.

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Avec le président de la République Michel Aoun le 23 avril 2020. (Photo AFP).

« L’approche que nous avons adoptée diffère de celle du plan gouvernemental, explique Salamé. Les différences proviennent essentiellement du fait que, dans notre approche, nous n’avons pas considéré qu’il fallait avoir des réductions sur les montants de la dette qui est en livres libanaises. Nous n’avons pas non plus pris en considération des différences sur le cours de change. En effet, la moitié des pertes imputées à la Banque centrale dans le plan gouvernemental proviennent du fait que le cabinet y fait varier le prix du dollar de 1 500 livres pour un dollar à 3 500. C’est cette perte-là que nous n’avons pas prise en compte. Les différences sont donc plutôt dues aux hypothèses de départ, sans compter des différences au sujet des dettes non performantes. »

« Notre objectif a été de réduire les pertes tout en restant transparents, mais il s’agissait surtout de réduire les contraintes que les Libanais doivent endurer à cause des réformes dues à la crise actuelle », affirme-t-il encore.

À la question de savoir pourquoi le FMI n’a pas accepté les chiffres de la BDL, Salamé justifie : « Le fonds a ses propres principes et concepts. […] Il nous les a exposés. Mais c’est aux Libanais de négocier maintenant, parce que l’objectif est réellement de pouvoir trouver une issue à la crise qui, pour le Liban, relève essentiellement d’un appui international. Et ce dernier n’aura pas lieu sans l’appui du Fonds monétaire ou sans accord politique. »

Des réformes qui tardent

Au fond du gouffre économique, le pays connaît depuis plusieurs mois une dépréciation inédite de sa monnaie, une flambée des prix, des licenciements à grande échelle et des restrictions bancaires draconiennes sur les retraits et les virements à l'étranger.

Accusé d’avoir « prêté » l’argent des déposants dans les banques à l’État, jugé incompétent et corrompu, Salamé se défend et affirme que la banque centrale « n’a pas pris l’argent des déposants. […] La BDL a essentiellement fait des prêts en livres libanaises, qui est une devise que la Banque centrale émet elle-même. Cela doit être clair. »

« Responsabiliser la Banque centrale comme un conduit entre les déposants, les banques et l’État ne relève pas de la réalité. Nous sommes capables d’imprimer des billets en livres libanaises, donc nul besoin d’utiliser l’argent des banques. Pour rappel, la plus grosse part de la dette que nous avons envers l’État est en livres libanaises. Vous me demanderez où sont donc parties les réserves du pays en devises étrangères… Sur les cinq dernières années, la balance courante a accusé un déficit cumulé de 56 milliards de dollars et le déficit budgétaire était de 25 milliards de dollars. Ce montant total de 81 milliards de dollars est le trou financier du Liban. Il n’est pas du tout lié à la Banque centrale, mais provient des chiffres de l’importation et du déficit du gouvernement », poursuit Salamé.

« Notre objectif a été de réduire les pertes tout en restant transparents, mais il s’agissait surtout de réduire les contraintes que les Libanais doivent endurer à cause des réformes dues à la crise actuelle »

Riad Salamé

Le gouverneur n’aurait-il pas dû alerter le gouvernement sur le danger du déficit, puisqu’il tenait les manettes financières du pays, alors qu’il avait rassuré les Libanais de nombreuses fois, répétant qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter ? « À la banque centrale, tout était dans l’ordre, assure le gouverneur. Personnellement, je n’ai pas cessé de réclamer des réformes et une réduction des déficits à chacune de mes interventions – certaines avec vous d’ailleurs. Je déclarais que nous étions dans une situation où nous contrôlions la situation monétaire, mais je n’ai jamais rassuré sur l’état des finances publiques. J’ai répété et insisté sur le qu’il fallait adresser des réformes pour préserver la stabilité monétaire. Aux conférences de Paris 1, 2 et 3, ainsi qu’à la conférence Cedre, j’ai exigé qu’il y ait des réformes. »

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Au fond du gouffre économique, le Liban connaît depuis plusieurs mois une dépréciation inédite de sa monnaie, une flambée des prix, des licenciements à grande échelle et des restrictions bancaires draconiennes. (Photo AFP).

Si le gouvernement libanais a adopté, fin avril, son plan de sauvetage économique pour relancer la croissance et assainir les finances publiques, les réformes, notamment dans le domaine de l'électricité, peinent à se concrétiser.

Sur ce plan, Riad Salamé tient à rappeler que la Banque centrale a prêté de l’argent à l’État « par obligation légale ». « Ce n’est pas comme si nous sommes allés chercher des placements avec l’État libanais, explique-t-il. En effet, l’article 91 du Code de la monnaie et du crédit oblige la Banque centrale à financer le gouvernement quand il le demande. Dans les budgets votés par les parlements en 2018, également, il nous a été demandé de prêter 6 milliards de dollars en livres libanaises, à un taux d’intérêt inférieur de 1 % aux taux d’intérêt pratiqués. En 2019, une autre loi a été promulguée pour que la BDL prête 3,5 milliards de dollars, en livres libanaises également et à 1% de taux d’intérêt. Quant au budget de 2020, une loi nous a demandé de rembourser les intérêts que nous percevons sur le portefeuille que nous avons avec l’État, et de rembourser aussi un trillion de livres libanaises. En d’autres termes, 3 milliards de dollars. Ce n’est pas réellement juste de dire que la Banque centrale et son gouverneur ont peint la vie en rose pour les Libanais. Je me demande s’il n’y a pas de mauvaises intentions derrière cette image qu’on essaie de nous coller… »

S’il accuse les gens au pouvoir d’avoir ces mauvaises intentions envers lui, Riad Salamé estime que c’est peut-être dû « à la politique locale ou pour des raisons idéologiques, ou par opportunisme », mais il révèle que « falsifier les réalités au cours des mois derniers » l’a vraiment « surpris ».

Concernant les reproches qu’on lui a adressés sur le fait d’avoir basé sa stratégie financière sur une gigantesque « pyramide de Ponzi » avec des ingénieries financières et des emprunts qui ont coûté cher au Liban, Salamé répond : « Quand vous regardez les transactions effectuées entre les banques et la Banque centrale, et les chiffres entre 2017 et juin 2020, vous constatez que la Banque centrale a émis des liquidités en devises au marché, aux banques et a également collecté des devises des banques. Vous serez surpris de constater que nous avons injecté des devises bien plus qu’on en a retiré : 11,5 milliards. »

"Je me demande s’il n’y a pas de mauvaises intentions derrière cette image qu’on essaie de nous coller… "

Riad Salamé

« L’argent des déposants est bien là »

Comment explique-t-il donc le fait que les banques n’ont plus d’argent ? « Cet argent est parti dans le déficit des balances commerciales. Ponzi ne serait pas fier de nous car, en principe, c’est la Banque centrale qui aurait dû en profiter s’il y avait vraiment un schéma de Ponzi », explique Salamé.

Et d’ajouter : « Il y a eu des chocs consécutifs qui ont mis sur les banques une pression qui a créé une panique chez les déposants, notamment la fermeture des banques en octobre pour un mois durant le début des manifestations. Cela a transformé l’économie libanaise en « cash economy ». Les gens ont perdu confiance dans le système. Puis la déclaration par le gouvernement que le pays n'était pas capable de rembourser les échéances de sa dette souveraine sur les eurobonds. J’étais personnellement contre et je l’ai exprimé officiellement ».

Le 7 mars, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), a fait défaut sur une première tranche de sa dette, d'un montant de 1,2 milliard de dollars. Le 23 mars, il a annoncé qu'il ne paiera pas l'ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars.

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Le portail de la Banque du Liban est desormais ceint de fils barbelés pour empêcher les manifestants de le prendre d’assaut. (Photo AFP).

« Cela a malheureusement empêché le Liban d’avoir accès aux marchés internationaux et aux crédits bancaires internationaux, ce qui nous a handicapés, explique Salamé. Puis sont venus les effets de la Covid-19 et l’explosion du port. Dans tout cela, le système tient bon quand même. L’argent des déposants est bien là. Ils le retirent progressivement, investissent dans l’immobilier, et obtiennent des prêts. Il n’est pas vrai que l’argent a disparu. Le seul handicap concerne les transferts internationaux, et ceux-là se règleront une fois que les réformes seront faites et que la confiance sera rétablie. Et nous avons discuté de la finalité du plan du gouvernement. Nous sommes opposés au haircut (ponctions sur les dépôts) pour les déposants. Notre intention est que le déposant récupère son argent. Cela peut prendre du temps, mais il le récupèrera. Déjà, de nombreux déposants ont investi dans l’immobilier pour conserver la valeur de leurs dépôts. »

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"Nous ne paierons pas le prix" peut-on lire derrière ce coiffeur qui manifeste devant la Banque du Liban le 27 novembre 2019. (Photo AFP).
 

Toutefois, de nombreux Libanais se plaignent du fait que le haircut est appliqué de facto, puisque les déposants en dollars ne peuvent retirer qu’une somme limitée de leur argent et en livres libanaises, au taux de 3 800 livres pour un dollar, alors que le taux au marché noir oscille actuellement autour de 8 000 livres pour un dollar.

« C’est le marché qui décide cela, ainsi que le client, selon le gouverneur. Il n’y pas une loi qui soustrait l’argent des gens, et la différence est cruciale. Aujourd’hui, il est certain qu’il existe différents prix pour le dollar, mais le prix officiel ainsi que celui pratiqué pour les importations et celui du marché noir varient du fait qu’on est devenu une cash economy. Avec tous ces événements, il y a une pression certaine. L’explosion du 4 août a détruit de nombreuses maisons et les gens ont besoin de liquidités. D’autant que les commerçants n’acceptent que de l’argent liquide. Mais il n’y a pas de loi qui stipule cela. Ce que le marché décide est différent de ce que fait le législateur. »

Le 7 mars, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), a fait défaut sur une première tranche de sa dette, d'un montant de 1,2 milliard de dollars. Le 23 mars, il a annoncé qu'il ne paiera pas l'ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars.

Et de poursuivre : « Aujourd’hui, le cabinet pense créer un fonds pour y regrouper de l’immobilier et donner des certificats de devises à la Banque centrale émanant de ce fonds, ce qui pourra diminuer les pertes sans augmenter les dettes, et peut-être créer la symétrie nécessaire pour exécuter le plan. L’idée est encore récente, le ministre des Finances vient de l’exposer. »

Vers la fin des subventions ?

Il y a quelques jours, une source officielle à la Banque du Liban révélait à l’agence Reuters que la Banque du Liban ne pouvait assurer les subventions sur le carburant, les médicaments et le blé que pour trois mois, une déclaration que le gouverneur confirme.

« La BDL fait de son mieux, mais elle ne peut pas utiliser les réserves obligatoires des banques pour financer le commerce, affirme-t-il. Une fois que nous atteignons le seuil de ces réserves, nous sommes obligés de ne plus financer. Mais nous sommes en passe de créer d’autres moyens de financement, que ce soit à travers les banques ou à travers un fonds que nous avons mis en place à l’étranger, baptisé “Oxygen”. Mais la BDL n’est pas l’État, qui doit agirOn ne peut pas tout mettre sur le dos de la Banque centrale et lui reprocher ce qu’elle fait après coup. Nous avons exposé la situation bien à l’avance. Que les responsables prennent les mesures nécessaires. »

Interrogé sur les montants colossaux sortis du Liban par les banquiers et les politiques avant le 17 octobre et sur l’éventuelle possibilité de retracer leur cours, le gouverneur de la BDL assure : «Nous allons bientôt faire un circulaire pour responsabiliser ces déposants et les inciter à ramener une liquidité importante au pays sans leur confisquer leur argent pour autant. Aujourd’hui, c’est une question éthique, et non pas légale, car c’est un système qui a profité à tout le monde. Dans la triste situation où nous nous nous trouvons, la BDL se doit de responsabiliser ces déposants qui, en refinançant le pays à travers des dépôts externes, peuvent recréer de la liquidité au secteur bancaire. »

Nous allons bientôt faire un circulaire pour responsabiliser ces déposants et les inciter à ramener une liquidité importante au pays sans leur confisquer leur argent pour autant. Aujourd’hui, c’est une question éthique, et non pas légale, car c’est un système qui a profité à tout le monde.

Riad Salamé

Accusé enfin par certains d’avoir profité du système pour son enrichissement personnel, Salamé répond qu’il gagnait bien sa vie avant de devenir gouverneur de la BDL, avec un salaire de 165 000 dollars par mois à la banque Merrill Lynch. « J’ai montré tous les documents à la télévision. Je suis arrivé à la BDL avec une fortune de 23 millions de dollars, qui a été investie et a donné des résultats. On m’accuse d’avoir siphonné des milliards sans chercher à connaître les dettes en face. Ma réponse est claire : puisque je peux démontrer la source de ma fortune, c’est suffisant pour prouver que je n’abuse pas de mon poste. J’ai d’ailleurs intenté un procès contre ceux qui me diffament. »

La sortie de crise est-elle pour bientôt ? « Elle est d’abord politique, selon Riad Salamé. Ce sont surtout les tensions régionales qui ont pris le dessus au Liban et il faut un soutien international pour créer une liquidité dans le pays. Je ne doute pas que les Libanais pourront se débrouiller après. »


Liban: Israël dit avoir mené mercredi sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le 28 février

« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
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  • L’armée israélienne a mené la plus vaste frappe coordonnée contre le Hezbollah depuis le début du conflit, visant une centaine de cibles à Beyrouth, dans la Bekaa et le sud du Liban
  • Malgré le cessez-le-feu avec l’Iran, Israël confirme que le Liban n’est pas concerné et que les opérations contre le Hezbollah vont se poursuivre

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé mercredi une centaine d'objectifs du Hezbollah à travers le Liban, affirmant qu'il s'agissait de "la plus grande frappe coordonnée" contre le mouvement pro-iranien depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février.

"En l'espace de 10 minutes et simultanément dans plusieurs zones, [les forces israéliennes ont attaqué] une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires" du mouvement islamiste libanais à travers le pays voisin, indique un communiqué militaire israélien.

Les frappes ont visé des objectifs à Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa (est du Liban) ainsi que dans le sud du pays, selon l'armée israélienne.

Les frappes israéliennes sur Beyrouth, les plus violentes depuis le début de la guerre, ont provoqué des scènes de panique dans la capitale à une heure de grande affluence, selon des journalistes de l'AFP.

Ennemi d'Israël et allié de Téhéran, le Hezbollah s'était joint le 2 mars à la guerre régionale.

Le cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran décrété dans la nuit par le président américain Donald Trump "n'inclut pas le Liban", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "La bataille continue au Liban, a ensuite déclaré l'armée israélienne

"Nous continuerons de frapper l'organisation terroriste Hezbollah et exploiterons chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel", a dit le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée, cité dans un communiqué militaire.

"Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d'Israël [et] nous continuerons de frapper avec détermination", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne avait annoncé mardi avoir achevé dans le sud du Liban le déploiement de ses troupes au sol jusqu'à une "ligne de défense avancée" destinée à maintenir le nord d'Israël à l'abri des tirs de roquettes antichars du Hezbollah, dont la portée est évaluée à une dizaine de kilomètres.


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »