Riad Salamé persiste et signe : Au Liban, l’argent des déposants n'a pas disparu

Riad Salamé est sous le feu des critiques. On l’accuse notamment d’avoir fait vivre les Libanais dans une « bulle artificielle » et d’avoir fait mauvais usage de leur argent à travers des financements accordés à l’État, (mal) géré par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle. (Photo AFP).
Riad Salamé est sous le feu des critiques. On l’accuse notamment d’avoir fait vivre les Libanais dans une « bulle artificielle » et d’avoir fait mauvais usage de leur argent à travers des financements accordés à l’État, (mal) géré par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle. (Photo AFP).
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Publié le Lundi 24 août 2020

Riad Salamé persiste et signe : Au Liban, l’argent des déposants n'a pas disparu

  • Il y a quelques jours, une source officielle révélait à l’agence Reuters que la Banque du Liban ne pouvait assurer les subventions sur le carburant, les médicaments et le blé que pour trois mois. Une information confirmée par M. Salamé
  • "Nous allons bientôt faire un circulaire pour responsabiliser ces déposants et les inciter à ramener une liquidité importante au pays sans leur confisquer leur argent pour autant. Aujourd’hui, c’est une question éthique, et non pas légale"

PARIS: Riad Salamé a longtemps été perçu comme l’homme fort du Liban, le gardien, en quelque sorte, d’un modèle économique qui faisait des jaloux partout dans la région. Habile financier primé par les plus grandes institutions financières, garant de la stabilité de la livre libanaise depuis près de trente ans, le banquier a vu sa vie basculer avec le début de la révolte populaire en octobre 2019, et l’effondrement économique dans lequel s’est enlisé le Pays du Cèdre.

Depuis, Riad Salamé est sous le feu des critiques. On l’accuse notamment d’avoir fait vivre les Libanais dans une « bulle artificielle » et d’avoir fait mauvais usage de leur argent à travers des financements accordés à l’État, (mal) géré par une classe politique corrompue jusqu’à la moelle.    

Dans une interview exclusive accordée à Arab News en français, Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban (BDL), se défend de ces accusations, qu’il estime « injustes ». Il affirme notamment être en faveur de l’audit de la BDL par des experts de la Banque de France, une proposition du président français, Emmanuel Macron, en visite au Liban après l’explosion au port de Beyrouth, le 4 août dernier, afin de faire avancer les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI).

« Un audit de la banque du Liban a été mené par deux firmes internationales, et cela depuis 1993, rappelle toutefois Riad Salamé. Les derniers rapports de cet audit ont été envoyés au FMI au début des négociations. Il faut donc savoir que cet audit international existe, pour dissiper tout doute sur la manière dont est gérée la Banque du Liban. Quant à la proposition que la Banque de France fasse un audit de la BDL, nous l’accueillons favorablement. La décision relève de la Banque de France, mais nous sommes prêts à accueillir ces experts quand ils le souhaitent. »

Il faut donc savoir que cet audit international existe, pour dissiper tout doute sur la manière dont est gérée la Banque du Liban. Quant à la proposition que la Banque de France fasse un audit de la BDL, nous l’accueillons favorablement. La décision relève de la Banque de France, mais nous sommes prêts à accueillir ces experts quand ils le souhaitent

Riad Salamé

Le 30 avril 2020, le gouvernement a annoncé un plan de relance et demandé une aide du Fonds monétaire international, duquel Beyrouth espère obtenir une aide d’environ 10 milliards de dollars. Le Liban a initié les négociations avec le fonds, mais près de trois mois plus tard, le processus est au point mort.

S’il admet que le Liban doit négocier avec le FMI, le gouverneur de la BDL souligne être en faveur d’« une implication du FMI au Liban, même si certains ont prétendu le contraire ». Pendant les négociations cependant, une commission parlementaire et le gouvernement ont divergé sur l'estimation des déficits publiques, de ceux de la Banque centrale et de ceux des banques : de 60 000 à 241 000 milliards de livres libanaises (soit des dizaines de milliards de dollars). Le FMI a alors réclamé une seule évaluation.

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Avec le président de la République Michel Aoun le 23 avril 2020. (Photo AFP).

« L’approche que nous avons adoptée diffère de celle du plan gouvernemental, explique Salamé. Les différences proviennent essentiellement du fait que, dans notre approche, nous n’avons pas considéré qu’il fallait avoir des réductions sur les montants de la dette qui est en livres libanaises. Nous n’avons pas non plus pris en considération des différences sur le cours de change. En effet, la moitié des pertes imputées à la Banque centrale dans le plan gouvernemental proviennent du fait que le cabinet y fait varier le prix du dollar de 1 500 livres pour un dollar à 3 500. C’est cette perte-là que nous n’avons pas prise en compte. Les différences sont donc plutôt dues aux hypothèses de départ, sans compter des différences au sujet des dettes non performantes. »

« Notre objectif a été de réduire les pertes tout en restant transparents, mais il s’agissait surtout de réduire les contraintes que les Libanais doivent endurer à cause des réformes dues à la crise actuelle », affirme-t-il encore.

À la question de savoir pourquoi le FMI n’a pas accepté les chiffres de la BDL, Salamé justifie : « Le fonds a ses propres principes et concepts. […] Il nous les a exposés. Mais c’est aux Libanais de négocier maintenant, parce que l’objectif est réellement de pouvoir trouver une issue à la crise qui, pour le Liban, relève essentiellement d’un appui international. Et ce dernier n’aura pas lieu sans l’appui du Fonds monétaire ou sans accord politique. »

Des réformes qui tardent

Au fond du gouffre économique, le pays connaît depuis plusieurs mois une dépréciation inédite de sa monnaie, une flambée des prix, des licenciements à grande échelle et des restrictions bancaires draconiennes sur les retraits et les virements à l'étranger.

Accusé d’avoir « prêté » l’argent des déposants dans les banques à l’État, jugé incompétent et corrompu, Salamé se défend et affirme que la banque centrale « n’a pas pris l’argent des déposants. […] La BDL a essentiellement fait des prêts en livres libanaises, qui est une devise que la Banque centrale émet elle-même. Cela doit être clair. »

« Responsabiliser la Banque centrale comme un conduit entre les déposants, les banques et l’État ne relève pas de la réalité. Nous sommes capables d’imprimer des billets en livres libanaises, donc nul besoin d’utiliser l’argent des banques. Pour rappel, la plus grosse part de la dette que nous avons envers l’État est en livres libanaises. Vous me demanderez où sont donc parties les réserves du pays en devises étrangères… Sur les cinq dernières années, la balance courante a accusé un déficit cumulé de 56 milliards de dollars et le déficit budgétaire était de 25 milliards de dollars. Ce montant total de 81 milliards de dollars est le trou financier du Liban. Il n’est pas du tout lié à la Banque centrale, mais provient des chiffres de l’importation et du déficit du gouvernement », poursuit Salamé.

« Notre objectif a été de réduire les pertes tout en restant transparents, mais il s’agissait surtout de réduire les contraintes que les Libanais doivent endurer à cause des réformes dues à la crise actuelle »

Riad Salamé

Le gouverneur n’aurait-il pas dû alerter le gouvernement sur le danger du déficit, puisqu’il tenait les manettes financières du pays, alors qu’il avait rassuré les Libanais de nombreuses fois, répétant qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter ? « À la banque centrale, tout était dans l’ordre, assure le gouverneur. Personnellement, je n’ai pas cessé de réclamer des réformes et une réduction des déficits à chacune de mes interventions – certaines avec vous d’ailleurs. Je déclarais que nous étions dans une situation où nous contrôlions la situation monétaire, mais je n’ai jamais rassuré sur l’état des finances publiques. J’ai répété et insisté sur le qu’il fallait adresser des réformes pour préserver la stabilité monétaire. Aux conférences de Paris 1, 2 et 3, ainsi qu’à la conférence Cedre, j’ai exigé qu’il y ait des réformes. »

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Au fond du gouffre économique, le Liban connaît depuis plusieurs mois une dépréciation inédite de sa monnaie, une flambée des prix, des licenciements à grande échelle et des restrictions bancaires draconiennes. (Photo AFP).

Si le gouvernement libanais a adopté, fin avril, son plan de sauvetage économique pour relancer la croissance et assainir les finances publiques, les réformes, notamment dans le domaine de l'électricité, peinent à se concrétiser.

Sur ce plan, Riad Salamé tient à rappeler que la Banque centrale a prêté de l’argent à l’État « par obligation légale ». « Ce n’est pas comme si nous sommes allés chercher des placements avec l’État libanais, explique-t-il. En effet, l’article 91 du Code de la monnaie et du crédit oblige la Banque centrale à financer le gouvernement quand il le demande. Dans les budgets votés par les parlements en 2018, également, il nous a été demandé de prêter 6 milliards de dollars en livres libanaises, à un taux d’intérêt inférieur de 1 % aux taux d’intérêt pratiqués. En 2019, une autre loi a été promulguée pour que la BDL prête 3,5 milliards de dollars, en livres libanaises également et à 1% de taux d’intérêt. Quant au budget de 2020, une loi nous a demandé de rembourser les intérêts que nous percevons sur le portefeuille que nous avons avec l’État, et de rembourser aussi un trillion de livres libanaises. En d’autres termes, 3 milliards de dollars. Ce n’est pas réellement juste de dire que la Banque centrale et son gouverneur ont peint la vie en rose pour les Libanais. Je me demande s’il n’y a pas de mauvaises intentions derrière cette image qu’on essaie de nous coller… »

S’il accuse les gens au pouvoir d’avoir ces mauvaises intentions envers lui, Riad Salamé estime que c’est peut-être dû « à la politique locale ou pour des raisons idéologiques, ou par opportunisme », mais il révèle que « falsifier les réalités au cours des mois derniers » l’a vraiment « surpris ».

Concernant les reproches qu’on lui a adressés sur le fait d’avoir basé sa stratégie financière sur une gigantesque « pyramide de Ponzi » avec des ingénieries financières et des emprunts qui ont coûté cher au Liban, Salamé répond : « Quand vous regardez les transactions effectuées entre les banques et la Banque centrale, et les chiffres entre 2017 et juin 2020, vous constatez que la Banque centrale a émis des liquidités en devises au marché, aux banques et a également collecté des devises des banques. Vous serez surpris de constater que nous avons injecté des devises bien plus qu’on en a retiré : 11,5 milliards. »

"Je me demande s’il n’y a pas de mauvaises intentions derrière cette image qu’on essaie de nous coller… "

Riad Salamé

« L’argent des déposants est bien là »

Comment explique-t-il donc le fait que les banques n’ont plus d’argent ? « Cet argent est parti dans le déficit des balances commerciales. Ponzi ne serait pas fier de nous car, en principe, c’est la Banque centrale qui aurait dû en profiter s’il y avait vraiment un schéma de Ponzi », explique Salamé.

Et d’ajouter : « Il y a eu des chocs consécutifs qui ont mis sur les banques une pression qui a créé une panique chez les déposants, notamment la fermeture des banques en octobre pour un mois durant le début des manifestations. Cela a transformé l’économie libanaise en « cash economy ». Les gens ont perdu confiance dans le système. Puis la déclaration par le gouvernement que le pays n'était pas capable de rembourser les échéances de sa dette souveraine sur les eurobonds. J’étais personnellement contre et je l’ai exprimé officiellement ».

Le 7 mars, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), a fait défaut sur une première tranche de sa dette, d'un montant de 1,2 milliard de dollars. Le 23 mars, il a annoncé qu'il ne paiera pas l'ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars.

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Le portail de la Banque du Liban est desormais ceint de fils barbelés pour empêcher les manifestants de le prendre d’assaut. (Photo AFP).

« Cela a malheureusement empêché le Liban d’avoir accès aux marchés internationaux et aux crédits bancaires internationaux, ce qui nous a handicapés, explique Salamé. Puis sont venus les effets de la Covid-19 et l’explosion du port. Dans tout cela, le système tient bon quand même. L’argent des déposants est bien là. Ils le retirent progressivement, investissent dans l’immobilier, et obtiennent des prêts. Il n’est pas vrai que l’argent a disparu. Le seul handicap concerne les transferts internationaux, et ceux-là se règleront une fois que les réformes seront faites et que la confiance sera rétablie. Et nous avons discuté de la finalité du plan du gouvernement. Nous sommes opposés au haircut (ponctions sur les dépôts) pour les déposants. Notre intention est que le déposant récupère son argent. Cela peut prendre du temps, mais il le récupèrera. Déjà, de nombreux déposants ont investi dans l’immobilier pour conserver la valeur de leurs dépôts. »

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"Nous ne paierons pas le prix" peut-on lire derrière ce coiffeur qui manifeste devant la Banque du Liban le 27 novembre 2019. (Photo AFP).
 

Toutefois, de nombreux Libanais se plaignent du fait que le haircut est appliqué de facto, puisque les déposants en dollars ne peuvent retirer qu’une somme limitée de leur argent et en livres libanaises, au taux de 3 800 livres pour un dollar, alors que le taux au marché noir oscille actuellement autour de 8 000 livres pour un dollar.

« C’est le marché qui décide cela, ainsi que le client, selon le gouverneur. Il n’y pas une loi qui soustrait l’argent des gens, et la différence est cruciale. Aujourd’hui, il est certain qu’il existe différents prix pour le dollar, mais le prix officiel ainsi que celui pratiqué pour les importations et celui du marché noir varient du fait qu’on est devenu une cash economy. Avec tous ces événements, il y a une pression certaine. L’explosion du 4 août a détruit de nombreuses maisons et les gens ont besoin de liquidités. D’autant que les commerçants n’acceptent que de l’argent liquide. Mais il n’y a pas de loi qui stipule cela. Ce que le marché décide est différent de ce que fait le législateur. »

Le 7 mars, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), a fait défaut sur une première tranche de sa dette, d'un montant de 1,2 milliard de dollars. Le 23 mars, il a annoncé qu'il ne paiera pas l'ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars.

Et de poursuivre : « Aujourd’hui, le cabinet pense créer un fonds pour y regrouper de l’immobilier et donner des certificats de devises à la Banque centrale émanant de ce fonds, ce qui pourra diminuer les pertes sans augmenter les dettes, et peut-être créer la symétrie nécessaire pour exécuter le plan. L’idée est encore récente, le ministre des Finances vient de l’exposer. »

Vers la fin des subventions ?

Il y a quelques jours, une source officielle à la Banque du Liban révélait à l’agence Reuters que la Banque du Liban ne pouvait assurer les subventions sur le carburant, les médicaments et le blé que pour trois mois, une déclaration que le gouverneur confirme.

« La BDL fait de son mieux, mais elle ne peut pas utiliser les réserves obligatoires des banques pour financer le commerce, affirme-t-il. Une fois que nous atteignons le seuil de ces réserves, nous sommes obligés de ne plus financer. Mais nous sommes en passe de créer d’autres moyens de financement, que ce soit à travers les banques ou à travers un fonds que nous avons mis en place à l’étranger, baptisé “Oxygen”. Mais la BDL n’est pas l’État, qui doit agirOn ne peut pas tout mettre sur le dos de la Banque centrale et lui reprocher ce qu’elle fait après coup. Nous avons exposé la situation bien à l’avance. Que les responsables prennent les mesures nécessaires. »

Interrogé sur les montants colossaux sortis du Liban par les banquiers et les politiques avant le 17 octobre et sur l’éventuelle possibilité de retracer leur cours, le gouverneur de la BDL assure : «Nous allons bientôt faire un circulaire pour responsabiliser ces déposants et les inciter à ramener une liquidité importante au pays sans leur confisquer leur argent pour autant. Aujourd’hui, c’est une question éthique, et non pas légale, car c’est un système qui a profité à tout le monde. Dans la triste situation où nous nous nous trouvons, la BDL se doit de responsabiliser ces déposants qui, en refinançant le pays à travers des dépôts externes, peuvent recréer de la liquidité au secteur bancaire. »

Nous allons bientôt faire un circulaire pour responsabiliser ces déposants et les inciter à ramener une liquidité importante au pays sans leur confisquer leur argent pour autant. Aujourd’hui, c’est une question éthique, et non pas légale, car c’est un système qui a profité à tout le monde.

Riad Salamé

Accusé enfin par certains d’avoir profité du système pour son enrichissement personnel, Salamé répond qu’il gagnait bien sa vie avant de devenir gouverneur de la BDL, avec un salaire de 165 000 dollars par mois à la banque Merrill Lynch. « J’ai montré tous les documents à la télévision. Je suis arrivé à la BDL avec une fortune de 23 millions de dollars, qui a été investie et a donné des résultats. On m’accuse d’avoir siphonné des milliards sans chercher à connaître les dettes en face. Ma réponse est claire : puisque je peux démontrer la source de ma fortune, c’est suffisant pour prouver que je n’abuse pas de mon poste. J’ai d’ailleurs intenté un procès contre ceux qui me diffament. »

La sortie de crise est-elle pour bientôt ? « Elle est d’abord politique, selon Riad Salamé. Ce sont surtout les tensions régionales qui ont pris le dessus au Liban et il faut un soutien international pour créer une liquidité dans le pays. Je ne doute pas que les Libanais pourront se débrouiller après. »


L’IA ne remplacera jamais la créativité humaine, affirme la PDG de SRMG

Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
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  • S’exprimant auprès de Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, Jomana R. Alrashid a dit être fière des plateformes de SRMG qui ont su intégrer et adopter l’IA

RIYAD : Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group (SRMG), a souligné que l’intelligence artificielle ne pouvait pas remplacer la créativité humaine lors d’une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office sur l’île de Shura, vendredi.

« On ne peut jamais remplacer la créativité humaine. Le journalisme, au final, et la création de contenu, reposent sur le storytelling, et c’est un rôle créatif que l’IA n’a pas encore la capacité d’assumer », a déclaré Alrashid lors du sommet d’investissement.

« Nous n’éliminerons jamais ce rôle humain qui consiste à raconter l’histoire, à mener un véritable travail d’enquête, à distinguer ce qui relève de l’actualité ou des faits de ce qui est faux… à différencier la désinformation du biais. C’est là le rôle fondamental que joue la rédaction au sein d’une newsroom. »

Abordant le thème de l’IA lors de cette discussion modérée par Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, la PDG a exprimé sa fierté quant à la manière « transformatrice » dont les plateformes de SRMG ont intégré l’IA.

« Nous traduisons désormais l’ensemble de nos contenus en nous appuyant sur l’IA. Nous produisons également des documentaires grâce à l’IA. Nous disposons aujourd’hui de la vérification des faits assistée par l’IA, de l’indexation, du clipping et de la transcription automatisés. C’est cela, selon nous, l’avenir. »

Interrogée sur le profil du journaliste de demain, Alrashid a répondu : « C’est à la fois un journaliste et un ingénieur. Quelqu’un qui doit comprendre les données. Et c’est un autre sujet extrêmement important : comprendre les données avec lesquelles on travaille. »

« L’IA a également facilité cet aspect. Je dois dire qu’au cours des vingt dernières années dans la région, en particulier dans les entreprises de médias, nous n’avons pas suffisamment compris l’importance des données. »

La PDG a rappelé qu’auparavant, les médias s’appuyaient principalement sur des sondages, des enquêtes ou des chiffres d’audience, alors qu’aujourd’hui, des informations beaucoup plus détaillées sur les attentes des publics sont disponibles.

Lors de cette discussion informelle, Alrashid a également été interrogée sur la perception des médias du Moyen-Orient par la communauté internationale. Elle a expliqué qu’au fil des décennies, ces médias avaient joué un rôle essentiel pour informer un public plus large sur des enjeux extrêmement complexes — politiques, culturels et économiques — et continuaient de le faire.

« Aujourd’hui, ce rôle est encore plus important, notamment en raison de l’essor des réseaux sociaux, des journalistes citoyens et des créateurs de contenu. Mais je pense aussi que cela a été facilité par la puissance de l’IA. Désormais, un contenu produit par des journalistes crédibles, de premier plan, de classe mondiale, peut immédiatement dépasser les frontières, atteindre différentes zones géographiques, différents publics, différents pays, dans plusieurs langues et sous divers formats. »

Elle a souligné qu’il existait une opportunité majeure pour les médias arabes de ne plus se limiter à un public exclusivement arabe, mais de franchir les frontières, d’être disponibles en plusieurs langues et de mieux servir leurs audiences.

La PDG s’est montrée optimiste quant à l’avenir, insistant sur l’importance d’une vision claire, d’une stratégie solide et d’un alignement total des équipes.

Les modèles publicitaires traditionnels, autrefois centrés sur la télévision et la presse écrite, évoluent rapidement, les plateformes de réseaux sociaux dominant désormais les revenus publicitaires.

« Le changement est radical. Autrefois, nous étions en concurrence les uns avec les autres pour l’audience. Aujourd’hui, nous sommes aussi en concurrence avec les plateformes de réseaux sociaux : 80 % des revenus publicitaires au Moyen-Orient vont aux réseaux sociaux, mais cela signifie aussi qu’il existe 80 % d’opportunités d’intérêt. »

Selon elle, le défi consiste à créer le bon contenu sur ces plateformes afin d’engager les audiences cibles et de permettre des partenariats commerciaux. « Ce n’est un secret pour personne : les marques n’aiment pas faire de la publicité sur les chaînes d’information. Cela est souvent associé aux conflits ou à la guerre, ce qui dissuade les annonceurs. »

« C’est pourquoi nous nous sommes développés dans de nouveaux secteurs comme le sport. Et c’est aussi pour cela que nous avons renforcé notre position dans le lifestyle. Nous détenons la plus grande part de marché dans ce domaine… Et nous avons lancé de nouvelles plateformes comme Billboard Arabia, qui nous permet d’entrer dans l’univers de la musique. »

Alrashid a expliqué que cette diversification plaçait le groupe dans une position solide pour faire face au déclin des revenus publicitaires sur différentes plateformes, grâce au lancement de nouveaux produits.

« Un autre actif de propriété intellectuelle très important que nous avons créé, ce sont les événements associés à des marques présentes dans la région depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, toute marque ou tout titre qui n’est pas accompagné d’un événement passe à côté d’une opportunité commerciale majeure, qui nous permet de nous retrouver dans une même salle, d’échanger des idées et de nous connaître au-delà des écrans. »

La PDG a déclaré que les perturbations étaient désormais constantes et souvent autonomes, ajoutant que l'avenir du secteur reposait souvent sur la narration et la capacité à innover en créant des contenus convaincants qui touchent directement le public. 

« Mais la prochaine perturbationsviendra encore de l’IA. De la vitesse à laquelle cet outil et cette technologie extrêmement puissante évoluent. Et de notre capacité à y faire face, à nous y adapter et à l’intégrer pleinement — ou non. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince Turki Al-Faisal réaffirme la solidité des relations saoudo-émiraties et appelle à se fier aux sources officielles

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  • L’ancien chef du renseignement se dit « optimiste » quant au nouveau Conseil de paix formé par Donald Trump
  • Israël applique le deux poids deux mesures en soutenant le terrorisme tout en accusant les autres de le faire, estime-t-il

ÎLE DE SHURA – MER ROUGE : Le prince Turki Al-Faisal, président du Centre du roi Faisal pour la recherche et les études islamiques, et ancien ambassadeur en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a réaffirmé vendredi les « relations fraternelles » entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appelant le public à « se référer aux sources d’information officielles saoudiennes » plutôt qu’aux publications sur les réseaux sociaux.

« Comme nous l’avons vu, les responsables saoudiens ont réaffirmé les relations fraternelles avec les Émirats arabes unis. Ces liens ne sont pas uniquement politiques, mais profondément enracinés dans l’affection, les liens familiaux et une histoire commune », a-t-il déclaré.

S’exprimant lors de la séance d’ouverture du sommet Investing Is a Sea, organisé par The Family Office, le prince Turki Al-Faisal a affirmé que malgré le bruit sur les réseaux sociaux autour du différend politique entre Riyad et Abou Dhabi sur le Yémen, les relations entre les deux pays demeurent solides. Il s’exprimait lors d’un échange avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, modérateur de la session.

« Notre relation avec les Émirats est fondée sur l’intégration, non sur la confrontation, et ce principe s’applique à l’ensemble du CCG », a expliqué Al-Faisal.

« Les divergences d’opinion sont naturelles, y compris au sein de l’Union européenne, mais nous espérons que les utilisateurs des réseaux sociaux s’abstiendront de toute dérive immorale dans ce différend », a répondu Abbas, en référence à ceux qui propagent la haine et les mensonges en ligne.

Les tensions entre les deux pays du Golfe se sont accrues en décembre lorsque les Émirats ont soutenu et approvisionné le Conseil de transition du Sud (STC) yéménite, qui a agi unilatéralement dans une tentative de sécession près de la frontière saoudienne. La coalition dirigée par Riyad pour rétablir la légitimité au Yémen est alors intervenue fermement, ciblant ce qu’elle a qualifié de livraison militaire non autorisée au STC et demandant à Abou Dhabi de retirer tous ses moyens et personnels du Yémen. Peu après, le ministère émirati de la Défense a annoncé qu’il se conformerait à cette demande et qu’il soutenait la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite.

Malgré cela, une guerre médiatique s’est poursuivie sur les réseaux sociaux des deux côtés, amenant de nombreux observateurs à s’interroger sur la volonté réelle des deux capitales de mettre fin au différend.

S’exprimant lundi depuis Varsovie, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reconnu une « divergence de vues » sur le Yémen, tout en soulignant que la relation entre les deux pays restait « d’une importance cruciale ». Il a insisté sur le fait que « les Émirats se sont totalement retirés du dossier yéménite ».

« Il s’agit d’un élément essentiel de la stabilité régionale, et le Royaume tient toujours à entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis, partenaire clé au sein du CCG », a déclaré le prince Faisal lors d’une conférence de presse en Pologne.

Deux jours plus tard, le ministre saoudien des Médias, Salman Al-Dossary, a démenti dans un message publié sur les réseaux sociaux les rumeurs circulant en ligne selon lesquelles le Royaume aurait refusé de recevoir Cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, vice-gouverneur d'Abou Dhabi et conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

« Cheikh Tahnoun ben Zayed se rend au Royaume quand il le souhaite, sans avoir besoin d’autorisation. L’Arabie saoudite est sa maison et ses dirigeants sont sa famille », a écrit Al-Dossary.

Le panel d’ouverture de The Family Office a également abordé les évolutions mondiales récentes. Le prince Turki a dit espérer que le Conseil de paix mis en place par le président américain Donald Trump apportera un changement.

« Le rôle de l’Arabie saoudite au sein du Conseil de paix est de poursuivre son soutien à la Palestine, et les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington visent toutes à convaincre les États-Unis que la paix doit reposer sur la justice et non sur des principes sélectifs », a-t-il déclaré.

Al-Faisal a déclaré qu'on ne pouvait pas accorder à Israël le « droit à l'autodéfense » tout en refusant ce même droit aux Palestiniens, alors que ce sont eux qui sont attaqués.

Il a rappelé que la position saoudienne a toujours été l’établissement d’un État palestinien avant toute normalisation avec Israël.

Évoquant la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en novembre dernier, Al-Faisal a affirmé que la position du Royaume repose sur la justice et sur les principes fondateurs de l’Arabie saoudite.

Concernant Israël, le prince Turki a réitéré son point de vue selon lequel Israël applique le deux poids deux mesures, tant dans ses actes que dans son discours.

Interrogé par Abbas sur un article du Times of Israel, signé par la correspondante politique Tal Schneider et publié le 8 octobre 2023, affirmant qu’Israël avait payé le prix, le 7 octobre, de la politique de soutien au Hamas menée pendant 16 ans par Benyamin Netanyahou au détriment de l’Autorité palestinienne, Abbas a demandé : « Ne trouvez-vous pas ironique qu’Israël soutienne publiquement et massivement le terrorisme, puis accuse les autres de faire la même chose ? »

Le prince Turki Al-Faisal a répondu qu’Israël affiche un double standard évident lorsqu’il accuse d’autres pays de soutenir le Hamas et l’extrémisme, alors qu’il est largement connu comme l’un des principaux soutiens du mouvement.

« Il existe un dicton dans le Hedjaz, où j’ai grandi, qui dit : “Il m’a frappé, puis il a pleuré et s’est plaint avant moi.” Les dirigeants israéliens ont maîtrisé cette tactique. Depuis sa création, Israël s’est présenté comme la victime à qui l’on aurait volé ses droits. Cette machine de propagande fonctionne depuis quatre-vingts ans », a-t-il expliqué.

« Je ne suis pas surpris lorsque Netanyahou ou ses partisans affirment aujourd’hui que l’Arabie saoudite adopte une position extrémiste à l’égard du judaïsme ou d’Israël. En réalité, ce sont les actions d’Israël, sous la direction de Netanyahou, qui nous ont conduits à la situation actuelle, où nous assistons à un génocide contre les Palestiniens, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

« Netanyahou a récemment déclaré que quiconque souhaitait normaliser ses relations avec Israël devait reconnaître son “droit à l’autodéfense”, accordant de facto à Israël un permis pour sacrifier les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La justice allemande saisit des biens dans une enquête pour fraude bancaire au Liban

Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
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  • La justice allemande a saisi 35 millions d’euros de biens dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent visant l’ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé
  • Les procureurs l’accusent d’avoir détourné plus de 330 millions de dollars entre 2004 et 2015 ; un tribunal doit désormais statuer sur la confiscation définitive des biens

BERLIN: La justice allemande a indiqué jeudi avoir saisi des biens d'une valeur totale de 35 millions d'euros dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé, et quatre autres personnes.

Âgé de 75 ans, M. Salamé, qui a dirigé la banque centrale entre 1993 et 2023, fait face à de multiples accusations au Liban et à l'étranger, notamment de détournement de fonds, blanchiment d'argent et évasion fiscale. Il a toujours nié toute malversation.

Dans un communiqué, le parquet a déclaré que "des biens immobiliers commerciaux de grande valeur à Munich et à Hambourg, ainsi que des parts sociales d'une société immobilière à Düsseldorf pour une valeur totale d'environ 35 millions d'euros" ont été saisis.

"Après des enquêtes très approfondies", notamment au Liban, le parquet accuse  M. Salamé, agissant avec son frère Raja Salamé, d'avoir "détourné des fonds d'un montant total de plus de 330 millions de dollars au détriment de la banque centrale libanaise et donc aux dépens de l'Etat libanais, afin de s'enrichir illégalement" entre 2004 et 2015.

Ces fonds provenaient de transactions financières entre la banque centrale libanaise et des banques commerciales au Liban.

L'argent a été blanchi par l'intermédiaire d'une société écran dans les îles Vierges britanniques et utilisé par Raja Salamé et trois autres coaccusés pour des investissements en Allemagne et ailleurs en Europe, selon les procureurs.

Un tribunal de Munich doit désormais décider si les biens saisis peuvent être définitivement confisqués.

Les procureurs allemands ont ouvert leur enquête en 2021 et ont collaboré avec des enquêteurs français et luxembourgeois.

Détenteur de la double nationalité française et libanaise, Riad Salamé avait été arrêté en 2024 au Liban et inculpé pour le détournement présumé de 44 millions de dollars de la banque centrale libanaise, avant d'être libéré en septembre dernier contre le versement d'une caution record.

L’ex-gouverneur est considéré comme l'un des principaux responsables de l’effondrement économique du Liban, que la Banque mondiale a qualifié de l'un des pires de l’histoire récente. Mais il a toujours défendu son bilan, affirmant être un "bouc émissaire".

Il a quitté ses fonctions fin juillet 2023 et répète que sa fortune provient d’investissements privés et de sa carrière antérieure au sein de la société américaine Merrill Lynch.