L’épouse d’un membre de la famille royale qatarie emprisonné s'exprime sur son combat pour la justice

Cheikh Talal Al-Thani est emprisonné en violation de ses droits fondamentaux par les autorités qataries depuis février 2013 et a rarement vu ses enfants depuis. (Photo Fournie)
Cheikh Talal Al-Thani est emprisonné en violation de ses droits fondamentaux par les autorités qataries depuis février 2013 et a rarement vu ses enfants depuis. (Photo Fournie)
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Publié le Lundi 24 août 2020

L’épouse d’un membre de la famille royale qatarie emprisonné s'exprime sur son combat pour la justice

  • Asma Arian raconte la terrible expérience de son mari emprisonné, le Cheikh Talal al-Thani
  • Le HCDH a interjeté appel au CDH en son nom dans le cadre de l’examen annuel des obligations et du rapport sur les droits du Qatar

RIYAD: Cheikh Talal al-Thani, membre éminent de la famille royale qatarie, est emprisonné en violation de ses droits fondamentaux par les autorités qataries depuis février 2013. Durant cette période, il n’a été autorisé à voir sa femme et ses quatre enfants — actuellement en exil en Allemagne — que deux fois.

Cheikh Talal est le petit-fils de l’émir qatari défunt, Cheikh Ahmad ben Ali al-Thani, dont le règne s’est étendu de 1960 à 1972. Le Cheikh Ahmad a été déposé par son cousin Cheikh Khalifa ben Hamad, grand-père de l’actuel émir du Qatar Tamim ben Hamad, et père de l’ancien émir Hamad ben Khalifa.

Les tensions entre les membres de la famille sont montées d’un cran à la suite du décès de l’un des fondateurs du Qatar, Cheikh Abdel Aziz ben Ahmed, après son exil en Arabie saoudite en 2008. Peu de temps après, les avoirs de Cheikh Talal ont été gelés et l’héritage qu’il devait recevoir après la mort de son père a été bloqué.

Depuis son arrestation, qui a eu lieu sans ordonnance du tribunal, Cheikh Talal s’est souvent vu refuser une représentation juridique, des visites familiales et des soins médicaux.

En mai 2018, Cheikh Talal a été condamné par un tribunal qatari à plus de vingt-deux ans de prison. Cette peine est en contradiction avec l’obligation fondamentale du Qatar envers le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. De plus, en violation des droits fondamentaux de Cheikh Talal, son dossier n’a pas été examiné par un tribunal indépendant.

À cause des mauvaises conditions dans lesquelles il est gardé, Cheikh Talal souffre aujourd’hui de diabète, de problèmes dentaires, d’hypertension, de maux de dos et d’articulations, et de mobilité réduite.

Il devrait être transféré à l'hôpital mais il se trouve dans une prison sans accès à des soins médicaux. La situation est aggravée par le refus du Qatar de tester les prisonniers pour la Covid-19, même si l’affirmation officielle dit que « les détenus bénéficient de soins de santé gratuits en prison ».

Asma Arian, qui a épousé Cheikh Talal en 2007, s’est entretenue depuis l’Allemagne avec Arab News, à propos de son rude combat pour que justice soit faite

Est-il vrai que votre appel au Conseil des droits de l'Homme de l’ONU a été accepté ?

Oui, c’est vrai. Nous avons jusqu’à présent interjeté appel quatre fois au CDH. Toutefois, en raison de la pandémie de coronavirus, nos demandes d’appel ont été bloquées pour un certain temps, alors le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH) a interjeté appel en mon nom, dans le cadre de l’examen annuel des obligations et du rapport sur les droits du Qatar.

Le Qatar prétend souvent qu’il respecte ses engagements envers les droits de l’Homme. L’ONU a approuvé quatre appels de ma part. Le premier est en mon nom et au nom de mes enfants, au plus haut niveau possible. Les trois autres appels ont été présentés à des comités spéciaux, pour la torture, la détention arbitraire de mon mari, et la corruption du système judiciaire.

Les organes de l’ONU doivent prendre une décision et nous sommes en contact actif avec eux. Ils nous ont assuré qu’ils avaient accepté l’appel et que, d’ici le 21 septembre, les questions relatives à cette affaire seraient clarifiées.

Cheikh Talal souffre de problèmes de santé et de mobilité réduite à cause des mauvaises conditions dans lesquelles il est gardé.
Cheikh Talal souffre de problèmes de santé et de mobilité réduite à cause des mauvaises conditions dans lesquelles il est gardé. (Photo Fournie)

Quelles sont vos attentes concernant la prise en charge du procès par le CDH ?

Depuis le début de nos correspondances, le CDH est convaincu que le procès et les documents que j’ai fournis prouvent la violation des droits de l’Homme par le Qatar dans différents domaines. Ces derniers comprennent les violations de la charte des « Principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus »: la torture de Cheikh Talal Al-Thani, l’interdiction de contacter son avocat, sa détention sans raison valable, ainsi que la violation des droits de l’enfant (en empêchant les enfants de Cheikh Talal d’entrer en contact avec leur père) et la violation des droits de la femme en m’empêchant d’entrer en contact avec lui.

Au début, nous nous sommes adressés au gouvernement qatari de façon courtoise lorsque nous avons demandé que Cheikh Talal soit libéré, puisque les documents prouvent qu’il a été arrêté injustement. Nous avons communiqué avec les prisons qataries afin de découvrir les raisons de sa détention. Mais nous n’avons reçu aucune réponse de la part des autorités.

Après avoir intensifié la pression sur les autorités qataries, ces dernières ont relâché Cheikh Talal, avant de l’arrêter une semaine plus tard dans l'attente d'un gel ou d'une renonciation de ma part aux procès et appels. La brève libération était une sorte de « ruse » de la part des autorités qataries.

Quant à mes attentes concernant le CDH, je pense qu’ils ont certainement divers mécanismes adéquats, et à ce stade le procès a pris de l’importance au niveau de l’ONU. Il est possible de le gagner car c’est une question humanitaire, et non politique, ayant de multiples dimensions — droits des enfants, des femmes, droits des prisonniers et torture en prison — qui dénoncent la violation par le Qatar des traités relatifs aux droits de l’Homme en général.

Aujourd’hui, le Qatar viole ces traités. Nos enfants n’ont pas le droit de communiquer avec leur père, et il m’a été interdit de contacter l’avocat qui défend mon mari depuis que nous avons interjeté appel auprès de l’ONU. J’ai dit au CDH que le Qatar ne respectant même pas ses propres lois, nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu’il respecte les lois internationales.

 

Lettre du Département des réformes et des institutions pénales du ministère de l’Intérieur du Qatar indiquant que « le Qatari Talal ben Abdelaziz Ahmed al-Thani » a été condamné à plus de vingt-deux ans de prison. (Fournie)
Lettre du Département des réformes et des institutions pénales du ministère de l’Intérieur du Qatar indiquant que « le Qatari Talal ben Abdelaziz Ahmed al-Thani » a été condamné à plus de vingt-deux ans de prison. (Photo Fournie)

Pourquoi Cheikh Talal a-t-il été libéré durant une courte période puis de nouveau emprisonné ?

C’est ainsi que le Qatar se comporte: on ne peut pas lui faire confiance. Nous ne savons ni pourquoi il est retourné en prison après avoir été relâché, ni où ils l’ont emmené après avoir assiégé la maison où il était détenu. On ne peut jamais être à l'abri de ce genre de comportement officiel de la part du Qatar.

Il a été libéré et assigné à résidence, et quand ils ont décidé qu’il retournerait en prison, ils ont assiégé la maison durant huit heures. Ils surveillaient déjà la maison, alors à quoi bon l’assiéger aussi longtemps ? La maltraitance psychologique et l'intimidation que subit Cheikh Talal depuis son arrestation ne sont-ils pas suffisants ? Attendent-ils que je renonce à mon mari et aux droits de mes enfants ? Je n’abandonnerai pas, car ils n’ont pas respecté le droit le plus fondamental du détenu: lui permettre de communiquer avec son avocat. Comment puis-je même accepter de leur adresser la parole ?

Les autorités qataries vous ont-elles demandé d’abandonner votre campagne et vos appels aux organisations internationales ?

Cela se fait par le biais de messages envoyés aux membres de la famille de Cheikh Talal ou à moi directement afin que nous cessions nos revendications. Mais à quoi sert le silence ? D’autant que la question ne se limite pas à sa condition. Quatre enfants sont affectés par cette affaire et ne connaissent leur père qu'à travers des photos.

Combien Cheikh Talal a-t-il d’enfants ?

Quatre enfants: Alanoud, Aljawharah, Abdallah et Ahmed. Ils souffrent du fait de leur déplacement hors de leur pays et du fait d’être loin de leur père. Ahmed est né alors que Cheikh Talal était en prison. De plus, ses enfants souffrent aussi d’être privés de leurs droits et de voir leur père privé des siens.

Toute cette souffrance a été causée par Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, l’ancien émir du Qatar. Tant que cette personne est à Doha, Cheikh Talal est en danger, c’est ce que j’ai précisé au CDH. Il est possible que je gagne le procès à l’ONU et que le Qatar soit inculpé. Cependant, tant que Cheikh Hamad est au Qatar, je ne m’attends pas à ce que Cheikh Talal soit libéré.

Combien de fois les enfants de Cheikh Talal ont-ils pu lui rendre visite ?

Sa fille Alanoud est la seule qui ait vu son père deux fois en sept ans. Ses autres enfants ne connaissent leur père qu’à travers les photos.

 

Ahmed, fils de Cheikh Talal, a développé une allergie en raison du manque de climatisation dans son logement. (Fournie)
Ahmed, fils de Cheikh Talal, a développé une allergie en raison du manque de climatisation dans son logement. (Photo Fournie)

Le procès contre Cheikh Talal est de nature financière… Cette allégation est-elle vraie ? Quelle est la véritable raison de sa détention ?

Le Qatar a intenté une action en justice contre Cheikh Talal à cause de dettes résultant de chèques de sécurité liés à ses propres sociétés. Le procès comprenait 1 600 documents uniquement en rapport à l’affaire financière.

L’ONU se demandait pourquoi Cheikh Talal serait emprisonné pour un problème financier. Je leur ai répondu qu’il n’était ni un tueur, ni un violeur, qu’il n’avait commis aucun crime méritant une peine de vingt-deux ans. Il mourra sans avoir eu la chance de revoir ses enfants.

Par conséquent, le procès n’est pas de nature financière. Peut-être y a-t-il une rancune contre Cheikh Talal, car, avant son emprisonnement, il avait revendiqué ses droits et son héritage. Le droit qatari et le droit international ne disent pas qu'une personne endettée doit être mise en prison pendant vingt-deux ans. Pire encore, il a été incarcéré sans avoir le droit de contacter un avocat.

Le juge m’a même demandé si j’avais assez d’argent pour rembourser la dette. Je lui ai alors présenté un titre de propriété foncière appartenant à Cheikh Talal et je lui ai expliqué que la valeur de ce terrain pouvait rembourser la dette, et même plus… Le juge a alors levé son doigt et a dit : « Ce sont les personnes les plus haut placées qui décideront s’il sera libéré ou non. »

Nous savons que ce n’est pas un procès financier que nous pouvons rembourser. Cependant, nous répondons à leurs allégations. L’État a maintenant confisqué les propriétés de Cheikh Talal, et les entreprises de l’État les utilisent sans son autorisation.

J’ai appelé la police à intervenir contre ces dernières, car elles détiennent ses propriétés et privent ses enfants de gains financiers et d’allocations, et s’introduisent dans ses propriétés sans permission et sans paiement  en échange de leur utilisation.

Ont-ils essayé de régler le procès financier avec vous ?

Oui. J’ai intenté quatre procès liés à l’héritage de Cheikh Aziz al-Thani, le père de Cheikh Talal, qui est décédé loin du Qatar. Ces procès prouvent que Cheikh Abdel Aziz laissait un héritage important et de nombreuses propriétés, et que la part de Cheikh Talal était substantielle.

J’ai demandé au juge de prendre toutes les fermes et de relâcher Cheikh Talal. J’ai même déclaré durant notre dernière conversation: « Prenez tout, et si Cheikh Hamad veut les fermes, qu’il les prenne, s’il veut tout prendre, qu’il le fasse. Mais vous n’avez pas le droit de priver mon époux d’une vie normale, d’empêcher ses enfants de le voir, de les torturer et de les déplacer. »

Depuis quand Cheikh Talal est-il en prison ?

Depuis 2013, à la fin du règne de Cheikh Hamad, avant qu’il n’abdique en faveur de son fils, Cheikh Tamim. De plus, le verdict contre Cheikh Talal et son emprisonnement ont également eu lieu durant le règne de Cheikh Hamad. Il a été emprisonné à cause d’un chèque qui n’était pas valide. Un juge égyptien, Mohammed El-Minshawi, avait ordonné que Cheikh Talal soit libéré, mais sa décision n’a pas été appliquée. Je ne sais pas si ce juge est toujours au Qatar.

 

La demande faite par Cheikh Hassan ben Khalid Al-Thani pour fournir de l’eau et de l’électricité à l’une des propriétés enregistrées pour abriter les enfants de Cheikh Talal Al-Thani et leur mère à Al-Wakrah. (Fournie)
La demande faite par Cheikh Hassan ben Khalid Al-Thani pour fournir de l’eau et de l’électricité à l’une des propriétés enregistrées pour abriter les enfants de Cheikh Talal Al-Thani et leur mère à Al-Wakrah. (Photo Fournie)

Comment se porte Cheikh Talal ?

Son état est mauvais, psychologiquement et physiquement. J’ai pu le prendre en photo avant qu’il ne retourne en prison. Il semblait avoir perdu beaucoup de poids. Je n’aurais pas voulu que cette photo soit publiée si ce n’était pour prouver son mauvais état de santé.

Il souffre de diabète à un moment où le Qatar connaît un nombre élevé de cas de coronavirus, en particulier dans les prisons. J'ai peur pour sa vie [larmes dans les yeux]. Je lui ai demandé : « T’affament-ils ? » « Oui, ils m’affament », m’a-t-il répondu.

Je n’aurais jamais imaginé que cela puisse se produire au Qatar, mais après avoir vu la photo, je l’ai cru. Je me demande comment les prisonniers sont nourris, surtout un homme qui souffre de diabète et qui a déjà été opéré deux fois en prison, la première fois pour un problème à l’œil et la seconde à la jambe.

Vous attendez-vous à ce que Cheikh Talal soit libéré si le Qatar est accusé de violation des droits de l’Homme dans les procès liés à lui et ses enfants ?

Je m’attends à ce que le Qatar soit inculpé, mais pas à ce que Cheikh Talal sorte de prison. Cependant, je suis convaincue que je peux prouver au monde les violations des droits de l’Homme commises par les autorités qataries. La pression internationale qu’elles ressentent est le résultat de ces violations de droits. Cheikh Talal a été lésé de manière inimaginable.

Avez-vous l’intention de prendre de nouvelles à l’ONU et au CDH ?

Je poursuivrai toute procédure légale qui servira à protéger Cheikh Talal et ses enfants de cette injustice. J'ai l'intention de déposer plainte contre le Qatar devant la justice allemande. C'est très important pour moi, et j'ai commencé à prendre des mesures à cet égard. Cependant, en raison de la pandémie de Covid-19, j'ai dû arrêter. Maintenant que nous sommes de retour à la normale, je vais continuer le procès, d’autant plus que j'ai subi des dommages après qu'ils m'ont poursuivie à Genève. Ils ont même percuté ma voiture ! Je suis actuellement sous la protection de la police allemande car j'ai accusé le Qatar et ses médias de nombreuses violations.

Avez-vous reçu des menaces explicites de la part du Qatar ?

J’ai reçu des menaces lorsque j’étais au Club suisse de la Presse à Genève. Ils m’attendaient à l’extérieur et ont envoyé des gens pour me menacer et m’accuser d’espionnage. La dernière menace que j’ai reçue date de la semaine dernière, quand ils ont sorti Cheikh Talal de prison.

Ils m’ont prévenue que si je ne restais pas silencieuse, ils le remettraient en prison, et c’est ce qui s’est passé. J’ai vraiment peur de ces menaces. Vous ne pouvez pas imaginer mon état psychologique lorsque j’ai décidé de continuer à défendre les droits de mon mari et de mes enfants. Je craignais que mon mari ne soit éliminé. J’en aurais été la cause…

Quel message voulez-vous faire passer aux organisations internationales des droits de l’Homme via Arab News ?

Je voudrais leur demander de prendre le procès au sérieux et de se souvenir que le Qatar n’est pas au-dessus des lois. Si le Qatar respectait les droits internationaux de l’Homme, il aurait respecté la charte des droits des détenus. Si le Qatar prétend qu’il respecte les droits de l’Homme, alors il doit respecter les droits des enfants et permettre à ceux de Cheikh Talal d’être en contact avec lui, au moins par téléphone, deux ou trois fois par semaine. Je demande de même aux organisations internationales d’intervenir et de mobiliser leurs mécanismes.

Le Qatar n’est pas au-dessus des lois, et c’est le bon moment pour se mobiliser afin de restaurer les droits du prisonnier, de l'enfant et de la femme. J'espère que des pressions seront exercées sur le Qatar afin que Cheikh Talal soit libéré.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Le prince Turki Al-Faisal réaffirme la solidité des relations saoudo-émiraties et appelle à se fier aux sources officielles

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  • L’ancien chef du renseignement se dit « optimiste » quant au nouveau Conseil de paix formé par Donald Trump
  • Israël applique le deux poids deux mesures en soutenant le terrorisme tout en accusant les autres de le faire, estime-t-il

ÎLE DE SHURA – MER ROUGE : Le prince Turki Al-Faisal, président du Centre du roi Faisal pour la recherche et les études islamiques, et ancien ambassadeur en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a réaffirmé vendredi les « relations fraternelles » entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appelant le public à « se référer aux sources d’information officielles saoudiennes » plutôt qu’aux publications sur les réseaux sociaux.

« Comme nous l’avons vu, les responsables saoudiens ont réaffirmé les relations fraternelles avec les Émirats arabes unis. Ces liens ne sont pas uniquement politiques, mais profondément enracinés dans l’affection, les liens familiaux et une histoire commune », a-t-il déclaré.

S’exprimant lors de la séance d’ouverture du sommet Investing Is a Sea, organisé par The Family Office, le prince Turki Al-Faisal a affirmé que malgré le bruit sur les réseaux sociaux autour du différend politique entre Riyad et Abou Dhabi sur le Yémen, les relations entre les deux pays demeurent solides. Il s’exprimait lors d’un échange avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, modérateur de la session.

« Notre relation avec les Émirats est fondée sur l’intégration, non sur la confrontation, et ce principe s’applique à l’ensemble du CCG », a expliqué Al-Faisal.

« Les divergences d’opinion sont naturelles, y compris au sein de l’Union européenne, mais nous espérons que les utilisateurs des réseaux sociaux s’abstiendront de toute dérive immorale dans ce différend », a répondu Abbas, en référence à ceux qui propagent la haine et les mensonges en ligne.

Les tensions entre les deux pays du Golfe se sont accrues en décembre lorsque les Émirats ont soutenu et approvisionné le Conseil de transition du Sud (STC) yéménite, qui a agi unilatéralement dans une tentative de sécession près de la frontière saoudienne. La coalition dirigée par Riyad pour rétablir la légitimité au Yémen est alors intervenue fermement, ciblant ce qu’elle a qualifié de livraison militaire non autorisée au STC et demandant à Abou Dhabi de retirer tous ses moyens et personnels du Yémen. Peu après, le ministère émirati de la Défense a annoncé qu’il se conformerait à cette demande et qu’il soutenait la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite.

Malgré cela, une guerre médiatique s’est poursuivie sur les réseaux sociaux des deux côtés, amenant de nombreux observateurs à s’interroger sur la volonté réelle des deux capitales de mettre fin au différend.

S’exprimant lundi depuis Varsovie, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reconnu une « divergence de vues » sur le Yémen, tout en soulignant que la relation entre les deux pays restait « d’une importance cruciale ». Il a insisté sur le fait que « les Émirats se sont totalement retirés du dossier yéménite ».

« Il s’agit d’un élément essentiel de la stabilité régionale, et le Royaume tient toujours à entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis, partenaire clé au sein du CCG », a déclaré le prince Faisal lors d’une conférence de presse en Pologne.

Deux jours plus tard, le ministre saoudien des Médias, Salman Al-Dossary, a démenti dans un message publié sur les réseaux sociaux les rumeurs circulant en ligne selon lesquelles le Royaume aurait refusé de recevoir Cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, vice-gouverneur d'Abou Dhabi et conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

« Cheikh Tahnoun ben Zayed se rend au Royaume quand il le souhaite, sans avoir besoin d’autorisation. L’Arabie saoudite est sa maison et ses dirigeants sont sa famille », a écrit Al-Dossary.

Le panel d’ouverture de The Family Office a également abordé les évolutions mondiales récentes. Le prince Turki a dit espérer que le Conseil de paix mis en place par le président américain Donald Trump apportera un changement.

« Le rôle de l’Arabie saoudite au sein du Conseil de paix est de poursuivre son soutien à la Palestine, et les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington visent toutes à convaincre les États-Unis que la paix doit reposer sur la justice et non sur des principes sélectifs », a-t-il déclaré.

Al-Faisal a déclaré qu'on ne pouvait pas accorder à Israël le « droit à l'autodéfense » tout en refusant ce même droit aux Palestiniens, alors que ce sont eux qui sont attaqués.

Il a rappelé que la position saoudienne a toujours été l’établissement d’un État palestinien avant toute normalisation avec Israël.

Évoquant la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en novembre dernier, Al-Faisal a affirmé que la position du Royaume repose sur la justice et sur les principes fondateurs de l’Arabie saoudite.

Concernant Israël, le prince Turki a réitéré son point de vue selon lequel Israël applique le deux poids deux mesures, tant dans ses actes que dans son discours.

Interrogé par Abbas sur un article du Times of Israel, signé par la correspondante politique Tal Schneider et publié le 8 octobre 2023, affirmant qu’Israël avait payé le prix, le 7 octobre, de la politique de soutien au Hamas menée pendant 16 ans par Benyamin Netanyahou au détriment de l’Autorité palestinienne, Abbas a demandé : « Ne trouvez-vous pas ironique qu’Israël soutienne publiquement et massivement le terrorisme, puis accuse les autres de faire la même chose ? »

Le prince Turki Al-Faisal a répondu qu’Israël affiche un double standard évident lorsqu’il accuse d’autres pays de soutenir le Hamas et l’extrémisme, alors qu’il est largement connu comme l’un des principaux soutiens du mouvement.

« Il existe un dicton dans le Hedjaz, où j’ai grandi, qui dit : “Il m’a frappé, puis il a pleuré et s’est plaint avant moi.” Les dirigeants israéliens ont maîtrisé cette tactique. Depuis sa création, Israël s’est présenté comme la victime à qui l’on aurait volé ses droits. Cette machine de propagande fonctionne depuis quatre-vingts ans », a-t-il expliqué.

« Je ne suis pas surpris lorsque Netanyahou ou ses partisans affirment aujourd’hui que l’Arabie saoudite adopte une position extrémiste à l’égard du judaïsme ou d’Israël. En réalité, ce sont les actions d’Israël, sous la direction de Netanyahou, qui nous ont conduits à la situation actuelle, où nous assistons à un génocide contre les Palestiniens, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

« Netanyahou a récemment déclaré que quiconque souhaitait normaliser ses relations avec Israël devait reconnaître son “droit à l’autodéfense”, accordant de facto à Israël un permis pour sacrifier les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La justice allemande saisit des biens dans une enquête pour fraude bancaire au Liban

Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
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  • La justice allemande a saisi 35 millions d’euros de biens dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent visant l’ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé
  • Les procureurs l’accusent d’avoir détourné plus de 330 millions de dollars entre 2004 et 2015 ; un tribunal doit désormais statuer sur la confiscation définitive des biens

BERLIN: La justice allemande a indiqué jeudi avoir saisi des biens d'une valeur totale de 35 millions d'euros dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé, et quatre autres personnes.

Âgé de 75 ans, M. Salamé, qui a dirigé la banque centrale entre 1993 et 2023, fait face à de multiples accusations au Liban et à l'étranger, notamment de détournement de fonds, blanchiment d'argent et évasion fiscale. Il a toujours nié toute malversation.

Dans un communiqué, le parquet a déclaré que "des biens immobiliers commerciaux de grande valeur à Munich et à Hambourg, ainsi que des parts sociales d'une société immobilière à Düsseldorf pour une valeur totale d'environ 35 millions d'euros" ont été saisis.

"Après des enquêtes très approfondies", notamment au Liban, le parquet accuse  M. Salamé, agissant avec son frère Raja Salamé, d'avoir "détourné des fonds d'un montant total de plus de 330 millions de dollars au détriment de la banque centrale libanaise et donc aux dépens de l'Etat libanais, afin de s'enrichir illégalement" entre 2004 et 2015.

Ces fonds provenaient de transactions financières entre la banque centrale libanaise et des banques commerciales au Liban.

L'argent a été blanchi par l'intermédiaire d'une société écran dans les îles Vierges britanniques et utilisé par Raja Salamé et trois autres coaccusés pour des investissements en Allemagne et ailleurs en Europe, selon les procureurs.

Un tribunal de Munich doit désormais décider si les biens saisis peuvent être définitivement confisqués.

Les procureurs allemands ont ouvert leur enquête en 2021 et ont collaboré avec des enquêteurs français et luxembourgeois.

Détenteur de la double nationalité française et libanaise, Riad Salamé avait été arrêté en 2024 au Liban et inculpé pour le détournement présumé de 44 millions de dollars de la banque centrale libanaise, avant d'être libéré en septembre dernier contre le versement d'une caution record.

L’ex-gouverneur est considéré comme l'un des principaux responsables de l’effondrement économique du Liban, que la Banque mondiale a qualifié de l'un des pires de l’histoire récente. Mais il a toujours défendu son bilan, affirmant être un "bouc émissaire".

Il a quitté ses fonctions fin juillet 2023 et répète que sa fortune provient d’investissements privés et de sa carrière antérieure au sein de la société américaine Merrill Lynch.


Après sa rencontre avec le prince Khalid ben Salmane, Graham salue la trajectoire du Royaume

Le sénateur américain Lindsey Graham avec le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane. (X : @LindseyGrahamSC)
Le sénateur américain Lindsey Graham avec le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane. (X : @LindseyGrahamSC)
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  • Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, en visite officielle à Washington

DUBAÏ : Le sénateur américain Lindsey Graham estime que l’Arabie saoudite est « sur la voie de la lumière », dans une déclaration publiée après sa rencontre avec le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, en visite officielle à Washington.

« Mes échanges avec l’Arabie saoudite au cours des deux derniers jours m’ont donné un sentiment de confiance : le Royaume — tout en poursuivant ses propres intérêts — est sur une voie qui mène à la lumière, et non à l’obscurité », a déclaré le sénateur.

Il a également indiqué qu’il se réjouissait de se rendre prochainement en Arabie saoudite.

« Au fil des années, j’ai développé une solide relation de travail avec l’Arabie saoudite. Je sais que le président Trump est un fervent admirateur du prince héritier Mohammed ben Salmane. J’ai été témoin des changements que le prince héritier a adoptés et j’en ai été impressionné », a ajouté Lindsey Graham.

Le sénateur américain a également affirmé qu’après avoir rencontré le prince Khalid, ainsi que le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, plus tôt, « je suis convaincu que l’Arabie saoudite estime que la meilleure chose pour la région est la croissance économique et la prospérité ».

« L’Arabie saoudite souhaite devenir, à l’avenir, une destination de choix, afin que des personnes du monde entier viennent visiter ce que je considère comme un pays remarquable. Le Royaume veut être l’une des forces dominantes dans le domaine de l’IA, ce qui signifie que les esprits les plus brillants afflueront. Je suis convaincu que tel est toujours l’objectif du prince héritier et du Royaume. »

Lindsey Graham a également salué le rôle que le Royaume cherche à jouer en Syrie.

« Ils ont clairement indiqué être l’ami à la fois du gouvernement syrien et du peuple kurde. Cette attitude visant le compromis plutôt que la destruction finira, espérons-le, par l’emporter », a-t-il déclaré.

Le prince Khalid devrait discuter, lors de sa visite, des relations saoudo-américaines et des moyens de les renforcer. Il a déjà rencontré le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et l’envoyé spécial Steve Witkoff.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com