Le conflit de Jérusalem, prélude d'une guerre civile en Israël?

Les forces de sécurité israéliennes dans l'enceinte de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem le 14 mai 2021 (AFP)
Les forces de sécurité israéliennes dans l'enceinte de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem le 14 mai 2021 (AFP)
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Publié le Vendredi 14 mai 2021

Le conflit de Jérusalem, prélude d'une guerre civile en Israël?

  • Avec «mort aux Arabes» pour cri de guerre, des gangs juifs d’extrême-droite ont passé à tabac des Palestiniens d'Israël
  • «Les lynchages et le chaos devrait indiquer clairement à Israël qu'un système discriminatoire fondé sur une idéologie suprémaciste ne peut durer éternellement»

AMMAN: La lutte pour le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem, les affrontements dans la mosquée Al-Aqsa et ses alentours entre les fidèles musulmans et la police israélienne, ainsi que l'échange de roquettes, de bombardements et de frappes aériennes entre le Hamas et les Forces de défense pourraient n’être qu’un prélude à une guerre civile entre les Juifs israéliens et les citoyens palestiniens d'Israël, craignent les experts.

Les Palestiniens qui résident dans des villes aux populations mixtes, arabes et juives, comme Lod, Ramla, Bat Yam, Haïfa et Jaffa, ont fait l’objet d'attaques répétées ces derniers jours, en grande partie racistes.

Avec «mort aux Arabes» comme cri de guerre, des gangs juifs d’extrême-droite ont passé à tabac des Palestiniens, vandalisé des maisons, et attaqué les commerces qui appartiennent à des Arabes.

Les Arabes représentent 20% de la population israélienne.

Wadie Abou Nassar, consul honoraire espagnol à Haïfa et analyste politique, raconte dans un entretien pour une station de radio locale que ses filles, leurs voitures et leurs demeures à Haïfa, ont été prises pour cible par une foule juive anti-arabe.

«Bien que mes filles aient subi des blessures physiques, leurs blessures émotionnelles sont nettement plus profondes après la révélation de ce racisme, caché depuis des années», a-t-il déclaré.

Abou Nassar, qui sert aussi de conseiller aux évêques catholiques d'Israël, de Palestine et de Jordanie, ajoute que l’incident est véritablement révélateur. «Je crois fermement à la non-violence, mais il est clair que si l’opinion publique israélienne mesure à présent l’ampleur du racisme, c’est uniquement parce qu’elle est contrainte de faire face à un problème qui accable les Palestiniens depuis des années.»

Le professeur Sari Nusseibeh, ancien président de l'Université Al-Qods, explique à Arab News qu'il voit deux visages dans la soudaine révolte publique; l'un exprime un rejet, latent ou pas, des actions de l'État d'Israël, et l'autre s’identifie à la lutte nationale palestinienne et les appartenances religieuses.

«Cet “État civil” qui se désintègre pour laisser place à la méfiance mutuelle, les lynchages et le chaos devrait indiquer clairement à Israël qu'un système discriminatoire fondé sur une idéologie suprémaciste ne peut durer éternellement, et doit être rectifié avant d’atteindre un point de non-retour», dit-il.

«D’ici là, les roquettes de Gaza, aussi inférieures soient-elles à la puissance nucléaire et militaire d'Israël, doivent servir de mise en garde pour Israël, prouvant que la lutte nationale palestinienne ne disparaîtra pas. Elle va continuer de constituer une menace létale pour les vies israéliennes et un défi politique pour l’image d’Israël dans le monde», a-t-il ajouté. «Israël est contraint de se regarder dans le miroir et d'accepter le fait qu’il ne parviendra jamais à la paix tant que justice ne sera pas faite.»

Dan Shanit, médecin israélien à la retraite et ancien chef du programme médical du Centre Peres pour la paix, affirme à Arab News qu'il est déçu par les politiciens corrompus. «La responsabilité revient à ce désir vicieux de se cramponner au pouvoir à tout prix, tandis que d'autres exploitent les sentiments religieux et nationalistes afin d'obtenir le soutien de la rue après l'échec des élections. Les foules en colère semblent avoir le dessus, pendant que le sang des civils continue d’être versé», explique-t-il.

L'organisation Mossawa, basée à Haïfa, a appelé la communauté internationale à œuvrer pour un cessez-le-feu immédiat et un arrêt des frappes contre Gaza.

Dans un communiqué, l’organisation exige de préserver le droit à la liberté de culte, de mouvement, d’expression, ainsi que le droit de manifester, sans être persécuté par des forces de l’ordre. La déclaration rejette également toute tentative de saisir les biens des citoyens palestiniens.

Les colons se sont organisés dans les villes arabes et mixtes dans l'intention de provoquer des affrontements avec les manifestants arabes, poursuit le communiqué.

«Des captures d'écran de conversations de groupes de colons d’extrême droite sur (l'application) Telegram font état d’intentions de tuer et de causer des blessures aux Arabes. Des vidéos “fuitées” offrent la preuve que des colons tirent sur les manifestants palestiniens à balles réelles. De nombreux affrontements sont le résultat de provocations, mais les arrestations par la police ont été unidirectionnelles et discriminatoires», ajoute-il.

Botrous Mansour, un avocat à Nazareth, déclare à Arab News que si les images de ces derniers jours ont été très pénibles à regarder, les résultats à long terme pourraient être positifs.

«Nous parlons depuis des années des problèmes au sein de la communauté arabe, en l’occurrence de la montée de la violence. Et nous exprimons également notre crainte de voir le racisme anti-arabe, toléré par les hauts responsables, exploser dans la rue», rappelle-t-il. 

«Ce que nous voyons maintenant corrobore l’opinion selon laquelle les gouvernements israéliens successifs ont trop longtemps ignoré la violence arabe interne, et les campagnes contre des Arabes menées par les extrémistes de droite. À présent, le pays constate les résultats de cette mauvaise politique.»

Jamal Dajani, un habitant de Jérusalem et ancien responsable des communications auprès du Premier ministre palestinien, affirme à Arab News que la situation en Israël est très instable. Elle pourrait facilement et rapidement dégénérer, «parce qu'elle est soutenue par les kahanistes (une faction juive extrémiste) à la Knesset israélienne et par le gouvernement».

«Nous avons observé au cours des dernières 24 heures les foules juives qui ont lynché 48 Palestiniens et attaqué leurs entreprises. C’est extrêmement inquiétant, si la guerre contre Gaza se poursuit», ajoute-t-il.

L'ancienne responsable de l'Organisation de libération de la Palestine, Hanane Achrawi, affirme pour sa part que les événements de ces derniers jours ont eu un effet galvanisant, et ont uni les Palestiniens en Cisjordanie, à Jérusalem, à Gaza et dans toute la diaspora.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Attentats à Damas: les autorités arrêtent des membres d'une cellule «affiliée à l'EI»

Les autorités syriennes ont annoncé jeudi soir l'arrestation des membres d'une cellule "affiliée à l'organisation Etat islamique" (EI) après deux attentats à la bombe survenus mardi à Damas pendant la visite du président français Emmanuel Macron. (AFP)
Les autorités syriennes ont annoncé jeudi soir l'arrestation des membres d'une cellule "affiliée à l'organisation Etat islamique" (EI) après deux attentats à la bombe survenus mardi à Damas pendant la visite du président français Emmanuel Macron. (AFP)
  • Les auteurs présumés ont été arrêtés simultanément dans "différents lieux à Damas et ses environs", avait auparavant précisé un communiqué du ministère, citant spécifiquement quatre quartiers
  • Deux d'entre eux abritent des membres de la communauté alaouite, dont est issu le clan de l'ex-président Bachar al-Assad

DAMAS: Les autorités syriennes ont annoncé jeudi soir l'arrestation des membres d'une cellule "affiliée à l'organisation Etat islamique" (EI) après deux attentats à la bombe survenus mardi à Damas pendant la visite du président français Emmanuel Macron.

"La cellule responsable des attaques terroristes qui ont ciblé Damas il y a deux jours est désormais entre nos mains", a déclaré sur X le ministre de l'Intérieur Anas Khattab.

"Une fois l'enquête terminée, nous révélerons au public l'identité des membres de la cellule, leur rôle ainsi que leurs affiliations", a ajouté le ministre de l'Intérieur.

Ahmad al-Dalati, chef de la sécurité intérieure pour la région de Damas, a plus tard déclaré à la télévision d'Etat syrienne que les premières investigations avaient montré que "la cellule était affiliée au groupe EI (Etat islamique)".

Les auteurs présumés ont été arrêtés simultanément dans "différents lieux à Damas et ses environs", avait auparavant précisé un communiqué du ministère, citant spécifiquement quatre quartiers. Deux d'entre eux abritent des membres de la communauté alaouite, dont est issu le clan de l'ex-président Bachar al-Assad.

Une personne est morte et 36 autres ont été blessées dans l'explosion quasi simultanée de deux bombes artisanales mardi matin, déposées à proximité de l'hôtel Four Seasons où M. Macron venait de passer la nuit.

L'une des bombes "artisanales" était placée dans une benne à ordures et l'autre dans un véhicule près de l'hôtel, dans le centre de la capitale, ont précisé les autorités.

Des journalistes de l'AFP ont vu des traces de sang sur le trottoir près du luxueux hôtel et les fenêtres du ministère du Tourisme, qui lui fait face, brisées.

A ce moment-là, le chef d'Etat était déjà parti pour s'entretenir avec son homologue Ahmad al-Chareh.

"A vos côtés" 

Lors d'une conférence de presse conjointe organisée après l'explosion, Emmanuel Macron a affirmé que ces attentats ne devaient pas "déstabiliser" la Syrie, qui sort d'une guerre civile de près de 14 ans (2011-2024).

Ahmad al-Chareh a pour sa part salué "le courage" du président français qui a maintenu sa visite.

Les deux pays se sont entendus pour reprendre les relations au niveau des ambassadeurs "le plus tôt possible" selon M. Chareh.

Il s'agissait de la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste après plus de 13 années de guerre civile.

Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à accueillir Ahmad al-Chareh, en mai 2025, s'affichant à l'Elysée avec cet ancien jihadiste.

Soutenue par Washington, la Syrie a rejoint l'an dernier la coalition internationale contre l'Etat islamique.

Le groupe jihadiste s'était emparé en 2014 de vastes territoires en Syrie avant d'être défait en 2019 par les forces kurdes syriennes, aidées par la coalition antijihadiste. Il conserve cependant des cellules dormantes et a appelé à défier le pouvoir.

Damas a connu plusieurs incidents au cours des derniers mois. Le 2 juillet, un attentat à la bombe perpétré dans un café du centre de la capitale a fait 10 morts et un vingtaine de blessés.


Le Liban annonce qu'une délégation américaine supervisera le début du retrait israélien

L'ambassadeur des Etats-Unis au Liban a informé le président libanais jeudi de la venue prochaine d'une délégation américaine pour superviser le début de l'application du retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud, a rapporté la présidence. (AFP)
L'ambassadeur des Etats-Unis au Liban a informé le président libanais jeudi de la venue prochaine d'une délégation américaine pour superviser le début de l'application du retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud, a rapporté la présidence. (AFP)
  • Reçu par le président libanais Joseph Aoun, l'ambassadeur américain Michel Issa l'a informé qu'une "délégation militaire arriverait à Beyrouth dans les prochains jours pour coordonner et définir le mécanisme de mise en œuvre sur le terrain" de la clause
  • "La première zone pilote sera lancée d'ici quelques jours, et d'autres zones pilotes sont actuellement à l'étude et en cours de planification", a précisé, sous couvert d'anonymat, un responsable américain à Washington

BEYROUTH: L'ambassadeur des Etats-Unis au Liban a informé le président libanais jeudi de la venue prochaine d'une délégation américaine pour superviser le début de l'application du retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud, a rapporté la présidence.

Un accord-cadre conclu à Washington le 26 juin entre le Liban et Israël, en guerre depuis des décennies, prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des zones dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud, sous réserve du désarmement du Hezbollah pro-iranien.

Reçu par le président libanais Joseph Aoun, l'ambassadeur américain Michel Issa l'a informé qu'une "délégation militaire arriverait à Beyrouth dans les prochains jours pour coordonner et définir le mécanisme de mise en œuvre sur le terrain" de la clause relative aux "zones pilotes", selon un communiqué de la présidence.

"La première zone pilote sera lancée d'ici quelques jours, et d'autres zones pilotes sont actuellement à l'étude et en cours de planification", a précisé, sous couvert d'anonymat, un responsable américain à Washington.

Il a déclaré que le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) assurerait la coordination avec les deux pays concernant ces zones.

"Nous allons bientôt entamer des discussions avec des partenaires internationaux afin d'aider le gouvernement libanais à rétablir effectivement sa souveraineté dans ces zones, puis plus largement sur l'ensemble de son territoire", a ajouté ce responsable.

Il a confirmé que les discussions prévues à Rome les 15 et 16 juillet entre Israël et le Liban auraient bien lieu, après qu'une source diplomatique eut indiqué plus tôt à l'AFP que le Liban avait exigé un retrait israélien avant de participer aux pourparlers.

Le président libanais Joseph Aoun a de son côté appelé une nouvelle fois les Etats-Unis à "faire pression sur Israël". Il a également souligné, devant des visiteurs, "l'importance de parvenir à mettre fin à l'état d'hostilité" avec son voisin.

L'accord-cadre n'établit pas de calendrier de retrait du sud du Liban, où Israël a annoncé vouloir pour l'heure maintenir ses troupes dans une zone pouvant s'étendre jusqu'à dix kilomètres de sa frontière.

Il a été conclu à l'issue de cinq cycles de négociations entre le Liban et Israël, inédites depuis des décennies, à Washington.

Les négociations de Rome seront suivies par une visite de M. Aoun aux Etats-Unis, prévue le 21 juillet selon l'ambassade libanaise à Washington.

Le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre régionale en mars en soutien à Téhéran, est opposé aux négociations directes avec Israël et refuse d'être désarmé.

"Aucune clause de l'accord ne passera", a une nouvelle fois martelé cette semaine le chef du Hezbollah Naïm Kassem.


Gaza: des tirs israéliens font 9 morts, selon les secours

Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
  • L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés
  • L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza

GAZA: Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël.

La Défense civile, un organisme opérant sous l'autorité du mouvement islamiste Hamas, a recensé neuf morts en plusieurs endroits, dans des frappes aériennes et des tirs.

L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés.

L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza.

L'armée israélienne a affirmé que M. Salim s'était dirigé en courant vers des soldats qui interrogeaient d'autres chauffeurs de camion interpellés.

Les soldats ont ouvert le feu dans sa direction après "avoir identifié une menace immédiate", a précisé l'armée, affirmant enquêter sur les autres incidents survenus mercredi.

L'hôpital Al-Chifa, à Gaza-ville, a de son côté déclaré avoir reçu quatre corps: celui d'un enfant tué par des tirs israéliens dans l'est de la ville, celui d'un homme tué dans une frappe aérienne dans l'ouest et deux autres tués dans un bombardement ayant visé un véhicule.

L'armée israélienne a confirmé à l'AFP avoir mené une frappe aérienne sur la ville de Gaza, mais a dit ne pas "être au courant" d'un bombardement dans l'ouest de la ville.

Israël et le Hamas s'accusent presque quotidiennement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté.

Au moins 1.084 Palestiniens y ont été tués depuis son entrée en vigueur en octobre, selon le ministère de la Santé du territoire, également placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Dans le même temps, Israël a recensé cinq soldats et un contractuel travaillant pour le ministère de la Défense tués dans le territoire palestinien.

Les restrictions imposées aux médias et l'accès limité à Gaza empêchent l'AFP de vérifier de manière indépendante les bilans ou de couvrir librement les violences sur place.