France: Visa pour l'image invitera à «réfléchir et comprendre le monde»

Visa pour l'image, est le principal festival international de photojournalisme créé en 1989 à Perpignan. (AFP)
Visa pour l'image, est le principal festival international de photojournalisme créé en 1989 à Perpignan. (AFP)
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Publié le Mercredi 19 mai 2021

France: Visa pour l'image invitera à «réfléchir et comprendre le monde»

  • «Dans cette époque en proie aux nouveaux obscurantismes, où l’indignation fait rage et où nous sommes à la fois acteurs et victimes d’une désinformation anxiogène, ces reportages nous permettent de réfléchir et de mieux comprendre le monde»
  • «On s'est dit que le Covid était bien traité dans les médias», a encore justifié M. Leroy, lors d'une visio conférence de présentation, insistant sur l'importance de révéler les points chauds de la planète

PERPIGNAN : Visa pour l'image, principal festival international de photojournalisme créé en 1989 à Perpignan, dans le sud de la France, a présenté mardi sa pré-programmation, avec "un peu de la pandémie" mais surtout des images des crises pour "réfléchir et comprendre le monde".

"Dans cette époque en proie aux nouveaux obscurantismes, où l’indignation fait rage et où nous sommes à la fois acteurs et victimes d’une désinformation anxiogène, ces reportages nous permettent de réfléchir et de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons", lance dans son édito, Jean-François Leroy, l'emblématique président du festival dont la 33e édition se tiendra du 28 août au 4 septembre.

Pour ce second Visa "sous Covid", quelques expositions abordent la pandémie, notamment "Vie et mort à New Delhi" du photographe de Reuters Danish Siddiqui, "Mon Portugal" de la photographe de l'AFP Patricia de Melo Moreira, ou "Double Peine" un travail collectif de l'agence Myop. 

"On s'est dit que le Covid était bien traité dans les médias", a encore justifié M. Leroy, lors d'une visio conférence de présentation, insistant sur l'importance de révéler les points chauds de la planète.

"Nos sociétés ont continué de traverser d’autres crises, de subir de nouveaux conflits", dit le photographe.

Ainsi, Antoine Agoutian témoigne du conflit dans le Haut-Karabakh, dans une autre exposition consacrée à la couverture de la Syrie par l'AFP, on pourra découvrir, aux côtés des clichés des journalistes "les plus chevronnés de l’agence", les images "des collaborateurs indépendants de tous horizons, ainsi que des 'journalistes citoyens'".

"Pour la première fois à Visa, a souligné M. Leroy, il y aura une exposition d'un photographe anonyme... pour des raisons évidentes de sécurité" sur "la Révolution du Printemps en Birmanie".

Les interrogations qui traversaient le monde du photojournalisme après l'élection en 2020 dans la cité catalane d'une municipalité d'extrême droite semblent aujourd'hui en passe d'être dépassées.


La sculptrice Veronica Ryan remporte le prestigieux prix Turner britannique

Œuvre de Veronica Ryan, exposée au musée Tate de Liverpool (Photo, AFP).
Œuvre de Veronica Ryan, exposée au musée Tate de Liverpool (Photo, AFP).
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  • Le jury a salué la «manière poétique personnelle et poétique dont elle étend le langage de la sculpture»
  • Créé en 1984, le Turner Prize, nommé en hommage au peintre William Turner, est réputé pour son anticonformisme et familier des controverses

LONDRES: La sculptrice britannique Veronica Ryan a remporté mercredi soir le prix Turner, prestigieuse récompense britannique d'art contemporain, pour deux oeuvres qui rendent hommage à la "génération Windrush" et se penchent sur la pandémie de Covid-19.

La première honore l'héritage et la contribution de la "génération Windrush", ces immigrés arrivés des Caraïbes dans l'après-Guerre au Royaume-Uni, dont fait partie l'artiste de 66 ans, née sur l'île de Montserrat.

La "génération Windrush" est associée à un scandale révélé en 2018: bien que censés être Britanniques, certains de ces migrants ont été traités comme des clandestins et ont dû prouver chaque année de présence au Royaume-Uni sous peine d'expulsion.

Les trois sculptures de bronze et de marbre de Veronica Ryan, installées dans le quartier londonien de Hackney, représentent des fruits tropicaux cultivés dans les Caraïbes.

L'artiste a également été récompensée pour son oeuvre, "Along a Spectrum", qui rassemble des pièces en argile, bronze, ou encore des filets suspendus garnis de graines ou de fruits à coques, et explore perception, histoires personnelles et impact psychologique de la pandémie de Covid-19.

Le jury a salué la "manière poétique personnelle et poétique dont elle étend le langage de la sculpture".

Recevant le prix à Liverpool (Nord), l'artiste a remercié en particulier ceux qui ont "fait attention à moi quand je n'étais pas visible".

Parmi les quatre finalistes figurait Heather Phillipson, connue du public pour sa sculpture d'une cerise géante surplombant un monticule de crème fouettée, une mouche et un drone qui a trôné jusqu'en mars à Trafalgar Square, en plein centre de Londres, ainsi que la photographe britannique Ingrid Pollard, et l'artiste se revendiquant "non-binaire" Sin Wai Kin.

Pour la première fois depuis 2007, les quatre artistes sont exposées à la Tate Liverpool jusqu'au 19 mars 2023.

L'année dernière, le collectif d'artistes nord-irlandais Array Collective, dont les oeuvres se veulent un écho aux problèmes de l'Irlande du Nord, avait remporté le prix.

Créé en 1984, le Turner Prize, nommé en hommage au peintre William Turner, est réputé pour son anticonformisme et familier des controverses.

Le lauréat remporte 25.000 livres sterling (29.000 euros), les autres finalistes touchant chacun 10.000 livres (11.600 euros).


Ebrahim al-Samadi, un visionnaire

Ebrahim al-Samadi, un entrepreneur dans l'âme. (Photo fournie)
Ebrahim al-Samadi, un entrepreneur dans l'âme. (Photo fournie)
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  • La force de l’émission Dubai Bling, produite au Moyen-Orient, réside dans le fait qu’elle met en lumière la vie, les projets et les problèmes de personnages qui vivent à Dubaï
  • En quelques années, Ebrahim al-Samadi parvient à transformer Forever Rose London en un véritable empire composé de dix-sept sociétés et de trois cent cinquante employés

PARIS: Star de l'émission de télé-réalité Dubai Bling, diffusée sur la plate-forme Netflix, Ebrahim al-Samadi n'est toutefois pas un influenceur comme les autres. Arab News en français a rencontré ce jeune Koweïto-Américain, entrepreneur de talent et, surtout, visionnaire. 

L'âme d'un entrepreneur

La boîte de production Different Productions, basée à Beyrouth et Dubaï, continue de battre des records. Le magazine BroadcastPro Middle East lui a récemment décerné le prix de la meilleure production télévisée non scénarisée de l'année 2022 pour Astronauts.

Mais Different Productions a surtout engendré un véritable ovni qui traverse les frontières et les continents au point de devenir la deuxième émission de télévision non anglophone la plus regardée actuellement sur Netflix: Dubai Bling.

La télé-réalité est un genre télévisé qui connaît un succès croissant depuis les années 2000, aux États-Unis puis en Europe. La force de l’émission Dubai Bling, produite au Moyen-Orient, réside dans le fait qu’elle met en lumière la vie, les projets et les problèmes de personnages qui vivent à Dubaï. La grande majorité d'entre eux s'expriment en langue arabe. Ce programme célèbre les attractions de la ville de Dubaï et la forte personnalité des célébrités locales. Celle qui a fait le plus parler d'elle est sans aucun doute Ebrahim al-Samadi.  

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Ebrahim al-Samadi au sein de son café Forever Rose à Dubaï. (Photo fournie)

Le regard d'un humaniste

Entrepreneur dans l'âme, il a la brillante idée, durant son adolescence aux États-Unis, de revendre des objets sur eBay. En 2015, il achète la compagnie Forever Rose London et, surtout, un concept bien particulier: la vente de roses qui vivent «éternellement» sans être exposées à la lumière naturelle ni arrosées...

En quelques années, Ebrahim al-Samadi parvient à transformer cette compagnie en un véritable empire composé de dix-sept sociétés et de trois cent cinquante employés. «Je ne suis pas seulement un entrepreneur, je suis un visionnaire. C’est la base de mon succès, car j'arrive à concevoir des choses et à leur donner vie», nous confie-t-il.

Ebrahim al-Samadi révèle à Arab News en français son but ultime: «Je souhaite acheter une île et l’appeler “Forever Island”. Je souhaite y inviter les personnes qui ont un cœur pur pour qu’elles y habitent, indépendamment de leurs croyances et de leurs styles de vie personnels.» On le voit, Ebrahim n’est pas seulement un visionnaire, mais aussi un humaniste.


En Arabie saoudite, les DJ rêvent d'une industrie de l'électro

A Ryad, dans une salle parsemée de confettis, hommes et femmes se mélangent, vêtus le plus souvent en jeans et pulls à capuche et pour certains en tenues traditionnelles de ce royaume. (AFP).
A Ryad, dans une salle parsemée de confettis, hommes et femmes se mélangent, vêtus le plus souvent en jeans et pulls à capuche et pour certains en tenues traditionnelles de ce royaume. (AFP).
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  • Aujourd'hui, l'Arabie saoudite se rêve en capitale internationale du divertissement et de la fête
  • Autrefois dentiste, Nouf Sufyani, devenue DJ à plein temps sous le nom de Cosmicat, a commencé à prendre sa carrière musicale au sérieux après la première édition de MDLBEAST Soundstorm en 2019

RYAD: Visages grimés et lunettes Led clignotantes, de jeunes Saoudiens se démènent au rythme de Dish Dash, un groupe local de DJ dont l'ascension est à l'image de la scène musicale électronique émergente de ce pays très conservateur du Golfe.

A Ryad, dans une salle parsemée de confettis, hommes et femmes se mélangent, vêtus le plus souvent en jeans et pulls à capuche et pour certains en tenues traditionnelles de ce royaume, où la mixité ne s'est que récemment banalisée. Les jeunes femmes, parfois court-vêtues, ont pour beaucoup la tête découverte.

L'ambiance tranche avec les lieux où les frères Abbas et Hassan Ghazzawi, alias Dish Dash, ont commencé à se produire il y a plus de 15 ans, comme les mariages où les hommes étaient séparés des femmes tandis qu'eux-mêmes étaient maintenus à l'écart.

"Ils nous enfermaient dans une pièce. On y restait pendant cinq heures à faire essentiellement les DJ pour le mur", se souvient Hassan Ghazzawi en riant.

"La seule façon de savoir si les gens apprécient le spectacle, c'est de les entendre crier", fait-il remarquer.

Aujourd'hui, l'Arabie saoudite se rêve en capitale internationale du divertissement et de la fête.

Des stars mondiales de la pop s'y produisent, de Justin Bieber à Usher, en passant par Mariah Carey.

Lors du festival annuel MDLBEAST Soundstorm qui s'est déroulé le week-end dernier dans la capitale saoudienne, plus de 600.000 fans ont assisté à des concerts de Bruno Mars et de DJ Khaled, selon les organisateurs.

« Nouvel or noir »

Mais les vedettes qui se rendent en Arabie saoudite n'échappent pas aux critiques: le train de réformes sociétales mené sous la houlette du prince héritier Mohammed ben Salmane s'est accompagné d'une répression féroce des dissidents politiques.

De leur côté, les artistes saoudiens comme Dish Dash espèrent profiter de cette ouverture relative pour favoriser l'émergence d'une industrie musicale nationale, dans un pays jeune où la moitié de la population a moins de 35 ans.

Autrefois dentiste, Nouf Sufyani, devenue DJ à plein temps sous le nom de Cosmicat, a commencé à prendre sa carrière musicale au sérieux après la première édition de MDLBEAST Soundstorm en 2019.

Aujourd'hui, "je suis capable de vivre à 100% de la musique", se réjouit-elle, prenant son cas comme un "encouragement" pour tous ceux "qui hésitent" encore.

Pour Talal Albahiti, directeur des opérations de MDLBEAST Soundstorm, cette industrie naissante sera le "nouvel or noir" de l'Arabie saoudite, premier exporteur de pétrole brut au monde.

"Je crois que le prochain grand succès ou la prochaine superstar viendra de cette région", avance ce responsable.

Mais d'importants défis restent à relever, selon lui, comme le développement de studios d'enregistrement pour tous les genres musicaux, au-delà de la seule musique arabe classique.

« Petits pas »

Les vedettes arabes commencent elles aussi à se produire dans un pays relativement épargné par les crises économiques et les soubresauts politiques qui plombent d'autres marchés traditionnellement plus importants comme l'Egypte ou le Liban.

Depuis 2019, Disco Misr, un trio de DJ égyptien, s'est produit à plusieurs reprises en Arabie saoudite, notamment à l'occasion d'un autre festival, Azimuth, à Al-Ula. Plus restreint que MDLBEAST Soundstorm, l'événement a attiré environ 1.000 fans en plein désert, dans le nord-ouest du pays.

Pour Schady Wasfy, membre de Disco Misr, "ces petits pas en avant sont surprenants". En fait, "je ne peux pas les appeler des petits pas. C'est énorme. Je ne peux que comparer ce qui se passe en Arabie saoudite avec Tomorrowland", s'enthousiasme-t-il, en référence au grand festival belge de musique électronique qui a reçu 600.000 fêtards en juillet.

"Je ne peux pas le comparer avec ce qui se passe dans le monde arabe", insiste le musicien égyptien, en espérant que l'Arabie accueillera encore "plus" d'évènements similaires à l'avenir.