Malgré une lueur d'espoir diplomatique, les frappes se poursuivent à Gaza

Une famille blessée par un raid israélien s'apprête à être transportée en ambulance à l'hôpital. (AFP).
Une famille blessée par un raid israélien s'apprête à être transportée en ambulance à l'hôpital. (AFP).
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Publié le Jeudi 20 mai 2021

Malgré une lueur d'espoir diplomatique, les frappes se poursuivent à Gaza

  • «Mais qu'est-ce que mon frère a fait ? Il ne faisait que passer (ses jours) dans son fauteuil roulant»
  • Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé que «les populations à Gaza et en Israël ont un besoin urgent de répit»

GAZA: Vers un cessez-le-feu à Gaza? La diplomatie s'active jeudi sur le terrain et en coulisses pour tenter de mettre un terme à l'escalade militaire meurtrière entre Israël et le Hamas palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza après une nouvelle nuit de bombardements.

Après l'appel du président américain Joe Biden en faveur d'une «désescalade» immédiate dans ces affrontements qui ont fait au moins 239 morts en dix jours, majoritairement des Palestiniens, et l'échec d'une résolution de la France à l'ONU, bloquée par Washington, c'est au tour jeudi de l'Allemagne d'entrer en scène.

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Un homme palestinien âgé passe devant un bâtiment détruit par les bombardements israéliens dans la ville de Gaza, le 19 mai 2021. (Photo, AFP)

 

Heiko Mass: la paix passe par une solution à deux Etats

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Mass, tient dans la journée en Israël et en Cisjordanie occupée des pourparlers avec de hauts responsables israéliens et l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, mais pas directement avec le Hamas, classé organisation «terroriste» par les États-Unis et l'Union européenne. 

D'où aussi d'intenses pourparlers avec l'Égypte, pays limitrophe d'Israël et de la bande de Gaza, micro-territoire palestinien de deux millions d'habitants sous blocus israélien depuis 15 ans, pour remettre sur les rails une trêve fragile datant de quelques années entre le Hamas et l'État hébreu mais qui a volé en éclats la semaine dernière.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a affirmé que Gaza a besoin d'être soutenue sur le plan humanitaire. Il a toutefois aussi exprimé la solidarité de l'Allemagne avec Israël, tout en appelant à un cessez-le feu urgent.

Maas a par ailleurs estimé qu'une solution à deux États permettrait aux Palestiniens et aux Israéliens de vivre en paix.

De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel s'est dit favorable à des «contacts indirects» avec le Hamas.

Ce cycle de violences entre Israël et Gaza a été déclenché après les tirs par le Hamas de salves de roquettes vers l'État hébreu le 10 mai, en solidarité avec les centaines de Palestiniens blessés lors de heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de Jérusalem, dans le secteur palestinien de Jérusalem occupé par Israël depuis plus de 50 ans. 

Israël a «profité» de la situation, a indiqué mercredi un responsable militaire israélien, pour «réduire les capacités» militaires du Hamas. Depuis dix jours, l'armée israélienne pilonne la bande de Gaza, où la population locale vit de jour et de nuit sous le tonnerre de la guerre, selon des équipes de l'AFP sur place. 

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Au dénuement presque total des Gazaouis, s'ajoute à présent la destruction de leur espace de vie. (AFP).

 

Hamas annonce la probabilité d'un cessez-le-feu

Un cessez-le-feu avec Israël sera annoncé dans les 24 heures, a déclaré un haut responsable du Hamas à CNN. Israël n'a pas commenté cette déclaration.

 

 

 

Famille décimée

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des avions de chasse israéliens ont frappé les résidences d'au moins six dirigeants du Hamas, selon l'armée israélienne, tandis que les sirènes d'alarmes hurlaient dans le sud d’Israël aux premières heures de jeudi, le deuxième groupe armé à Gaza, le Jihad islamique, revendiquant une nouvelle salve de roquettes.

Un peu plus tôt, une famille palestinienne a été décimée à Deir al-Balah (centre). Eyad Saleha, en fauteuil roulant, Amani, sa femme enceinte, et Nagham, leur fille de trois ans, ont péri dans un raid israélien mercredi sur la bande de Gaza, selon les autorités locales.

«Mais qu'est-ce que mon frère a fait ? Il ne faisait que passer (ses jours) dans son fauteuil roulant», a dit à l'AFP Omar Saleha, affirmant que son frère, en fauteuil roulant depuis 14 ans, n'était pas un combattant. «Qu'est-ce que sa fille a fait ? Et sa femme ?».

Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé que «les populations à Gaza et en Israël ont un besoin urgent de répit», ajoutant dans un communiqué avoir informé Israël et le Hamas qu’à partir de jeudi son personnel se «déplacera pour apporter une réponse aux besoins urgents. Les deux parties ont une responsabilité claire de nous faciliter de tels mouvements».

Depuis le début des affrontements, au moins 227 Palestiniens, incluant une soixantaine d'enfants et des combattants du Hamas, ont péri dans les frappes israéliennes, tandis que 12 personnes ont perdu la vie en Israël dans des tirs depuis Gaza, les mouvements palestiniens dans ce territoire ayant dirigé plus de 4 000 roquettes vers le territoire israélien. 

Il s'agit de la plus forte cadence de roquettes jamais tirées vers l'État hébreu, selon l'armée israélienne qui dispose toutefois d'un bouclier antimissile ayant permis selon eux d'intercepter environ 90% des projectiles.

«Le président (américain) a indiqué au Premier ministre (israélien) qu'il s'attendait à une désescalade significative aujourd'hui vers un cessez-le-feu», selon la Maison Blanche qui a fait état d'un échange téléphonique entre Joe Biden et Benjamin Netanyahu.

Les États-Unis, qui ont revendiqué une approche diplomatique «discrète», ont refusé de soutenir un projet français d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU appelant à une cessation des hostilités.

«Le moment opportun»

Mercredi, un responsable militaire israélien a affirmé que son pays étudiait le «moment opportun pour un cessez-le-feu», précisant que l'armée était prête à encore «plusieurs jours» de conflit.

«Ce que nous essayons de faire est précisément ceci: diminuer leurs capacités, leurs moyens terroristes et diminuer leur détermination», a renchéri le Premier ministre Benjamin Netanyahu se disant «déterminé à continuer cette opération».

«Nous n'en sommes pas encore à un cessez-le-feu», ont résumé mercredi à Jérusalem deux sources diplomatiques étrangères à l'AFP, alors qu'une troisième a fait état d'un «risque de contagion» à la région qui rend encore plus «urgent» un cessez-le-feu.

Mercredi, des roquettes ont été tirées du Liban voisin vers Israël qui a répliqué à l'artillerie, mais c'est surtout c'est vers la Cisjordanie occupée et l'intérieur même d'Israël que les regards sont tournés. 

Depuis 10 jours, des émeutes et des affrontements avec les forces israéliennes ont éclaté dans de nombreuses villes et camps palestiniens de Cisjordanie faisant plus de 25 morts, pire bilan depuis des années dans ce territoire. 

Et des Arabes israéliens – descendants des Palestiniens restés sur leur terre après la création d'Israël en 1948 – ont manifesté, fermé leur commerce ou été au cœur d'émeutes, disant subir la même «discrimination» que les Palestiniens de Gaza ou Ramallah en Cisjordanie. 

La communauté internationale à la peine dans le conflit israélo-palestinien

Entre des Etats-Unis soucieux de ménager Israël, une Europe divisée et des acteurs régionaux antagonistes, la communauté internationale peine à se faire entendre et à imposer un cessez-le-feu dans le nouvel embrasement entre Israéliens et Palestiniens de Gaza.

LA PRUDENCE DE JOE BIDEN 

Le président américain Joe Biden, qui n'avait pas fait du dossier israélo-palestinien une priorité après les multiples gestes de son prédécesseur Donald Trump en faveur d'Israël, se retrouve en première ligne malgré lui dans la gestion diplomatique de la crise.

Ses partenaires occidentaux et l'aile gauche du parti démocrate lui demandent de s'impliquer davantage et de faire pression sur Israël, allié traditionnel des Etats-Unis, pour calmer le jeu et remettre ensuite sur le métier la recherche d'une solution politique.

"Ce qui se passe montre que l'idée caressée par certains (de) simplement ignorer le conflit du Proche-Orient en pensant qu'il disparaîtrait de lui-même, que le temps arrangerait les choses (...) était une vue de l'esprit", résume le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

Le président Biden a appelé mercredi à une "désescalade vers un cessez-le-feu". "Mais la position traditionnelle des Etats-Unis est de ne pas faire pression sur Israël", relève Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris.

L'administration Biden privilégie en outre comme ses prédécesseurs les canaux bilatéraux au détriment de l'ONU, où elle a jusqu'ici bloqué toute initiative appelant à la cessation des hostilités, relève une source diplomatique européenne. 

"A ce stade, elle réalise aussi qu'il y a peu de bénéfice politique à tirer d'une implication plus grande dans la recherche d'une solution politique", faute de perspectives de ce côté-là, observe Lucy Kurtzer-Ellenbogen, experte à l'Institute of Peace à Washington.

Les Etats-Unis comme Israël entendent aussi "s'assurer que le Hamas ne ressorte pas comme le vainqueur d'un cessez-le-feu", renchérit Ghaith al-Omari au Washington Institute. Avec un objectif majeur, réduire durablement sa capacité militaire.

L'IMPUISSANCE DES EUROPEENS

L'Union européenne, premier partenaire économique d'Israël et soutien clé dans le développement de la Palestine, dispose dans l'absolu de leviers de pression. Mais elle reste divisée - la Hongrie a refusé mardi de se joindre à une déclaration commune appelant au cessez-le-feu - et inaudible sur ce dossier.

"Les divisions se sont accrues entre les Etats membres sous l'influence de l'administration Trump qui a beaucoup radicalisé le dossier", explique Pierre Vimont, diplomate français et expert au centre Carnegie Europe interrogé par l'AFP.

"Les Etats membres sont tout autant divisés pour utiliser les leviers" à leur disposition, ajoute-t-il, déplorant "une absence totale d'initiative".

L'UE refuse également de faire pression sur Israël en menaçant si besoin de remettre en cause l'accord d'association qui les lie et n'a aucun contact avec le Hamas qu'elle considère comme une organisation terroriste.

La France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, compte sur ce soutien européen pour accentuer la pression sur les Etats-Unis aux Nations-unies.

Mais son projet de résolution appelant à une "cessation immédiate des hostilités" et à un accès de l'aide humanitaire à Gaza se heurte à une menace de veto américain.

Le président français Emmanuel Macron appuie aussi une médiation de son homologue égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, dont le pays est l'un des rares à parler à la fois au Hamas et à Israël, avec lequel il a signé un traité de paix en 1979. 

L'EGYPTE, MEDIATEUR DE REFERENCE

Acteur clé dans la région, l'Egypte pâtit toutefois de l'influence grandissante du Qatar et de la Turquie sur le Hamas, relève Haisam Hassanein, expert au Washington Institute.

"Son rôle s'est du coup réduit à la recherche d'un cessez-le-feu quand l'escalade est à son comble. Mais les Israéliens insistent pour la garder dans la boucle", note-t-il.

Pour Pascal Boniface, l'Egypte peut "accompagner un compromis, habiller le résultat d'une négociation" entre deux belligérants, Israël et le Hamas, qui officiellement ne se parlent pas.

Le Qatar, qui a des relations discrètes avec Israël, peut aussi servir de "courtier, de relais" entre les deux belligérants, estime-t-il.

L'IRAN ET LA TURQUIE, "AVOCATS" DE LA CAUSE PALESTINIENNE

Le président turc Recep Tayyip Erdogan se pose une nouvelle fois en héraut de la cause palestinienne face à des pays arabes moins vocaux sur le sujet et dont certains viennent tout juste de normaliser leurs relations avec Israël comme le Maroc, les Emirats arabes unis et Bahreïn.

L'Iran, soupçonné de fournir financements et armes au Hamas et au Jihad islamique, autre groupe armé à Gaza, "tire aussi avantage d'un conflit qu'il n'a pas lui-même contribué à déclencher", fait observer le Centre d'analyse américain Soufan. 

Il apparaît ainsi comme un soutien de la cause palestinienne et à travers elle de l'islam sunnite et non plus seulement des chiites. "Cela renforce sa stratégie (d'influence) régionale afin de contrer les Etats-Unis, Israël, l'Arabie saoudite et d'autre adversaires", souligne le Soufan Center.

LA RUSSIE ET LA CHINE A L'ARRIERE-PLAN

La Russie, qui entretient de bonnes relations à la fois avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et les dirigeants palestiniens, appelle à une réunion urgente du Quartette, un groupe de médiateurs pour le Proche-Orient (Russie, Etats-Unis, ONU et UE).

La Chine a regretté pour sa part "l'obstruction" des Etats-Unis au Conseil de sécurité après avoir tenté en vain de faire adopter une déclaration appelant à la fin des hostilités.


Incendie dans une raffinerie du Koweït après des attaques de drones

 Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne. (AFP)
Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne. (AFP)
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  • "La raffinerie Mina Al-Ahmadi, appartenant à la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a été la cible tôt ce matin de plusieurs attaques hostiles de drones, provoquant des incendies dans certaines de ses unités"
  • En représailles à l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël débutée le 28 février, Téhéran a intensifié ces derniers jours ses frappes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe

DUBAI: Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne.

"La raffinerie Mina Al-Ahmadi, appartenant à la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a été la cible tôt ce matin de plusieurs attaques hostiles de drones, provoquant des incendies dans certaines de ses unités", selon l'agence, après une attaque la veille sur cette infrastructure qui avait déjà provoqué un incendie.

En représailles à l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël débutée le 28 février, Téhéran a intensifié ces derniers jours ses frappes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe.

L'attaque de vendredi sur la raffinerie Mina Al-Ahmadi n'a pas fait de victime mais a entraîné la fermeture de plusieurs unités du site, tandis que les pompiers tentent de contenir l'incendie, selon l'agence officielle koweïtienne.

Dans les autres pays du Golfe, les Emirats arabes unis ont dit vendredi répondre à des attaques de missiles et de drones, et le Bahreïn avoir maîtrisé l'incendie d'un entrepôt causé par des éclats provenant d'une "agression iranienne".

En Arabie saoudite, le ministre de la Défense saoudien a dit qu'en l'espace de deux heures, plus d'une douzaine de drones ont été "interceptés et détruits" dans l'est du pays et un autre dans le nord.

 

 


L'Arabie saoudite abat plusieurs drones alors que les attaques iraniennes se poursuivent

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent. (AFP)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent. (AFP)
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  • Le Koweït, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont également signalé qu'ils étaient confrontés à des tirs de missiles et à des menaces de drones
  • La raffinerie du port de Mina Al-Ahmadi de la Kuwait Petroleum Corporation a de nouveau fait l'objet d'attaques iraniennes

RIYAD: Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent.

Les autorités du Koweït et des Émirats arabes unis ont déclaré qu'elles étaient également confrontées à des tirs de missiles et à des menaces de drones.

La raffinerie portuaire Mina Al-Ahmadi de la Kuwait Petroleum Corporation a de nouveau été la cible d'attaques de drones iraniens, qui ont provoqué un incendie dans plusieurs de ses unités. Aucun blessé n'a été signalé.

Les pompiers tentent de maîtriser l'incendie dans l'installation, et certaines unités ont été fermées par précaution, a rapporté l'agence de presse nationale UNA.

Le ministère de l'intérieur de Bahreïn a déclaré que des éclats d'obus provenant de ce qu'il a décrit comme une "agression iranienne" ont déclenché un incendie dans un entrepôt, qui a été maîtrisé sans qu'aucun blessé ne soit à déplorer.

Selon le ministère saoudien de la défense, la majorité des drones ont été abattus au-dessus de la province orientale, où se trouvent les principales raffineries de pétrole du royaume, tandis qu'un autre a été intercepté au-dessus de la province septentrionale d'Al Jouf.

Cette nouvelle vague d'attaques survient un jour après qu'un drone a frappé une raffinerie de pétrole saoudienne sur la mer Rouge et provoqué des incendies dans deux autres installations au Koweït, alors que l'Iran intensifie sa campagne contre les infrastructures énergétiques du Golfe.

Ces frappes font suite aux dommages importants subis mercredi à Ras Laffan - la vaste plate-forme de gaz naturel du Qatar et la plus grande au monde - après que l'Iran a riposté aux frappes aériennes israéliennes sur son champ gazier de South Pars.

Ces derniers chiffres portent le nombre total de frappes de drones visant l'Arabie saoudite à au moins 503 depuis le 28 février, selon un décompte basé sur les rapports du ministère de la défense. Outre les drones, les défenses aériennes saoudiennes ont intercepté 42 missiles balistiques et sept missiles de croisière au cours de la même période, ce qui souligne la nature soutenue et variée de la campagne aérienne menée contre le royaume.


L'Iran en passe d'être «décimé», assure Netanyahu

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures. (AFP)
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  • L'Iran est "en train d'être décimé" et Israël "gagne la guerre", a lancé Benjamin Netanyahu
  • "Je pense aussi que cette guerre va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent", a-t-il ajouté, sans préciser les délais envisagés

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures.

"Après 20 jours, je peux vous annoncer que l'Iran n'a aujourd'hui plus la capacité d'enrichir de l'uranium et qu'il n'a plus la capacité de produire des missiles balistiques", a déclaré M. Netanyahu, lors d'une conférence de presse télévisée.

En lançant une offensive contre Téhéran avec Israël le 28 février, Donald Trump avait d'abord dit que son objectif était d'éliminer la menace nucléaire iranienne, bien qu'il ait affirmé avoir détruit ce programme dans des frappes de juin 2025.

D'après le Premier ministre israélien, l'arsenal de missiles, drones et lanceurs de Téhéran est aujourd'hui fortement amoindri.

L'Iran est "en train d'être décimé" et Israël "gagne la guerre", a lancé Benjamin Netanyahu. "Je pense aussi que cette guerre va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent", a-t-il ajouté, sans préciser les délais envisagés.

Si Washington n'a pas non plus fixé d'échéance à ses opérations militaires, le président Trump a assuré jeudi qu'il ne déployait "pas de troupes".

Raffineries touchées 

Conséquence des frappes massives jeudi sur des sites de production d'hydrocarbures dans le Golfe, le baril américain WTI, en hausse de plus de 5% jeudi, est brièvement repassé au-dessus de 100 dollars.

Le gaz européen s'est lui envolé (jusqu'à +35%), tandis que les Bourses européennes terminaient en forte baisse tout comme le Dow Jones et le Nasdaq à New York.

Parmi les installations visées: Ras Laffan, premier site de production de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar, où une attaque iranienne a fait des "dommages considérables", selon Doha.

Le Qatar juge que les attaques vont réduire sa capacité d'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) de 17%.

Deux raffineries au Koweït ont par ailleurs été ciblées par des drones, tout comme une raffinerie saoudienne à Yanbu, sur la mer Rouge.

Ces attaques répondent à celles, la veille, du site de South Pars/North Dome, la plus grande réserve de gaz connue au monde, partagée par Téhéran et Doha.

L'Iran, qui dit viser le Golfe parce qu'il abrite des intérêts américains, ne fera preuve d'"aucune retenue" si ses infrastructures énergétiques sont à nouveau visées, a prévenu le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.

"Moratoire" 

Donald Trump a indiqué qu'Israël avait frappé la partie iranienne du site offshore, "sous le coup de la colère".

Israël a "agi seul", a confirmé Benjamin Netanyahu. "Le président Trump nous a demandé de suspendre toute nouvelle attaque et nous nous y conformons", a déclaré le Premier ministre.

Donald Trump a toutefois menacé de détruire "massivement l'intégralité du gisement" si Téhéran continuait ses attaques.

Réunis en sommet à Bruxelles, les dirigeants européens ont appelé jeudi à un "moratoire" sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et hydrauliques, exhortant également toutes les parties à une "retenue maximale".

Si d'autres infrastructures sont visées, le baril "dépassera probablement 120 dollars dans l'immédiat, avec un potentiel de hausse supplémentaire", estime Aditya Saraswat, analyste à Rystad Energy.

Pour ajouter au marché pétrolier des millions de barils, Washington pourrait lever certaines sanctions sur le pétrole iranien, mais uniquement celui qui est déjà stocké en mer sur des navires, selon le ministre des Finances Scott Bessent.

Dans la même optique, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont commencé à libérer des stocks de pétrole, comme annoncé mi-mars.

"Tensions" 

Au 20e jour de la guerre, l'Iran démontre conserver une importante capacité de frappe.

"Nous voyons apparaître des fissures et nous essayons de les creuser aussi vite que possible, non seulement au sein du haut commandement mais aussi sur le terrain", a toutefois assuré Benjamin Netanyahu, qui a dit en outre ne pas vraiment savoir "qui dirige l'Iran en ce moment".

"Ce que nous constatons, c'est qu'il y a beaucoup de tensions parmi ceux qui se disputent le pouvoir", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

Peu après ses déclarations, plusieurs explosions ont été entendues au-dessus de Jérusalem à la suite du signalement d'une nouvelle salve de missiles iraniens, ont rapporté des journalistes de l'AFP.

Dans le Golfe, le stratégique détroit d'Ormuz reste bloqué quasi totalement par Téhéran.

Un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux circule d'ordinaire par ce passage.

Après un appel américain qui était d'abord resté lettre morte, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon se sont dits "prêts à contribuer" aux efforts pour sécuriser la navigation dans le détroit, le moment venu.

Le président français Emmanuel Macron a évoqué en ce sens la possibilité d'un "cadre onusien" pour une future mission, après les hostilités.

Dans la capitale iranienne, rien ou presque ne suggérait jeudi un pays enlisé dans la guerre.

A la veille de Norouz, le Nouvel an persan habituellement célébré avec faste, le centre-ville était comme à l'accoutumée embouteillé, mais avec une présence des forces de sécurité plus importante que d'ordinaire.