Hélène Le Gal: «Le Maroc est un pays fiable, qui prend la lutte contre la migration clandestine très au sérieux»

Hélène le Gal, ambassadrice de France au Maroc, a aussi porté la voix de la France en Israël après avoir notamment été conseillère Afrique du président François Hollande, ce qui lui a valu le surnom de «Madame Afrique» (Photo fournie)
Hélène le Gal, ambassadrice de France au Maroc, a aussi porté la voix de la France en Israël après avoir notamment été conseillère Afrique du président François Hollande, ce qui lui a valu le surnom de «Madame Afrique» (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 21 mai 2021

Hélène Le Gal: «Le Maroc est un pays fiable, qui prend la lutte contre la migration clandestine très au sérieux»

  • «Sécuriser une frontière maritime comme celle du Maroc, en plus des frontières terrestres, c’est quelque chose d’énorme à l’échelle du pays.»
  • «La normalisation entre les pays arabes et Israël peut contribuer à la paix. Cela ne veut pas dire pour autant que ces nations renoncent à leurs positions»

Elle est la première femme ambassadeur de France au Maroc, poste qu'elle occupe depuis septembre 2019. Avant cela, Hélène le Gal a porté la voix de la France en Israël après avoir notamment été conseillère Afrique du président François Hollande, ce qui lui a valu le surnom de «Madame Afrique».

De nature discrète mais connue pour son franc-parler, la diplomate accorde une interview exclusive à Arab News en français.

Le Maroc joue depuis de nombreuses années le rôle de gendarme de l’Europe, mais malgré cela, de nombreux migrants parviennent à rejoindre le vieux continent, bien trop souvent au péril de leur vie. Quel rôle peut jouer la France pour empêcher ces tragédies? [Interview réalisée juste avant les récents événements à Ceuta, NDLR]

Je pense que ces tragédies nous interpellent tous, et le bon cadre de réponse du côté français, c’est l’Union européenne. L’UE doit faire plus pour accompagner les pays qui sont en première ligne, autrement dit les pays en façade méditerranéenne, en particulier le Maroc. C’est ce que fait l’UE à travers un certain nombre de financements très importants, mais je pense qu’il faut encore accentuer ce soutien. Le Maroc est un pays fiable, qui prend la lutte contre la migration clandestine très au sérieux, et qui apporte des solutions qui lui coûtent cher. Sécuriser une frontière maritime comme celle du Maroc, en plus des frontières terrestres, c’est quelque chose d’énorme à l’échelle du pays. Il faut donc que toute l’Union européenne se mobilise à ses côtés.

 

Sécuriser une frontière maritime comme celle du Maroc, en plus des frontières terrestres, c’est quelque chose d’énorme à l’échelle du pays.

 

Vous avez été ambassadrice de France en Israël avant d’arriver au Maroc. Ces deux pays ont récemment normalisé leurs relations diplomatiques. Avec la recrudescence du conflit israélo-palestinien, des voix s’élèvent et remettent en question la politique de normalisation avec Israël de la part du Maroc ou d’autres États arabes. Comment, de votre côté, avez-vous accueilli cette normalisation?

Cette normalisation nous – l’ambassade et le gouvernement français – a réjouis. Nous considérons que, entre les pays arabes et Israël, elle peut contribuer à la paix. Cela ne veut pas dire pour autant que ces nations renoncent à leurs positions, et on le voit bien, ces derniers jours encore, sa Majesté le roi Mohammed VI a demandé qu’une aide soit apportée aux populations palestiniennes, aide qui est partie du Maroc. Le roi est par ailleurs le président du comité Al-Qods. Cette politique permet d’ouvrir des canaux pour contribuer à la paix dans la région.

 

 

Nous considérons que la normalisation entre les pays arabes et Israël peut contribuer à la paix.

C’est un conflit qui dure, celui du Sahara, qui a connu un regain de tensions ces derniers mois. L’ancien président américain Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara, au même titre que de nombreux autres pays. Dans l’Hexagone, des députés appellent la France à en faire de même. Récemment, une antenne du président Macron a été ouverte à Dakhla. Comment la France peut jouer un rôle pour faire enfin avancer ce dossier?

La France considère que ce dossier n’a que trop duré, qu’il faut trouver une solution. Une solution qui recueille l’agrément de tous. C’est pourquoi nous poussons pour que le secrétaire général de l’ONU nomme un envoyé personnel afin de trouver une solution. Pour nous, cette solution tourne autour du plan d’autonomie qui a été présenté il y a plus de dix ans par le Maroc, et qui offre des garanties aux populations sahraouies. Une relance de ce processus politique sous l’égide de l’ONU nous paraît essentielle, et nous nous activons, que ce soit au Conseil de sécurité des Nations unies ou à New-York. Nous jouons aussi un rôle en participant à des conférences, telle que celles qui se sont tenues au mois de janvier sous l’égide du Maroc et des États-Unis. Nous souhaitons que le dossier avance, et peut-être, justement, les derniers développements que vous venez d’évoquer ouvriront-ils la porte à ces avancées, afin de trouver une solution acceptable et pacifique par tous, qui permette le développement de ce territoire.

Est-il prévu d’ouvrir un consulat de France à Dakhla ou à Laâyoune?

Les consulats sont extrêmement liés à la question du nombre de Français, et assez peu de Français vivent au Sahara. Il y en a certes quelques centaines qui travaillent notamment dans le secteur du tourisme, mais cela ne justifie pas la création d’un consulat.

Que pensez-vous de la fuite des cerveaux qui s’accentue au Maroc, particulièrement dans le domaine de l’informatique. La France est d’ailleurs pointée du doigt, les responsables du secteur dénoncent les effets néfastes du visa French Tech…

Je pense que c’est un phénomène mondial, puisqu’en France également nos cerveaux sont extrêmement attirés par les États-Unis. La Silicon Valley est peuplée de Français formés dans l’Hexagone. On se trouve face à une sorte de marché mondial des cerveaux. Les personnes se déplacent d’un pays à l’autre en saisissant toutes les opportunités qui leur sont offertes. Je pense donc que chaque pays doit travailler sur sa propre attractivité pour garder ses cerveaux. Vous parliez des informaticiens… Il y a un besoin d’informaticiens au Maroc, mais aussi en Europe, en France en l’occurrence. Et c’est là que nous pouvons travailler ensemble, nous avons des universités, des grandes écoles… Les Marocains sont d’ailleurs la première nationalité parmi les étudiants étrangers en France. Sept universités et grandes écoles ont décidé de créer des campus au Maroc et de nombreuses universités marocaines travaillent avec des partenaires français. Il faut donc renforcer la formation, afin qu’il n’y ait plus de pénuries de ce genre de profils, que ce soit au Maroc ou en France. Mais je ne pense pas que l’on puisse parler vraiment de fuite des cerveaux, plutôt d’individus qui ont parfois tout simplement envie de mobilité, d’aller travailler à l’étranger, peut-être pour quelques années, avant de revenir en fonction des opportunités ou de leurs parcours personnels.

 

S’imposer dans un milieu masculin, une recette?

J’ai des centaines d’anecdotes tirées de ma carrière. Vous dirais-je le nombre de fois où mon mari a été pris pour l’ambassadeur et moi son épouse, le nombre de fois où je suis entrée dans une pièce, et où l’on m’a demandé «l’ambassadeur de France va venir, savez-vous quand il arrivera?». Je pense qu’il ne faut rien s’interdire lorsque l’on est une femme, c’est peut-être en effet plus difficile, on peut entendre un certain nombre de remarques, avoir parfois le sentiment de prendre la place de collègues masculins qui ne le voient pas d’un très bon œil. Mais il faut le faire, parce que renoncer c’est accepter l’inégalité. Donc, oui, je suis très fière d’avoir brisé beaucoup de plafonds de verre, en étant la première femme à occuper plusieurs postes importants. J’encourage évidemment les autres femmes à faire de même, et pas seulement elles, toutes les minorités également.

Je pense que la politique suivie au Maroc a été exemplaire, dans la mesure où les autorités ont su parfaitement anticiper

Quelques mois seulement après votre prise de poste, vous avez dû faire face à une situation inédite: la pandémie de Covid-19. Sur le plan de la gestion de la crise sanitaire et de l’accompagnement des Français au Maroc, quelles sont les réussites et les difficultés que vous avez rencontrées ?

Je dirais que les réussites et les difficultés sont un peu les mêmes. Il s’agit du nombre de ressortissants qu’il a fallu gérer. Quand on sait qu’en 2020, 350 000 Français ou résidents en France ont été rapatriés, et qu’ici au Maroc ce nombre a atteint 60 000 personnes, vous voyez tout de suite l’énorme proportion de Français ou de Marocains résidant en France concernés par ces rapatriements depuis le Maroc. 

Ce nombre important de ressortissants a été une difficulté, mais aussi une réussite, puisque, même s’ils n’ont pas forcement pu partir à la date voulue, ils ont quand même pu rentrer en France entre mars et juillet 2020. Nous avons affrété 280 avions et 22 ferrys sur cette période, et nous avons dû gérer des cas plus compliqués les uns que les autres.

Le Maroc a particulièrement bien géré la crise sanitaire. L’OMS a d’ailleurs félicité le Maroc, qui figure parmi les pays qui se sont le plus démarqués en termes de prévention et de vaccination. Peut-on en parler comme d’un modèle de gestion de la crise ?

Je pense que la politique suivie au Maroc a été exemplaire, dans la mesure où les autorités ont su parfaitement anticiper. Lorsqu’en mars 2020 le pays a été confiné, le nombre de décès était très faible, mais cela a justement permis d’éviter une flambée. On a pu voir une constante mobilisation des autorités pour doser les mesures qui ont été prises, et éviter toute flambée des cas, compte tenu des capacités hospitalières du pays. Sur la vaccination également, le Maroc s’est mis très tôt en quête de vaccins à acheter, et il a pu commencer sa campagne de vaccination en même temps que la plupart des autres pays occidentaux, à un rythme rapide. À lui tout seul, le pays concentre 95% des vaccinations en Afrique. C’est vraiment extraordinaire.

 

Vous avez récemment reçu votre première dose du vaccin Sinopharm.
Encouragez-vous les Français à faire de même? Sachant que pour l’instant Sinopharm n’est pas encore validé par les autorités sanitaires en France…

J’ai fait le choix de m’inscrire dans le système marocain. J’ai donc attendu que les moins de 60 ans puissent se faire vacciner pour aller dans un centre de vaccination comme n’importe quel Marocain. J’espère avoir montré ainsi aux Français que l’on peut faire confiance à notre pays d’accueil pour nous traiter de la même manière qu’il traite ses propres citoyens, d’une manière très responsable et très sérieuse.

La pandémie a renforcé l’intérêt stratégique du Maroc envers une industrie locale plus forte, et donc un frein des importations. Quel regard portez-vous sur cette stratégie et qu’en est-il des retours des investissements français en France?

Nous avons une trop grande dépendance par rapport à certains producteurs, c’est un constat fait par de nombreux pays. En France et au Maroc, nous avons eu la même réflexion sur la nécessité de relocaliser un certain nombre d’industries. Je pense que cette pandémie peut aussi nous permettre de nous rapprocher, de travailler davantage ensemble. Nous sommes en quelque sorte imbriqués. Par exemple, l’automobile est devenu le premier poste d’exportation du Maroc, grâce à Renault et à Peugeot. Nous avons des intérêts convergents. Nous travaillons ensemble depuis près d’un an sur un nouveau pacte économique franco-marocain, notamment sur les énergies vertes. On voit que le Maroc a beaucoup d’atouts pour devenir un grand producteur d’électricité verte à travers l’éolien, le solaire ou encore l’hydrogène. Les besoins d’électricité vont augmenter en Europe, puisque tout le secteur du transport est en cours d’électrification. Cela peut aussi constituer dans les années à venir un domaine de notre coopération.

Je pense que cette coopération en matière de lutte contre le terrorisme entre la France et le Maroc fonctionne extrêmement bien.

La France semble être en perte de vitesse en Afrique, alors que des pays comme le Maroc se positionnent de plus en plus. La France ne voit-elle pas le Maroc comme un concurrent sur le continent?

Le Maroc en Afrique n’est pas un concurrent, c’est un ami et un allié. La France est très présente en Afrique, elle porte ce continent dans son cœur. C’est d’ailleurs à Paris, et non ailleurs, que se tient la conférence internationale d’appui à la transition au Soudan ou le sommet sur le financement des économies africaines.  C’est la première fois en vingt-cinq ans qu’il y a une récession économique en Afrique. Le continent n’est pas très touché par la pandémie, mais il est très impacté par ses conséquences économiques. Nous nous sommes donc fait le porte-voix du continent auprès des instances internationales, notamment celles de Breton Woods ou de l’Union européenne, pour la mise en place d’un vrai plan de relance comme aux États-Unis ou en Europe. Aucun autre pays n’organise ce type de mobilisation en faveur de l’Afrique, c’est la meilleure preuve que la France est toujours là, aux côtés de l’Afrique.

Récemment, les services de renseignement marocains ont permis de déjouer de nouvelles attaques de grande ampleur sur le territoire français… Comment la France et le Maroc peuvent-ils davantage coopérer dans la lutte contre le terrorisme?

Je pense que cette coopération en matière de lutte contre le terrorisme entre la France et le Maroc fonctionne extrêmement bien. D’abord parce qu’elle est impulsée au plus haut niveau de nos deux pays, et ensuite parce qu’elle est pratiquée au quotidien par les services dont c’est le travail. Cela nécessite évidemment une certaine discrétion, mais les deux pays travaillent beaucoup ensemble, car ils ont les mêmes intérêts et les mêmes ennemis, ces groupes terroristes. Ce travail en commun ne concerne pas seulement le territoire français ou marocain, mais également d’autres théâtres, par exemple le Sahel. La France y est fortement engagée militairement, et nous y coopérons de manière extrêmement forte avec le Maroc dans la lutte antiterroriste. Notre collaboration se poursuit sur d’autres théâtres d’opération comme l’Irak ou la Syrie, où un certain nombre de nos ressortissants, Français, Marocains, ou Franco-Marocains, se sont déplacés dans le cadre de groupes terroristes comme Daech. Notre coopération fonctionne bien, même si bien sûr, on peut toujours faire mieux et cela doit passer par une multiplication des contacts entre les services spécialisés de façon à échanger un maximum d’informations et de renseignements.

Après les récents attentats en France, l’amalgame entre islam et terrorisme a particulièrement refait surface, comment l’éviter ?

En donnant le plus souvent possible la parole à des musulmans en France qui eux aussi condamnent de manière vigoureuse le terrorisme et ne sont pas en faveur d’idéologies radicales. Je pense que leur donner la parole, notamment dans les médias, est une manière de montrer que ce combat est commun à tous ceux qui vivent sur le territoire français, quelle que soit leur religion.


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
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  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.