« Ark Re-imagined » redonne vie à l'héritage culturel des Arabes des marais

Les bateaux sont au cœur d'Ark Re-imagined. (Fourni)
Les bateaux sont au cœur d'Ark Re-imagined. (Fourni)
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Publié le Lundi 24 mai 2021

« Ark Re-imagined » redonne vie à l'héritage culturel des Arabes des marais

  • « Nous sommes ici pour créer une liaison », dit Rashad Salim, à propos du pavillon irakien qui participe cette année à la Biennale Architettura de Venise
  • Les bateaux sont au cœur d’Ark Re-imagined (Arche repensée), qui remet en question les perceptions occidentales de l'Arche de Noé

DUBAÏ : « Il s'agit d'une culture jusqu'ici ignorée », dit l'artiste irako-allemand Rashad Salim. « Aucun effort n'a été consenti pour préserver l'architecture vernaculaire qui fait partie de notre patrimoine culturel. Auparavant, des anthropologues, des ethnologues indépendants et des individus, que la culture vernaculaire intéressait, venaient consulter ces architectures. Depuis l'invasion et l'occupation de l'Irak, tout a basculé ».        

M. Salim a consacré sa carrière artistique à protéger et à redonner vie aux anciens métiers de l'Irak. Il nous parle d'un sujet qui le passionne : la construction de bateaux, l'architecture et l'artisanat traditionnels qui proliféraient dans le centre, le sud et l'ouest de l'Irak. Les conflits, les déplacements de la population et les traumatismes collectifs souvent ahurissants ont plongé cette culture dans des tragédies successives et l'ont conduite au bord de l'extinction.

Rashad Salim cherche, à sa façon, à contrer cette négligence de manière active à travers le projet Ark Re-imagined, qui collabore avec des artisans à travers le pays en vue de faire revivre et de documenter les restes des techniques traditionnelles. Initialement lancée en 2016, l'initiative est désormais gérée par Safina Projects, un studio de création cofondé par Salim et Hannah Lewis en 2017.

Rashad Salim - La Mésopotamie à Venise. (Fourni)
Rashad Salim - La Mésopotamie à Venise. (Fourni)

« Dans toutes les régions que j'ai visitées en Irak, j'ai rencontré des habitants qui conservent la mémoire des lieux et de l'environnement », explique-t-il. « Leur civilisation repose sur cette culture. Mais pour la première fois de son histoire, l'Irak a été tellement miné, tellement corrompu, que le tissu essentiel du pays – celui qui repose sur l'environnement et la culture, qui émane de la terre et génère les moyens de subsistance – a été sapé et risque de disparaître. Les bateaux en sont un exemple».

Les bateaux sont au cœur d’Ark Re-imagined (Arche repensée), qui remet en question les perceptions occidentales de l'Arche de Noé, et de la plupart des autres initiatives prises en charge par Safina Projects. À travers l'Arche pour l'Irak, le studio s'efforce de « redonner vie aux bateaux traditionnels du Tigre et de l'Euphrate, les préserver et les explorer », ce qui permettra de transmettre les connaissances à la nouvelle génération. Ainsi, cette initiative contribue à faire revivre la guffa (un coracle en osier), fabriquée par une seule personne, à savoir une vieille femme de la ville de Hillah, située dans le centre de l'Irak, et  dont les cordes artisanales sont fabriquées à Ayn al-Tamr. Cette initiative assure ainsi une continuité culturelle.

C'est Ark Re-imagined qui va mettre en lumière le patrimoine naval de l'Iraq lors de la Biennale Architettura de Venise de cette année. L'Irak participera pour la première fois à cette biennale qui se déroulera du 22 mai au 21 novembre à travers l'exposition « Ark Re-imagined : the Expeditionary Pavilion » (Arche repensée: le pavillon des expéditions). Avec le soutien de Community Jameel et de Culturunners, le projet rendra hommage à l'architecture vernaculaire et aux embarcations du Tigre et de l'Euphrate, mais se penchera également sur le titre de l'exposition de cette année : « Comment allons-nous vivre ensemble ? ».  Après tout, le message original de l'Arche était celui de l'unité et de la rencontre.

Abou Hyder et Rashad - Qishla vieux Bagdad. (Fourni)
Abou Hyder et Rashad - Qishla vieux Bagdad. (Fourni)

« La conception de l'Ark n’a pas pris que cinq années de travail », déclare M. Salim. « ll s’agit plutôt de 40 ans de travail. Pendant cinq ans, j'ai travaillé en Irak pour raviver et recréer des bateaux qui avaient disparu. C'était un projet universitaire ancré dans mes convictions d'artiste. Aujourd'hui, nous cherchons à reprendre ce projet et à le réengager dans le domaine artistique durant la biennale ».

C'est en 1976 que Salim a visité pour la première fois les marais du sud de l'Iraq, alors qu'il était  jeune étudiant en art. L'année suivante, il s'est joint à l'expédition du Tigre menée par l'explorateur norvégien Thor Heyerdahl à bord d'un bateau en roseau depuis le Shatt al-Arab, en passant par le golfe Arabique jusqu'au Pakistan, avant de rejoindre la mer Rouge. Cette expérience a transformé sa vie et a inspiré son travail par la suite.

« Le Tigre était pleinement organique et tendu. C'était comme si l'on naviguait à bord d'un corps humain », se souvient-il. « Le navire se déplaçait sur l'eau de façon bien différente d'un bateau à quille... Nous nous déplacions à la vitesse d'un vélo au mieux. Comme la profondeur était minime (ne dépassant pas 30 centimètres au-dessus du niveau de l'eau à des endroits), on pouvait constater la complexité de la vie ; des vagues qui déferlent sur d'autres vagues et la vie à la surface de l'eau. Cette expérience m'a ainsi profondément influencé et a suscité mon intérêt pour explorer plus à fond l'histoire des bateaux et leur rôle dans le développement de la civilisation ».

Tissage de tapis en roseau, Rashad Salim 2016. (Fourni)
Tissage de tapis en roseau, Rashad Salim 2016. (Fourni)

Ark Re-imagined est le fruit de cette histoire profonde et de l’attachement de M. Salim à la grâce, à la pureté et à la simplicité de la construction traditionnelle des bateaux.

« La question que nous nous posons est la suivante : comment l'Arche a-t-elle été construite à cette époque et à cet endroit ? De toute évidence, la conception que l'Occident attribue aux arches ne correspond ni à l'époque ni au lieu où elles ont été construites. Il s'agit principalement d'un rouage du 17e siècle. Il ne correspond en aucune façon au lieu, aux technologies, aux matériaux ni aux techniques  disponibles à l'époque. Lors de nos premières visites à Venise, nous avons remarqué que les mêmes techniques de construction, le même type de bateaux et le même type d'engagement avec l'environnement étaient utilisés dans les marais de Venise qu'en Mésopotamie. Les arches construites en Europe seraient construites selon la même méthode employée en Mésopotamie à l'époque, à savoir la traction. Il s'agit d'une période qui précède de longue date l'époque où le métal a permis de manipuler le bois pour créer un engrenage ».

Ark Re-imagined se présentera sous diverses formes. Cette initiative a vu le jour lors d'une conversation entre M. Salim et Markus Reymann, directeur de la TBA21-Academy, à Ocean Space, le 20 mai. On assure actuellement des sites d'amarrage pour deux types de bateaux – la tarada du grand cheikh (un grand canoë diplomatique) et une maison flottante en roseau –  et on exposera à l'entrée de la cour les marchandises que vendaient traditionnellement les marchands. Les sites d'amarrage changeront régulièrement d'emplacement pendant les six mois de l'exposition. Par ailleurs, deux films consacrés aux activités d'Ark Re-imagined en Irak seront projetés, et la vie à l'intérieur de l'arche sera représentée au moyen de la broderie au crochet traditionnelle du sud de l'Irak, dite Izar. Le centre d'intérêt de cette exposition concernera la tarada, spécialement construite pour l'exposition. Surnommée « Faisaliyah », du nom du roi Fayçal 1er  d'Irak, elle fait 11,8 mètres de long et naviguera de l'Irak jusqu'à Venise au cours de l'exposition.

La Barge Delil reconstruite sur la rive du fleuve à Hit, Rashad Salim, 2019. (Fourni)
La Barge Delil reconstruite sur la rive du fleuve à Hit, Rashad Salim, 2019. (Fourni)

Un autre élément est également pris en compte, à savoir le caractère curatif de l'art. Le pavillon et la documentation du projet bénéficient du soutien du Fonds culturel irakien pour la santé, qui a été créé par Community Jameel et Culturunners dans le cadre du Fonds de soutien aux artistes intitulé The Future is Unwritten (L'avenir n'a pas encore été écrit). Le programme du pavillon est également élaboré en concertation avec l'initiative Healing Arts, lancée l'année dernière en partenariat avec la Fondation de l'OMS sous les auspices de l'Organisation mondiale de la santé. Ark Re-imagined est le premier projet à être soutenu par le Fonds culturel irakien pour la santé.

« Ark Re-imagined illustre la collaboration entre les communautés pour favoriser le processus de guérison. Cette démarche porte sur l'art en faveur de la santé », explique Christopher Bailey, responsable des arts et de la santé à l'OMS. « Dans ce cas bien précis, le problème présente une multitude de dimensions. Il s'agit d'une communauté – en l’occurrence les Arabes des marais – qui a subi une succession de catastrophes au fil des ans ; de l'assèchement intentionnel de son habitat à l'expulsion de son peuple et à la disparition des connaissances traditionnelles. Tout cela a engendré une crise culturelle au sein de cette communauté.

Coracle de guffa recouvert de goudron et d'adobe, Rashad Salim, 2018. (Fourni)
Coracle de guffa recouvert de goudron et d'adobe, Rashad Salim, 2018. (Fourni)

« L'exposition soulève en effet la question suivante : ‘Comment reprendre ces connaissances disparues ou en passe de disparaître et, en apprenant à la nouvelle génération à maîtriser cet artisanat, comment concevoir une sorte d'arche conceptuelle - un nouvel espoir - qui permettrait de préserver une pratique en voie de disparition en raison d’une succession de catastrophes, mais aussi d'imaginer un nouvel endroit vers lequel cet artisanat pourrait nous conduire ?’ Je trouve que cette métaphore est particulièrement puissante ».

M. Salim sera à Venise pour les cinq premiers jours de la Biennale Architettura, avant de se rendre à Bagdad et à Bassora, où une exposition de certains objets artisanaux sera organisée pendant la même période. Il retournera ensuite à Venise pour entamer une tournée continue.

« Voilà trois ans que je travaille sur ce projet et j'ai conçu dans ma tête un nombre incalculable d'expositions », explique-t-il. « Nous sommes ici dans le cadre d'une expédition. Nous sommes ici pour créer une liaison et un engagement, pour entretenir une conversation culturelle,  pour réunir les étudiants et leur montrer que nous vivons ensemble depuis la nuit des temps ».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Du blues de "Sinners" à une rare égalité: cinq temps forts des Oscars 2026

Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
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  • Une bataille après l'autre triomphe aux Oscars, tandis que Sinners brille par sa performance musicale spectaculaire rendant hommage au blues et à la musique noire
  • Javier Bardem lance un message politique discret mais fort : « non à la guerre, libérez la Palestine », dans une cérémonie par ailleurs plutôt consensuelle

HOLLYWOOD: "Une bataille après l'autre" a triomphé aux Oscars dimanche devant "Sinners", auquel on doit un des temps forts de la cérémonie, une performance musicale magistrale.

Le blues de "Sinners" et la Corée de "KPop Demon Hunters" sur scène

Le blues s'est emparé du Dolby Theatre, transformé en bar de fortune dans une grange du Mississippi pour reproduire la scène musicale d'anthologie de "Sinners" (quatre Oscars dont la meilleure musique de film).

Miles Caton, qui interprète un fils de pasteur accro à la musique du diable, et l'auteur-compositeur-interprète Raphael Saadiq ont repris "I Lied To You", entourés d'artistes incarnant toutes les époques de la musique noire, de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au hip-hop américain. Participaient à cet hommage le musicien Shaboozey et la danseuse étoile Misty Copeland, qui a récemment subi un remplacement de hanche.

Les chanteuses de "KPop Demon Hunters" (meilleur film d'animation) ont elles rendu hommage à la culture sud-coréenne en interprétant leur tube "Golden", meilleure chanson originale.

Robert Redford "cowboy intellectuel" pour Barbra Streisand

La cérémonie a honoré les figures du cinéma disparues récemment, dont l'acteur et réalisateur Robert Redford, "cow-boy intellectuel qui a tracé sa propre voie", selon Barbra Streisand, son amie depuis "Nos plus belles années" (1973).

Tué avec son épouse Michelle en décembre, le réalisateur Rob Reiner laisse en héritage des films qui "dureront des générations, parce qu'ils parlaient de ce qui nous fait rire et pleurer, et de ce à quoi nous aspirons à être", a dit Billy Crystal, héros de sa comédie romantique "Quand Harry rencontre Sally" (1989). Le fils du couple a plaidé non-coupable de ces meurtres.

Rachel McAdams, qui incarnait la fille de Diane Keaton dans "Esprit de famille" en 2005, a salué "une légende qui ne se terminera jamais".

Humour consensuel pour Conan O'Brien

"Je dois vous prévenir, cette soirée pourrait devenir politique", avait annoncé le présentateur de la cérémonie, l'humoriste Conan O'Brien. Ses piques sur le système de santé américain ou le patron de Netflix se sont avérées plutôt consensuelles.

C'est sur le traitement de l'affaire Epstein aux Etats-Unis qu'il a été le plus mordant, lançant: "C'est la première fois depuis 2012 qu'aucun Britannique n'est nommé dans les catégories meilleur acteur ou meilleure actrice. Un porte-parole britannique a déclaré: "+Ouais, mais au moins, nous on arrête nos pédophiles+".

En pleine guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump, le ton est resté globalement très sage, hormis le "non à la guerre, libérez la Palestine" lancé par Javier Bardem sur scène.

"Bébé yoda" fait sa promo

Diffusée sur la chaîne américaine ABC, propriété du groupe Disney, la cérémonie a été l'occasion de faire la promotion de plusieurs films produits par la firme aux grandes oreilles.

"Bébé yoda", héros de la série "The Mandalorian" et du film "The Mandalorian and Grogu", en salles en France le 20 mai, est apparu dans le public. Anne Hathaway, à l'affiche du "Diable s'habille en Prada 2" le 29 avril, a remis un prix avec la papesse de la mode Anna Wintour. Et les "Avengers" Chris Evans et Robert Downey Jr se sont retrouvés sur scène avant la sortie de "Doomsday" le 16 décembre.

Les bandes-annonces ont ensuite été diffusées pendant les publicités.

Rare ex-aequo dans l'histoire des Oscars

Pour la 7e fois seulement depuis 1929, un prix a récompensé deux films ex-aequo. Le meilleur court métrage de fiction est revenu à "The Singers", de Sam Davis et Jack Piatt, et à une production française, "Deux personnes échangeant de la salive", d'Alexandre Singh et Natalie Musteata.

L'acteur et humoriste Kumail Nanjiani, qui remettait ce prix, s'est amusé de "l'ironie que l'Oscar du court métrage prenne deux fois plus de temps".

Barbra Streisand, pour "Funny Girl", et Katharine Hepburn, pour "Le Lion en hiver", s'étaient partagé le prix de la meilleure actrice en 1969. La dernière égalité remontait à 2013, avec "Skyfall" et "Zero Dark Thirty" dans la catégorie meilleur montage sonore.


L’Institut du monde arabe rend hommage à Leila Shahid

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
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  • Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix"
  • "Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne"

PARIS: Mardi 31 mars 2026, l’Institut du monde arabe rendra hommage à Leila Shahid pour une soirée exceptionnelle. Proches, amis et compagnons de route évoqueront son parcours et son engagement, avec notamment les interventions d’Elias Sanbar, Karim Kattan et de nombreux invités. Un moment de mémoire et de dialogue pour saluer une grande voix de la Palestine.

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark.

Elle a ensuite été déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, avant d'occuper les mêmes fonctions à Bruxelles auprès de l'UE durant la décennie suivante.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix".

"Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne".

"Combattante infatigable" 

L'ancien Premier ministre français et ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a salué, toujours sur X, "une ardente amoureuse de la culture, de la poésie et des arts", qui "fut de celles et ceux qui, dès les premières heures, crurent obstinément à la possibilité d'une paix juste et durable au Proche-Orient".

De nombreuses réactions en France sont venues de la gauche, à l'instar de l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry, qui a évoqué une "inlassable militante pour la reconnaissance d'un État palestinien et pour la paix avec Israël".

"Leïla Shahid aura été de ces diplomates exemplaires qui marquent une génération", a pour sa part réagi dans un communiqué l'Institut du Monde Arabe (IMA): "Combattante infatigable, héroïne des temps modernes, elle portait la Palestine en elle avec force et dignité".

"Le désastre des souffrances du peuple palestinien à Gaza l'a hantée jusqu’à sa fin tragique", ajoute l’institution parisienne.

Face à la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Leïla Shahid n'avait eu de cesse d'appeler la communauté internationale à agir pour un cessez-le feu.

Mais dans un entretien à France-Inter deux jours après le 7-Octobre, elle se disait "pessimiste" quant à l'avenir de la Palestine, et mettait en garde contre une annexion par Israël de "ce qu'il reste comme territoires palestiniens".


La femme au cœur de la transformation saoudienne selon Doha Brahim

L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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  • Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité
  • Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020

PARIS: Délicatesse et chaleur humaine étaient au rendez-vous lors de l’iftar organisé par l’épouse de l’ambassadeur saoudien à Paris, Fatima Al Ruyaily, qui a réuni plusieurs dizaines de personnalités féminines connues de la place parisienne.

Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité.

Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020.

De passage à Paris pour quelques heures seulement, la docteure Brahim a livré un témoignage éclairant sur l’évolution de la place des femmes dans le Royaume.

Vision 2030 et promotion du rôle des femmes

Arrivée le matin même de Riyad, elle devait repartir dès le lendemain, mais son intervention a permis de mesurer l’ampleur des transformations engagées ces dernières années.

Au cœur de son propos : la Vision 2030, vaste programme de réformes lancé par le Royaume pour diversifier son économie et transformer en profondeur la société saoudienne.

« Nous vivons un moment historique dans l’histoire de notre pays », a-t-elle déclaré, ajoutant que cette vision stratégique constitue bien plus qu’un projet économique : elle dessine une transformation globale fondée sur l’innovation, le progrès social et l’ouverture culturelle.

Portée par le roi Salman ben Abdelaziz et mise en œuvre par le prince héritier Mohammed ben Salmane, la Vision 2030 place le développement humain au cœur de ses priorités. « Les citoyens sont à la fois le moteur, le sujet et les bénéficiaires de cette vision », a insisté Doha Brahim.

Dans ce cadre, la promotion des femmes occupe une place centrale. Loin d’être perçue comme un simple symbole ou un privilège, l’autonomisation féminine est présentée comme un droit fondamental et un levier indispensable du développement.

« Un développement global ne peut être atteint que par la participation de tous », a-t-elle affirmé, soulignant que les réformes engagées dépassent le cadre économique pour s’inscrire dans une véritable transformation culturelle et sociale.

Cette évolution s’inscrit également dans les engagements internationaux du Royaume, notamment dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies, parmi lesquels figure l’égalité entre les sexes.

Au cours des dernières années, l’Arabie saoudite a multiplié les initiatives destinées à mesurer et encourager la participation des femmes dans la société, parmi lesquelles la création d’outils statistiques et d’institutions dédiées, comme l’Observatoire national des femmes, chargé de suivre leur participation dans les différents secteurs de la vie publique et économique.

Ces efforts commencent à produire des résultats tangibles, souligne Brahim. La participation des femmes au marché du travail a connu une progression spectaculaire, passant d’environ 17 % à plus de 36 %, dépassant même les objectifs initialement fixés dans le cadre de la Vision 2030.

Aujourd’hui, les femmes saoudiennes occupent des postes dans des domaines autrefois largement masculins. Elles participent à la vie politique à travers leur présence dans les instances consultatives, exercent des responsabilités diplomatiques et contribuent activement au développement économique.

La femme saoudienne est également présente dans les secteurs d’avenir, notamment la technologie, l’innovation et l’entrepreneuriat, et cette présence ne cesse de croître.

De nombreuses femmes créent désormais leurs propres entreprises, contribuant à dynamiser l’économie nationale et à renforcer le tissu entrepreneurial du pays.

L’éducation constitue l’un des moteurs les plus puissants de cette transformation, puisque les femmes représentent aujourd’hui plus de la moitié des étudiants dans les universités du Royaume, notamment dans les disciplines scientifiques.

Certaines participent désormais à des projets scientifiques internationaux majeurs, affirme Brahim, qui signale au passage la participation d’une astronaute saoudienne à une mission vers la Station spatiale internationale.

La transformation touche également des domaines inattendus : les femmes s’illustrent dans les arts, la littérature et la culture, devenant des ambassadrices de l’identité saoudienne sur la scène internationale.

Mais c’est peut-être dans les secteurs de la sécurité et de la justice que le changement apparaît le plus marquant, car les femmes sont désormais présentes dans les forces armées, la garde nationale ou encore l’armée de l’air.

Parallèlement, le système judiciaire s’est ouvert à leur participation, avec un nombre croissant d’avocates et de juristes. Sur la scène diplomatique, plusieurs femmes ont été nommées ambassadrices, représentant le Royaume dans des capitales importantes et au sein d’organisations internationales, y compris auprès de l’Union européenne.

Le sport féminin constitue un autre symbole de cette évolution rapide. En quelques années seulement, l’Arabie saoudite est passée d’une absence quasi totale de pratique sportive féminine à la création de ligues professionnelles et à la participation de sportives saoudiennes à des compétitions internationales.

Pour Doha Brahim, ces évolutions traduisent une transformation profonde de la société saoudienne. « Le parcours d’autonomisation des femmes n’est pas un projet temporaire », a-t-elle souligné. Il s’inscrit dans une dynamique de long terme visant à construire une société plus inclusive et durable.

« Nous ne construisons pas seulement une économie », a-t-elle conclu, « nous construisons aussi une société fondée sur la justice, le partenariat et l’égalité des opportunités ».

L’iftar, qui s’est prolongé par un échange entre les convives sur le potentiel des femmes et le rôle central qui leur revient dans le développement social, a constitué une parenthèse de détente et d’espoir au milieu des turbulences que traverse le monde.