Rwanda, Algérie: Macron veut penser le passé pour guérir le présent

Le président français Emmanuel Macron prend la parole lors de la conférence de presse conjointe avec le président du Rwanda au palais présidentiel de Kigali le 27 mai 2021 / AFP
Le président français Emmanuel Macron prend la parole lors de la conférence de presse conjointe avec le président du Rwanda au palais présidentiel de Kigali le 27 mai 2021 / AFP
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Publié le Vendredi 28 mai 2021

Rwanda, Algérie: Macron veut penser le passé pour guérir le présent

  • Au Rwanda, le chef de l'Etat a reconnu jeudi la part de responsabilité de la France dans le génocide et évoqué le fait que «seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner»
  • Macron n'a pas présenté d'excuses et a récusé toute complicité volontaire, notamment de l'armée française

PARIS: Reconnaître ses responsabilités, mais sans s'excuser : sur le Rwanda, l'Algérie et autres plaies du passé, Emmanuel Macron tente de concilier des mémoires antagonistes pour apaiser les conflits du présent, y compris entre Français.

Au Rwanda, le chef de l'Etat a ainsi reconnu jeudi la part de responsabilité de la France dans le génocide et évoqué le fait que "seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner". 

Mais il n'a pas présenté d'excuses et a récusé toute complicité volontaire, notamment de l'armée française. "Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses soldats", a-t-il dit. "Un génocide ne s'excuse pas, on vit avec". 

"Ni repentance ni déni", avait-il aussi déclaré sur l'Algérie, dossier dans lequel, à des excuses, il a préféré une série de gestes reconnaissant la responsabilité de la France, notamment pour l'assassinat de l’opposant Ali Boumendjel. 

Il a aussi, selon son entourage, "ouvert une nouvelle réflexion sur la mémoire des harkis, pour sortir de 60 ans de déni".

Son choix a d'ailleurs mécontenté l'Algérie, qui réclame toujours des excuses. En revanche le président rwandais Paul Kagame a bien accueilli jeudi un discours qui selon lui valait "mieux que des excuses".

Le président français a pris aussi soin de répondre à ceux qui l'accusent de dénigrer la France quand il reconnaît des erreurs, comme Marine Le Pen qui lui avait reproché une "haine de soi" et d'oublier "la fierté d'être Français" après ses gestes pour l'Algérie. 

"Nous sommes enfermés dans une alternative impossible entre ceux qui croient que la France est forte et n'a pas à demander d'excuses ni à reconnaitre ses erreurs, (et) ceux qui n'aiment pas la France et voudraient l'affaiblir en demandant à tout bout de champ excuses et repentir", a-t-il commenté à Kigali. Reconnaître sa responsabilité "cela grandit la France, cela ne l'affaiblit pas, mais c'est aussi décider de ne contenter personne". 

Emmanuel Macron a déjà froissé les deux camps. Candidat en visite à Alger en 2017, avec une certaine provocation, il avait reproché à un jeune Algérien de venir "l'embrouiller avec la colonisation". Et en même temps, il avait affirmé que la colonisation était "un crime contre l'humanité". 

Son leitmotiv reste de "regarder l'histoire en face", comme récemment encore en commémorant Napoléon. Sans "déboulonner de statues", ni opérer une révision critique de l'histoire de France.

«Conflict management»

Sa politique mémorielle a avant tout l'ambition d'apaiser des conflits entre Français, en particulier sur la guerre d'Algérie. "Des enfants ont grandi en France, sont nés Français, adoptés Français et ont vécu dans le non-dit et le mensonge. Comment peuvent-ils construire leur identité et leur deuil si on ne dit pas cette part (de vérité)?", a-t-il lancé jeudi.

"La dimension d'excuses est inefficiente", explique son entourage, "l'objectif est de construire une mémoire républicaine partagée" centrée sur "la reconnaissance de la vérité des faits".

"L'approche d'Emmanuel Macron s'apparente au +conflict management+ pour une solution win-win entre les parties en présence", analysait en 2018 dans l'Express Sarah Gensburger, chercheuse au CNRS et co-auteure avec Sandrine Lefranc de "A quoi servent les politiques de mémoire ?" (Presses de Sciences Po, 2017). 

"Emmanuel Macron a une approche néolibérale de la gestion des conflits, qui se retrouve dans de nombreux programmes internationaux qui vont de la justice restorative, qui vise à mettre face à face victimes et coupables pour dépasser le conflit, à la médiation conjugale pour résoudre les crises de couples", précise-t-elle à l'AFP. 

Sa démarche se situe davantage dans l'univers des "politiques du pardon" que de la justice, qui est souvent la demande principale des parties, ajoute Sarah Gensburger.

L'efficacité de ces politiques mémorielles sur la réconciliation reste à démontrer. "La coexistence, à défaut de réconciliation, ne peut être obtenue que si certaines des raisons structurelles, et souvent des conditions et inégalités sociales qui ont joué un rôle moteur dans le conflit, sont transformées" et si le porteur de cette politique est jugé légitime, avertit la chercheuse.


Bernadette Chirac, veuve du président Chirac, est décédée à 93 ans

Le président français Jacques Chirac prononce un discours en présence de son épouse, Bernadette Chirac, lors d’une cérémonie de remise de décorations au Palais de l'Élysée à Paris, le 5 mai 2006. Bernadette Chirac, veuve de l’ancien président français, est décédée le 5 juin 2026 à l’âge de 93 ans. (AFP)
Le président français Jacques Chirac prononce un discours en présence de son épouse, Bernadette Chirac, lors d’une cérémonie de remise de décorations au Palais de l'Élysée à Paris, le 5 mai 2006. Bernadette Chirac, veuve de l’ancien président français, est décédée le 5 juin 2026 à l’âge de 93 ans. (AFP)
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  • Bernadette Chirac, veuve de Jacques Chirac, est décédée à 93 ans, a annoncé sa fille Claude Chirac
  • Ancienne Première dame et élue de Corrèze pendant plus de 35 ans, elle était également connue pour son engagement avec l’opération Pièces Jaunes

PARIS: Bernadette Chirac, veuve de l'ancien président de la République Jacques Chirac, est décédée vendredi soir à l'âge de 93 ans, a annoncé samedi matin à l'AFP sa fille Claude Chirac.

Mme Chirac, née Bernadette Chodron de Courcel, "s'est éteinte dans la soirée", dans les Hauts-de-Seine, "paisiblement, entourée des siens. Elle venait d'avoir 93 ans", le 18 mai, a déclaré sa fille.

Elle aura été la seule première dame à avoir elle-même exercé un mandat politique sur son nom propre, celui de conseillère générale de Corrèze, département où elle a été élue sans discontinuer de 1979 à 2015.

Emmanuel Macron a aussitôt salué la mémoire d'une "grande dame de coeur", qui "a marqué notre histoire" et "changé tant de vies avec discrétion et obstination".

En hommage à Bernadette Chirac, le président de la République et son épouse Brigitte ont invité sur le réseau X "toutes celles et ceux qui le souhaitent à se rendre dès 15h à la Maison Élysée située en face du Palais" où "un registre de condoléances sera mis à disposition".

Epouse pendant plus de 60 ans de Jacques Chirac, restée longtemps dans l’ombre du "grand", elle a accompagné son époux tout au long de son chemin vers l’Elysée (ministères, Matignon, mairie de Paris, RPR…) jusqu’à la victoire à l’élection présidentielle de 1995, au troisième essai.

Née le 18 mai 1933 à Paris, Bernadette Chodron de Courcel a grandi dans une famille de diplomates du XVIe arrondissement de la capitale. Elève de Sciences-Po Paris, c’est dans cette grande école qu’elle rencontre Jacques Chirac, qu'elle épouse en 1956.

Le couple a eu deux filles: Laurence (1958), longtemps malade et dont le décès en 2016 avait plongé Bernadette Chirac dans une très sévère dépression, et Claude (1962), gardienne du temple chiraquien, qui a pris la suite de sa mère en se faisant élire conseillère départementale de Corrèze en 2021.

Durant le premier mandat présidentiel (1995-2002) de Jacques Chirac, elle est d’abord reléguée au second plan. Avant de jouer un rôle essentiel dans la réélection de son mari en 2002, devenue très populaire auprès des Français, notamment à la tête de l’opération Pièces jaunes en faveur des enfants hospitalisés, et la coqueluche des élus de droite, qui s’arrachent son soutien aux municipales et aux législatives.

D’allure classique et bourgeoise, réputée beaucoup plus conservatrice que son mari, dotée d’un solide sens politique, celle qui avait acquis le surnom de "Bernie" avait mis en garde Jacques Chirac en 1997 contre le désastre d’une dissolution, dont elle accablait le secrétaire général de l’Elysée d'alors Dominique de Villepin, appelé "Néron" en petit comité.

Son époux racontait aussi qu’elle avait été la seule à l’alerter sur la montée du leader du Front national Jean-Marie Le Pen lors de la présidentielle de 2002.

"Elle est la femme de ma vie, nous avons tant accompli ensemble !", disait d’elle Jacques Chirac dans ses "Mémoires". 


Ukraine : Macron, Merz et Starmer rencontreront Zelensky dimanche à Londres, annonce l’Élysée

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E3, dans le cadre de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E3, dans le cadre de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
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  • Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz rencontreront Volodymyr Zelensky dimanche à Londres pour coordonner le soutien à l’Ukraine et accroître la pression sur l’effort de guerre russe
  • Les dirigeants feront également le point sur les initiatives visant une paix juste et durable en Ukraine, notamment dans le cadre de la Coalition des volontaires

PARIS: Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz rencontreront dimanche à Londres Volodymyr Zelensky afin d'échanger sur le "soutien à l'Ukraine" et le "renforcement de la pression sur l’effort de guerre russe", a annoncé vendredi l'Elysée.

Le président français, le Premier ministre britannique et le chancelier allemand s'entretiendront d'abord tous les trois, avant de recevoir le président ukrainien. "Cette réunion permettra également de faire le point sur les travaux engagés en faveur d’une paix juste et durable en Ukraine et sur le continent européen, notamment dans le cadre de la Coalition des volontaires", a ajouté la présidence française dans un communiqué.


Algérie: les derniers obstacles judiciaires levés avant une possible grâce de Gleizes

Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison. (AFP)
Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison. (AFP)
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  • Le journaliste sportif français avait été arrêté en mai 2024 en Kabylie (nord-est) où il réalisait un reportage sur la JSK, une prestigieuse équipe de foot, puis condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme"
  • Il avait retiré en mars un pourvoi en cassation et le dernier obstacle à une éventuelle grâce présidentielle résidait dans le pourvoi déposé par le procureur général

ALGER: Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison.

Les avocats Amirouche Bakouri et Emmanuel Daoud ont fait savoir dans un communiqué sur Facebook que la Cour de cassation avait "définitivement statué" sur ce dossier en date du 25 mai. Elle a "pris acte du désistement du pourvoi" de M. Gleizes et a "rejeté au fond" un autre recours introduit par le parquet.

Le journaliste sportif français avait été arrêté en mai 2024 en Kabylie (nord-est) où il réalisait un reportage sur la JSK, une prestigieuse équipe de foot, puis condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme", une peine confirmée en appel en décembre dernier.

Il avait retiré en mars un pourvoi en cassation et le dernier obstacle à une éventuelle grâce présidentielle résidait dans le pourvoi déposé par le procureur général.

"Le débat juridictionnel étant désormais clos, l'avenir de Christophe Gleizes relève à présent des prérogatives discrétionnaires du président" Abdelmajid Tebboune, ont ajouté les avocats à propos de la grâce du journaliste réclamée par sa famille.

L'avocat algérien et son collègue français ont dit exprimer "formellement le voeu" qu'une "mesure de grâce présidentielle soit accordée dans les plus brefs délais afin d'apporter un dénouement rapide et humain à cette affaire".

En Algérie, les présidents accordent traditionnellement leurs grâces lors des fêtes religieuses musulmanes et aussi à l'occasion de la fête du 5 juillet, qui célèbre l'indépendance du pays acquise au terme de 132 ans de colonisation française et huit années d'une guerre sanglante (1954-1962).

"Seule issue" 

"Nous attendions cette nouvelle depuis (...) mi-mars et nous en sommes particulièrement heureux", a déclaré à l'AFP Sylvie Godard, la mère du journaliste.

Le sort de M. Gleizes, qui fait partie de nombreux sujets de tension entre Paris et Alger, a encore été évoqué ce lundi lors d'une rencontre à Paris entre le ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud et son homologue français Laurent Nuñez.

Une crise profonde avait éclaté à l'été 2024 entre les deux pays lorsque Paris avait apporté son soutien à un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie, qui soutient les indépendantistes du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.

La crise s'était aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié en novembre 2025), puis la mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement en France d'un influenceur algérien, Amir DZ.

Cette affaire avait conduit à l'expulsion réciproque d'une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l'ambassadeur Stéphane Romatet.

Un dégel a été amorcé depuis février, marqué par le retour de l'ambassadeur à Alger et les visites en Algérie de trois ministres français.

La décision de la Cour de cassation "ouvre la voie à une grâce présidentielle, seule issue pour le drame humain que vivent Christophe Gleizes et sa famille", a indiqué à l'AFP Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF), qui chapeaute le comité de soutien à Christophe Gleizes.

"A quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde", qui démarre le 11 juin aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, "il est indispensable que Christophe retrouve les siens et la tribune presse des stades", a-t-il ajouté.