Hala Wardé: «Le Pavillon libanais à Venise, un message d’espoir»

Le Pavillon libanais est conçu comme une partition musicale. (Photo fournie)
Le Pavillon libanais est conçu comme une partition musicale. (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 28 mai 2021

Hala Wardé: «Le Pavillon libanais à Venise, un message d’espoir»

  • «Le projet est né d’une succession d’accidents, des plus heureux aux plus tragiques»
  • «Ce qui s’est passé le 4 août 2020 est une véritable tragédie, mais on sait que des grandes blessures sont nées de belles œuvres»

Partenaire de Jean Nouvel avec lequel elle a réalisé le Louvre Abu Dhabi et fondatrice du cabinet HW Architecture, Hala Wardé est sélectionnée dans le cadre du premier concours public ouvert par les autorités libanaises pour porter le Pavillon libanais de la 17e Exposition internationale d’architecture – la Biennale Di Venezia.

En écho à la problématique How will we live together? posée par Hashim Sarkis, commissaire général de cette 17e Exposition internationale d’architecture, l’architecte franco-libanaise présente A Roof for Silence dans les Magazzini del Sale (Zattere). Il s’agit d’un projet en images et sons qui aborde le vivre-ensemble à travers un questionnement autour des espaces de silence, en faisant dialoguer l’architecture, la peinture, la musique, la vidéo et la photographie.

Par ailleurs, le projet revêtant une dimension sociale et patrimoniale, des initiatives et campagnes de mobilisation seront organisées dans le cadre de la Biennale afin de sensibiliser l’opinion et la communauté internationale des experts et des architectes, autour de la réhabilitation du patrimoine architectural et culturel endommagé de la ville de Beyrouth. Ainsi, en architecte généreuse et sensible aux questions liées au patrimoine de Beyrouth, Hala Wardé offre également une tribune à la Beirut Heritage Initiative, un collectif indépendant et inclusif, lancé au lendemain de l’explosion du Port de Beyrouth. Ce collectif veut réhabiliter le patrimoine détruit de la ville, en fédérant notamment les compétences à travers une action unifiée au service de la ville.

Dans la foulée de l’ouverture de la Biennale d’architecture – décalée d’un an en raison de la pandémie de la Covid-19 –, Hala Wardé répond aux questions d’Arab News en français.

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Le projet est né d’une succession d’accidents, des plus heureux aux plus tragiques. Photo fournie.

 

A Roof for Silence, un titre qui revêt un caractère prémonitoire – tout autant que le thème choisi en 2019 par Hashim Sarkis commissaire de la commissaire de cette 17e Biennale d'architecture. Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet?

Le projet est né d’une succession d’accidents, des plus heureux aux plus tragiques. Il a officiellement vu le jour le 16 octobre 2019, à la veille d’un soulèvement populaire historique au Liban. Malgré les différentes crises traversées par le pays, jusqu’à la catastrophe du 4 Août 2020 qui a détruit le cœur du patrimoine architectural de la ville de Beyrouth, nous avons porté ce projet pour l’empêcher de mourir.

L’inspiration première est une œuvre de l’écrivaine, poétesse et artiste Etel Adnan, un poème en peinture composé de 16 toiles et intitulé Olivéa: Hommage à la déesse de l’olivier. L’artiste y représente le sentiment, personnel mais à la fois universel, que lui inspire cet arbre légendaire. Conçu comme un manifeste pour une nouvelle forme d’architecture, A Roof for Silence met en résonance cette œuvre peinte avec les formes cryptiques d’un ensemble de seize oliviers millénaires du Liban.

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L’inspiration première est une œuvre de l’écrivaine, poétesse et artiste Etel Adnan, un poème en peinture composé de 16 toiles et intitulé Olivéa: Hommage à la déesse de l’olivier. Photo Yasmine Dagher.

 

Comment imaginer des formes qui génèrent des lieux de silence et de recueillement? 

Vous reprenez une question, parmi d’autres, que j’ai moi-même posée en préalable de ce projet. Comme dans tout sujet que j’aborde, je commence par poser des questions, en lien avec le sujet, et ma propre réflexion sur l’architecture.

Pourquoi ne pas penser les lieux par rapport à leur potentiel de vide plutôt que de plein?

Comment lutter contre la peur du vide en architecture?

Ces questions sont déjà des réponses, mais elles restent à l’état de question, comme une orientation vers laquelle tend tout mon travail d’architecte.

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«Le projet est né d’une succession d’accidents, des plus heureux aux plus tragiques». Photo Yasmine Dagher.

L’installation est structurée en quatre temps forts, pouvez-vous nous en dire plus?

Le Pavillon libanais est conçu comme une partition musicale, faisant résonner les disciplines, les formes et les époques afin de provoquer l’expérience sensible d’une pensée articulée autour des notions du vide et du silence comme conditions temporelles et spatiales de l’architecture. Conçu comme un manifeste pour une nouvelle forme d’architecture, le projet s’appuie sur les formes cryptiques d’un ensemble de seize oliviers millénaires du Liban. Figure tutélaire du Pavillon libanais, ces arbres légendaires, dont les creux abritent la vie de différentes espèces, sont des lieux de recueillement ou de rassemblement, où les paysans se réunissent depuis des générations. Sur une cimaise d’introduction, les tableaux Antiformes de Paul Virilio empruntés au Centre Pompidou racontent l’espace d’entre-deux, le vide et le plein. Ils font écho aux relevés photogrammétriques des arbres millénaires du Liban et des tirages photographiques en noir et blanc saisis par l’objectif sensible et singulier du photographe Fouad Elkoury dans le village de Bchaaleh, (district de Batroun au Nord Liban).

Au sol se répand une traînée de verre. Puis des traces fractales de la déflagration du port de Beyrouth rejoignent celles des Antiformes et des empreintes graphiques à grande échelle des creux des arbres. Le visiteur est ensuite plongé dans projection en triptyque des oliviers millénaires du Liban, filmés dans l’obscurité de la nuit par Alain Fleischer, cinéaste, photographe, et plasticien, fondateur du studio français Le Fresnoy. La projection est accompagnée d’une composition sonore originale réalisée par Soundwalk Collective. Après cette traversée en images, le visiteur accède enfin au cœur de la pièce centrale où sont dévoilées les seize toiles du poème en peinture Olivéa: Hommage à la déesse de l’olivier, d’Etel Adnan.

 

Pourquoi avez-vous choisi le site historique des Magazzini del Sale («les magasins du sel»)?

J’ai envie de vous répondre, tout de suite: Je n’ai pas choisi ce site, c’est lui qui m’a choisie! Dès l’annonce de notre projet lauréat, il a fallu confirmer un lieu à Venise, dans le cadre de la Biennale. Le Liban n’ayant pas de pavillon permanent au sein des Giardini, j’ai d’abord essayé d’aller à l’Arsenale comme tout le monde, y compris le commissaire général, me l’avait vivement conseillé. Les quelques travées restantes encore disponibles étaient exiguës, et se prêtaient difficilement à une telle installation. Mais je dois dire que ce sont surtout les contraintes économiques qui nous ont obligés à chercher un lieu à l’extérieur de cette enceinte. Nous avons beaucoup cherché avant de trouver cet espace, ça n’a pas été facile, nous avons eu des divergences d’opinions au sein même de notre équipe, c’est un choix que j’ai dû imposer, et qu’heureusement plus personne ne regrette aujourd’hui.

Ce lieu est exceptionnel et parfaitement adapté à l’installation. Et j’affirme que parmi toutes les œuvres que j’ai choisies de montrer dans cette installation (peintures, photos, film, musique), celle que j’expose avant tout est l’architecture-même du lieu. Ce bâtiment chargé d’histoire est montré dans sa nudité, avec ses murs de brique et de salpêtre qui portent la trace du temps, avec le rythme répétitif de ses fermes en bois soutenant la toiture. La lumière naturelle y pénètre à peine, mais quand elle traverse les quelques fentes en toiture ou la porte entrouverte de l’entrée sur les quais, elle génère des vibrations magiques qui provoquent une première émotion dès qu’on pénètre dans ce lieu. Ses proportions uniques (55 m de long par 5 m de large) sont parfaitement adaptées à mon installation et permettent d’ajuster le rythme et les respirations entre les différentes séquences. Ces espaces de transition et d’entre-deux sont précisément au cœur du sujet de l’exposition.

 

Quels sont les obstacles que vous avez rencontrés dans la préparation du Pavillon?

Le premier obstacle de taille a été économique. Alors que le ministère de la Culture du Liban et l’Ordre des ingénieurs et architectes libanais devaient participer au financement de ce pavillon, en raison des bouleversements d’Octobre-2019, nous nous sommes retrouvés du jour au lendemain sans cette aide. La crise économique qui a suivi nous a privés du financement complémentaire qui devait être trouvé, et le commissaire Jad Tabet m’a très vite signifié, avec beaucoup de peine, qu’étant donné les circonstances, nous devions malheureusement abandonner. C’était mal me connaître, je suis une tombeuse d’obstacles, rien ne m’arrête. Je me suis très vite orientée vers des aides extérieures, en particulier depuis la France où je travaille.

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Le premier obstacle de taille a été économique. Photo Yasmine Dagher.

Pendant un an, nous avons frappé à toutes les portes pour présenter le projet, mobiliser, sensibiliser et susciter l’intérêt de potentiels donateurs. Nous avons reçu des soutiens providentiels de certaines fondations, mais aussi de généreux donateurs, parmi lesquels quelques Libanais et davantage de Français. Nous avons pu recueillir ces dons dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation pour le Liban/Institut de France, que nous remercions vivement. Nos frais ne sont pas entièrement couverts à ce jour, nous devons continuer la levée de fonds durant les mois de la Biennale. Nous espérons y arriver.

Je pourrais citer les autres obstacles, d’ordre logistique notamment, liés aux contraintes sanitaires et autres restrictions de déplacement. Heureusement, nous avons réussi à les surmonter grâce à une mobilisation d’équipe tout à fait exceptionnelle au sein de mon agence, et des entreprises et intervenants sur place. Un vrai miracle, comme j’aime le répéter.

 

Quel est le message que vous voulez transmettre à travers ce Pavillon après cette année si particulière (et difficile) pour le Liban?

Un message d’espoir.

Je l’exprime à travers cette métamorphose de formes qui tend vers une promesse. Celle de l’art ou de la poésie qui transcende la souffrance. Ce qui s’est passé le 4 août 2020 est une véritable tragédie, mais on sait que des grandes blessures sont nées de belles œuvres. Je pense à la reconstruction de la ville détruite à travers un plan urbain plus paysager, plus ouvert sur la mer et sur la lumière de l’horizon, avec des places publiques qui intègrent des lieux culturels, des mixités sociales, de la vie qui revient.

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Le Pavillon libanais est conçu comme une partition musicale. Photo fournie.

Il faut croire à la renaissance de Beyrouth, et que «la beauté sauvera le monde» pour reprendre l’expression de Dostoïevski.

 


Du blues de "Sinners" à une rare égalité: cinq temps forts des Oscars 2026

Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
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  • Une bataille après l'autre triomphe aux Oscars, tandis que Sinners brille par sa performance musicale spectaculaire rendant hommage au blues et à la musique noire
  • Javier Bardem lance un message politique discret mais fort : « non à la guerre, libérez la Palestine », dans une cérémonie par ailleurs plutôt consensuelle

HOLLYWOOD: "Une bataille après l'autre" a triomphé aux Oscars dimanche devant "Sinners", auquel on doit un des temps forts de la cérémonie, une performance musicale magistrale.

Le blues de "Sinners" et la Corée de "KPop Demon Hunters" sur scène

Le blues s'est emparé du Dolby Theatre, transformé en bar de fortune dans une grange du Mississippi pour reproduire la scène musicale d'anthologie de "Sinners" (quatre Oscars dont la meilleure musique de film).

Miles Caton, qui interprète un fils de pasteur accro à la musique du diable, et l'auteur-compositeur-interprète Raphael Saadiq ont repris "I Lied To You", entourés d'artistes incarnant toutes les époques de la musique noire, de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au hip-hop américain. Participaient à cet hommage le musicien Shaboozey et la danseuse étoile Misty Copeland, qui a récemment subi un remplacement de hanche.

Les chanteuses de "KPop Demon Hunters" (meilleur film d'animation) ont elles rendu hommage à la culture sud-coréenne en interprétant leur tube "Golden", meilleure chanson originale.

Robert Redford "cowboy intellectuel" pour Barbra Streisand

La cérémonie a honoré les figures du cinéma disparues récemment, dont l'acteur et réalisateur Robert Redford, "cow-boy intellectuel qui a tracé sa propre voie", selon Barbra Streisand, son amie depuis "Nos plus belles années" (1973).

Tué avec son épouse Michelle en décembre, le réalisateur Rob Reiner laisse en héritage des films qui "dureront des générations, parce qu'ils parlaient de ce qui nous fait rire et pleurer, et de ce à quoi nous aspirons à être", a dit Billy Crystal, héros de sa comédie romantique "Quand Harry rencontre Sally" (1989). Le fils du couple a plaidé non-coupable de ces meurtres.

Rachel McAdams, qui incarnait la fille de Diane Keaton dans "Esprit de famille" en 2005, a salué "une légende qui ne se terminera jamais".

Humour consensuel pour Conan O'Brien

"Je dois vous prévenir, cette soirée pourrait devenir politique", avait annoncé le présentateur de la cérémonie, l'humoriste Conan O'Brien. Ses piques sur le système de santé américain ou le patron de Netflix se sont avérées plutôt consensuelles.

C'est sur le traitement de l'affaire Epstein aux Etats-Unis qu'il a été le plus mordant, lançant: "C'est la première fois depuis 2012 qu'aucun Britannique n'est nommé dans les catégories meilleur acteur ou meilleure actrice. Un porte-parole britannique a déclaré: "+Ouais, mais au moins, nous on arrête nos pédophiles+".

En pleine guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump, le ton est resté globalement très sage, hormis le "non à la guerre, libérez la Palestine" lancé par Javier Bardem sur scène.

"Bébé yoda" fait sa promo

Diffusée sur la chaîne américaine ABC, propriété du groupe Disney, la cérémonie a été l'occasion de faire la promotion de plusieurs films produits par la firme aux grandes oreilles.

"Bébé yoda", héros de la série "The Mandalorian" et du film "The Mandalorian and Grogu", en salles en France le 20 mai, est apparu dans le public. Anne Hathaway, à l'affiche du "Diable s'habille en Prada 2" le 29 avril, a remis un prix avec la papesse de la mode Anna Wintour. Et les "Avengers" Chris Evans et Robert Downey Jr se sont retrouvés sur scène avant la sortie de "Doomsday" le 16 décembre.

Les bandes-annonces ont ensuite été diffusées pendant les publicités.

Rare ex-aequo dans l'histoire des Oscars

Pour la 7e fois seulement depuis 1929, un prix a récompensé deux films ex-aequo. Le meilleur court métrage de fiction est revenu à "The Singers", de Sam Davis et Jack Piatt, et à une production française, "Deux personnes échangeant de la salive", d'Alexandre Singh et Natalie Musteata.

L'acteur et humoriste Kumail Nanjiani, qui remettait ce prix, s'est amusé de "l'ironie que l'Oscar du court métrage prenne deux fois plus de temps".

Barbra Streisand, pour "Funny Girl", et Katharine Hepburn, pour "Le Lion en hiver", s'étaient partagé le prix de la meilleure actrice en 1969. La dernière égalité remontait à 2013, avec "Skyfall" et "Zero Dark Thirty" dans la catégorie meilleur montage sonore.


L’Institut du monde arabe rend hommage à Leila Shahid

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
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  • Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix"
  • "Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne"

PARIS: Mardi 31 mars 2026, l’Institut du monde arabe rendra hommage à Leila Shahid pour une soirée exceptionnelle. Proches, amis et compagnons de route évoqueront son parcours et son engagement, avec notamment les interventions d’Elias Sanbar, Karim Kattan et de nombreux invités. Un moment de mémoire et de dialogue pour saluer une grande voix de la Palestine.

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark.

Elle a ensuite été déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, avant d'occuper les mêmes fonctions à Bruxelles auprès de l'UE durant la décennie suivante.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix".

"Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne".

"Combattante infatigable" 

L'ancien Premier ministre français et ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a salué, toujours sur X, "une ardente amoureuse de la culture, de la poésie et des arts", qui "fut de celles et ceux qui, dès les premières heures, crurent obstinément à la possibilité d'une paix juste et durable au Proche-Orient".

De nombreuses réactions en France sont venues de la gauche, à l'instar de l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry, qui a évoqué une "inlassable militante pour la reconnaissance d'un État palestinien et pour la paix avec Israël".

"Leïla Shahid aura été de ces diplomates exemplaires qui marquent une génération", a pour sa part réagi dans un communiqué l'Institut du Monde Arabe (IMA): "Combattante infatigable, héroïne des temps modernes, elle portait la Palestine en elle avec force et dignité".

"Le désastre des souffrances du peuple palestinien à Gaza l'a hantée jusqu’à sa fin tragique", ajoute l’institution parisienne.

Face à la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Leïla Shahid n'avait eu de cesse d'appeler la communauté internationale à agir pour un cessez-le feu.

Mais dans un entretien à France-Inter deux jours après le 7-Octobre, elle se disait "pessimiste" quant à l'avenir de la Palestine, et mettait en garde contre une annexion par Israël de "ce qu'il reste comme territoires palestiniens".


La femme au cœur de la transformation saoudienne selon Doha Brahim

L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
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  • Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité
  • Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020

PARIS: Délicatesse et chaleur humaine étaient au rendez-vous lors de l’iftar organisé par l’épouse de l’ambassadeur saoudien à Paris, Fatima Al Ruyaily, qui a réuni plusieurs dizaines de personnalités féminines connues de la place parisienne.

Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité.

Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020.

De passage à Paris pour quelques heures seulement, la docteure Brahim a livré un témoignage éclairant sur l’évolution de la place des femmes dans le Royaume.

Vision 2030 et promotion du rôle des femmes

Arrivée le matin même de Riyad, elle devait repartir dès le lendemain, mais son intervention a permis de mesurer l’ampleur des transformations engagées ces dernières années.

Au cœur de son propos : la Vision 2030, vaste programme de réformes lancé par le Royaume pour diversifier son économie et transformer en profondeur la société saoudienne.

« Nous vivons un moment historique dans l’histoire de notre pays », a-t-elle déclaré, ajoutant que cette vision stratégique constitue bien plus qu’un projet économique : elle dessine une transformation globale fondée sur l’innovation, le progrès social et l’ouverture culturelle.

Portée par le roi Salman ben Abdelaziz et mise en œuvre par le prince héritier Mohammed ben Salmane, la Vision 2030 place le développement humain au cœur de ses priorités. « Les citoyens sont à la fois le moteur, le sujet et les bénéficiaires de cette vision », a insisté Doha Brahim.

Dans ce cadre, la promotion des femmes occupe une place centrale. Loin d’être perçue comme un simple symbole ou un privilège, l’autonomisation féminine est présentée comme un droit fondamental et un levier indispensable du développement.

« Un développement global ne peut être atteint que par la participation de tous », a-t-elle affirmé, soulignant que les réformes engagées dépassent le cadre économique pour s’inscrire dans une véritable transformation culturelle et sociale.

Cette évolution s’inscrit également dans les engagements internationaux du Royaume, notamment dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies, parmi lesquels figure l’égalité entre les sexes.

Au cours des dernières années, l’Arabie saoudite a multiplié les initiatives destinées à mesurer et encourager la participation des femmes dans la société, parmi lesquelles la création d’outils statistiques et d’institutions dédiées, comme l’Observatoire national des femmes, chargé de suivre leur participation dans les différents secteurs de la vie publique et économique.

Ces efforts commencent à produire des résultats tangibles, souligne Brahim. La participation des femmes au marché du travail a connu une progression spectaculaire, passant d’environ 17 % à plus de 36 %, dépassant même les objectifs initialement fixés dans le cadre de la Vision 2030.

Aujourd’hui, les femmes saoudiennes occupent des postes dans des domaines autrefois largement masculins. Elles participent à la vie politique à travers leur présence dans les instances consultatives, exercent des responsabilités diplomatiques et contribuent activement au développement économique.

La femme saoudienne est également présente dans les secteurs d’avenir, notamment la technologie, l’innovation et l’entrepreneuriat, et cette présence ne cesse de croître.

De nombreuses femmes créent désormais leurs propres entreprises, contribuant à dynamiser l’économie nationale et à renforcer le tissu entrepreneurial du pays.

L’éducation constitue l’un des moteurs les plus puissants de cette transformation, puisque les femmes représentent aujourd’hui plus de la moitié des étudiants dans les universités du Royaume, notamment dans les disciplines scientifiques.

Certaines participent désormais à des projets scientifiques internationaux majeurs, affirme Brahim, qui signale au passage la participation d’une astronaute saoudienne à une mission vers la Station spatiale internationale.

La transformation touche également des domaines inattendus : les femmes s’illustrent dans les arts, la littérature et la culture, devenant des ambassadrices de l’identité saoudienne sur la scène internationale.

Mais c’est peut-être dans les secteurs de la sécurité et de la justice que le changement apparaît le plus marquant, car les femmes sont désormais présentes dans les forces armées, la garde nationale ou encore l’armée de l’air.

Parallèlement, le système judiciaire s’est ouvert à leur participation, avec un nombre croissant d’avocates et de juristes. Sur la scène diplomatique, plusieurs femmes ont été nommées ambassadrices, représentant le Royaume dans des capitales importantes et au sein d’organisations internationales, y compris auprès de l’Union européenne.

Le sport féminin constitue un autre symbole de cette évolution rapide. En quelques années seulement, l’Arabie saoudite est passée d’une absence quasi totale de pratique sportive féminine à la création de ligues professionnelles et à la participation de sportives saoudiennes à des compétitions internationales.

Pour Doha Brahim, ces évolutions traduisent une transformation profonde de la société saoudienne. « Le parcours d’autonomisation des femmes n’est pas un projet temporaire », a-t-elle souligné. Il s’inscrit dans une dynamique de long terme visant à construire une société plus inclusive et durable.

« Nous ne construisons pas seulement une économie », a-t-elle conclu, « nous construisons aussi une société fondée sur la justice, le partenariat et l’égalité des opportunités ».

L’iftar, qui s’est prolongé par un échange entre les convives sur le potentiel des femmes et le rôle central qui leur revient dans le développement social, a constitué une parenthèse de détente et d’espoir au milieu des turbulences que traverse le monde.