Lorsque la guerre syrienne a éclaté, en 2011, l'aide internationale a afflué et les pays ont ouvert leurs portes pour soutenir les personnes touchées par le conflit. Cependant, près de treize ans plus tard, le sort des réfugiés syriens au Liban est plongé dans l'incertitude alors qu'ils font face à une diminution du financement international, à une menace imminente de rapatriement et à une existence de plus en plus précaire dans un pays d'accueil instable. Alors que les difficultés de la vie quotidienne augmentent pour de nombreux Syriens au Liban, la situation nécessite une attention, un engagement et une action renouvelés pour trouver des solutions à long terme.
Après le déclenchement de la guerre en Syrie, près de deux millions de personnes ont cherché refuge au Liban voisin, autrefois un lieu de stabilité relative dans une région agitée, mais qui est maintenant aux prises avec une inflation galopante et une dépréciation monétaire qui a plongé plus de 80% de sa population dans la pauvreté. Les personnes les plus durement touchées par la chute libre de l'économie libanaise sont les réfugiés syriens.
Malgré leurs espoirs initiaux de trouver la stabilité et la sécurité au Liban, la plupart des familles syriennes ont du mal à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Une personne sur neuf dépend de l'aide humanitaire simplement pour survivre. Entre-temps, le financement international alloué aux réfugiés syriens au Liban a régulièrement diminué. Cela est évident dans tous les aspects de leur vie quotidienne, avec de graves conséquences pour leur santé et leur bien-être. La diminution de l'approvisionnement en eau potable quelques mois seulement avant l'épidémie de choléra de l'année dernière n'en est qu'un exemple. La dégradation des conditions de vie a conduit nos équipes à traiter depuis le début de l'année un nombre alarmant de personnes pour des infections cutanées.
Les Syriens qui ont besoin de soins médicaux ont constaté que le soutien dont ils disposaient avait considérablement diminué. Au début de cette année, le Haut-Commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé une réduction de la couverture des soins de santé secondaires à seulement 50% pour les soins de santé liés à la maternité et un plafonnement pour les autres couvertures d'hospitalisation essentielles. D'autres intervenants, parmi les organisations nationales et internationales qui fournissent des soins de santé, ont réduit leurs services ou les ont complètement annulés. De manière alarmante, les Syriens qui n'ont pas contacté le HCR pour s'enregistrer ne pourront plus bénéficier de la couverture des frais médicaux. Il est à noter que, depuis 2015, le gouvernement a empêché le HCR d'enregistrer des réfugiés. Cela a pour principale conséquence de priver les Syriens qui sont entrés au Liban après 2015 d’un plein accès aux services ainsi qu’à une protection.
Dans le même temps, la détérioration de la situation économique au Liban s'est accompagnée d'une montée constante d’un discours antiréfugiés. Avant la crise économique, les politiciens libanais utilisaient les réfugiés syriens pour obtenir un financement continu des donateurs internationaux comme de la communauté internationale. Cependant, avec la diminution du financement international, il y a eu un changement de discours: maintenant, le gouvernement propose de rapatrier des milliers de réfugiés en Syrie, avec ou sans leur consentement, quelques centaines d’entre eux ayant déjà été renvoyés dans leur pays entre mai et avril de cette année.
Lorsque des crises qui se chevauchent se produisent simultanément, un schéma inquiétant se dessine: plutôt que de s'attaquer aux causes profondes des problèmes économiques et sociaux, la faute en est rejetée sur les réfugiés, qui sont décrits comme un prélèvement sur les ressources ou une menace pour les emplois et la sécurité. Le Liban ne fait pas exception à cette tendance à désigner des boucs émissaires: nouvelles lois discriminatoires, surveillance accrue, manque d'accès aux services de base et capacité limitée à exercer les droits humains sont devenus monnaie courante.
En conséquence, les réfugiés syriens sont confrontés à de graves difficultés sur tous les fronts: diminution de l'aide humanitaire, menace d'expulsion et position de plus en plus incertaine dans un pays d'accueil instable. Leur situation illustre parfaitement les lacunes de la stratégie de la communauté internationale face aux crises: cette dernière échoue trop souvent à apporter des solutions globales et durables, se concentrant plutôt sur des approches d'aide ponctuelles qui font défaut aux personnes les plus vulnérables lorsque survient une évolution dans les changements géopolitiques et le contexte économique.

