PARIS : Comme n’importe quel autre meuble, une table n’a, en apparence, de valeur que par son usage.
Pourtant, elle occupe une place singulière dans la vie familiale et sociale.
C’est autour d’elle que se nouent les relations, que les liens se renforcent, mais aussi parfois que les désaccords éclatent et que les rapports se distendent.
Bien plus qu’un simple objet fonctionnel, la table est un lieu de partage, de transmission et de sociabilité.
On s’y retrouve pour manger, discuter, échanger des idées, transmettre des traditions ou encore apprendre les uns des autres. Elle raconte, à sa manière, une certaine façon de vivre ensemble.
C’est cette dimension humaine et culturelle de la table que sept artistes saoudiennes ont choisi d’explorer à travers le projet Tables Around.
Présentées par la Villa Hegra, dans le cadre de la 12e édition du salon international Asia Now, à la Monnaie de Paris, leurs créations proposent autant de regards singuliers sur les usages de la table, les relations qu’elle suscite et les histoires qui se construisent autour d’elle.
Imaginé par Basmah Felemban et Gaël Charbau, ses directeurs artistiques, le projet s’inscrit dans le cadre de la saison culturelle d’AlUla à Paris.
Le point de départ est simple : la table, objet familier que les artistes abordent sous des angles très différents.
À travers la sculpture, le textile, l’image en mouvement, le parfum et le mobilier d’art, les artistes explorent ce que cet objet peut contenir de récits personnels et de références culturelles.
Une table peut réunir, mais aussi séparer. Elle porte les traces d’un repas, d’une conversation ou d’une absence, autant de pistes que les œuvres développent sans imposer une lecture unique.
Cette diversité d’approches fait l’intérêt de Tables Around, qui ne cherche pas à dresser un panorama de l’art saoudien contemporain, mais à présenter des recherches individuelles, nourries par des expériences et des sensibilités propres à chaque artiste.
Sa présentation par la Villa Hegra à Asia Now participe également à la visibilité de ces créatrices auprès du public parisien.
Installée dans le paysage culturel français, la Villa Hegra contribue aux échanges artistiques entre la France et l’Arabie saoudite, notamment autour de la scène émergente du royaume.
Avec Tables Around, le sujet est volontairement quotidien : chacun connaît les usages de la table, mais les artistes en déplacent les contours, en font un objet de mémoire ou en révèlent les dimensions moins évidentes.
L’exposition rassemble Raghad Al-Ahmed, Reem Olyan, Latifa AlBokhari, Reem Ali, Reem Al Nasser, Zahra Bundakji et Bashaer Hawsawi, qui explorent, chacune à sa manière, les rapports entre héritage et modernité, intimité et espace collectif, expérience personnelle et mémoire culturelle.
Certaines puisent dans les savoir-faire artisanaux, d’autres détournent des objets domestiques ou utilisent des matériaux familiers pour en faire des supports de réflexion, alors que l’ensemble dessine une scène artistique plurielle, loin des représentations convenues.
C’est sans doute là l’un des enjeux majeurs de cette visibilité croissante : faire reconnaître les artistes saoudiennes pour la singularité de leurs propositions, et non plus seulement pour leur origine géographique.
Leurs œuvres ne sont pas uniquement les témoins d’une société en pleine transformation ; elles participent à des conversations artistiques universelles sur le corps, la mémoire, les rapports de pouvoir, les identités et les manières d’habiter le monde.
Cette présence parisienne ne se limite d’ailleurs pas à Asia Now.
Dans le cadre de la Saison culturelle d’AlUla à Paris, l’artiste saoudien Ayman Zedani présente également In the Bellies of the Rocks à Paris Internationale.
En septembre, la Paris Design Week avait déjà accueilli plusieurs propositions associant création contemporaine, design et patrimoine d’AlUla, autant de rendez-vous qui contribuent à inscrire les artistes et les institutions saoudiens dans le calendrier culturel international.
La visibilité acquise dans ces rendez-vous contribue à créer les conditions d’une reconnaissance commerciale plus large.
Pour l’Arabie saoudite, dont la transformation culturelle accompagne une ambitieuse politique d’ouverture, l’enjeu est double.
Il s’agit de soutenir l’émergence d’une scène artistique capable de se développer durablement et de lui permettre de trouver sa place dans les réseaux internationaux de l’art contemporain.
À Paris, les œuvres présentées à l’occasion de cette 12e édition d’Asia Now racontent déjà quelque chose de cette évolution et montrent des artistes qui dialoguent avec leur héritage sans s’y enfermer, qui revendiquent leur singularité sans renoncer à l’universalité de leur propos.





