France : le prix Goncourt 2026 à l'ombre de l'IA

Les romans des auteurs Philippe Jaenada, Yannick Haenel, Clémentine Mélois et Sylvain Prudhomme figurent parmi les quatre ouvrages finalistes du prix Goncourt, qui sera décerné le 3 novembre 2026, a annoncé l’Académie Goncourt le 27 octobre 2026.  (AFP)
Les romans des auteurs Philippe Jaenada, Yannick Haenel, Clémentine Mélois et Sylvain Prudhomme figurent parmi les quatre ouvrages finalistes du prix Goncourt, qui sera décerné le 3 novembre 2026, a annoncé l’Académie Goncourt le 27 octobre 2026. (AFP)
Short Url

France : le prix Goncourt 2026 à l'ombre de l'IA

France : le prix Goncourt 2026 à l'ombre de l'IA
  • Le jury du Goncourt 2026 doit choisir parmi quatre finalistes très différents : 'L'inconnue du Quai de Javel', 'La solitude des professeurs est infinie', 'Choses que je croyais perdues' et 'De l'autre côté du lac'
  • Le président de l'Académie Goncourt, Philippe Claudel, a souligné la nécessité de clarifier que le prix ne peut récompenser que des œuvres écrites par des humains

PARIS: Le jury du Goncourt décerne mardi le plus prestigieux des prix français de l'édition au terme d'une rentrée littéraire secouée par l'affaire Thélyson Orélien, qui a plongé les écrivains dans le monde inconnu de l'intelligence artificielle.

Les neuf jurés doivent désigner leur roman préféré de 2026 parmi les quatre finalistes : "L'inconnue du Quai de Javel" de Philippe Jaenada, "La solitude des professeurs est infinie" de Yannick Haenel, "Choses que je croyais perdues" de Clémentine Mélois et "De l'autre côté du lac" de Sylvain Prudhomme.

Outre le Goncourt, annoncé à la mi-journée au restaurant parisien Drouant, les principaux prix littéraires français dévoileront la semaine prochaine leur palmarès : le Médicis lundi, le Renaudot mardi également et le Femina mercredi.

La compétition pour le Goncourt

La compétition pour le Goncourt semble ouverte entre ces quatre livres, très différents sur le fond comme sur la forme, écrits par trois hommes et une femme représentatifs de la diversité de la littérature française.

Personnalité haute en couleur, Philippe Jaenada, 62 ans, trouve son inspiration dans les faits divers et les cafés de Paris. Le rêveur Sylvain Prudhomme, 47 ans, préfère arpenter les grands espaces. Yannick Haenel, 59 ans, inscrit ses livres dans la réalité sociale, tandis que l'éclectique Clémentine Mélois, 46 ans, ne "s'interdit rien" en jouant avec les mots et les arts.

Madrigall consacré

Quel que soit leur choix, les neuf jurés consacreront un livre publié par le groupe Madrigall, le quatrième éditeur français, qui possède Gallimard (éditeur des livres d'Haenel et de Mélois), Flammarion (Jaenada) et Minuit (Prudhomme).

Cette dernière maison d'édition a déjà obtenu le Goncourt en 2025 avec le roman de Laurent Mauvignier "La maison vide", qui a connu un immense succès en librairie avec près de 640.000 exemplaires vendus.

"L'indépendance du jury est totale. Il fait ses choix avec une grande clarté et une absence de pression", assure à l'AFP le président de l'Académie Goncourt, l'écrivain Philippe Claudel. "Le palmarès des dernières années montre que nous avons couronné des livres et des éditeurs très différents", affirme-t-il.

Pour une maison d'édition, gagner le Goncourt est l'assurance de passer une bonne fin d'année. Car "c'est le seul prix qui permet à un livre de se vendre à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires", souligne Philippe Claudel. Et "offre ainsi à son éditeur des années de trésorerie".

Mis en évidence dans les librairies, le livre orné du bandeau rouge "Prix Goncourt" est souvent considéré comme un cadeau de Noël idéal, sans risque.

Écrit par un être humain

Au début de la rentrée littéraire, l'un des favoris pour le prix était "C'était ça ou mourir" (Grasset), le roman du Canado-Haïtien Thélyson Orélien presque unanimement salué par la critique, les libraires et les lecteurs.

Mais cette perspective s'est effondrée lorsque l'auteur de 38 ans a été soupçonné d'avoir eu massivement recours à l'IA pour écrire son livre, ce qu'il a démenti. Il a ensuite été accusé de plagiats et son éditeur canadien a récemment rompu tout lien avec lui.

Face à la polémique, l'Académie Goncourt a pris la décision inédite le 25 septembre de le retirer de sa sélection afin de "préserver l'intégrité du prix".

"Cette affaire a au moins la vertu de nous faire nous interroger sur la puissance de l'IA, et notamment du rôle qu'elle joue et va jouer dans la production de livres", réagit Philippe Claudel.

Le président du jury dit cependant "regretter" que Thélyson Orélien "ne se soit pas expliqué", car il serait "intéressant" de comprendre "comment il avait travaillé" son livre avec l'IA.

En attendant, l'Académie Goncourt réfléchit à "modifier légèrement" son règlement pour "bien spécifier" que son prix "ne peut couronner qu'un ouvrage écrit par un être humain".

Ces derniers jours, le Grand prix du roman de l'Académie française a récompensé Sébastien Lapaque pour "Le rappel des oiseaux", tandis que le prix Décembre a été attribué à Anne Godard pour "Nous aussi", deux ouvrages publiés par Actes Sud.