PARIS: Les Bourses européennes évoluent dans le vert jeudi, portées par la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat américaines, qui provoque une rotation des investissements au détriment des valeurs technologiques.
La large victoire des démocrates aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis mardi a en effet provoqué une "rotation sectorielle mondiale" profitant aux Bourses européennes, moins exposées aux valeurs technologiques que leurs homologues asiatiques et américaines, relève John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement de Cité Gestion.
Dans les premiers échanges européens, la Bourse de Paris prenait 1,09 %, Francfort 0,70 %, Londres 0,89 % et Milan 0,23 %.
Le président américain Donald Trump se retrouve désormais face à un paysage politique radicalement transformé et hostile. La vague démocrate a déferlé jusque dans des bastions républicains traditionnels, alimentée par la colère suscitée par la flambée des prix de l'énergie et la longue guerre contre l'Iran.
Conséquence pour les marchés, "les investisseurs semblent désormais privilégier les secteurs traditionnels et les valeurs de consommation au détriment des semi-conducteurs, pénalisés par la perspective d'un encadrement réglementaire plus strict des investissements dans l'intelligence artificielle" (IA) avec la prise de contrôle des deux chambres du Congrès par les démocrates, explique John Plassard.
La faiblesse des valeurs technologiques reflète en effet "les inquiétudes concernant la pérennité des investissements dans l'intelligence artificielle (IA), auxquelles s'ajoute désormais la possibilité d'un renforcement de la réglementation à la suite de la prise de contrôle du Congrès par les démocrates", souligne Daniela Hathorn, de Capital.com.
Les valeurs des semi-conducteurs sont les premières visées.
En Europe, Infineon perdait 1,04 % à Francfort, ASML cédait 1,85 % à Amsterdam et STMicroelectronics baissait de 2,23 % à Paris.
A Séoul, l'indice phare Kospi s'est effondré de 5,28 %, plombé par la chute des deux mastodontes sud-coréens des puces mémoire Samsung Electronics (-7,57 %) et SK hynix (-9,46 %).
A la Bourse de Tokyo, l'indice vedette Nikkei a abandonné 1,79 %, avec une plongée des firmes liées aux semi-conducteurs comme Advantest (-14,71 %) ou Tokyo Electron (-9,42 %).
"Les investisseurs japonais ont surtout vu (...) la victoire de démocrates comme une menace additionnelle sur les perspectives de développement des infrastructures d'IA américaines, redoutant tout à la fois un durcissement de la réglementation sur la construction des centres de données et une remise en question de la politique très favorable aux grands groupes technologiques de ces deux dernières années", souligne Véronique Riches-Flores, économiste de RichesFlores Research.
L'indice Philadelphie des semi-conducteurs, qui représente les trente principales sociétés américaines du secteur, a perdu plus de 3 % mercredi.
Salve de résultats
En parallèle, la saison des résultats poursuit son cours.
Le géant danois du transport maritime Maersk a annoncé jeudi relever ses prévisions annuelles, après un troisième trimestre marqué par la hausse des volumes et un bénéfice net presque triplé sur cette période, à 3 milliards de dollars (2,7 milliards d'euros). A la Bourse de Copenhague, le titre dévissait toutefois de 10,47 %.
A Francfort, Rheinmetall s'effondrait de 17,07 %, contraint d'abaisser une deuxième fois ses prévisions annuelles la veille en raison d'un méga contrat de véhicules avec les forces armées allemandes reporté en 2027.
L'action d'Air France-KLM s'envolait de 10,82 % à Paris, après l'annonce par le groupe de transport aérien franco-néerlandais d'un bénéfice net en hausse de 22 % au 3e trimestre, celui de la saison haute, grâce à l'augmentation du chiffre d'affaires par passager.
Le pétrole sous les 100 dollars
Les prix du pétrole hésitent jeudi après avoir déjà fortement baissé en début de semaine, "les marchés envisageant avec davantage d'optimisme une issue diplomatique au conflit au Moyen-Orient", commentent les analystes de MUFG.
Vers 08H45 GMT, le Brent de la mer du Nord, la référence mondiale du brut, prenait 0,62 % à 95,21 dollars le baril, et son équivalent américain, le WTI, cédait 0,03 % à 88,09 dollars le baril.
"La lourde défaite électorale des républicains, alimentée par le mécontentement de la population face à la hausse du coût de la vie provoquée par la guerre entre les États-Unis et l'Iran, renforce les spéculations selon lesquelles l'administration Trump sera davantage incitée à mettre fin au conflit rapidement", souligne MUFG.
Pour Claudio Galimberti, économiste chez Rystad Energy, la victoire démocrate dans les deux chambres du Congrès "modifie le coût politique de la poursuite de la guerre contre l'Iran".
"La Maison-Blanche conserve ses pouvoirs discrétionnaires concernant les frappes militaires, les blocus et les autorisations liées aux sanctions. Ce qui change, en revanche, c'est le prix politique à payer pour y recourir", poursuit-il.





