PARIS: Mansuétude du Rassemblement national, ordonnances, 49.3... A la recherche du meilleur moyen pour passer le cap du Parlement en pleine campagne présidentielle, Sébastien Lecornu a présenté un budget "difficile", qui fait déjà hurler la gauche, tout en multipliant les clins d'oeil à Marine Le Pen.
Pour faire avaler son effort budgétaire de 54 milliards d'économies sans être censuré, le chef du gouvernement a besoin de la bienveillance soit du Parti socialiste, soit du Rassemblement national, la France insoumise ayant déjà prévu de censurer le gouvernement.
Alors que la grogne sociale risque de polariser les débats qui débuteront en octobre, le président Emmanuel Macron a dressé vendredi le tableau d'une crise durable sur l'énergie à l'international, sans compter la montée de la menace russe.
Mais le Parti socialiste ne semble pas d'humeur à épargner le gouvernement sur ce texte qui prévoit de faire contribuer les retraités et les fonctionnaires: une copie "insoutenable" et "contraire aux engagements" du Premier ministre en faveur d'un "compromis", a estimé son porte-parole Arthur Delaporte.
La position des socialistes qui sont "très divisés" n'est "pas acquise", pointe un proche de Sébastien Lecornu.
Quant aux responsables du RN, ils restaient eux réservés, préférant attendre de "voir la copie", même si Marine Le Pen a dit qu'elle voterait probablement "contre" ce budget.
Bien qu'ils se défendent de "négocier", Sébastien Lecornu et Marine Le Pen partagent tous les deux le souhait que la France dispose d'un budget et marquent des signes d'attention mutuels.
Le Premier ministre ne veut pas être censuré et rajouter de l'instabilité politique à un contexte financier déjà tendu, alors que Marine Le Pen, donnée en tête des intentions de vote, n'a pas besoin d'une crise politique en pleine campagne électorale.
Méfiance sur le RN
Sébastien Lecornu a fait plusieurs propositions proches de certaines revendications du RN tandis que Marine Le Pen a affirmé qu'elle ne ferait "rien qui aggrave" la situation du pays, alors que la perspective d'une crise financière mondiale se rapproche.
Tous deux refusent donc l'idée de recourir à une loi spéciale -- qui reconduit les crédits de l'année précédente -- pour pallier l'absence de budget.
Elle coûterait cher au pays et retarderait même le budget 2028 du futur locataire de l'Elysée, compte tenu du calendrier électoral, soutiennent-ils.
Mais les signes d'ouverture de Mme Le Pen n'ont pas dissipé la méfiance de l'exécutif à son égard.
Michel Barnier, censuré au bout de trois mois à Matignon fin 2024, "était persuadé d'avoir une marge de manoeuvre avec le RN et on a vu ce que ça a donné", rappelle un ministre.
D'autant que les mesures touchant les retraités, que le gouvernement entend bien mettre à contribution pour quelque six milliards d'euros, passent mal au RN.
Outils pour le budget
Face à cette incertitude politique, le gouvernement dispose de deux outils pour faire passer le budget sans vote.
Soit l'article 49.3 de la Constitution, qui expose à une motion censure: si elle est votée, le gouvernement tombe et le budget n'est pas adopté.
Soit les ordonnances, jamais utilisées et jugées brutales, qui permettent l'adoption d'un budget même en cas de censure spontanée par la suite.
Mais celles-ci supposent que le Parlement ne se soit pas "prononcé" dans les délais prévus par la Constitution pour débattre du budget.
Le gouvernement assure qu'il prendra "tout le temps nécessaire" pour débattre du budget.
Et mise sur la discussion pour aboutir à un texte négocié qui pourrait passer par 49.3. Mais si personne n'entend discuter, l'option des ordonnances est clairement envisagée.
Eric Coquerel, président LFI de la commission des Finances, dit ne pas croire que le gouvernement veuille aller au vote, car le Premier ministre devrait, selon lui, "accepter soit de voir son budget profondément remanié, soit d'être battu".





