Santé, eau et innovation : six chercheuses arabes à l’honneur

Le jury et les six lauréates du programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science au Moyen-Orient, réunis à Dubaï pour la 13ᵉ édition du programme. (Photo : fournie)
Le jury et les six lauréates du programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science au Moyen-Orient, réunis à Dubaï pour la 13ᵉ édition du programme. (Photo : fournie)
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Santé, eau et innovation : six chercheuses arabes à l’honneur

Santé, eau et innovation : six chercheuses arabes à l’honneur
  • Six chercheuses arabes récompensées pour leurs innovations en santé, sécurité hydrique et développement durable
  • Depuis 2014, le programme a soutenu 69 chercheuses avec plus d’un million d’euros de dotations

DUBAÏ : Améliorer l’imagerie médicale, développer des traitements contre les virus émergents et trouver de nouvelles solutions à la pénurie d’eau : six chercheuses arabes ont été récompensées le 22 octobre à Dubaï lors de la 13ᵉ édition du programme L’Oréal-UNESCO For Women in Science Middle East.

Originaires d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, d’Oman et du Qatar, les lauréates comprennent trois doctorantes et trois chercheuses postdoctorales. Leurs travaux portent sur des enjeux régionaux et mondiaux liés à la santé, à la sécurité hydrique et à la protection de l’environnement.

Depuis son lancement régional en 2014, le programme a soutenu 69 chercheuses arabes grâce à plus d’un million d’euros de dotations. Selon l’UNESCO, les femmes représentent 41 % des chercheurs dans les États arabes, une proportion supérieure à la moyenne mondiale.

« Notre responsabilité ne consiste pas seulement à reconnaître ces talents, mais aussi à contribuer à créer la visibilité, les réseaux et les opportunités qui leur permettent de s’épanouir », a déclaré Laurent Duffier, directeur général de L’Oréal Moyen-Orient.

Des avancées pour la santé

La doctorante saoudienne Alaa Mansour Almushaikeh développe des scintillateurs en verre hybride destinés à améliorer l’imagerie par rayons X. Ces matériaux pourraient permettre d’obtenir des images plus précises avec une exposition réduite aux radiations, notamment pour les patients nécessitant des examens répétés.

« Dans le domaine de la santé, la principale opportunité consiste à réduire la dose de radiation », a-t-elle expliqué à Arab News en français.

Son ambition est de transformer les découvertes scientifiques en technologies plus sûres et accessibles, notamment pour les femmes à différentes étapes de leur vie.

L’Émiratie Jawaher Alhammadi développe des modèles de membranes cellulaires pour améliorer l’étude des maladies et tester les traitements avant leur administration aux patients. Sa méthode repose sur des vésicules extracellulaires, de minuscules particules qui transportent certaines caractéristiques des membranes des cellules dont elles proviennent. Intégrées à sa plateforme, elles permettent de créer des modèles reproduisant certains aspects d’une maladie.

À terme, ces modèles pourraient contribuer à la médecine personnalisée en permettant de tester des traitements à partir des cellules d’un patient.

« Deux personnes atteintes du même diagnostic ne réagissent pas nécessairement de la même manière à un médicament », a-t-elle confié à Arab News en français.

« Mon objectif est un avenir où les traitements seront conçus non seulement pour une maladie, mais aussi en tenant compte de chaque patient », a-t-elle ajouté.

La doctorante qatarie Hadeel Tarik Zedan travaille sur un traitement antiviral administré par voie intranasale, fondé sur l’interférence par ARN et des nanoparticules lipidiques. L’objectif est de cibler les coronavirus et d’autres virus respiratoires émergents, en complément des vaccins.

« Mes recherches visent à faire en sorte que le monde soit prêt face à la prochaine menace virale », a-t-elle déclaré à Arab News en français.

Elle insiste sur l’importance de rendre ces traitements accessibles aux populations disposant de ressources limitées, souvent particulièrement vulnérables lors des crises sanitaires.

De l’immunité à la sécurité hydrique

La chercheuse postdoctorale saoudienne Dr Aljawharah Alrubayyi étudie les mécanismes par lesquels le système immunitaire combat les infections virales. Ses recherches visent à identifier des cibles susceptibles de guider le développement de vaccins et d’immunothérapies offrant une protection plus large et durable.

Ayant grandi en Arabie saoudite pendant l’émergence du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), elle a développé un intérêt particulier pour la prévention des épidémies.

« Cette expérience m’a montré à quel point il est important de se préparer à la prochaine épidémie avant qu’elle ne survienne », a-t-elle expliqué à Arab News en français.

Aux Émirats arabes unis, Dr Marieh Bassam Al Handawi s’inspire des plantes désertiques pour développer de nouvelles méthodes de collecte de l’eau atmosphérique. Ses recherches associent la flore locale à des cristaux et des hydrogels afin d’explorer des technologies nécessitant peu d’énergie.

Dans une région confrontée au stress hydrique, ces travaux pourraient compléter les solutions existantes. La chercheuse souligne aussi les conséquences sociales de la pénurie d’eau, qui peut limiter l’accès des femmes et des filles à l’éducation et à l’emploi lorsqu’elles doivent assurer la collecte d’eau pour leur foyer.

« Les plantes du désert ont passé des milliers d’années à apprendre à survivre avec très peu d’eau, et j’espère transformer ce qu’elles nous enseignent en solutions concrètes pour les populations », a-t-elle déclaré à Arab News en français.

La chercheuse omanaise Dr Sara Al-Araimi explore, quant à elle, des méthodes de traitement des eaux usées permettant également de valoriser le dioxyde de carbone.

Ses systèmes bioélectrochimiques associent bactéries et microalgues : les premières contribuent à décomposer les polluants, tandis que les secondes utilisent le dioxyde de carbone, la lumière et les nutriments pour produire une biomasse potentiellement valorisable.

« Pour moi, l’impact doit aller au-delà du laboratoire », a-t-elle confié à Arab News en français.

Elle prévoit également de former une jeune assistante de recherche dans le cadre de son programme, afin de transmettre ses connaissances à une nouvelle génération de scientifiques.

« Je veux que l’opportunité que m’a offerte le programme L’Oréal-UNESCO For Women in Science Middle East ouvre la voie à une autre femme qui commence son parcours scientifique », a-t-elle ajouté.

Renforcer le leadership des femmes

Les six chercheuses ont été sélectionnées par un jury de 11 scientifiques et universitaires du Moyen-Orient, présidé par la professeure Marie Abboud, de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

« Ce qui nous a impressionnés, en tant que jury, ce n’est pas seulement l’excellent niveau des candidates, mais aussi l’étendue de leurs ambitions », a-t-elle déclaré.

La ministre émiratie de l’Éducation, Sarah Al Amiri, a souligné l’importance d’offrir `des parcours permettant aux jeunes talents de passer de la formation à la recherche, puis à des applications concrètes. Salah Khaled, directeur du bureau de l’UNESCO à Doha pour les États du Golfe et le Yémen, a également rappelé l’importance de mobiliser toute la diversité des talents scientifiques.

Lancé en 1998 par la Fondation L’Oréal en partenariat avec l’UNESCO, le programme international Pour les Femmes et la Science a soutenu plus de 5 000 chercheuses dans plus de 140 pays, dont sept lauréates du prix Nobel, selon les organisateurs.

Les six projets récompensés illustrent le potentiel de la recherche menée par les femmes arabes pour répondre aux défis sanitaires et environnementaux. Leur développement dépendra notamment de la poursuite des financements et de leur capacité à transformer les découvertes en applications concrètes.

Treize ans après son lancement régional, le programme entend ainsi renforcer la visibilité des chercheuses et leur place dans un écosystème scientifique essentiel à l’innovation et au développement durable.