Au centre d'une crise majeure avec le Maroc, le chef du Polisario quitte l'Espagne

Brahim Ghali «a prévu de quitter l'Espagne ce soir à bord d'un avion civil depuis l'aéroport de Pampelune». Photo prise à l'hôpital San Pedro de la ville espagnole de Logrono le 1er juin 2021, où Brahim Ghali se remettait d'un cas grave de Covid-19 / AFP
Brahim Ghali «a prévu de quitter l'Espagne ce soir à bord d'un avion civil depuis l'aéroport de Pampelune». Photo prise à l'hôpital San Pedro de la ville espagnole de Logrono le 1er juin 2021, où Brahim Ghali se remettait d'un cas grave de Covid-19 / AFP
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Publié le Mercredi 02 juin 2021

Au centre d'une crise majeure avec le Maroc, le chef du Polisario quitte l'Espagne

  • Cette annonce intervient quelques heures après l'audition de Brahim Ghali par la justice espagnole dans le cadre de deux plaintes le visant pour «tortures» et «génocide»
  • Brahim Ghali «a prévu de quitter l'Espagne ce soir à bord d'un avion civil depuis l'aéroport de Pampelune», dans le nord du pays, a indiqué le ministère espagnol des Affaires étrangères

MADRID : Le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, dont l'accueil en Espagne pour y être soigné de la Covid-19 a provoqué une crise majeure entre Madrid et Rabat, va quitter l'Espagne, a indiqué mardi soir le gouvernement espagnol.

Cette annonce intervient quelques heures après l'audition de Brahim Ghali par la justice espagnole dans le cadre de deux plaintes le visant pour "tortures" et "génocide". 

La décision du juge de ne pas prendre de mesure coercitive à son encontre a ouvert la voie à son départ.

Brahim Ghali "a prévu de quitter l'Espagne ce soir à bord d'un avion civil depuis l'aéroport de Pampelune", dans le nord du pays, a indiqué le ministère espagnol des Affaires étrangères, sans préciser la destination de l'appareil mais en indiquant avoir prévenu les autorités marocaines.

Il "avait les papiers à son nom avec lesquels il est entré en Espagne", a ajouté le ministère.

Avion d'Etat algérien

Selon le quotidien El Pais, cet avion a pour destination Alger, dont le gouvernement est le plus fervent soutien du Polisario, et doit décoller à 01H40 du matin (23H40 GMT mardi).

Plus tôt dans la journée, Enaire, l'aviation civile espagnole, avait indiqué à l'AFP qu'un avion "civil" appartenant à l'"Etat" algérien, provenant d'Alger et avec Logroño (nord) pour destination, était entré mardi dans l'espace aérien espagnol et avait fait demi-tour sur "ordre des contrôleurs aériens militaires".

Selon le média en ligne El Confidencial, il comptait récupérer le leader sahraoui pour le ramener en Algérie.

Le chef du Polisario était arrivé le 18 avril en Espagne dans le plus grand secret, à bord d'un avion médicalisé de la présidence algérienne et muni d'un "passeport diplomatique", selon le quotidien El Pais. Il avait ensuite été admis dans un état critique à l'hôpital de Logroño sous un faux nom "pour des raisons de sécurité".

Sa présence en Espagne a déclenché une crise diplomatique majeure entre l'Espagne et le Maroc ayant eu pour point culminant l'arrivée mi-mai de près de 10.000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, à la faveur d'un relâchement des contrôles par les autorités marocaines.

Le départ de M. Ghali risque de raviver ces tensions alors que le Maroc a mis en garde il y a quelques jours sur un "pourrissement" de la crise s'il était permis au chef du Polisario "de rentrer chez lui".

Plaintes pour «tortures» et «génocide»

Brahim Ghali a été entendu mardi en visioconférence depuis l'hôpital de Logroño par un juge du haut tribunal madrilène de l'Audience nationale car il est visé par deux plaintes en Espagne.

La plus récente, pour "arrestation illégale, tortures et crimes contre l'humanité", a été déposée en 2020 par Fadel Breika, dissident du Front Polisario naturalisé espagnol, qui affirme avoir été victime de "tortures" dans les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf, en Algérie.

L'autre avait été déposée en 2007 par l'Association sahraouie pour la défense des droits de l'homme (ASADEDH) pour "génocide", "assassinat", "terrorisme", "tortures" ou "disparitions", commis là encore dans les camps de Tindouf, d'après cette organisation basée en Espagne.

Des accusations "totalement fausses" et résultant d'un "objectif totalement politique", a affirmé l'avocat du chef du Polisario, Manuel Olle à la sortie de l'audition, en suggérant à demi-mot que Rabat pourrait être, selon lui, derrière ces plaintes.

"Les tortures sont confirmées par des milliers de témoins", a rétorqué l'avocate de Fadel Breika, Maria José Malagon Ruiz del Valle, balayant le caractère "politique" du dossier.

A l'issue de l'audition, le juge a rejeté la demande des plaignants qui réclamaient la confiscation du passeport de M. Ghali et sa détention provisoire. 

Il a justifié sa décision en estimant que "le rapport de l'accusation (...) n'a pas apporté d'indices" montrant que le chef du Polisario soit "responsable d'un délit".

Territoire désertique de 266.000 km2 situé au nord de la Mauritanie, le Sahara occidental est considéré comme un "territoire non autonome" par l'ONU, en l'absence d'un règlement définitif.

Le Front Polisario réclame un référendum d'autodétermination, prévu par l'ONU, mais constamment reporté depuis la signature en 1991 d'un cessez-le-feu entre Rabat et le Polisario après 16 années de conflit. Le Maroc propose une autonomie sous sa souveraineté.


Trump dit ne pas penser que le guide suprême iranien soit mort

Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei. (AFP)
Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei. (AFP)
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  • Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei
  • Il n'est pas apparu publiquement depuis et s'exprime par des communiqués qui lui sont attribués.

WASHINGTON: Donald Trump a dit mercredi qu'il "ne pensait pas" que le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, qui n'a pas été vu en public depuis fin février, "soit mort".

"Il a été très sérieusement blessé mais je ne pense pas qu'il soit mort", a dit le président américain pendant un entretien avec un animateur conservateur, Glenn Beck.

Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei.

Il n'est pas apparu publiquement depuis et s'exprime par des communiqués qui lui sont attribués.

Cette discrétion, en plein conflit régional, a donné lieu à des spéculations à la fois sur son état de santé et sur ses relations avec d'autres hauts responsables iraniens.


Oman et Téhéran négocient la régulation du détroit d'Ormuz sans déblocage en vue

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  • Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a dit sur X espérer "annoncer bientôt" un nouveau couloir de navigation, ainsi "que des modalités pratiques afin de rétablir une navigation sûre"
  • Des négociations se poursuivront pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires", ajoute le texte

TEHERAN: Oman et Téhéran discutent d'un "couloir temporaire" de navigation dans le détroit d'Ormuz et de son déminage mais les autorités iraniennes ont prévenu mercredi que le passage stratégique ne serait pas ouvert avant que les Etats-Unis ne mettent fin à la guerre.

Les deux pays riverains du détroit cherchent à réguler la navigation dans cette voie maritime, toujours verrouillée par Téhéran, qui est au cœur de la guerre au Moyen-Orient.

Alors que le conflit dure depuis près de six mois, Washington a intensifié la pression économique avec un nouveau train de sanctions "secondaires" annoncé cette semaine, touchant non pas directement l'Iran mais ses partenaires commerciaux, sur l'or, la technologie, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime.

A Mascate, les ministres iranien et omanais des Affaires étrangères ont discuté mardi d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" et prévoyant une opération de déminage, selon un communiqué conjoint.

Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a dit sur X espérer "annoncer bientôt" un nouveau couloir de navigation, ainsi "que des modalités pratiques afin de rétablir une navigation sûre".

Des négociations se poursuivront pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires", ajoute le texte.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a souligné mardi sur X que lors de négociations avec les partenaires omanais et pakistanais, "l'accent a été mis sur des solutions régionales". "Le cadre proposé pour un nouveau corridor, le déminage conjoint et la gestion future du détroit d'Ormuz en sont une parfaite illustration".

Mais le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a prévenu Washington tôt mercredi sur X: "Avant toute action visant à rouvrir le détroit d'Ormuz, les Etats-Unis doivent mettre pleinement en œuvre l'ensemble des engagements qu'ils ont violés".

"Le détroit d'Ormuz ne sera rouvert qu'en échange de la fin de la guerre sur tous les fronts, de la levée du blocus et d'un règlement de la situation au Yémen."

Il a ajouté que la réponse de l'Iran aux sanctions américaines serait de "viser leurs intérêts économiques".

"Mines retirées", selon Trump 

Sur son réseau social, Donald Trump avait, lui, affirmé que, selon la marine américaine, "toutes les mines avaient été retirées et/ou détruites dans les eaux internationales du détroit d'Ormuz".

"L'Iran a été informé que tout navire ou bateau posant de nouvelles mines (serait) (...) détruit", a-t-il ajouté.

Plus tôt, il avait assuré que le détroit était sous contrôle américain - ce que Téhéran a démenti - et menacé Oman de bombardements si le sultanat se mettait "en travers" de la route des Etats-Unis sur Ormuz.

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a dit lundi la volonté de Washington de "couper toutes les ressources économiques" de l'Iran

En Iran, déjà éprouvé par des décennies de sanctions internationales, de nombreux automobilistes et motards se sont pressés mardi dans les stations-service de Téhéran.

Malgré les informations toujours contradictoires, les opérateurs ont poussé le pétrole en baisse de plus de 2% mercredi dans un regain d'optimisme, le Brent s'installant sous les 90 dollars.

La guerre a été déclenchée fin février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, qui a riposté en frappant des pays alliés de Washington dans la région et en verrouillant le détroit d'Ormuz.

Au cœur du conflit, le stratégique détroit, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran quasiment sans interruption depuis six mois, ce qui a entraîné une envolée des prix du pétrole et une pression accrue sur Donald Trump aux Etats-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.

Washington mène en retour un blocus des ports iraniens.

Téhéran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit.


Un député israélien tente de détruire un mémorial palestinien en Cisjordanie

Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
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  • L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot
  • "Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression"

RAMALLAH: Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique.

"Il y a quelques jours, j'ai demandé à l'armée d'agir pour retirer les monuments commémorant des terroristes responsables d'attaques contre des Israéliens dans les villages de Madama et de Burin. Malheureusement, ils sont restés en place. Je m'y suis donc rendu moi-même et j'ai pris des mesures pour les retirer", a affirmé M. Soukot dans une vidéo le montrant avec un marteau tentant de détruire le mémorial.

L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot.

"Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression", a dit l'armée dans un communiqué.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que l'armée est "l'autorité souveraine en Judée-Samarie (nom israélien de la Cisjordanie)".

"Se faire justice soi-même, en particulier lorsqu'il s’agit de personnalités publiques, est une pratique répréhensible qui empêche Tsahal de se concentrer sur ses missions de lutte contre le terrorisme et l'incitation à la violence", a dit M. Netanyahu selon un communiqué de son bureau.

Le principal rival de M. Netanyahu pour les prochaines élections, Gadi Eizenkot, a réagi sur X en accusant le Premier ministre "qui permet à des anarchistes comme Zvi Soukot et ses semblables de faire tout ce qui leur plaît, mettant en danger la sécurité des localités israéliennes et portant atteinte à la position d'Israël dans le monde".

Rami Nassar, chef du conseil du village de Madama, a déclaré à l'AFP que "le monument porte les noms des martyrs du village tombés lors de la bataille de Karameh (en 1968, NDLR), des première et deuxième Intifada (soulèvement palestinien), ainsi que jusqu'à aujourd'hui", qualifiant l'acte du député israélien de "terrorisme".

M. Nassar a affirmé que le nom d'"un agriculteur du village tué alors qu'il travaillait sa terre, sans qu'aucun affrontement n'ait eu lieu" était notamment inscrit sur le mémorial.

Dans sa vidéo, M. Soukot a affirmé que parmi les noms mentionnés sur le mémorial figurait celui de Yamen Faredj, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), recherché pour sa participation à des attentats en Israël pendant la seconde Intifada et qui avait été tué en 2004 à Naplouse par l'armée israélienne.

Les violences ont explosé dans le territoire palestinien, occupé depuis 1967, depuis l'attaque du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.