Nasser Kamel: «Je rêve d'un Erasmus méditerranéen»

Le secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée, Nasser Kamel, à Madrid le 25 mai 2021.
Le secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée, Nasser Kamel, à Madrid le 25 mai 2021.
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Publié le Vendredi 11 juin 2021

Nasser Kamel: «Je rêve d'un Erasmus méditerranéen»

  • Seulement 1,5% des entreprises dans notre espace Mena sont capables de faire du e-commerce
  • Pour un Erasmus méditerranéen, il faut des fonds et de la mobilité, du Sud vers le Nord, pour nos jeunes étudiants. Il est également nécessaire d’accroître une internationalisation des diplômes

NICE: Organisation intergouvernementale, lancée en 2008 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, l’Union pour la Méditerranée réunit 42 pays, dont les 27 membres de l’Union européenne (UE). Depuis sa création, l’UPM s’est donnée pour objectif de favoriser la coopération régionale. Vingt-cinq ans après la Déclaration de Barcelone, si de nombreux projets ont pu voir le jour, le bilan d’intégration reste mitigé, les disparités se creusent entre les pays du Nord et du Sud, et le manque de coopération Sud-Sud est criant. C’est ce qui ressort du premier rapport d’étape sur l’intégration régionale dans l’UPM. Arab News en Français a rencontré son secrétaire général, Nasser Kamel. Ancien ambassadeur d’Égypte à Paris, puis à Londres, il nous livre sa lecture de ce rapport, mais aussi ses recommandations pour une intégration régionale réussie.

Après plusieurs années à se chercher, à s’organiser, l’UPM est parvenue à se doter d’une feuille de route. L’institution semble s’être remise sur les rails, mais elle peine encore à se faire connaître du grand public. En quoi se distingue-t-elle des autres outils de coopération Nord-Sud? 

Nous faisons partie d’un écosystème, nous travaillons ensemble, que ce soit en faveur du climat, de l’environnement, des énergies renouvelables, de l’économie bleue, de l’éducation,  de la recherche scientifique, ou encore de l’emploi. Nous avons d’ailleurs été les premiers à étudier les défis et les problématiques de la zone, à proposer des pistes aux décideurs politiques et à agir pour faire avancer la cause de l’intégration régionale.

L’UPM se distingue aussi par son mode de travail. Nous sommes une organisation internationale, ce qui nous donne le pouvoir de réunir 42 pays à la même table, et à tous les niveaux, qu’il s’agisse de ministres, de membres de la société civile, d’acteurs de terrain. Nous sommes pleinement ouverts à collaborer avec tous les partenaires, comme ceux du Dialogue 5+5 , via le Sommet des deux rives, Forum de la Méditerranée… Il y a donc une très grande complémentarité des outils existants.

Une complémentarité mais aussi une grande disparité. C’est ce qui ressort de votre rapport sur l’intégration régionale des pays de la zone, réalisé avec l’OCDE. Une conclusion qui n’est pas vraiment une surprise… Pourquoi, dès lors, avoir réalisé cette étude?

Ce rapport a été commandé par nos décideurs politiques, nos ministres des Affaires étrangères il y a trois ans. Son but était de réaliser un état des lieux de l’intégration régionale au sens large, et sur la disparité et les manques. Il a permis de présenter des recommandations aux décideurs. Mais à ma grande surprise, le rapport pointe les progrès réalisés. La région a en effet pu diversifier sa production. Elle n’exporte plus seulement des matières premières. Elle joue maintenant un rôle plus important dans la chaîne de production à l’échelle régionale. Le Maroc en constitue un exemple, avec son industrie automobile, acteur important sur le marché au sud et au nord du pays. D’autres États comme l’Égypte ont également pu diversifier leur base de production. Mais la réalité est là. Oui, 75% des échanges dans la zone euro-méditerranéenne se font entre les pays de l’UE, 15% entre la zone Europe et les pays du Sud…et 5% seulement entre les pays du Sud de la Méditerranée. C’est un véritable problème.

Pour produire ce rapport, nous avons choisi cinq critères bien déterminés: le commerce, les infrastructures, les finances, la mobilité, la coopération scientifique. Pour chacun de ces indicateurs, nous avons réalisé des études approfondies, pays par pays, sous-région par sous-région, et nous avons fait des recommandations très concrètes avec l’OCDE, à destination des décideurs politiques. Ce rapport n’est pas destiné à rester dans les tiroirs. Il fait partie d’une série de rapports, et sera mis à jour tous les deux ans.

Parmi les thèmes principaux abordés: la transformation digitale. La crise sanitaire a révélé l’importance du numérique. Quelles sont vos recommandations pour permettre à certains pays de rattraper leur retard?

Il y a des chiffres vraiment choquants. Seulement 1,5% des entreprises dans notre espace Mena sont capables de faire du e-commerce. Quand on voit que 8% à peine des PME ont une présence digitale, il reste énormément à faire. Dans ce sens, la transformation digitale est une priorité de l’UPM pour les trois à cinq prochaines années. Elle devient une priorité nationale pour la majorité de nos pays, et c’est une véritable source de satisfaction, mais il y a encore beaucoup à faire à propos de cette quatrième Révolution industrielle. Il faut miser sur l’éducation et la formation et nous avons mis en place des programmes. Au Maroc, par exemple, nous aidons des jeunes femmes en leur apprenant à commercialiser leurs produits de beauté à travers des plates-formes digitales, et donc à les commercialiser en Europe et au-delà.

En parlant justement d’éducation et de formation, peut-on rêver d’un Erasmus méditerranéen?

Je rêve tout autant que vous d'un Erasmus méditerranéen ! Nous avons déjà un programme, mais qui a nettement moins de moyens que le programme Erasmus de l’UE. On a vu comment Erasmus a changé la nature même de la jeunesse européenne. Il n’y a pas un jeune Européen qui n’a pas passé un an ou plus dans un autre pays de l’UE, ce qui a renforcé l’identité européenne de chacun d’eux. Nous avons un programme dans la région mais qui reste très limité. Pour avoir un Erasmus avec un certain impact, il faut des fonds. Il faut aussi de la mobilité, surtout du Sud vers le Nord, pour nos jeunes étudiants. Enfin, il est nécessaire d’accroître (et nous y travaillons) une internationalisation des diplômes, une reconnaissance des enseignements entre les pays. Il faudrait que les enseignants-chercheurs et professeurs puissent circuler librement dans la région. C’est désirable, mais nous n’en sommes pas encore là.

La pandémie de Covid-19 est aussi une occasion de repenser la manière de travailler ensemble, en particulier en ce qui concerne le défi environnemental, particulièrement en Méditerranée. Comment peut-on, selon vous, limiter les effets du changement climatique sur les pays du pourtour méditerranéen?

Nous avons été les premiers à sonner l’alarme par rapport à la spécificité de la région, doublement plus en danger que le reste du monde. Nous sommes la 22e région du monde (la première étant l’Antarctique) à être touchée. Dix villes de Méditerranée sont en danger à cause du réchauffement climatique, dans une zone où 70% de la population va vivre dans des grandes villes, pour la plupart côtières, ce n’est donc pas un débat intellectuel, mais une question existentielle. C’est le message que nous passons à la jeunesse de la région, aux décideurs politiques. Il y aura une rencontre ministérielle sur l’action climatique en Égypte les 4 et 5 octobre prochain. J’espère que l’on adoptera une vision commune et ambitieuse que l’on pourra présenter, ensemble, au sommet de la Terre, ou à la Cop 26, à Glasgow, l’objectif étant de présenter un front uni autour de ce défi planétaire. 

L’eau constitue l’un des grands défis du XXIᵉ siècle. Le pourtour méditerranéen est une des zones les plus pauvres en eau dans le monde. Son accès y est très inégalement réparti, et pourtant il n’y a pas véritablement de stratégie commune liée à l’eau. On parle surtout de projets au cas par cas. L’un de ces projets phares prévoit d’ailleurs la mise en place d’une installation de dessalement des eaux à Gaza. Où en est ce projet aujourd’hui?  

Ce projet a pris du retard, mais deux dernières années on a pu résoudre les trois principaux obstacles: tout d’abord celui de la mobilisation des fonds. Ils sont sécurisés auprès de tous les pays membres de l’UE, des pays du Golfe, de la Banque de développement islamique. Le deuxième défi était de garantir l’approvisionnement en énergie, problème qui a été résolu. Enfin, il fallait des garanties de certains pays voisins pour faciliter la construction de ce projet, et nous les avons obtenues. L’appel d’offre est lancé, et dans quelques mois, les contrats initiaux seront accordés. Le travail va donc commencer. Sur ce projet spécifique, nous sommes arrivés au stade de mise en œuvre.

Cela dit, nous travaillons sur la problématique de l’eau à l’échelle régionale. Le plus important à mon avis est la gestion de cette ressource, déjà très limitée dans notre région et qui, selon les prévisions, diminuera encore de 20 à 25% au cours des prochaines années, à cause de l’impact du changement climatique. Nous travaillons sur plusieurs axes. Nous regardons d’abord comment mieux gérer cette ressource: actuellement, il y a beaucoup de pertes en raison d’une mauvaise gestion notamment dans la conduite de nos activités agricoles. Toutefois, nous avons avancé. Nous avons pu instaurer auprès des responsables du secteur de la région des bonnes conduites à adopter en matière de gestion de cette ressource précieuse. 

Par ailleurs, nous nous sommes penchés sur la finance: comment encourager le privé à investir davantage dans ce secteur, à créer des partenariats entre le public et privé? Il reste énormément à faire, mais je crois qu’il existe quand même une vision commune. Ce n’est pas vraiment un secteur où l’on parle de coopération entre États mais plus d’une gestion pays par pays.

Les ambitions de l’UPM ne sont-elles pas freinées par les différents conflits politiques? Par exemple le conflit israélo-palestinien?

Certains secteurs sont impactés par le contexte géopolitique existant dans une sous-région ou une autre. Mais hormis la problématique du dessalement d’eau, donc du projet très spécifique de Gaza, nous n’avons pas constaté un impact important sur notre capacité à travailler. Gaza n’est pas un exemple valable pour l’ensemble de la région. Mais il est vrai qu’on ne peut nier que les conflits ont un impact sur beaucoup de choses. De plus en plus de pays membres, lors des rencontres sur des thématiques comme la préservation de l’environnement ou l’autonomisation des femmes, parviennent à laisser de côté les problématiques géopolitiques. Ils partagent tous le désir d’avancer sur ces thématiques. Des thématiques qui ne divisent pas, mais qui au contraire réunissent.

Cela ne paraît pas toujours être le cas. Certains conflits ralentissent le développement de projets. Celui du Sahara, par exemple, empoisonne les relations entre le Maroc et l’Algérie, et entrave la mise en œuvre d’une véritable Union du Maghreb arabe, de projets et donc du renforcement du processus régional d’intégration. N’est-ce pas problématique lorsqu’on sait que le Maghreb est l’une des régions les moins intégrées d’Afrique et du monde? 

Je ne suis pas aussi pessimiste que certains concernant une intégration régionale au Maghreb plus renforcée. Certes, les différends entre les pays de la région ont un impact et cela continuera d’en avoir sur certaines questions. Mais on voit que ces pays, lors de rencontres par exemple autour de l’agriculture, du climat sont coopératifs, ils s’engagent, participent à des projets, et ont généralement une attitude positive. Toutefois, je suis d’accord avec vous, sans ces problématiques, on aurait avancé beaucoup plus rapidement.

En 2019, vous avez rencontré le secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe. Il s’agissait de la première visite officielle de l’UMA à l’UPM…

Toutes les initiatives sous-régionales font partie du projet. Si les sous-régions s’intègrent mieux, la région entière s’intégrera mieux. J’avais assuré au secrétaire général M. Baccouche notre disponibilité à mettre tous nos moyens au service à l’Union du Maghreb arabe. Cela fait partie de mon ADN d’appuyer toute initiative sous-régionale, pour parvenir à réaliser nos objectifs communs de bâtir une région en paix, en sécurité et prospère. 


L'armée israélienne dit se préparer à mener une «vaste opération» en Cisjordanie

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
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  • L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad
  • Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé vendredi qu'elle se préparait à mener une "vaste opération antiterroriste" en Cisjordanie occupée à la suite de violences qui ont coûté la vie à un Israélien et quatre Palestiniens.

"A la suite de l'attaque terroriste perpétrée plus tôt dans la journée dans la région de Tel, les soldats des FDI (armée israélienne, NDLR) se préparent à mener une vaste opération antiterroriste dans ce secteur", a indiqué l'armée. Elle a ajouté avoir reporté les permissions des soldats sur l'ensemble du territoire et déployé ses forces dans la région.

Netanyahu promet d'agir "avec fermeté" 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués.

L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad.

Selon elle, les assaillants se sont emparés de l'arme d'un membre des forces de sécurité arrivées sur place, avant d'ouvrir le feu sur les randonneurs.

Les secours israéliens du Magen David Adom ont indiqué qu'un homme d'une trentaine d'années avait été déclaré mort près de la colonie.

Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source.

L'armée a ensuite annoncé avoir tué l'auteur de l'attaque et récupéré l'arme dérobée. Elle a précisé que des opérations étaient toujours en cours pour retrouver d'éventuels autres assaillants.

Un journaliste de l'AFP a constaté que tous les barrages et points de contrôle avaient été fermés dans le nord de la Cisjordanie et que d'importants renforts militaires avaient été déployés dans le secteur.

Le ministère palestinien de la Santé a indiqué de son côté que quatre Palestiniens avaient été tués dans le village de Tel, voisin de la colonie, et que quatre autres avaient été blessés, dont trois grièvement.

Le chef du conseil du village de Tel, Walid Zidan, a rejeté la version israélienne, affirmant à l'AFP qu'une vingtaine de colons étaient entrés dans le village palestinien avant que des affrontements n'éclatent.

Selon lui, des soldats israéliens se sont ensuite joints aux colons pour tirer sur des Palestiniens.

L'AFP n'était pas en mesure de vérifier ces affirmations de manière indépendante.

Agir "d'une main de fer"

Après la mort de l'Israélien, M. Netanyahu a dit que son gouvernement agirait "avec fermeté contre les terroristes et leurs commanditaires", selon un communiqué de son bureau.

Il a précisé qu'il allait tenir une réunion avec les responsables sécuritaires pour "discuter des modalités de la riposte à l'attentat meurtrier".

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé l'armée à agir "d'une main de fer" contre "le village des meurtriers et ses environs", sans fournir davantage de précisions.

Les violences en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, se sont fortement intensifiées depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres officiels israéliens, au moins 47 Israéliens, civils et militaires confondus, y ont été tués depuis octobre 2023 dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.

Selon un décompte de l'AFP, fondé sur les données du ministère de la Santé palestinien, le bilan côté palestinien est d'au moins 1.094 Palestiniens, combattants ou civils tués par des soldats ou des colons israéliens.

Hors Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.

Toutes les colonies israéliennes sont considérées comme illégales au regard du droit international.


Visite du président libanais à Washington: le Hezbollah dénonce une «soumission» à un pouvoir étranger

Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
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  • Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais
  • Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud

BEYROUTH: Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère".

Joseph Aoun a été reçu mardi à la Maison Blanche par Donald Trump, qui a dit vouloir "beaucoup aider" le Liban, au moment où un accord avec Israël parrainé par Washington entre dans sa première phase.

Cet accord conclu en juin prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël - qui occupe une partie du sud du pays désignée comme "zone de sécurité" - sous réserve du désarmement du Hezbollah pro-iranien.

La formation pro-iranienne, qui s'oppose à l'accord, a déploré dans un communiqué que la visite de M. Aoun n'avait "débouché sur aucun engagement américain" sur un retrait de l'armée israélienne du sud du Liban, ni n'avait mis fin aux tirs israéliens, ni permis un retour sûr des déplacés dans cette région.

"Dans la série ininterrompue des concessions" du pouvoir, cette visite a révélé "l’ampleur de la dépendance et de la soumission à une tutelle étrangère", a ajouté le Hezbollah.

Pendant l'entrevue, Joseph Aoun a insisté sur la nécessité d'un "retrait total" israélien pour avancer dans la mise en oeuvre de l'accord.

Le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran, a réitéré son refus des négociations directes entre Israël et le Liban.

L'armée libanaise a entamé mardi son déploiement dans le village de Zawtar al-Gharbiya dont l'armée israélienne contrôlait les abords.

Le chef de l'armée, Rodolphe Haykal, s'est rendu jeudi sur place où il "a passé en revue les mesures prises" afin de " garantir le retour en sécurité des habitants", selon un communiqué de l'armée.

Un photographe de l'AFP a vu des équipes de secours entrer dans cette localité, qui reste interdite d'accès aux habitants.

Elles ont récupéré trois corps, et poursuivent des opérations de recherche, a rapporté l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais de la guerre régionale.

Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud.

L'ANI a rapporté une "forte explosion" dans la localité frontalière d'al-Tiri, l'attribuant à l'armée israélienne. Des tirs israéliens dans une autre localité du sud ont blessé un travailleur syrien, a ajouté l'agence.

Des secouristes affiliés au Hezbollah ont rapporté qu'une frappe israélienne près de Nabatiyé al-Fawqa avait visé une ambulance qui se rendait sur le site d'une précédente frappe, et blessé deux secouristes.


La coopération saoudo-américaine peut-elle faire émerger un « Aramco du nucléaire » ?

L’accord s’appuie sur neuf décennies de coopération énergétique, tandis que Washington soutient les ambitions à long terme du Royaume en matière de nucléaire civil. (Getty Images)
L’accord s’appuie sur neuf décennies de coopération énergétique, tandis que Washington soutient les ambitions à long terme du Royaume en matière de nucléaire civil. (Getty Images)
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  • L’accord repose sur près de neuf décennies de coopération énergétique, alors que Washington apporte son soutien aux ambitions de long terme de l’Arabie saoudite dans le domaine du nucléaire civil
  • Des experts estiment que la profonde confiance stratégique et les intérêts commerciaux communs ont rendu possible ce partenariat historique

LONDRES : Bien que les détails techniques et les conditions politiques de l’accord nucléaire conclu entre l’Arabie saoudite et les États-Unis n’aient pas encore été entièrement dévoilés, la nouvelle a été accueillie de manière largement positive par les experts et les observateurs des deux pays.

Comme l’a souligné mercredi le ministère saoudien de l’Énergie dans un communiqué, cet accord ne sort pas de nulle part.

L’Accord de coopération sur les usages pacifiques de l’énergie nucléaire, indique le ministère, « s’inscrit dans le prolongement du partenariat stratégique historique entre les deux pays amis ».

Plus récemment, il fait suite à l’annonce effectuée lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux États-Unis l’an dernier, concernant « l’aboutissement des négociations sur la coopération bilatérale dans les usages pacifiques de l’énergie nucléaire ».

Historiquement, la coopération énergétique entre Washington et Riyad a donné naissance à des avancées majeures. Les fondations de ce qui deviendra Aramco, aujourd’hui la plus grande compagnie pétrolière au monde, ont été posées en 1933, lorsque l’Arabie saoudite a signé un accord de concession avec la Standard Oil Company of California.

Le ministère ajoute que cet accord « reflète la vision commune des deux pays visant à renforcer leur coopération dans les domaines de l’énergie et des technologies d’avenir, tout en soutenant le développement durable ».

Mais l’ancienneté de cette vision pourrait surprendre plus d’un. 

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Un puits de pétrole à Ain Dar, en Arabie saoudite, en 1952. (Photo : Touring Club Italiano/Marka/Universal Images Group via Getty Images)

En avril 1986, deux chercheurs du département de génie nucléaire de l’Université Roi-Abdelaziz de Djeddah se sont rendus à l’aéroport international de Pittsburgh afin de participer à une conférence consacrée à la théorie et aux applications de la modélisation et de la simulation informatiques dans plusieurs disciplines.

Le titre de la communication présentée par A.F. Abdul-Fattah et W.H. Abulfaraj lors de cette conférence de deux jours organisée à l’Université de Pittsburgh était : « Évaluation technologique des réacteurs nucléaires de recherche pour l’Arabie saoudite ».

Quarante ans plus tard, ce document rappelle que, loin d’être le résultat d’une course précipitée vers l’énergie nucléaire, le nouvel accord annoncé avec les États-Unis constitue simplement la dernière pièce d’un puzzle énergétique que le Royaume assemble avec patience depuis au moins quatre décennies. 

Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, a déclaré à Arab News que l’accord nucléaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite était, sans aucun doute, « un accord historique ».

« Les Saoudiens réfléchissent à ce projet depuis très longtemps », a-t-il expliqué. « Le processus s’est accéléré avec la Vision 2030 en raison de son objectif de diversification économique et de la volonté de bâtir une économie viable pour l’après-pétrole.

« Et cela ne signifie pas seulement une économie qui ne dépend plus des exportations de pétrole. Cela signifie aussi une économie qui ne dépend plus du pétrole pour répondre à ses propres besoins énergétiques. »

Selon lui, le nucléaire constitue un élément logique d’un mix énergétique plus large basé sur les énergies renouvelables que le Royaume est en train de développer.

« L’Arabie saoudite investit déjà dans l’énergie solaire et l’énergie éolienne, et le nucléaire s’inscrit dans un bouquet énergétique décarboné. C’est d’ailleurs le même débat qui se déroule actuellement en Europe et aux États-Unis.

« Les Saoudiens considèrent depuis longtemps l’énergie nucléaire comme une alternative aux combustibles fossiles, et cet accord représente l’occasion de concrétiser cette ambition. »

Il a ajouté que les États-Unis avaient également beaucoup à gagner de ce nouvel accord.

« Je ne participe pas directement aux négociations », a-t-il précisé. « Mais je suppose que si nous poursuivons ce projet aujourd’hui, c’est aussi parce que nous nous attendons à ce que les Saoudiens collaborent avec des entreprises américaines pour construire les réacteurs. »

Dans une publication sur X, l’homme d’affaires et commentateur saoudien Turki Al-Faisal Al-Rasheed a lui aussi estimé que les deux parties avaient beaucoup à gagner.

Selon lui, ce partenariat « vise à répondre aux besoins de l’Arabie saoudite en matière d’énergie nucléaire à des fins pacifiques, tout en offrant à Washington un levier pour éloigner Riyad de la Chine, son principal partenaire dans de nombreux projets de la Vision 2030. »

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Le prince héritier Mohammed ben Salmane lance le projet de construction du premier réacteur nucléaire de recherche d’Arabie saoudite. (Photo SPA)

La technologie et l’expertise américaines contribueraient à « maintenir des normes élevées en matière de garanties de sécurité et de non-prolifération ». Dans le même temps, « l’Arabie saoudite dispose de ressources considérables et de multiples options à l’international ; remporter ces contrats générerait des emplois, renforcerait le leadership technologique des États-Unis et accroîtrait les revenus à l’exportation des entreprises américaines. »

Toutefois, dans un entretien accordé à Arab News, Turki Al-Rasheed a rappelé que, s’il est « essentiel — voire vital — pour l’Arabie saoudite de renouveler et de diversifier ses sources d’énergie », le Royaume peut choisir de le faire avec les États-Unis ou avec d’autres partenaires, comme la France, la Chine ou la Russie.

« Les États-Unis doivent être notre priorité, mais pas notre seule priorité », a-t-il déclaré. « N’oublions pas que la Chine est notre premier partenaire commercial. Les États-Unis sont notre partenaire militaire et politique. La Russie est notre principal partenaire dans le pétrole et l’énergie. Nous devons préserver l’ensemble de ces relations. »

La confiance des États-Unis dans leur partenariat avec l’Arabie saoudite s’est manifestée non seulement à travers l’accord signé mercredi, mais aussi par la relation étroite qui s’est développée entre les hauts responsables de Washington et de Riyad.

Lors de la cérémonie de signature organisée au siège du département américain de l’Énergie, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a salué le prince Abdulaziz ben Salmane comme « l’un des analystes les plus avisés des marchés mondiaux de l’énergie », ajoutant qu’il admirait depuis longtemps sa franchise sur les grandes questions énergétiques internationales, bien avant leur première rencontre. 

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Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright. (Photo fournie)

Depuis, a-t-il expliqué, les deux hommes ont noué une relation d’amitié fondée sur la confiance, qui dépasse largement les discussions sur le pétrole, le gaz et la coopération dans le domaine du nucléaire civil.

Chris Wright a également salué le « leadership fort et fondé sur des principes » du ministre saoudien de l’Énergie, estimant qu’il avait contribué à transformer le secteur énergétique du Royaume. Selon lui, cette relation de confiance personnelle reflète une conviction plus large : celle que l’Arabie saoudite est un partenaire stratégique de long terme.

Certains observateurs ont toutefois exprimé des inquiétudes, estimant que si l’Arabie saoudite développait une capacité d’enrichissement de l’uranium, cela pourrait déclencher une course aux armements dans la région.

L’Arabie saoudite dispose d’importants gisements d’uranium. En 2019, le prince Abdulaziz avait déclaré : « Nous voulons maîtriser l’ensemble du cycle, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’à son enrichissement, puis à son utilisation. » 

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Le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane Al Saoud, lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le 4 juin 2026. (AFP/Photo d’archives)

La même année, une étude conjointe menée par le Saudi Geological Survey, le Beijing Research Institute of Uranium Geology et la China National Nuclear Corporation a identifié trois grands gisements, situés dans le centre et le nord-ouest du pays, susceptibles de produire jusqu’à 90 000 tonnes d’uranium.

« Je pense qu’il est normal que cela suscite des inquiétudes lorsque d’autres pays commencent à développer une capacité d’enrichissement nucléaire », a déclaré Michael Ratney. « Mais ce qui a été convenu dans cet accord ne donne pas à l’Arabie saoudite une arme nucléaire. Ce n’est tout simplement pas le cas.

« Il lui permet de développer un programme nucléaire civil en coopération avec les États-Unis, sous le contrôle des garanties de non-prolifération, afin que le Royaume puisse progressivement réduire sa dépendance au pétrole pour la production d’électricité. »

Selon lui, l’accord « laisse la porte ouverte » à un éventuel enrichissement de l’uranium, « mais uniquement au terme de nombreux autres accords et consultations avec les États-Unis avant d’en arriver là. Et un tel projet serait extrêmement coûteux et prendrait beaucoup de temps à mettre en œuvre. »

« Il faut déjà beaucoup de temps pour construire une centrale nucléaire. Développer une capacité d’enrichissement du combustible nucléaire prendrait encore bien plus de temps.

« En attendant, comme la plupart des pays, l’Arabie saoudite importera son combustible nucléaire, tout comme les États-Unis. Nous extrayons de l’uranium, mais nous importons également du combustible nucléaire parce que notre production ne suffit pas à alimenter l’ensemble de nos réacteurs. »

Selon Michael Ratney, l’impulsion initiale ayant conduit à l’accord actuel remonte à l’administration Biden.

« Les premières discussions ont eu lieu sous l’administration Biden, dans le cadre d’un projet d’accord global qui devait inclure un volet nucléaire, une normalisation des relations avec Israël ainsi qu’un traité de défense mutuelle avec les États-Unis.

« Ce projet a pris fin avec la fin du mandat de l’administration Biden, lorsque le processus de normalisation s’est pratiquement enlisé. Il semble désormais que l’administration Trump ait repris le volet nucléaire de cette initiative. » 

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Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS). (Photo fournie)

Michael Ratney estime que l’accord franchira l’étape du Congrès et qu’il est conçu pour durer.

« Il n’a pas besoin d’un vote d’approbation ; il lui suffit de survivre à un vote de désapprobation, et je pense que ce sera le cas. Je suis donc convaincu qu’il entrera en vigueur et je doute qu’une future administration cherche à le remettre en cause. »

Alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent, Ratney estime que l’accord comporte également une dimension politique.

« Cela fait probablement partie de la réflexion saoudienne : montrer à leurs voisins que l’Iran n’est pas le seul pays capable de développer un programme nucléaire, et que l’Arabie saoudite peut poursuivre un tel programme non pas de manière illicite, comme l’Iran est parfois accusé de le faire, mais en coopération avec une superpuissance mondiale. »

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Lors de la visite du secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, au laboratoire national de l’Idaho, le 25 juin 2026. (AFP) (AFP)

En réponse à une demande de commentaire, un porte-parole de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué que l’agence « est informée des discussions entre le Royaume d’Arabie saoudite et les États-Unis en vue de conclure un accord bilatéral de coopération dans le domaine du nucléaire civil, ainsi que du projet de demander à l’AIEA de mettre en œuvre des mesures de vérification dans le cadre de cet accord.

« Nous attendons avec intérêt de recevoir cette demande de vérification et de collaborer avec les États-Unis et le Royaume d’Arabie saoudite afin de garantir la mise en œuvre de ces mesures.

« Celles-ci devront s’accompagner des mécanismes de vérification prévus par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et par l’Accord de garanties généralisées applicable à l’Arabie saoudite.

« Une fois que les deux pays auront présenté cette demande, et conformément aux procédures de l’Agence, le Directeur général la soumettra au Conseil des gouverneurs afin d’obtenir l’autorisation nécessaire à sa mise en œuvre. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com