Mozambique: accord des États d'Afrique australe pour l'envoi de troupes

Le personnel de l'armée mozambicaine s'entretient avec la maire de Nuance, Joaquina Nordine (3rdR), à Naunde, dans le nord du Mozambique, le 13 juin 2018. (Photo, AFP)
Le personnel de l'armée mozambicaine s'entretient avec la maire de Nuance, Joaquina Nordine (3rdR), à Naunde, dans le nord du Mozambique, le 13 juin 2018. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 23 juin 2021

Mozambique: accord des États d'Afrique australe pour l'envoi de troupes

  • La Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) a « approuvé la mission de la force d'attente de la SADC pour soutenir le Mozambique dans son combat contre le terrorisme et les violences extrémistes au Cabo Delgado »
  • Jusqu'à présent, le président mozambicain, Filipe Nyusi, s'était montré réticent à toute aide étrangère, insistant sur la souveraineté du pays, indépendant depuis 1975

MAPUTO: Les dirigeants des pays d'Afrique australe ont annoncé mercredi à Maputo un accord sur l'envoi prochain de troupes au Mozambique, pour lutter contre les groupes djihadistes qui terrorisent le nord-est du pays depuis plus de trois ans.

La Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) a « approuvé la mission de la force d'attente de la SADC pour soutenir le Mozambique dans son combat contre le terrorisme et les violences extrémistes au Cabo Delgado », a déclaré à l'issue d'un sommet extraordinaire la secrétaire exécutive de l'organisation, Stergomena Tax, sans autre précision.

Des groupes connus localement sous le nom d' « Al-Shabab » (« les jeunes » en arabe) sèment la terreur depuis fin 2017 dans la province pauvre et à majorité musulmane du Cabo Delgado, frontalière de la Tanzanie. Ils pratiquent une violence spectaculaire, incendiant les villages et décapitant des hommes. Leurs attaques sont montées en puissance depuis un an. 

Jusqu'à présent, le président mozambicain, Filipe Nyusi, s'était montré réticent à toute aide étrangère, insistant sur la souveraineté du pays, indépendant depuis 1975. L'armée, mal formée et équipée, s'était jusqu'ici appuyée sur des sociétés militaires privées.

L'éventuel déploiement de 3 000 hommes avait déjà été discuté en mai lors d'un précédent sommet des dirigeants d'Afrique australe, mais aucune annonce n'avait été faite.

« Les initiatives de soutien de la SADC sont un complément important à l'effort de notre pays pour faire face au terrorisme avec, en première ligne, nos forces de défense et de sécurité, qui assurent avec abnégation la souveraineté et l'intégrité territoriale, ainsi que la protection de la population », a déclaré mercredi M. Nyusi, qui a présidé l'organisation pendant les 12 derniers mois.

« Pression énorme »

Le 24 mars, une attaque surprise d'ampleur contre la ville portuaire de Palma a fait des dizaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés. 

Cette attaque, l'une des plus importantes depuis le début des violences dans le Cabo Delgado, a provoqué la réaction de la communauté internationale et interrompu un méga-projet gazier de 16,8 milliards d'euros, opéré par le français Total et situé à seulement quelques kilomètres de Palma.

L'Italien ENI, qui a lancé un autre projet gazier dans la région, a pour sa part assuré lundi ne pas être affecté et être en bonne voie pour lancer l'exploitation comme prévu en 2022. 

Le président Nyusi a subi « une pression énorme de la part de l'organisation pour le déploiement de ces troupes, car la situation au Mozambique n'est pas seulement une situation locale, elle s'est également transformée en dilemme régional », a affrirmé à l'AFP Willem Els, de l'Institute for Security Studies (ISS).

Le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG), qui a récemment exhorté le Mozambique à accepter une aide extérieure « mesurée », a salué cette décision comme « une étape supplémentaire » dans la réponse à l'instabilité dans la région.

Lors d'une visite officielle en Afrique du Sud voisine fin mai, le président français Emmanuel Macron s'était dit prêt à « prendre part à des opérations maritimes » au large du Mozambique, si les Etats de la région le demandaient. Le Portugal et les Etats-Unis ont déjà envoyé des militaires pour des missions de formation.

Les violences dans le nord-est du pays ont déjà tué 2 800 personnes et forcé près de 800 000 autres à fuir, selon l'ONU.

 


Femmes: Le Conseil de sécurité de l'ONU demande aux talibans d' «inverser rapidement» leur politique restrictive

Des femmes portant une burqa et un niqab marchent dans une rue de Kaboul le 7 mai 2022 (Photo, AFP).
Des femmes portant une burqa et un niqab marchent dans une rue de Kaboul le 7 mai 2022 (Photo, AFP).
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  • Selon des diplomates, la négociation de la déclaration s'est révélée ardue avec la Chine et la Russie
  • Le Conseil de sécurité réclame au pouvoir taliban de rouvrir les écoles pour toutes les élèves

NATIONS UNIES, États-Unis: Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé mardi les talibans "à inverser rapidement les politiques et pratiques qui restreignent actuellement les droits humains et les libertés fondamentales des femmes et des filles afghanes" dans une déclaration adoptée à l'unanimité.

Dans ce texte rédigé par la Norvège et négocié depuis près de deux semaines, les 15 membres du Conseil se déclarent "profondément préoccupés par l'érosion croissante du respect des droits humains et des libertés fondamentales des femmes et des filles en Afghanistan par les talibans".

Ils citent à cet égard "l'imposition de restrictions qui limitent l'accès à l'éducation, à l'emploi, à la liberté de mouvement et à la participation pleine, égale et significative des femmes à la vie publique".

En particulier, le Conseil de sécurité réclame au pouvoir taliban de rouvrir les écoles pour toutes les élèves sans plus tarder et exprime sa "profonde préoccupation" face à l'obligation faite aux femmes de se couvrir le visage dans les espaces publics et dans les émissions des médias.

Selon des diplomates, la négociation de la déclaration s'est révélée ardue avec la Chine et la Russie qui ne voulaient pas d'un texte focalisé sur les droits humains. En conséquence, ce dernier comprend plusieurs paragraphes exprimant aussi une "profonde préoccupation" face à "la situation instable" en Afghanistan, dans les domaines humanitaires, politiques, économiques, sociaux et sécuritaires.

La déclaration cite notamment le trafic de drogue et la poursuite d'attaques terroristes visant des civils, ainsi que la nécessité de restaurer les systèmes financiers et bancaires du pays.

A la mi-mars, le Conseil de sécurité de l'ONU avait approuvé une résolution renouvelant pour un an la mission politique de l'Organisation en Afghanistan en tablant sur une approche plus modérée des talibans, en fonctions depuis la mi-août, par rapport à leur précédent exercice du pouvoir, entre 1996 et 2001.

Ces derniers mois, les talibans ont cependant imposé une série de restrictions à la société civile, dont une grande partie vise à soumettre les femmes à leur conception intégriste de l'islam.


Un Irakien lié à l'EI a cherché à assassiner George W. Bush

L'ancien président américain George W. Bush s'exprimant lors d'une commémoration du 11 septembre au Flight 93 National Memorial à Shanksville, Pennsylvanie, le 11 septembre 2021 (Photo, AFP).
L'ancien président américain George W. Bush s'exprimant lors d'une commémoration du 11 septembre au Flight 93 National Memorial à Shanksville, Pennsylvanie, le 11 septembre 2021 (Photo, AFP).
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  • Il précise que l'homme avait fait des repérages
  • Selon le FBI, le suspect s'est rendu début février devant l'ancien domicile de George W. Bush à Dallas

WASHINGTON: Un Irakien lié au groupe Etat Islamique a été arrêté et inculpé mardi aux Etats-Unis, soupçonné d'avoir préparé une tentative d'assassinat contre l'ancien président américain George W. Bush, ont annoncé les autorités.

Shihab Ahmed Shihab, 52 ans, est accusé d'avoir "aidé et soutenu un complot visant à tuer l'ancien président des Etats-Unis George W. Bush", a indiqué dans un communiqué un procureur fédéral de l'Ohio.

Il précise que l'homme avait fait des repérages, prévu de faire venir toute une équipe du Moyen-Orient et réfléchi à acquérir armes et uniformes de police factices afin de tuer le président, à l'origine de l'invasion de l'Irak en 2003.

Arrivé légalement en 2020 aux Etats-Unis avec un visa de tourisme, M. Shihab a vécu entre Colombus, dans l'Ohio (nord) et Indianapolis, avant de demander l'asile. Il a tenté d'aider un homme, qu'il pensait être irakien, à immigrer aux Etats-Unis en échange d'argent.

"En octobre et décembre 2021, M. Shihab a accepté des dizaines de milliers de dollars pour le supposé passage. En réalité, l'individu était fictif et les échanges étaient coordonnés sous la direction du FBI", la police fédérale américaine, précise le procureur.

Dans un document rendu public mardi, celle-ci indique que deux sources anonymes, qui ont discuté à plusieurs reprises avec le suspect, ont permis de mettre à jour cette affaire.

Les hommes qu'il voulait faire venir aux Etats-Unis n'étaient "pas propres", a-t-il dit à la source du FBI, selon ce document. M. Shihab se dit également cousin de l'ancien leader de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi.

«Al-Raed»

Deux hommes, anciens des services secrets irakiens, devaient mener l'opération, aidés d'autres hommes membre de l'EI et d'un groupe nommé "Al-Raed", a indiqué Shihab Ahmed Shihab à la taupe du FBI.

Le groupe "Al-Raed", dont se dit membre le suspect, est basé au Qatar et semble être derrière cette cellule.

L'un des six ou sept membres de l'équipe prévue "était le secrétaire d'un ministre des Finances de l'EI" et aurait permis de financer l'opération, estimée à trois millions de dollars.

Ces hommes devaient arriver et repartir illégalement des Etats-Unis par la frontière avec le Mexique.

Toujours selon le FBI, le suspect s'est rendu début février devant l'ancien domicile de George W. Bush à Dallas, au Texas, pour prendre des images. Début mars, la taupe du FBI a présenté des armes et uniformes de police au suspect, qui a pris des photos.

Shihab Ahmed Shihab a dit devant cette taupe avoir "aidé la résistance en tuant de nombreux Américains en Irak entre 2003 et 2006", la "résistance" étant comprise par le FBI comme Al-Qaïda en Irak ou le groupe Etat islamique.

La cellule "souhaitait tuer l'ancien président Bush car ils estimaient qu'il était responsable de la mort de nombreux Irakiens et de l'effondrement de l'ensemble de l'Irak" à la suite de son intervention militaire lancée en 2003, note le document.

A la suite de son arrestation mardi matin par une cellule antiterroriste du FBI, il a comparu une première fois devant un tribunal fédéral.


Est de RDC: combats au nord de Goma près du Rwanda, le M23 soupçonné

Des unités des Forces armées de la République démocratique du Congo et de la police se tiennent à l'aérodrome de Kiwanja quelques jours après des affrontements avec les rebelles du M23 à Rutshuru, à 70 kilomètres de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 3 avril 2022 (Photo, AFP).
Des unités des Forces armées de la République démocratique du Congo et de la police se tiennent à l'aérodrome de Kiwanja quelques jours après des affrontements avec les rebelles du M23 à Rutshuru, à 70 kilomètres de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 3 avril 2022 (Photo, AFP).
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  • Le M23 est une ancienne rébellion tutsi vaincue en 2013 par les forces armées de RDC
  • Lundi, le Rwanda avait affirmé que plusieurs civils avaient été blessés par des tirs congolais

GOMA, RD Congo: Des combats ont éclaté mardi à une vingtaine de km au nord de Goma, chef-lieu de la province troublée du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, au lendemain d'accusations rwandaises contre l'armée congolaise, a-t-on appris de sources locales.

Certaines de ces sources affirment que des rebelles du M23 ("Mouvement du 23 mars"), en conflit avec l'armée dans cette province frontalière du Rwanda et de l'Ouganda, ont attaqué une position militaire. D'autres accusent "des Rwandais" d'avoir participé aux combats.

Selon des témoignages d'habitants, des tirs d'armes lourdes ont été entendus à partir de 03H00 (01H00 GMT) dans le groupement de Buhumba et ses environs en territoire de Nyiragongo, dans la zone du massif des Virunga autour du mont Mikeno, région connue pour ses gorilles de montagne. Le calme semblait revenu en fin de journée.

"Une position des FARDC (armée congolaise) a été attaquée", les villageois se sont enfuis, certains allant vers Goma, d'autres vers le Rwanda, a déclaré à l'AFP Olivier Nzabonimpa, président de la société civile du groupement Buhumba. Selon lui, plusieurs villages "se sont vidés de leurs habitants".

Boniface Kagumyo, bourgmestre de la commune de Kibumba, une des localités touchées, a accusé les rebelles du M23 d'être à l'origine de l'attaque dans cette zone de Buhumba où, selon lui, les militaires n'étaient pas déployés en grand nombre.

"Ce sont des Rwandais qui ont attaqué les FARDC (...) Il y a deux blessés parmi les civils", a de son côté déclaré Augustin Mirere, chef de la localité de Rubiranga, également ciblée.

"C'est calme pour l'instant, nous attendons de voir comment se passera la nuit", a déclaré en fin d'après-midi à l'AFP sous couvert d'anonymat un haut responsable militaire congolais, affirmant avoir "saisi des tenues de l'armée rwandaise et récupéré des armes". 

"Nous avons repoussé l'attaque de l'ennemi, ils ont fui vers la frontière, nous les avons pourchassés", a affirmé cet officier. "Nous avons compté 22 corps de leur côté et avons perdu 9 militaires", a-t-il ajouté. 

«Déposer les armes»

Lundi, le Rwanda avait affirmé que plusieurs civils avaient été blessés par des tirs congolais de roquettes en territoire rwandais à la frontière avec la RDC, et appelé à une "enquête urgente" sur cet incident.

La veille, les Nations unies avaient accusé le M23 d'avoir "délibérément" attaqué des Casques bleus dans le territoire congolais voisin de Rutshuru.

"Notre mission reste prête à utiliser tous les (moyens) nécessaires dans le cadre de son mandat pour soutenir les efforts congolais visant à neutraliser les groupes armés et protéger les civils", a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole de l'ONU dans son point presse de mardi.

Dans un communiqué daté de lundi, le président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat a appelé "les rebelles du M23 à déposer définitivement leurs armes, à cesser toute hostilité et à s'inscrire dans l'esprit du processus de Nairobi pour une résolution des crises à l’Est de la RDC".

Des consultations ont été menées en avril dans la capitale kényane entre le gouvernement congolais et des groupes rebelles, nouvelle initiative lancée pour tenter de mettre fin à plus d'un quart de siècle de violence. Une branche du M23, accusée par Kinshasa d'avoir relancé les hostilités au moment des discussions, en avait été exclue.

Le M23 est une ancienne rébellion tutsi vaincue en 2013 par les forces armées de RDC et réapparue en fin d'année dernière, qui reproche aux autorités de Kinshasa de ne pas avoir respecté des engagements sur la démobilisation de ses combattants.

Les relations entre Kinshasa et Kigali sont tendues depuis le génocide au Rwanda en 1994 avec l'arrivée massive en RDC de Hutu rwandais accusés d'avoir massacré des Tutsi durant le génocide. Depuis, le Rwanda a été régulièrement accusé par Kinshasa d'incursions au Congo et de soutien à des groupes armés dans l'est du pays.