Venezuela: l'humour, souvent noir, pour exorciser la crise

Les blagues sur l'opposition et notamment sur Juan Guaido, autoproclamé président en janvier 2019, ne manquent pas. Des montages le montrent en train de s'autoproclamer "président du Pérou", "des Etats-Unis", "meilleur joueur du Superbowl". (Photo, AFP)
Les blagues sur l'opposition et notamment sur Juan Guaido, autoproclamé président en janvier 2019, ne manquent pas. Des montages le montrent en train de s'autoproclamer "président du Pérou", "des Etats-Unis", "meilleur joueur du Superbowl". (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 26 juin 2021

Venezuela: l'humour, souvent noir, pour exorciser la crise

  • «Nous atténuons tout avec l'humour. On dit que les Vénézuéliens sont les plus heureux du monde, malgré la crise»
  • Faire des blagues est notre manière de supporter la douleur" dans un pays qui a vu son économie chuter de 80% depuis 2013 et où 65% des ménages vivent dans la pauvreté

CARACAS: "Au Japon ils ont les Jeux olympiques, nous c'est les Jeux de la faim", plaisante un habitant de Caracas pour résumer d'un trait caustique les difficultés à s'approvisionner dans le pays en crise.

Réputés pour leur joie de vivre, les Vénézuéliens ont recours à outrance à l'humour. "On fait des blagues de tout, des choses tristes comme des tragédies", affirme Alejandro Liendo, auteur d'un "Dictionnaire vénézuélien", une compilation de termes, expressions, définitions et concepts qui puisent leurs racines dans différentes villes du pays.

"Nous atténuons tout avec l'humour. On dit que les Vénézuéliens sont les plus heureux du monde, malgré la crise", dit-il. "Faire des blagues est notre manière de supporter la douleur" dans un pays qui a vu son économie chuter de 80% depuis 2013 et où 65% des ménages vivent dans la pauvreté.

Des centaines de blagues sont échangées, comme celle de deux amis accueillis par Saint-Pierre au paradis.

- "Relax ! Ici pas de travail, pas d'argent, pas de banques, pas d'hôpitaux, pas de pompiers..."

L'ami regarde son compère et lui dit:

- "Zut, on est arrivé au Venezuela!"

Les Vénézuéliens rient de tout, et bien sûr de l'homme fort du pays, Nicolas Maduro. La blague la plus éculée de toutes:

- "Ici c'est le régime (diète) Maduro"

Sur un mur de Caracas, un graffiti a repris l'acronyme du Clap, pour Comités locaux d'approvisionnement et de production, le programme gouvernemental qui vend des aliments de base subventionnés aux plus pauvres.

A la moulinette de l'humour vénézuélien, il devient: "longues queues imposées au peuple" (Colas largas aplicadas al pueblo).

Chômage, système de santé et services publics défaillants ou débordés... Les Vénézuéliens préfèrent en rire. L'hyperinflation qui a atteint 400.000% voire plus en 2018 a fait perdre toute valeur au bolivar, la monnaie locale.

Sur internet circule une photo d'une palette de billets avec la mention : "Un jus et une empanada s'il vous plaît!".

Une autre montre des billets enroulés comme du papier toilette. Et on se moque du jeu +Qui veut gagner des millions+ en disant "ici tout le monde est millionnaire!" 

Avec la crise, plus de 5 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays, sur 30 millions d'habitants. 

"Mon père est ingénieur, ma mère avocate, ma soeur architecte, mon frère est médecin. Ils sont tous au Venezuela. Moi je n'ai pas fait d'études, je les entretiens tous : je suis laveur de voitures à Miami", dit une célèbre blague. 

La crise a aussi changé les habitudes.

Un Vénézuélien raconte sa vie à un chauffeur de taxi. 

- "Avant j'allais voir un psy mais je n'ai plus les moyens".

Le chauffeur répond :

- "Pas grave! Moi, j'étais psy, mais comme je n'ai plus de patients, je fais taxi".

«Masque ou gilet pare-balle?»

Il existe d'innombrables plaisanteries sur la criminalité dans un pays parmi les plus violents au monde et ses gangs qui gangrènent les "barrios", les quartiers populaires.

Il se dit ainsi que la Sayona (femme fantôme vénézuélienne sensée hanter les nuits) "ne sort plus à minuit mais à midi" en raison de l'insécurité.

Avec la pandémie, certains se demandent s'il faut porter "masque ou gilet pare-balles ?".

Dans son ouvrage sur l'humour graphique, l'auteur Ildemaro Torres notait déjà en 1981 que "le sens de l'humour est un des traits distinctifs du Vénézuélien".

La politique est forcément dans le viseur. 

Une femme pleure et dit à l'ex-président Hugo Chavez (1999-2013) :

- "Tu avais promis d'éliminer la pauvreté".

Lui répond :

- "Je parlais de celle de ma famille".

Hugo Chavez jouait de l'humour avec brio, maniant l'autodérision : "It's my new look", avait-il lancé en anglais aux Vénézuéliens qui le découvraient chauve en raison des traitements contre le cancer qui devait l'emporter.

Les blagues sur l'opposition et notamment sur Juan Guaido, autoproclamé président en janvier 2019, ne manquent pas. Des montages le montrent en train de s'autoproclamer "président du Pérou", "des Etats-Unis", "meilleur joueur du Superbowl". 

"On ne prend rien au sérieux. C'est à la fois une force et un défaut", explique Franklin Romero, clown. "Une force parce que ça permet de ne pas déprimer. Mais c'est aussi un problème : on dit +Il y a de la corruption, de la pauvreté+ et puis on rigole... alors que ça n'a rien de drôle".


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.


Le prince héritier saoudien et Trump évoquent les pourparlers entre Washington et Téhéran et la sécurité dans le Golfe

  • Les dirigeants mettent l’accent sur la diplomatie et la sécurité maritime dans un contexte de regain des tensions au Moyen-Orient
  • Le ministre saoudien des Affaires étrangères et Marco Rubio discutent de leur coordination alors que les tensions entre Washington et Téhéran persistent

RIYAD : Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, et le président américain Donald Trump ont discuté vendredi, lors d’un entretien téléphonique, de la sécurité régionale, de la liberté de navigation maritime et des contacts en cours entre les États-Unis et l’Iran, alors que Riyad et Washington renforcent leur coordination diplomatique à la suite d’une nouvelle montée des tensions dans le Golfe.

Selon l’Agence de presse saoudienne (SPA), les deux dirigeants ont passé en revue la coopération bilatérale et les moyens de renforcer les relations dans divers secteurs. Ils ont également échangé leurs points de vue sur les évolutions régionales et internationales, notamment sur les discussions entre Washington et Téhéran.

Le prince héritier et Donald Trump ont souligné l’importance de garantir la sécurité de la navigation maritime, de protéger les voies maritimes internationales et de soutenir les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité régionales.

Par ailleurs, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, s’est entretenu par téléphone avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Les deux responsables ont réaffirmé l’importance de poursuivre la coordination et les consultations afin de promouvoir la sécurité et la stabilité dans l’ensemble de la région, a rapporté la SPA.

Ces échanges interviennent après une nouvelle escalade entre les États-Unis et l’Iran, qui menace de compromettre les récents efforts diplomatiques visant à mettre fin à plusieurs mois d’hostilités.

La dernière crise a éclaté après que des forces iraniennes ont attaqué des pétroliers commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz, malgré un accord de cessez-le-feu, entraînant des frappes aériennes américaines contre des cibles situées en Iran. Téhéran a ensuite riposté par des attaques de missiles et de drones contre des alliés des États-Unis dans le Golfe, ravivant les craintes d’un conflit régional de plus grande ampleur.

Cette reprise des violences a intensifié les appels de la communauté internationale en faveur d’un retour des États-Unis et de l’Iran à la table des négociations.

L’Égypte et le Qatar ont exhorté les deux parties à reprendre le dialogue et à mettre en œuvre le protocole d’accord conclu plus tôt cette année comme base d’un règlement plus large, tandis que le Pakistan a appelé à la retenue et proposé de poursuivre son rôle de médiateur entre les deux pays.

Vendredi, Donald Trump a déclaré que les États-Unis avaient accepté de poursuivre les discussions avec l’Iran, tout en estimant que le cessez-le-feu était, dans les faits, caduc après les derniers échanges d’attaques.

L’Arabie saoudite a constamment appelé à la retenue, au dialogue et à des solutions diplomatiques afin de préserver la stabilité régionale et de garantir la sécurité des routes maritimes internationales, en particulier à travers le détroit d’Ormuz, l’un des corridors énergétiques les plus stratégiques au monde. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com