De Mao à Xi, la Chine célèbre son siècle de Parti communiste

«Pour Xi Jinping, le culte de Mao c'est une façon d'accroître l'emprise du Parti, de célébrer une philosophie de lutte sans scrupules contre les adversaires et de centraliser le pouvoir personnel». (Photo, AFP)
«Pour Xi Jinping, le culte de Mao c'est une façon d'accroître l'emprise du Parti, de célébrer une philosophie de lutte sans scrupules contre les adversaires et de centraliser le pouvoir personnel». (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 28 juin 2021

De Mao à Xi, la Chine célèbre son siècle de Parti communiste

  • Radicalement transformée par quatre décennies de réformes économiques, la Chine d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec celle de Mao
  • Si le suspense reste entier sur les festivités du 1er juillet, il ne fait guère de doute que l'actuel président prononcera un discours exaltant la continuité du régime

CHANGSHA: Gommées les "erreurs" de la période Mao et leurs millions de morts. Le Parti communiste chinois (PCC) fête jeudi son centenaire, avec un déferlement de propagande à la gloire d’une Chine devenue en 40 ans la deuxième puissance économique mondiale.

Epuration, répression, famine... Le bilan humain du fondateur de la République populaire Mao Tsé-toung, au pouvoir de 1949 à 1976, s'estompe dans la Chine de 2021, où son lointain successeur Xi Jinping s'efforce d'asseoir la légitimité historique du régime.

Si le suspense reste entier sur les festivités du 1er juillet, il ne fait guère de doute que l'actuel président prononcera un discours exaltant la continuité du régime, depuis la porte Tiananmen à Pékin d'où Mao proclama sa victoire en 1949.

A 1 600 km plus au sud, dans sa province natale du Hunan, le "Grand timonier" est quasiment divinisé pour des millions de touristes qui viennent lui rendre hommage chaque année.

Au pied d'un buste géant du défunt président à Changsha, la capitale provinciale, les jeunes visiteurs retiennent avant tout l'essor du pays sous la férule du parti au pouvoir.

"La Chine s'est développée grâce aux efforts de nos ancêtres et de cette génération de membres du Parti communiste", explique un étudiant de 23 ans, Li Peng, entre selfies et thé aux perles.

Radicalement transformée par quatre décennies de réformes économiques, la Chine d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec celle de Mao.

Pour autant, "le PCC n'est pas sur le point de mourir. C'est un parti plein de vie, les jeunes sont particulièrement patriotes et n'ont pas peur de le dire", assure le jeune Li, lui-même membre du parti au pouvoir.

 

Cinq choses qu'on NE SAIT PAS sur le Parti communiste chinois

PEKIN: Il revendique plus de 90 millions de membres mais dirige dans l'ombre la deuxième puissance mondiale. Le Parti communiste chinois (PCC), qui fête le 1er juillet son centenaire, se caractérise par son opacité.

Né dans la clandestinité, le PCC reste fidèle à ses racines marxistes-léninistes, et son fonctionnement interne se dérobe aux regards, même s'il monopolise le pouvoir et le débat public en Chine.

"La plus vaste société secrète au monde", comme le qualifie le sinologue Jean-Pierre Cabestan, vit en symbiose avec l'Etat. Difficile dans ces conditions d'évaluer son emprise sur le pays séparément de celle de l'administration: nombre de bâtiments publics abritent les organes de l'Etat et du Parti et beaucoup de fonctionnaires sont en même temps permanents du PCC.  

Quand a-t-il été fondé?

Selon l'histoire officielle, le PCC n'a pas été fondé le 1er juillet 1921 mais le 23 juillet, lors d'un premier "congrès" de 13 participants, réunis dans le plus grand secret dans l'ancienne concession française de Shanghai. Pas sûr de la date exacte, c'est le futur fondateur de la République populaire, Mao Tsé-toung, qui fixera arbitrairement 20 ans plus tard l'anniversaire au 1er juillet.

Qui est membre?

Le Parti revendique 92 millions de membres mais la liste de ces derniers n'est pas connue. Parfois, le voile se lève, comme en 2018 lorsque la presse officielle a révélé que Jack Ma, le multimilliardaire le plus célèbre de Chine, était membre du PCC.

L'organisation n'est "que" le deuxième parti politique du monde après le BJP du Premier ministre indien Narendra Modi, qui compterait 180 millions de membres.

Comment est-il financé?

Le budget du PCC n'est pas public.

Le Parti a des ressources propres, issues des cotisations de ses membres (entre 0,5% et 2% de leurs revenus). En 2016, un journal officiel avait évoqué le chiffre de 7,08 milliards de yuans (920 millions d'euros au cours actuel) pour le total des cotisations de l'année précédente.

Divisé par le nombre de membres, cela revenait à moins de 80 yuans (10 euros) par personne et par an.

Son patrimoine est tout aussi obscur. Mais le Parti est à la tête d'un empire financier et gère directement des entreprises, des hôtels ou des usines, explique à l'AFP Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong.

Quant aux salaires de ses dirigeants, l'obscurité est totale, même si les cadres du Parti sont en principe alignés sur la grille de la fonction publique. Mais nombre d'entre eux disposent d'avantages en nature (logement et véhicule de fonctions, domestiques...) qui n'apparaissent pas dans leur salaire de base. 

La question de la fortune des hauts responsables chinois est encore plus sensible et les médias étrangers qui s'y sont risqué en 2012 ont été sanctionnés par le régime.

En Chine même, le militant anti-corruption Xu Zhiyong, qui réclamait la transparence sur le patrimoine des dirigeants, a été condamné en 2014 à quatre ans de prison.

Des réunions secrètes

Les grandes messes publiques du Parti, comme son Congrès quinquennal, s'achèvent systématiquement sur l'adoption des décisions à la quasi-unanimité. 

Mais en amont, les réunions du Comité central (200 membres) et du Bureau politique (25 membres) se déroulent à huis clos, la télévision nationale se contentant de retransmettre en voix off les monologues du secrétaire général Xi Jinping. Les débats, s'il y en a, ne sont pas rendus publics, pas plus que les résultats des votes éventuels.

Les tensions au sein de l'appareil peuvent pourtant être vives, comme l'a montré en 2012 l'élimination de l'étoile montante du régime, Bo Xilai, rival de Xi Jinping.

Par contraste avec les déchirements des démocraties occidentales, "dissimuler les tensions internes permet au PCC de présenter une façade d'acier face à ses ennemis et à ceux de la Chine", comme l'explique M. Cabestan. 

Combien de victimes?

A l'étranger, la plupart des spécialistes de l'histoire chinoise évaluent entre 40 et 70 millions le nombre de personnes décédées du fait de la politique du Parti depuis son arrivée au pouvoir en 1949 (épuration, famine entraînée par le "Grand bond en avant", répression au Tibet, "Révolution culturelle", massacre de Tiananmen, etc). 

«Vision correcte» de l'histoire

Cent ans après la fondation clandestine du mouvement dans l'ex-concession française à Shanghai en juillet 1921, le président Xi insiste régulièrement sur la nécessité d'enseigner "une vision correcte" de l'histoire du Parti.

Une campagne qui se traduit par une vogue du "tourisme rouge" dans les hauts lieux de la révolution chinoise, par des films ou des séries télévisées à la gloire des pionniers du communisme.

La version désormais enseignée est fortement expurgée dans la dernière édition de l'histoire officielle du Parti, où les 10 années de violence politique de la "Révolution culturelle" (1966-76) n'ont droit qu'à trois pages.

Exit aussi la Grande famine (1958-62) et ses dizaines de millions de morts consécutifs au "Grand bond en avant", une campagne de développement économique à marche forcée. Le livre ne s'y arrête qu'en passant en évoquant une "catastrophe naturelle".

En revanche, les accomplissements du régime depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping fin 2012 occupent un quart de l'ouvrage.

Cette réécriture historique "vise à renforcer l'image de Xi Jinping en recentrant le Parti autour de lui", relève le sinologue Carl Minzner, de l'Université Fordham aux Etats-Unis.

Les mêmes erreurs?

Dans les médias inféodés au pouvoir, la critique du passé est qualifiée de "nihilisme historique" et promptement coupée par la censure.

"Débattre de l'ère maoïste est impossible en Chine aujourd'hui", résume l'historienne Julia Lovell, de l'Université de Londres. 

"Pour Xi Jinping, le culte de Mao c'est une façon d'accroître l'emprise du Parti, de célébrer une philosophie de lutte sans scrupules contre les adversaires et de centraliser le pouvoir personnel", observe-t-elle.

Cela "ne colle pas vraiment avec la Chine d'aujourd'hui, qui s'est tellement transformée depuis Mao".

Loin du collectivisme maoïste, la Chine compte aujourd'hui le record du monde du nombre de milliardaires en dollars, devant les Etats-Unis, et ce pays aux inégalités criantes emprisonne régulièrement ses militants syndicaux indépendants.

Le pouvoir n'en jouit pas moins d'un large soutien populaire sur fond de croissance économique et de diminution de la pauvreté. Et même si l'épidémie de Covid-19 a fait son apparition à Wuhan (centre), l'endiguement de la contamination est mise au crédit de l'exécutif.

Mais si le régime ne reconnaît pas ses erreurs, il court le risque de les commettre à nouveau, redoutent des sinologues.

"Xi lui-même ne veut sûrement pas d'une nouvelle Révolution culturelle. Sa famille en a terriblement souffert", suppose Joseph Torigian, de l'Université Américaine à Washington.

"Mais on peut dire que ce concept du pouvoir entre les mains d'un seul homme n'a jamais disparu".


L'UE veut rester engagée au Sahel «mais pas à n'importe quel prix»

«L'Union européenne est unie dans sa position d'imposer des sanctions individuelles envers ceux qui entravent le processus de Transition au Mali», a encore mis en garde Josep Borrell. (Photo, AFP)
«L'Union européenne est unie dans sa position d'imposer des sanctions individuelles envers ceux qui entravent le processus de Transition au Mali», a encore mis en garde Josep Borrell. (Photo, AFP)
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  • Une réunion entre l'UE et les pays du G5 Sahel a été reportée à cause du coup d'État au Burkina Faso
  • Josep Borrell a également averti «que tout changement dans les conditions de travail de Barkhane et Takuba aura inévitablement des conséquences»

BRUXELLES : L'UE veut rester engagée au Mali et au Sahel "mais pas à n'importe quel prix", a averti mercredi le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à l'issue d'entretiens à Bruxelles avec les ministres des Affaires étrangères du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad.

Une réunion entre l'UE et les pays du G5 Sahel a été reportée à cause du coup d'État au Burkina Faso.

"La présidence tchadienne (du G5 Sahel), après avoir consulté avec ses homologues et en accord avec nous, a décidé de reporter la plénière lorsque les conditions seront à nouveau réunies", a précisé Josep Borrell.

Il a toutefois reçu pour des entretiens bilatéraux les ministres du Mali, Abdoulaye Diop, de la Mauritanie, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, du Niger, Hassoumi Massoudou, et du Tchad, Chérif Mahamat Zene.

"Cette série de rencontres m'a permis de faire le point sur la situation très préoccupante au Sahel, et notamment sur les derniers événements au Burkina Faso et au Mali. Et sur l'extension de la menace vers les pays voisins", a indiqué le chef de la diplomatie européenne.

"J'ai rappelé notre préoccupation majeure suite au déploiement avéré de mercenaires russes au Mali et des risques importants que ceci fait peser sur les populations civiles, a-t-il dit. Les méthodes de ce groupe sont incompatibles avec nos efforts collectifs en faveur de la sécurité et du développement".

Il a rappelé à Abdoulaye Diop "que l'Union européenne souhaite rester engagée au Mali et au Sahel, mais pas à n'importe quel prix". Il a souligné avoir "demandé des garanties concrètes pour assurer l'efficacité de nos missions d'appui aux forces de sécurité et de défense nécessaires à leur maintien".

Josep Borrell a également averti "que tout changement dans les conditions de travail de Barkhane et Takuba aura inévitablement des conséquences".

La France a engagé une "concertation approfondie" avec ses partenaires européens participant au groupement de forces spéciales Takuba au Mali.

Sur les quatre pays du Sahel où est déployée la force antijihadiste Barkhane, trois (Tchad, Mali, Burkina) sont désormais dirigés par une junte militaire.

"L'Union européenne est unie dans sa position d'imposer des sanctions individuelles envers ceux qui entravent le processus de Transition au Mali", a encore mis en garde Josep Borrell.

Le chef de la diplomatie européenne a par ailleurs réitéré la condamnation du renversement par la force du président Roch Kaboré du Burkina Faso. Il a réclamé le retour rapide de l'ordre constitutionnel et la libération immédiate de toutes les personnes illégalement détenues, à commencer par le président Kaboré.


Pour un chef de file musulman britannique, une enquête révèle l'ampleur de l’islamophobie en Grande-Bretagne

Une femme musulmane passant devant l'entrée de la East London Mosque, à Whitechapel, dans l'est de Londres. (Fichier/AFP)
Une femme musulmane passant devant l'entrée de la East London Mosque, à Whitechapel, dans l'est de Londres. (Fichier/AFP)
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  • Plus d'un Britannique sur quatre est convaincu de l’existence au Royaume-Uni de «zones interdites» où la charia est en vigueur
  • Zara Mohammed: «Il est important de documenter l'islamophobie et de partager les données avec les décideurs politiques pour qu’un changement se produise»

LONDRES: Mardi, un chef de file musulman britannique a déclaré que les résultats d'une enquête sur l'islamophobie avaient mis en évidence «la nature omniprésente de ce problème» en Grande-Bretagne. 

L'étude, conduite par des chercheurs de l'université de Birmingham, a révélé que l'islamophobie était devenue «un sujet de conversation acceptable», considéré  comme approprié dans une discussion polie et socialement admissible. 

Intitulée «The Dinner Table Prejudice: Islamophobia in Contemporary Britain», l'enquête a révélé que les musulmans étaient le deuxième groupe le moins apprécié au Royaume-Uni après les voyageurs gitans et irlandais, 25,9 % des Britanniques ayant un sentiment négatif envers les musulmans et 9,9 % très négatif.  

S'exprimant lors du lancement du rapport, Zara Mohammed, première femme  secrétaire générale du Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB), a déclaré que l'islamophobie était bien réelle, contrairement à ce que certaines personnes pensaient, et qu'elle avait un impact sur tous les secteurs de la société. 

«Je pense que ce qui est excellent dans ce rapport et les preuves qu’il apporte, c'est qu'il nous montre la nature omniprésente du problème, mais aussi que les musulmans comptent parmi les personnes les moins appréciées de la population.» 

«Au cours de ma première année en tant que secrétaire générale du MCB, ce que nous avons constaté est malheureusement un environnement qui devient notablement de plus en plus hostile pour les musulmans britanniques. «C'est la façon réelle dont les musulmans sont perçus dans la Grande-Bretagne de tous les jours en 2022», a-t-elle ajouté. 

Plus d'une personne sur quatre interrogée pour l'enquête, et près de la moitié des partisans du Parti conservateur et de ceux qui ont voté pour le Brexit, sont convaincus de l’existence au Royaume-Uni de «zones interdites» où la charia est en vigueur. 

Parmi les personnes interrogées, 26,5% conviennent qu’«il y a des zones en Grande-Bretagne qui sont régies par la charia où les non-musulmans ne peuvent pas entrer», selon l'étude. Parmi les électeurs du Parti conservateur et ceux qui ont choisi de quitter l'UE, ce chiffre monte à 43,4%. 

En outre, 36,3 % des Britanniques considèrent que «l'islam menace le mode de vie britannique», 18,1 % soutenant, et 9,5 % soutenant fortement l'idée d'interdire toute migration musulmane vers le Royaume-Uni. 

Les Britanniques reconnaissent leur ignorance concernant la plupart des religions non chrétiennes, la majorité d’entre eux déclarant ne pas être certains de la façon dont les textes juifs (50,8 %) et sikhs (62,7 %) sont enseignés. 

«Cependant, dans le cas de l'islam, les personnes se sentent plus confiantes pour porter un jugement, avec seulement 40,7 % d'avis incertains. Ceci en dépit du fait que les gens sont beaucoup plus susceptibles de considérer de manière erronée que l’islam est «totalement» littéraliste, sans interprétation. Les préjugés envers l'islam ne sont donc pas simplement de l'ignorance, mais un manque d’informations et de la méconnaissance», ajoute l'étude. 

Zara Mohammed a salué les preuves théoriques contenues dans des rapports comme le dernier en date, rédigé par Stephen Jones et Amy Unsworth. Elle a indiqué qu'il était important de documenter le problème et de partager les données avec les décideurs politiques. «D'une certaine manière, cela permet aux communautés musulmanes de dire: "Ne pensez pas que c'est dans votre tête, quelque chose doit vraiment changer."» 

«Les propres preuves du gouvernement sur les crimes de haine ont révélé que 40% de toutes les personnes confrontées à ces actes étaient des musulmans. C'est réellement un vrai problème et j'espère que grâce au travail du professeur Jones, nous pourrons tous en parler et nous en servir dans nos campagnes, notre activisme et nos conversations», a poursuivi la secrétaire générale du MCB. 

«Alors que l'islamophobie est certainement devenue un sujet de conversation acceptable, il est temps pour nous de pouvoir aller de l'avant et d'apporter un réel changement, et le MCB reste déterminé à le faire», a-t-elle également affirmé. 

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La députée Nousrat Ghani prenant la parole lors d'une session au Parlement à Londres, en Grande-Bretagne. (Fichier/Reuters) 

Le lancement de l'enquête a coïncidé avec les gros titres de l'actualité sur les affirmations de la députée britannique musulmane du parti, Nousrat Ghani, qui a  expliqué que sa religion a été invoquée comme raison pour justifier son limogeage comme ministre du gouvernement en 2020. 

Elle a affirmé qu'on lui avait dit que «le fait d’être musulmane avait été soulevé comme un problème» lors d'une réunion, et que son «statut de femme ministre musulmane mettait ses collègues mal à l'aise». 

«C'était comme si j’avais reçu un coup de poing dans le ventre. Je me sentais humiliée et impuissante», a-t-elle ajouté. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a ordonné une enquête du Cabinet sur ces allégations. 

Concernant les allégations de Ghani, Mme Mohammed a précisé qu'elles «ont mis en relief à quel point le problème de l'islamophobie était systémique et institutionnel. Le choc est violent et profond». 

Elle a assuré que l'islamophobie «n'est pas seulement dans nos têtes. Nous venons de voir ce week-end comment cela joue un rôle au cœur de la politique». 

«Que fait-on concrètement  Quelle est l'approche des décideurs pour résoudre le problème?», s’est-elle interrogée. 

Elle a expliqué que le MCB s'était efforcé de faire pression pour l'adoption d'une définition de l'islamophobie élaborée par le Groupe parlementaire multipartite sur les musulmans britanniques (APPG). 

Selon la définition de l'APPG, l'islamophobie est enracinée dans le racisme et constitue un type de racisme ciblant l’expression d’être musulman ou la manière dont sont perçus les musulmans. La définition a été largement approuvée par les communautés musulmanes, les partis politiques et la société civile. 

Cependant, le Parti conservateur au pouvoir a rejeté la définition de l'APPG en 2019 et déclaré qu'il avait besoin de «davantage de réflexion». 

Le regretté James Brokenshire, secrétaire britannique aux Communautés à cette période, a déclaré à la Chambre des Communes que la définition de l'APPG n'était pas conforme à la loi de 2010 sur l'égalité, et que deux conseillers seraient nommés pour proposer une définition adéquate. 

Cependant, un imam nommé par les ministres comme conseiller clé sur l'islamophobie, a affirmé lundi qu'il avait été ignoré par le 10, Downing Street et par Michael Gove, secrétaire d'État britannique au Logement, aux Communautés et au Gouvernement local. 

L'imam Qari Asim, à qui l’on a demandé d'aider à élaborer une définition de l'islamophobie, a déclaré au Times qu'il n'avait pas reçu de réponses aux courriels et aux lettres qu'il avait envoyés au gouvernement plus de deux ans après sa nomination. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L'Allemagne cherche à discipliner la messagerie Telegram, nid à complotistes

Cette photo d'archive prise le 8 novembre 2021 à Moscou montre le logo Telegram du service de messagerie et d'appels mobiles sur un écran de smartphone. (Photo, AFP)
Cette photo d'archive prise le 8 novembre 2021 à Moscou montre le logo Telegram du service de messagerie et d'appels mobiles sur un écran de smartphone. (Photo, AFP)
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  • La ministre de l'Intérieur, Nancy Faeser, veut présenter d'ici Pâques un plan d'action visant à obliger la plateforme à supprimer les messages haineux et à identifier leurs auteurs
  • Faute de coopération, la ministre n'exclut pas l'interdiction pure et simple de l'application en Allemagne

BERLIN : Propagation des théories complotistes voire appels au meurtre: la messagerie cryptée Telegram, particulièrement prisée des mouvements anti-vaccin, est dans le viseur des autorités allemandes qui l'accusent de ne pas agir contre la diffusion des propos haineux.

Les opposants à la vaccination contre la Covid-19 sont mobilisés depuis des semaines en Allemagne où ils manifestent régulièrement dans tout le pays lors de rassemblements parfois accompagnés d'incidents.

La tension risque de montrer encore d'un cran alors que la question de la vaccination obligatoire, soutenue par le chancelier Olaf Scholz mais qui divise la société, a débuté mercredi au Bundestag.

Dans ce contexte électrique, les "propagateurs de haine" sont dans le viseur du gouvernement et plus particulièrement la messagerie cryptée Telegram.

La ministre de l'Intérieur, Nancy Faeser, veut présenter d'ici Pâques un plan d'action visant à obliger la plateforme à supprimer les messages haineux et à identifier leurs auteurs.

Certains groupes de discussion "d'anti-vax" réunissent jusqu'à 200 000 personnes, selon un décompte de l'AFP. 

Faute de coopération, la ministre n'exclut pas l'interdiction pure et simple de l'application en Allemagne. 

Avant cela "toutes les autres options doivent avoir échoué", a-t-elle précisé, reconnaissant qu'une coopération européenne était nécessaire sur ce sujet sensible. 

Mi-décembre, la police allemande avait mené des perquisitions et saisi des armes lors d'un raid à Dresde (ouest) après la diffusion de menaces de morts visant, sur une chaîne Telegram anti-vaccins, le ministre-président du Land.

Le chancelier allemand Olaf Scholz avait alors promis de mener une lutte implacable contre une "minorité d'extrémistes".

 Aucune coopération

L'Allemagne a voté en 2017 une loi controversée renforçant son arsenal contre les menaces sur internet: elle oblige depuis les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter à supprimer les contenus délictueux et à les signaler à la police en vue d'éventuelles poursuites.

Facebook avait ainsi annoncé en septembre la suppression de comptes, pages et groupes liés au groupuscule des "libres penseurs" en Allemagne, une mouvance hostile aux restrictions destinées à lutter contre la Covid-19.

"Parce que les grandes plateformes comme Facebook n'autorisent plus la haine raciste, antisémite et les contenus d'extrême droite comme le négationnisme, les personnes qui veulent diffuser cela cherchent de nouveaux moyens. Actuellement, le plus populaire en Allemagne est Telegram", explique à l'AFP Simone Rafael, responsable numérique de la Fondation de la lutte contre le racisme Amadeu Antonio.

Contrairement à Facebook, "Telegram ne coopère pas avec les autorités judiciaires ou de sécurité, même pas sur des sujets indiscutablement punissables et répréhensibles comme la pornographie enfantine", ajoute Mme Rafael, estimant que "cela prive l'État de toute capacité d'action".

Maintes demandes de suppressions de contenus envoyées par l'Office fédéral de la police criminelle allemande (BKA) à la plateforme sont restées jusqu'ici lettre morte.

Le BKA a annoncé mercredi mettre en place sa propre force opérationnelle pour poursuivre les délits commis sur Telegram avec pour objectif "d'identifier les suspects et de les poursuivre en justice".

Paradis fiscal

Une autre possibilité serait d'exiger de Google ou Apple de la retirer de leur catalogue de téléchargement. Toutefois, cela n'affecterait pas les utilisateurs possédant déjà l'application.

Pour Mme Rafael, la seule façon de venir à bout du service est de l'interdire complètement en Allemagne.

Ce serait alors le premier pays occidental à opter pour une telle mesure radicale contre la messagerie créée en 2013 par les frères Nikolaï et Pavel Dourov, deux opposants au président russe Vladimir Poutine qui cherchaient à éviter la surveillance des services secrets de leur pays.

Des interdictions et des réglementations contre Telegram, dont le siège social est à Dubaï mais la société enregistrée aux Iles Vierges britanniques, paradis fiscal, existent déjà en Chine, Inde ou Russie.

"De telles mesures enverraient un très mauvais signal, avertit le journaliste spécialiste du numérique Markus Reuter. "Car d'un côté, nous célébrons l'absence de censure de Telegram et son importance pour les mouvements démocratiques en Biélorussie et en Iran et d'un autre côté, nous voulons désactiver ce service ici" en Allemagne.