Afghanistan: des métiers sous la menace d'un retour des talibans au pouvoir

La breakdancer Manizha Talash pose pour une photo à Kaboul. Les talibans ont interdit des dizaines d'activités et de passe-temps apparemment inoffensifs en Afghanistan au cours de leur règne de 1996 à 2001 (AFP)
La breakdancer Manizha Talash pose pour une photo à Kaboul. Les talibans ont interdit des dizaines d'activités et de passe-temps apparemment inoffensifs en Afghanistan au cours de leur règne de 1996 à 2001 (AFP)
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Publié le Lundi 05 juillet 2021

Afghanistan: des métiers sous la menace d'un retour des talibans au pouvoir

  • Ces activités sont redevenues populaires après la chute de leur régime fondamentaliste. Mais elles pourraient être en danger si les talibans revenaient au pouvoir
  • «Il n'y a aucun plaisir dans la vie si nous vivons dans la peur et la restriction», estime ce père de huit enfants

KANDAHAR : Quand les talibans étaient au pouvoir en Afghanistan, entre 1996 et 2001, plusieurs passe-temps préférés des Afghans, comme le cerf-volant, les séries télévisées, les courses de pigeon ou même la musique étaient interdits car considérés contraires aux préceptes de l'islam.

Ces activités sont redevenues populaires après la chute de leur régime fondamentaliste. Mais elles pourraient être en danger si les talibans revenaient au pouvoir.

Les insurgés, qui ont bien l'intention de rétablir leur émirat islamique, ont multiplié les succès militaires depuis que les Etats-Unis ont commencé le 1er mai le retrait final de leurs troupes.

L'AFP évoque ces activités menacées par les talibans et la peur gagnant ceux qui s'y prêtent.

Le joueur de japani

Sayed Mohammad est un musicien professionnel qui joue du japani, un instrument traditionnel à cordes d'Asie centrale, auquel il fut initié quand il était jeune.

Il se souvient encore du soir où, il y a 20 ans, des talibans sont entrés de force dans la maison dans laquelle ses amis et lui jouaient de la musique et chantaient.

L'interprétation stricte de la charia à laquelle se réfèrent les talibans suppose que seule la voix humaine devrait produire de la musique et uniquement pour faire l'éloge de Dieu.

"J'étais jeune, alors j'ai été moins battu que mes amis", raconte Sayed, 40 ans, habitant de la province de Kandahar (Sud). "Mais j'ai quand même été incapable de tenir debout pendant trois jours."

L'un de ses amis a été moins chanceux et a eu les doigts coupés.

Quand les talibans ont été chassés du pouvoir par une coalition étrangère menée par les États-Unis en 2001, il a fêté l'événement en assistant à un concert avec des amis.

"Quand la musique était jouée, je sentais comme un frisson me passer dans le corps, tellement j'étais content", se rappelle-t-il. "Ce concert était une expression de joie (...), joie car notre pays était libre et que les gens étaient libres de commencer une nouvelle vie."

Depuis, de nombreux Afghans comme Sayed sont devenus musiciens et chanteurs professionnels.

"Il n'y a aucun plaisir dans la vie si nous vivons dans la peur et la restriction", estime ce père de huit enfants.

Il reste déterminé à vivre sa passion jusqu'au bout, même si les talibans reviennent au pouvoir. "C'est comme une drogue. Même s'ils nous coupent les doigts, nous continuerons à jouer de la musique", prévient-il.

L'esthéticienne

Au premier étage du salon Henna, l'un des plus prisés de Kaboul, ouvert en 2015 dans le quartier moderne de Shar-e-Now, Farida ourle de nacre les paupières d'une mariée aux faux-cils démesurés et ses lèvres d'un carmin sombre et épais.

Les fards blanc, puis beige, puis ocre ont redessiné les contours et le relief du visage. Une ultime trace de poudre dorée et elle passe au chignon, échafaudage complexe de boucles laquées.

Les femmes viennent ici à l'abri des regards masculins - strictement interdits d'entrée - se faire pomponner dans les effluves de cire à épiler, d'onguents et de vernis à ongles.

Des extravagances facturées de 20.000 à 50.000 afghanis (210 à 525 euros), que les talibans, généralement issus des campagnes, exècrent.

Du temps des talibans, les salons de beauté étaient interdits et les femmes ne pouvaient sortir sans être accompagnées d'un homme, ce qui limitait fortement leurs déplacements.

"Sous les talibans, ces salons étaient fermés. S'ils reviennent, nous n'aurons plus jamais la liberté que nous avons maintenant", craint Farida, 27 ans, s'abritant derrière son masque anti-Covid pour dissimuler son visage.

"Ils ne veulent pas que les femmes travaillent. Une fois les Américains partis, qui va nous soutenir?", se demande la jeune esthéticienne qui s'est formée toute seule en s'exerçant sur sa sœur.

"Chacun a droit à sa liberté, surtout les femmes. Nous ne voulons pas être renvoyées dans le passé", plaide-t-elle.

Le fabricant de cerf-volant

Dans un marché animé de Kaboul, entouré de centaines de cerfs-volants de toutes tailles, Zelgai se dit déterminé à ne pas abandonner le commerce tenu par sa famille depuis des générations.

Les talibans avaient interdit la pratique du cerf-volant au prétexte qu'elle détournait les jeunes hommes de leurs obligations religieuses comme la prière.

Mais Zelgai et sa famille avaient continué leur activité. "Bien entendu nous le faisions en secret", raconte-il dans son magasin du marché de Shor dans la capitale.

Sa boutique, haute en couleurs, propose des centaines de cerfs-volants prêts à voler. Il répond aussi à des commandes spéciales avec des design plus élaborés. Les affaires ont bien marché après le départ des talibans.

"C'est la liberté (...) Nous sommes en mesure d'exposer et vendre nos cerfs-volants ouvertement, sans aucune crainte", apprécie Zelgai, 59 ans.

Cette passion afghane est connue à l'étranger depuis la parution en 2003 du livre - devenu un film - "Les cerfs-volants de Kaboul", de l'auteur afghan Khaled Hosseini.

Quand le vent le permet, on peut voir des milliers de cerfs-volants flotter dans le ciel bleu d'Afghanistan.

Certains prennent part à des combats de cerfs-volants, où les pilotes tentent de se montrer les plus habiles et n'hésitent pas à utiliser des ficelles incrustées de morceaux de verre pour faire perdre à l'adversaire le contrôle de l'appareil.

"Des gens souffriraient si c'était (à nouveau) interdit. Des milliers de familles en dépendent pour survivre", s'inquiète Zelgai.

La breakdancer

Le jour où elle s'est mise au breakdance, Manizha Talash a su qu'elle devenait une cible pour les talibans.

Elle est la seule femme d'un groupe de danseurs majoritairement d'ethnie hazara, qui pratiquent le breakdance à Kaboul, la plupart du temps en secret.

La jeune femme, âgée de 18 ans, bénéficie du soutien de sa mère qui doit cumuler plusieurs emplois pour faire vivre sa famille depuis que son mari a disparu il y a quelques années.

Manizha rêve de représenter son pays aux jeux Olympiques, mais les risques sont nombreux.

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Le jour où elle s'est mise au breakdance, Manizha Talash a su qu'elle devenait une cible pour les talibans (AFP)

Non seulement est-elle est une fille pratiquant une activité interdite aux yeux des talibans, mais aussi appartient-elle à la minorité chiite Hazara, considérée comme hérétique par certains radicaux musulmans.

"Si les talibans n'ont pas changé, qu'ils enferment les femmes chez elles et piétinent leurs droits, alors la vie n'aura aucun sens pour moi et pour des millions d'autres femmes en Afghanistan", estime Manizha.

Malgré les risques - sa petite troupe a dû changer de lieu d'entraînement après avoir été menacée - elle tient à poursuivre sa passion.

Beaucoup de femmes ont été des pionnières en Afghanistan et Manizha se voit comme l'une d'elles.

"Auparavant, nous n'avions pas de femmes policières. Maintenant vous en voyez partout", confie-t-elle, vêtue d'un tee-shirt, d'une casquette et de leggings noirs, une tenue qui horripilerait les talibans.

"J'ai pris le risque de devenir une cible. La peur est présente dans mon cœur, mais je n'abandonnerai pas (...) Désormais, même si les talibans viennent, je continuerai le breakdance", promet-elle.

Le fumeur de chicha

Sur les berges d'une rivière traversant la ville de Jalalabad (Est), Mohammad Salem et ses amis sont rassemblés autour d'une chicha, un vieux passe-temps redevenu à la mode dans plusieurs endroits du monde.

"Fumer la chicha, c'est très normal en ce moment en Afghanistan", confie Mohammad, en tirant d'un narguilé bouillonnant des bouffées de tabac parfumé aux fruits.

Les talibans y voient un produit stupéfiant, interdit par l'islam.

Depuis la chute des talibans, les bars à chicha se sont multipliés dans le pays. Ils servent du thé au safran à leurs clients fumant le narguilé.

Propriétaire d'un de ces bars, Bakhtya Ahmad pense que la chicha est un bon moyen de garder les jeunes hors des rues ou hors de portée de la drogue.

"Il y a la paix ici. Nous servons la chicha et jouons de la musique dans le café", observe Bakhtya. "Si les talibans reviennent avec leurs vieilles idées, alors ils nous en empêcheront."

Ses clients sont du même avis. "On ne pourra plus aller pique-niquer ou fumer la chicha au bord d'une rivière comme aujourd'hui", regrette Mohammad.

Le coiffeur

Le salon de coiffure de Mohammad Ghaderi, dans la ville d'Hérat (Ouest), tourne à plein. Les jeunes hommes viennent pour un rasage ou une coiffure à la mode qui rappellera leurs acteurs préférés de Bollywood ou d'Hollywood.

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«Une nouvelle fois, les femmes devront porter la burqa et les jeunes hommes ne seront pas libres de faire ce qu'ils veulent»

"L'Afghanistan est entré dans un nouveau monde", clame Mohammad, coiffeur depuis près de dix ans, "il y a plus de coiffeurs maintenant, plus de jeunes gens qui se mettent à la mode (...) Le gouvernement n'y est pas opposé de la manière dont les talibans l'étaient".

Si dans les campagnes, les hommes s'en tiennent à un style islamique classique - une barbe plus longue que le poing d'un homme et remontant jusqu'aux cheveux -, les citadins se laissent tenter par les dernières modes.

Mais Mohammad et ses clients redoutent que tout cela ne prenne fin si les talibans reviennent au pouvoir.

"Nous craignons que si les talibans entrent dans la ville et le marché, ils pourraient bien être les mêmes qu'il y a 20 ans", dit-il.

"Une nouvelle fois, les femmes devront porter la burqa et les jeunes hommes ne seront pas libres de faire ce qu'ils veulent", acquiesce Sanaullah Amin, l'un de ses habitués.

 

       


Les marchés boursiers les yeux tournés vers les banques centrales plus que vers le Moyen-Orient

Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
  • Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre
  • Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones)

PARIS: Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole.

Dans ce contexte, Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre.

Symbole de ce rebond, l'action du constructeur automobile Stellantis a progressé de 2,89% à Paris.

A Francfort, les investisseurs ont privilégié les valeurs défensives, moins exposées à la conjoncture, comme l’énergéticien E.ON (+3,20%, 20,30 euros), les réassureurs Hannover Re (+4,03%, 273,80 euros) et Munich Re (+2,48%, 553,40 euros).

Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones).

"Comme hier (lundi), nous sommes dans une vague de reprise, peut-être technique", résume Frédéric Rozier, gestionnaire de portefeuille pour la banque privée Mirabaud.

Cette légère amélioration "ne constitue pas vraiment une lueur d’espoir", tempère Andreas Lipkow à Francfort.

Ralentissement de la hausse du pétrole 

Aucune amélioration géopolitique au Moyen-Orient n'explique la résilience des marchés boursiers.

Le président français Emmanuel Macron a indiqué que la France n'était pas prête à s'engager dans des "opérations" de sécurisation du détroit d'Ormuz "dans le contexte actuel".

La compagnie aérienne British Airways a annoncé mardi suspendre jusqu'au 31 mai inclus ses vols vers Amman, Bahreïn, Dubaï et Tel-Aviv "en raison de l'incertitude persistante de la situation au Moyen-Orient".

Surtout, les prix du pétrole continuent à augmenter, moins fortement que la veille: vers 17H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s'échangeait à 102,17 dollars (+1,96%) et son équivalent américain du WTI progressait de 1,82% à 95,20 dollars.

Passée la "stupéfaction" des premiers jours, "il y a une forme de normalisation (...) au bout de deux ou trois semaines de conflit (...) le marché se remet en mode économie de guerre", décrypte Frédéric Rozier.

Détente sur les taux d'emprunt des États 

De fait, les marchés boursiers semblent anticiper les décisions des banques centrales de ne pas relever leurs taux directeurs malgré des risques d'inflation liée à la hausse du pétrole.

"Le marché a envie de croire que les banques centrales vont considérer cette inflation comme temporaire et donc ne vont pas sur-réagir par une hausse des taux", commente Frédéric Rozier.

"Nous anticipons que la Fed laissera ses taux directeurs inchangés lors de sa réunion de cette semaine", estime aussi Bénédicte Kukla, stratégiste en chef chez Indosuez Wealth Management

"Il est probable que l'inflation dépasse temporairement les 3% d'ici la fin 2026 (...) Malgré ces tensions, nous n'anticipons pas de modification des taux directeurs de la BCE cette semaine — trop tôt", ajoute Mme Kukla.

Dans ce contexte, les taux d'intérêt sur les emprunts émis par les États pour financer leurs dettes reculaient, après avoir bondi aux premiers jours du conflit.

Aux alentours de 17H00 GMT, le rendement de l'emprunt allemand à échéance 10 ans (Bund), qui fait référence en Europe, se maintenait à 2,90% contre 2,95% la veille. Il évoluait autour de 2,64% avant la guerre.

Son équivalent français affichait un rendement à 3,55% contre 3,61% lundi en clôture (et contre 3,22% avant le début du conflit).

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans, l'échéance la plus scrutée, se maintenait à 4,19%.

La Banque centrale australienne (RBA) a de son côté relevé mardi son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, invoquant la "forte hausse des prix des carburants".

 


Commerce: la Chine envoie samedi son vice-Premier ministre en France pour des discussions avec Washington

Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
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  • Le vice-Premier ministre chinois He Lifeng se rendra en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec les États-Unis, avec des discussions prévues à Paris avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent
  • Ces négociations interviennent sur fond de tensions commerciales persistantes entre Washington et Pékin, avant une possible visite du président américain Donald Trump en Chine fin mars

PEKIN: La Chine a confirmé vendredi que son vice-Premier ministre He Lifeng, chargé des questions économiques, effectuera à partir de samedi une visite en France, pour mener des discussions avec les Etats-Unis sur le commerce.

Ces négociations de haut niveau se dérouleront quelques semaines avant une possible visite à Pékin du président américain Donald Trump, lors de laquelle il rencontrerait son homologue Xi Jinping.

Le Trésor américain avait déjà indiqué jeudi que ces discussions commerciales bilatérales auraient lieu dimanche et lundi à Paris, entre He Lifeng et le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

Le dirigeant chinois "conduira une délégation en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec la partie américaine" sur des questions "d'intérêt mutuel", a indiqué vendredi le ministère chinois du Commerce.

Scott Bessent sera accompagné à Paris par le représentant de la Maison Blanche pour le Commerce (USTR), Jamieson Greer.

Le président américain prévoit de se rendre à Pékin du 31 mars au 2 avril, a indiqué la Maison Blanche. Les autorités chinoises n'ont pas confirmé cette visite ni ce calendrier, ce qui est habituel de leur part.

Les Etats-Unis et la Chine se sont livré l'an passé une âpre bataille aux retombées mondiales, à coups de droits de douane et de restrictions diverses. Une trêve précaire a ensuite été conclue, sous l'égide, déjà, de Scott Bessent et He Lifeng.

Des points de friction subsistent toutefois.

La Maison Blanche a annoncé mercredi lancer une série d'enquêtes destinées à documenter des préjudices économiques subis par les Etats-Unis. Elles visent une quinzaine de pays ou bloc (l'Union européenne), dont la Chine. Elles sont une première étape vers de potentiels nouveaux droits de douanes.

Cette initiative est un "exemple typique d'unilatéralisme" qui "porte gravement atteinte à l'ordre économique et commercial international", a dénoncé vendredi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué séparé.

"La Chine exhorte les Etats-Unis à revenir sur leurs pratiques contestables et à privilégier le dialogue et la consultation pour résoudre les différends", a-t-il souligné.


L'Iran vise les infrastructures pétrolières du Golfe et fait à nouveau flamber les cours

L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques. (AFP)
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  • Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché
  • Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement

TEHERAN: L'Iran a lancé jeudi une nouvelle vague d'attaques contre les infrastructures pétrolières des pays du Golfe, après avoir frappé deux tankers, suscitant une nouvelle flambée des cours du pétrole malgré la mobilisation des réserves stratégiques.

Ce conflit qui a débuté le 28 février avec des attaques américano-israéliennes contre l'Iran a pris une échelle régionale et menace l'approvisionnement en pétrole de l'économie mondiale, le trafic étant paralysé dans le détroit d'Ormuz, un point de passage stratégique.

Le baril de pétrole a repassé jeudi matin la barre des 100 dollars, malgré une intervention sans précédent des grandes puissances sur le marché.

Les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) - dont les Etats-Unis - ont décidé mercredi d'un déblocage record de 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques pour apaiser les inquiétudes sur l'approvisionnement.

Le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, a précisé que 172 millions de barils allaient être libérés "à partir de la semaine prochaine".

Mais au treizième jour du conflit, les dégâts dans les infrastructures pétrolières s'étendent. Bahreïn a dénoncé une attaque iranienne contre des réservoirs d'hydrocarbures, appelant les habitants à rester chez eux en raison des fumées provoquées par l'installation en feu.

A Oman, des réservoirs de carburant du port de Salalah étaient aussi en feu la veille après une attaque de drone, selon une vidéo publiée par l'AFP, tandis que l'Arabie saoudite a rapporté une nouvelle attaque de drone contre le champ pétrolier de Shaybah, dans l'est du pays, déjà visé à plusieurs reprises ces derniers jours

Boules de feu 

Une attaque jeudi contre deux pétroliers dans le Golfe au large de l'Irak, dont l'origine est encore inconnue, a fait au moins un mort, tandis les sauveteurs recherchent plusieurs disparus, selon l'autorité portuaire.

La télévision étatique irakienne a diffusé des images d'un navire en mer d'où s'élèvent d'impressionnantes boules de feu et des volutes de fumée.

Un porte-conteneurs a été à nouveau touché jeudi par un "projectile inconnu" au large des Emirats arabes unis, provoquant un "petit incendie" à bord, selon l'agence maritime britannique (UKMTO), après au moins trois bateaux touchés la veille.

Donald Trump a promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans ce goulot d'étranglement qui voit d'ordinaire passer un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Il a aussi assuré que "28 navires poseurs de mines" avaient été frappés, une crainte majeure de la communauté internationale étant de voir le détroit miné.

Signaux contradictoires 

"L'Iran est "proche de la défaite", a estimé le président américain mercredi soir, à la fin d'une journée de signaux contradictoires sur ses intentions.

Il a d'abord répété que la guerre allait se terminer "bientôt", jugé qu'il ne restait "pratiquement rien à frapper" en Iran et que l'"excursion" militaire américaine était "très en avance" sur le calendrier prévu.

La première semaine de guerre a coûté aux Etats-Unis plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times en s'appuyant sur des sources parlementaires.

L'allié israélien de Washington, qui ne s'est fixé "aucune limite dans le temps", assure disposer encore d'un "vaste réservoir de cibles".

En face, les Gardiens de la Révolution iraniens se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux.

Ali Fadavi, un représentant de cette armée idéologique, a brandi la menace d'une "guerre d'usure" à même de "détruire l'économie américaine entière" et "l'économie mondiale".

L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, tandis que l'agence iranienne Tasnim a cité les géants américains de la tech comme de "futures cibles" de Téhéran, parmi lesquels Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle ou encore Nvidia.

Le géant bancaire américain Citi et les cabinets de conseil britanniques Deloitte et PwC ont évacué ou fermé mercredi leurs bureaux à Dubaï après des menaces.

Les ports pourraient devenir une cible dans le conflit: l'armée américaine a appelé mercredi les civils iraniens à s'éloigner de ceux dans la région du détroit d'Ormuz, car s'ils sont "utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé".

L'armée iranienne a répliqué qu'en cas d'attaque, "tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes".

Frappes conjointes 

Israël poursuit ses attaques au Liban visant le Hezbollah pro-iranien. De lourdes frappes ont touché mercredi soir le sud de Beyrouth, selon des journalistes de l'AFP.

Les autorités libanaises, qui ont recensé plus de 800.000 déplacés, ont fait état jeudi matin d'au moins sept morts supplémentaires dans la capitale.

L'armée israélienne a également lancé une nouvelle vague de frappes "à grande échelle" sur Téhéran après que l'Iran a indiqué avoir mené une opération "conjointe" avec le Hezbollah contre une cinquantaine de cibles sur son territoire, décrite comme "un feu continu pendant cinq heures" de missiles et de drones.

Le Hezbollah dit avoir tiré des missiles vers une base des renseignements militaires israéliens.

Le président français Emmanuel Macron a appelé sur X Israël à "renoncer à une offensive terrestre" au Liban.

A Téhéran, la vie s'organise malgré les bombardements.

"Nous avons mis notre foi en Dieu. Pour l'instant, il y a de la nourriture dans les magasins", a confié Mahvash, un habitant de 70 ans.

Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, désigné dimanche pour succéder à son père tué au premier jour de la guerre, n'est toujours pas apparu publiquement.