Les États-Unis ont abandonné Bagram en pleine nuit sans prévenir le nouveau commandant

Un soldat de l'armée nationale afghane (ANA) prend un selfie dans la base aérienne de Bagram après le départ des troupes américaines et de celles de l'Otan, à 70 kilomètres au nord de Kaboul, le 5 juillet 2021. (AFP)
Un soldat de l'armée nationale afghane (ANA) prend un selfie dans la base aérienne de Bagram après le départ des troupes américaines et de celles de l'Otan, à 70 kilomètres au nord de Kaboul, le 5 juillet 2021. (AFP)
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Publié le Mardi 06 juillet 2021

Les États-Unis ont abandonné Bagram en pleine nuit sans prévenir le nouveau commandant

  • Avant la prise de contrôle par l'armée afghane de l'aérodrome, ce dernier a été envahi par une petite armée de pillards qui a saccagé les baraquements
  • Les États-Unis ont laissé derrière eux 3,5 millions d’objets, dont des dizaines de milliers de bouteilles d'eau, de boissons énergétiques et de ces repas militaires tout prêts

BAGRAM (Afghanistan): Après l’avoir occupée pendant presque vingt ans, les États-Unis ont déserté la base aérienne de Bagram. Après avoir coupé l'électricité, ils se sont éclipsés dans la nuit sans avertir le nouveau commandant afghan. Ce dernier s'est aperçu du départ des Américains deux heures plus tard, selon des responsables militaires afghans.

Lundi, lorsqu’elle a montré la vaste base aérienne, l'armée afghane a donné un aperçu saisissant de l'endroit qui a constitué l'épicentre de la guerre américaine destinée à renverser les talibans et à pourchasser les membres d'Al-Qaïda responsables des attentats du 11 septembre 2001. 

Vendredi, les États-Unis ont annoncé qu’ils avaient intégralement évacué cette base – son plus grand aérodrome dans le pays – en vue d’un retrait définitif qui sera effectif à la fin du mois d'août, indique le Pentagone.

«Le bruit courait que les Américains avaient quitté Bagram, et c’est à 7 heures du matin que nous avons compris que cette rumeur était fondée et qu'ils avaient déjà quitté Bagram», confie le général Mir Asadallah Kohistani, le nouveau commandant de la base.

Le porte-parole de l'armée américaine, le colonel Sonny Leggett, n'a pas tenu compte des griefs précis formulés par un grand nombre des soldats afghans qui ont hérité de l'aérodrome abandonné. Il a préféré faire référence à une déclaration faite la semaine dernière.

La déclaration en question précisait que le transfert des responsabilités avait été engagé peu de temps après que le président américain, Joe Biden, eut annoncé, à la mi-avril, que les États-Unis allaient retirer leurs dernières troupes. Le colonel Leggett y précisait que les soldats américains avaient concerté leurs départs avec les dirigeants afghans.

Avant la prise de contrôle par l'armée afghane de cet aérodrome situé à environ une heure de route de la capitale de l’Afghanistan, Kaboul, le site avait été envahi par une petite armée de pillards qui ont saccagé les baraquements et fouillé dans les immenses tentes de stockage avant d’être expulsés, rapportent des militaires afghans.

«Au départ, nous nous sommes dit qu’il s’agissait peut-être de talibans», explique Abdel Raouf, qui est soldat depuis dix ans. Selon lui, les États-Unis les ont appelés de l'aéroport de Kaboul pour leur dire la chose suivante: «Nous sommes à l'aéroport de Kaboul.»

Le général Mir Asadallah Kohistani affirme que les forces de sécurité et de défense afghanes sont en mesure de protéger cette base solidement fortifiée en dépit des nombreuses victoires remportées par les talibans sur le champ de bataille. Par ailleurs, l'aérodrome abrite une prison où sont détenus près de 5 000 prisonniers, dont beaucoup sont soupçonnés d'être des talibans.

La dernière avancée des talibans intervient au moment où les dernières troupes américaines et les forces de l'Otan quittent le pays. En effet, la plupart des soldats de l'Otan sont discrètement partis la semaine dernière. Les derniers soldats américains y resteront probablement en attendant que l’accord sur la protection de l'aéroport international Hamid Karzai de Kaboul, qui sera probablement confié à la Turquie, soit conclu.

Dans le même temps, les districts du nord de l'Afghanistan tombent les uns après les autres aux mains des talibans. Lors de ces seuls deux derniers jours, des centaines de soldats afghans ont traversé la frontière pour se réfugier au Tadjikistan plutôt que de combattre les insurgés.

«Au combat, on fait parfois un pas en avant et d'autres en arrière», explique M. Kohistani, selon qui l'armée afghane change de stratégie pour se focaliser sur les districts sensibles. Le général affirme qu'ils reconquerront ces postes dans les prochains jours, sans préciser de quelle manière ils s’y prendront.

On a pu découvrir lundi dernier une installation énorme, de la taille d'une petite ville, que seuls les États-Unis et l'Otan auront utilisée. Le site est d’une dimension impressionnante, avec des routes qui se faufilent entre ses baraquements, et ses bâtiments qui ressemblent à des hangars. On y trouve deux pistes et plus de cent espaces de stationnement pour avions de chasse appelés «revêtements» en raison des murs antisouffle qui protègent chaque avion. L’une des deux pistes, longue de 3 660 mètres, a été construite en 2006. Elle comprend un salon destiné aux passagers, un hôpital de cinquante lits ainsi que des tentes gigantesques, de la taille d'un hangar, chargées de matériel et de meubles.

D'après M. Kohistani, les États-Unis ont laissé derrière eux 3,5 millions d’objets intégralement répertoriés par les soldats américains qui ont quitté l'aéroport. Il s'agit, entre autres, de dizaines de milliers de bouteilles d'eau, de boissons énergétiques et de ces repas militaires tout prêts appelés «MRE» (Meals Ready-to-eat).

«Ces 3,5 millions articles sont essentiellement des objets de petite taille comme des téléphones, des poignées de porte, les fenêtres et les portes de toutes les casernes», explique-t-il.

Parmi les biens les plus importants abandonnés sur place, il y a des milliers de véhicules civils, dont beaucoup sont sans clé de contact, et des centaines de véhicules blindés. Selon M. Kohistani, les troupes américaines ont également laissé derrière elles des armes légères avec leurs munitions; toutefois, elles ont emporté les armes lourdes. Les munitions qui correspondaient aux armes emportées ont été détruites par les Américains avant leur départ.

Les soldats afghans qui déambulaient lundi dans cette base – autrefois  le siège de près de 100 000 soldats américains – ont critiqué la façon dont les Américains ont quitté Bagram, dans la nuit, sans prévenir les soldats afghans chargés de patrouiller le périmètre.

«En une nuit, ils ont abandonné la bonne volonté qui les animait depuis vingt ans. Ils sont partis en pleine nuit, sans prévenir les soldats afghans qui patrouillaient dans la région», déplore le soldat afghan Naematullah, qui a demandé à ce qu’on ne mentionne que son nom.

Dans les vingt minutes qui ont suivi le départ discret des Américains, vendredi dernier, le courant électrique a été coupé et la base plongée dans l'obscurité, raconte Raouf, soldat depuis dix ans, qui a également servi dans les bastions talibans dans les provinces de Helmand et de Kandahar. 

Cette obscurité inattendue a alerté la petite armée de pillards, ajoute-t-il. Ils sont entrés par le Nord, ont franchi la première barrière, ont saccagé les bâtiments et ont chargé dans des camions tout ce qui n'était pas cloué au sol.

Lundi, les soldats afghans ramassaient encore des piles d'ordures, parmi lesquelles on trouvait les bouteilles d'eau, les canettes et les boissons énergétiques vides que les pillards avaient laissées derrière eux trois jours après le départ des Américains.

De son côté, M. Kohistani rappelle que, si l'engagement des États-Unis et de l'Otan en Afghanistan depuis près de vingt ans est louable, le moment est venu pour les Afghans de prendre les choses en main.

«Nous devons résoudre nos problèmes. Nous sommes responsables de la sécurité de notre pays et nous devons le reconstruire de nos propres mains», affirme-t-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Moyen-Orient: nouveaux échanges de frappes entre Iran et Etats-Unis, pas d'accalmie

Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
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  • Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb"
  • Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.

L'armée américaine a achevé "une série de frappes nocturnes contre l'Iran" mercredi, a-t-elle indiqué, précisant avoir attaqué des cibles militaires, notamment dans la ville portuaire de Bandar Abbas (sud), afin de "réduire la capacité de l'Iran à menacer des marins innocents" dans le détroit d'Ormuz.

Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb", selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat.

Dans la journée de mercredi, la ville portuaire de Bouchehr (sud), où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par Washington, comme les environs d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués, selon l'armée iranienne, qui a recensé treize tirs de missiles américains.

Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes dont Bandar Abbas, Rask et Chabahar (sud-est), ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.

Selon eux, un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a été évacué à la suite de frappes américaines dans la région, et les patients ont été transférés vers d'autres établissements de santé.

 "Bonne volonté" 

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril mais les installations pétrolières et gazières du Golfe sont pour l'heure épargnées.

Ces tirs ont fait voler en éclats le protocole d'accord signé à la mi-juin, qui devait mettre fin aux hostilités.

Le président américain Donald Trump a toutefois salué un "geste de bonne volonté" de Téhéran après avoir annoncé dans la soirée la libération d'une citoyenne américaine retenue selon lui en Iran depuis 2024.

Les forces armées iraniennes ont quant à elles visé un radar, "des systèmes de communication et des installations de stockage de carburant de l'armée américaine sur la base aérienne Al-Azraq en Jordanie, à l'aide de drones d'attaque", selon un communiqué relayé jeudi matin par la télévision d'Etat.

Au Koweït, déjà visé dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit répondre à des attaques de drones iraniens, alors que les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn.

Mercredi soir, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions près du consulat des Etats-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones qui ont conduit à l'activation de la défense antiaérienne.

L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

Et dans le cadre du blocus des ports iraniens réinstauré depuis 24 heures par les Etats-Unis, un avion militaire américain a tiré sur un pétrolier vide qui tentait de le forcer. Le navire, identifié comme le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, a été "neutralisé", a précisé l'armée américaine.

En réimposant le blocus des ports iraniens, Donald Trump entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Tellement effrayés"

Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan du gouvernement iranien.

"Les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin", témoigne Khadijeh, interrogée par l'AFP depuis Paris. "Les effets de la guerre resteront longtemps dans nos vies, nos esprits et notre santé mentale", ajoute cette artisane de 31 ans qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans dans la même région.

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié après l'attaque de plusieurs pétroliers, avec treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.

Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.

Le Département d'Etat américain a par ailleurs annoncé mercredi avoir approuvé une vente d'armes pour un montant de près de deux milliards de dollars à l'Arabie saoudite, "un allié majeur non membre de l'OTAN qui constitue un facteur de stabilité politique et de progrès économique" dans le Golfe.

 


L'armée américaine annonce une nouvelle «vague de frappes» mercredi en Iran

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
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  • L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines
  • Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé avoir lancé une nouvelle "vague de frappes"  en Iran, à partir de 10H00 GMT mercredi.

"Ces frappes ont pour objectif de réduire encore les capacités militaires des forces iraniennes, utilisées pour attaquer la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le commandement central américain sur son compte X.

La guerre entre Iran et Etats-Unis s'installe, Ormuz de nouveau paralysé

L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines. Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi.

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains.

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, mais Téhéran est pour l'heure épargnée, comme les installations pétrolières et gazières du Golfe.

Et Israël n'y participe pas pour l'instant.

"Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, un comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".

30 civils morts 

Mercredi, la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par les Etats-Unis, comme les environs de ville d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués dans leur caserne, selon l'armée iranienne qui a recensé 13 tirs de missiles américains.

Téhéran avait déjà rapporté des bombardements la veille puis dans la nuit, notamment dans la région du détroit d'Ormuz - à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm -, et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

L'armée américaine a elle annoncé une nouvelle "vague de frappes" mercredi.

Plus de 30 civils sont morts depuis que la confrontation a repris, selon le gouvernement iranien.

En riposte, Téhéran a ciblé Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. Les Gardiens de la Révolution ont notamment dit avoir visé des installations de la Cinquième flotte des Etats-Unis à Bahreïn, et le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine.

"Graves conséquences" 

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises et par lequel transitait d'ordinaire 20% du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial, plusieurs pétroliers ont été attaqués ces derniers jours et le trafic s'est raréfié.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

Le baril de Brent, référence internationale, qui s'est envolé depuis la reprise des hostilités, progressait légèrement mercredi, se situant autour de 85 dollars.

Les Gardiens iraniens, qui ont affirmé que le détroit "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", ont aussi évoqué la possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés", sans détailler.

Avec la réimposition du blocus, le président américain entend lui faire pression sur Téhéran qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée, Donald Trump avait assuré vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation.

Mais il a fait marche arrière mardi, évoquant plutôt "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

"Vraiment mal tourner" 

Le président américain a lancé un nouvel ultimatum aux Iraniens: soit ils reprennent les négociations, soit "la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", a-t-il dit, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques.

Il avait envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.