Les dirigeants libanais réfractaires aux réformes, selon un ministre français

Le ministre français délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité Franck Riester visite le site de l'explosion du 4 août dernier au port de Beyrouth, au Liban, le 13 juillet 2021. (Photo, Reuters)
Le ministre français délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité Franck Riester visite le site de l'explosion du 4 août dernier au port de Beyrouth, au Liban, le 13 juillet 2021. (Photo, Reuters)
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Publié le Mercredi 14 juillet 2021

Les dirigeants libanais réfractaires aux réformes, selon un ministre français

  • Franck Riester est le dernier responsable français à blâmer les dirigeants libanais pour ne pas avoir formé de gouvernement
  • L'aide économique et financière internationale au Liban est conditionnée à la réalisation de réformes crédibles

BEYROUTH : Les responsables libanais se sont fait reprendre une nouvelle fois mardi, cette fois-ci par Franck Riester, le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité en France, en raison de leur incapacité à former un gouvernement.

«La France respecte ses engagements, contrairement à la classe dirigeante libanaise, qui ne s'est pas engagée dans des réformes», affirme Riester.

Dans une allocution prononcée sur le site de l'explosion du port de Beyrouth, il prévient que «le Liban ne peut continuer ainsi. Des sanctions seront prononcées contre les responsables qui entravent la formation du gouvernement. Notre message aujourd'hui est de souligner notre soutien aux Libanais et de rappeler aux responsables leurs promesses».

Mardi, des pressions françaises et européennes ont été exercées sur les responsables libanais pour qu'ils avancent dans la formation d'un gouvernement et ne reportent pas les prochaines élections législatives. L'aide française au Liban, notamment dans la période qui a suivi l'explosion du port de Beyrouth, a également été évoquée.

Riester et l'ancienne observatrice en chef de la mission d'observation électorale de l'UE (MOE UE), Elena Valenciano, se sont rendus séparément au Liban le même jour.

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Les familles des victimes de l'explosion de Beyrouth manifestent devant la résidence du ministre de l'Intérieur libanais, qu'elles accusent d'avoir bloqué une enquête sur l'explosion meurtrière.

Josep Borrell, haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a annoncé lundi que les «ministres des affaires étrangères sont parvenus à un accord politique selon lequel un dispositif de sanctions contre les responsables de la situation au Liban devrait être mis en place».

Lors de leur réunion à Bruxelles, les ministres ont de plus donné leur feu vert pour mettre en place un cadre juridique contre les leaders politiques libanais, accusés d’enfoncer le pays dans l'effondrement économique.

«Le Liban a besoin d’un gouvernement afin d'éviter l’implosion du pays, et qui soit réellement capable de mettre en œuvre les réformes et protéger sa population», a assuré Borell.

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MISE EN CONTEXTE

Hariri devrait se rendre au Caire pour rencontrer le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Selon certaines informations, à son retour, il présentera à Aoun une liste de 24 ministres. Si Aoun refuse de l’approuver, Hariri remettra sa démission.

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Selon un communiqué publié par l'ambassade de France, Riester a rencontré le président libanais Michel Aoun, et a «réitéré l’urgence que les responsables libanais forment un gouvernement crédible et efficace qui travaille à la réalisation des réformes nécessaires, dans l’intérêt du Liban et conformément aux aspirations du peuple libanais»

Le communiqué affirme de plus «la volonté de la France d’agir avec ses partenaires régionaux et internationaux, notamment à la suite de l’accord de principe du Conseil Affaires étrangères de l’UE du 12 juillet sur la mise en place d’un régime de sanctions, pour faire pression sur les responsables du blocage politique et obtenir une sortie de crise».

Riester affirme de plus que «l’aide économique et financière internationale au Liban demeure conditionnée au lancement de réformes crédibles».

Aoun a déclaré à Riester que les «Libanais n'ont pas oublié les initiatives du président français Emmanuel Macron dans les conférences qui ont eu lieu pour soutenir le Liban».

Riester a visité le site de l'explosion du port de Beyrouth et a été informé de l'avancement du tri des gravats qui est effectué par une entreprise française.

«La France a soutenu le Liban depuis le premier jour de l'explosion et soutiendra toujours le Liban», a réitéré Riester. «Nous nous attaquons à la logistique et menons les études nécessaires pour que le port de Beyrouth puisse fonctionner normalement dans les meilleurs délais. Nous ne reculons pas devant nos promesses», poursuit le communiqué.

L'ambassade de France ajoute qu'une nouvelle «réunion de mobilisation de l’aide internationale aux Libanais serait organisée prochainement».

«Riester croit fermement que les Libanais paient le prix de la crise économique, sociale, humanitaire et politique la plus grave au Liban», conclut la déclaration.

Valenciano a pour sa part rencontré Aoun, le chef du Parlement Nabih Berri, le Premier ministre désigné Saad Hariri et celui par intérim Hassan Diab.

«Les élections législatives auront lieu à temps au prochain printemps», a assuré Aoun à l’ancienne observatrice.

À la suite des réunions, Valenciano a tweeté qu’il est «encourageant d'entendre du président Aoun, du président du Parlement et du Premier ministre que les élections se tiendront en 2022, selon le calendrier prévu. Le droit de vote doit être respecté».

La dernière et 18e rencontre entre Aoun et Hariri a eu lieu le 22 mars, et ce dernier a plus tard annoncé que Aoun insiste toujours pour obtenir le tiers de blocage au sein du gouvernement. Les deux étaient censés se rencontrer mercredi, mais Hariri a appelé Aoun pour reporter la réunion en raison d’un empêchement.

Hariri doit se rendre au Caire pour rencontrer le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Selon certaines informations, à son retour, il présentera à Aoun une liste de 24 ministres. Si Aoun refuse de l’approuver, Hariri remettra sa démission.

Lundi soir, Hariri a rencontré d'anciens premiers ministres pour discuter des scénarios possibles, dont celui d’une potentielle démission.

Le vice-président Elie Ferzli a soutenu mardi que Hariri « essaie autant que possible de régler lui-même la question de la formation du gouvernement avec les outils disponibles, et voudra bientôt passer à l’action».

Hariri doit annoncer sa position dans un discours télévisé jeudi.

Pendant ce temps-là, l'envoyé présidentiel français Patrick Durel est arrivé mardi à Beyrouth. Sa rencontre avec Hariri a porté sur «la question de la formation d'un gouvernement». Il a également rencontré le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil.

Par ailleurs, Bassil a reçu mardi un appel de l'envoyé spécial du président russe au Moyen-Orient, le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov, dans lequel il a souligné «la nécessité absolue d'accélérer la formation d'un gouvernement capable de réaliser des réformes et de mettre fin à l'effondrement au Liban».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Qatar: Les attaques contre les installations énergétiques au Moyen-Orient auront des «répercussions à travers le monde» 

Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
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  • "Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde"
  • Dans un communiqué publié sur X, le ministère de la Défense a dit avoir "intercepté une attaque de missile". Le ministère de l'Intérieur a de son côté fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé"

DOHA: Le Qatar a mis en garde mardi contre les conséquences économiques mondiales des attaques contre les infrastructures énergétiques, au onzième jour de la guerre au Moyen-Orient.

"Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

 

 


L'Iran défie les Etats-Unis, menace Donald Trump

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  • "Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution
  • Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL)

TEHERAN: L'Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en promettant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre".

"L'Iran n'a pas peur de vos menaces vides. Des plus puissants que vous ont essayé d'éliminer la nation iranienne et n'ont pas réussi. Faites attention à ne pas être éliminé vous-même!", a écrit Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, sur X.

La République islamique a balayé les propos lundi de Donald Trump, qui parlait de guerre "quasiment" terminée et jurait de frapper "plus fort" si Téhéran continuait de paralyser la circulation du pétrole dans la région.

Une perspective qui angoisse les marchés, face à un conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le 28 février.

"Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique.

Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Et il affiche sa détermination après avoir désigné dimanche l'ayatollah Mojtaba Khamenei nouveau guide suprême, dix jours après la mort de son père par des frappes israélo-américaines dans lesquelles il a lui même été blessé.

Les efforts "pour réduire et contrôler le prix du pétrole et du gaz seront ponctuels et vains. En temps de guerre, le commerce est tributaire de la sécurité régionale", a assuré le porte-parole des Gardiens, selon l'agence de presse Tasnim.

Ces derniers ont même promis de laisser transiter par le précieux passage "tout pays arabe ou européen qui expulserait les ambassadeurs israélien et américain de son territoire".

Des propos qui tranchent singulièrement avec ceux de Donald Trump la veille. "La guerre va se terminer bientôt", avait-il assuré, pour sa première conférence de presse depuis le début du conflit.

Laissant, comme souvent, planer le doute sur ses projets, il a menacé de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" si Téhéran "prenait le monde en otage" en bloquant le détroit d'Ormuz.

Le dirigeant américain a aussi annoncé qu'il allait lever certaines sanctions sur le pétrole "afin de réduire les prix" qui se sont envolés ces derniers jours. Sans préciser pour autant de quelles sanctions il s'agissait, ni quels pays étaient concernés.

Volatilité "rare" des marchés 

De fait, l'or noir était sur toutes les lèvres mardi.

La reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz est "absolument cruciale", a affirmé le PDG de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, mettant en garde contre de potentielles "conséquences catastrophiques" d'un blocage prolongé sur les marchés pétroliers.

Le Qatar a dénoncé des attaques contre les installations énergétiques "des deux côtés", qui constituent selon lui "un précédent dangereux".

L'Inde a fait le même constat de la perturbation de l'acheminement du gaz et décidé de l'affecter en priorité à la consommation des ménages et aux transports.

En attendant d'y voir plus clair, les marchés mondiaux ont fait volte-face après la panique de lundi. Les prix du pétrole ont reculé de 5% en fin d'échanges asiatiques et le gaz européen a perdu 15%.

Les Bourses européennes, au diapason, se sont redressées à l'ouverture. Paris, Francfort et Londres ont repris entre 1,29 et 2,04%, dans la foulée du regain des bourses asiatiques (Séoul +5,35%, Tokyo +2,88%).

Les analystes ont pourtant du mal à s'y retrouver, entre déclarations contradictoires et frappes tous azimuts. "Il est rare que les marchés connaissent une telle volatilité", constate Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.

Les propos de Donald Trump ont permis d'enrayer la chute des marchés. Mais le conflit se poursuit "à plein régime (...) et les intentions des Etats-Unis dans cette guerre restent floues".

"Briser les os" 

Israël "brisera les os" du pouvoir iranien, mais n'en a "pas encore fini" avec lui, a déclaré de son côté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Son armée a annoncé une nouvelle série de frappes sur Téhéran, où des journalistes de l'AFP ont entendu peu après des explosions.

Elle frappe aussi toujours le Liban, disant viser les fiefs du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud et l'est du pays, victime collatérale de la guerre avec l'Iran.

Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda (sud) contre le mouvement, appelant les habitants de plusieurs immeubles à évacuer leur logement.

Un scénario désormais courant, notamment pour Beyrouth, dont la banlieue sud a été quasiment vidée. Plus de 667.000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes sur son voisin, dont 100.000 en 24 heures, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Les monarchies du Golfe tentent elles tant bien que mal de protéger des infrastructures d'hydrocarbures constamment visées.

Les Emirats arabes unis ont indiqué qu'une attaque de drone avait provoqué un incendie dans une zone industrielle. Koweït et Arabie saoudite ont dit avoir eux même abattu des aéronefs sans pilote, omniprésents dans le conflit. Et Bahreïn a déploré deux morts dans la frappe d'un immeuble résidentiel.

Dernier avatar en date du risque d'extension régionale du conflit, un second missile iranien a été intercepté lundi au-dessus de la Turquie. Le président iranien Massoud Pezeshkian a proposé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan qu'une "équipe conjointe" enquête sur ces incidents, selon les médias iraniens.

Sans confirmer, la Turquie a annoncé le déploiement d'un système de défense antiaérien Patriot dans le centre du pays "pour soutenir la protection de (son) espace aérien".


L'Iran poursuivra ses attaques «aussi longtemps que nécessaire»

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
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  • Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël
  • Une explosion a été entendue mardi matin à Jérusalem, où les sirènes d'alerte ont retenti après une alerte aux missiles iraniens de l'armée israélienne, ont rapporté des journalistes de l'AFP

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël, contredisant le président américain Donald Trump qui avait assuré la veille que la guerre allait "se terminer bientôt".

"Nous sommes prêts à poursuivre les frappes de missiles contre eux aussi longtemps que nécessaire et chaque fois que cela sera nécessaire", a déclaré le ministre iranien à la chaîne américaine PBS News, ajoutant que des négociations avec Washington "ne sont plus à l'ordre du jour".