Afghanistan: les talibans disent s'être emparés d'un poste-frontière clé avec le Pakistan

Des combattants talibans. Photo d'archives Noorullah Shirzada/AFP
Des combattants talibans. Photo d'archives Noorullah Shirzada/AFP
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Publié le Mercredi 14 juillet 2021

Afghanistan: les talibans disent s'être emparés d'un poste-frontière clé avec le Pakistan

  • « Ils ont hissé leur drapeau et retiré le drapeau afghan», a déclaré à l'AFP un responsable des forces pakistanaises de sécurité ayant requis l'anonymat
  • Le point de passage pris par les talibans relie l'Afghanistan à la province pakistanaise du Balouchistan (sud-ouest), réputée abriter une partie de la direction des talibans, dans la ville pakistanaise de Quetta, ou soigner les blessés talibans

KANDAHAR : Les talibans, qui mènent depuis deux mois une offensive tous azimuts contre les forces afghanes, se sont emparés d'un poste-frontière clé entre l'Afghanistan et le Pakistan, dans la province afghane méridionale de Kandahar, a affirmé mercredi un de leurs porte-parole.

Le ministère afghan de la Défense a indiqué à l'AFP être en train de vérifier cette information, mais un responsable des forces pakistanaises de sécurité ayant requis l'anonymat a confirmé à l'AFP que les talibans avaient pris le contrôle du poste-frontière entre les localités de Spin Boldak, en Afghanistan, et Chaman, au Pakistan. "Ils ont hissé leur drapeau et retiré le drapeau afghan", a-t-il déclaré.

Nos "combattants se sont emparés d'une importante localité frontalière, Vish, dans la province de Kandahar. Désormais, la route reliant Chaman, Spin Boldak et les douanes de Kandahar sont sous leur contrôle", a annoncé dans un communiqué Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans.

Les talibans "assurent tous les commerçants et les habitants que leur sécurité est garantie", a-t-il ajouté. "Nous sommes en état d'alerte élevée de notre côté" de la frontière et "sommes toujours en train d'évaluer la situation", a de son côté indiqué le responsable pakistanais.

 

La santé des Afghanes doublement menacée par le départ des troupes étrangères

DAND, AFGHANISTAN : Wati pense avoir 30 ans mais n’en paraît pas 25. Mariée à 18 ans à un vieillard, elle est venue à la clinique pour sa cinquième grossesse en quatre ans, dont deux fausses couches.

"J’ai peur de perdre encore mon bébé", explique avec tristesse la jeune Afghane maigrichonne. Dans cette petite maternité d’un village pauvre du district de Dand, près de Kandahar, dans le Sud de l'Afghanistan, les femmes luttent pour leur survie. Avec le retrait des forces américaines, qui génère déjà davantage de combats et commence à priver le pays des fonds internationaux, la situation ne peut qu'empirer.

Les femmes en burqa arrivent accompagnées d'un homme de la famille. Les messieurs, interdits d'entrée, patientent dans l'herbe.  "J’ai juste la permission de sortir pour aller chez le médecin", reprend Wati, serrant ses documents rassemblés dans un sac plastique. 

Khorma découvre qu'elle est encore enceinte, après cinq enfants. Ses deux fausses couches, c'est parce que "j'ai travaillé trop dur à la maison", croit-elle. "Certaines familles ne prêtent aucune attention aux grossesses: les femmes accouchent chez elles, saignent beaucoup et arrivent en état de choc", s'insurge Husna, une sage-femme.

Husna a choisi de travailler dans les campagnes quand elle a vu la détresse des femmes. "Si je ne viens pas, qui le fera ?" justifie-t-elle. "Ici les talibans n’attaquent pas les sages-femmes, donc j’ai moins peur".

«Impact meurtrier»

Pour beaucoup d'Afghanes, les cliniques sont trop éloignées, les routes dangereuses, les transports trop chers... Conséquence, en 2017 l’Unicef enregistrait 7.700 décès en couches - deux fois plus que le nombre de civils tués dans des attaques (3.448) selon l'ONU - et les chiffres sont encore pires dans le Sud, aux mains des talibans ou disputé au prix de violents combats.

C'est là que les femmes risquent de pâtir le plus de la baisse des aides après le retrait des troupes internationales d'ici le 31 août, date-butoir annoncée par le président américain Joe Biden. La diminution déjà sensible de l'aide a un "impact meurtrier" sur les Afghanes, prévient Human Rights Watch dans un rapport récent.

Mais avec le risque d'une guerre civile ou d'un retour des talibans au pouvoir, les donateurs refusent de s’engager sur le maintien d'un soutien "plus nécessaire que jamais". Pour surveiller la santé des villageoises,  Najia, sage-femme, va de maison en maison. "Certaines familles empêchent les femmes de se rendre à la clinique. Parfois, les hommes ne me laissent même pas entrer", rapporte-t-elle.

A Qasem Pul, Kela la reçoit dans sa cour, coiffée d'un voile blanc sale. Son petit garçon a posé la tête sur ses genoux, l’air souffrant. La patiente a compris il y a peu qu’elle était enceinte de cinq mois. C'est son sixième enfant.  "Après, je veux une contraception. Je suis trop pauvre pour m'occuper de tous mes enfants. Mon mari est d’accord", affirme-t-elle, "nous n'avons même pas assez d’argent pour du savon".

«Mon bébé est mort»

Selon une étude du KIT Institute, en 2018 - 17 ans après l'arrivée des forces de l'Otan dans le pays - 41% des Afghanes accouchaient chez elles et 60 % n’avaient aucun suivi post-natal. Pour les zones dangereuses et reculées, ces chiffres sont encore plus alarmants.

Dans la province du Helmand (Sud), bastion taliban, moins d'un cinquième des femmes enceintes avaient accès à au moins une visite pré-natale, selon l'institut. Dans une clinique mobile de l'ONG Action Contre la Faim, installée dans une maison d'argile de Lashkar Gah, la capitale provinciale, Qandi Gul reçoit des femmes déplacées par les combats.

"La plupart sont malades. Les familles ne prennent pas soin d'elles", déplore la sage-femme. Les patientes attendent assises par terre avec leurs enfants malades: fausse couche sur le front, voisine morte en couches... leurs histoires sont sordides. "Mon bébé est mort car je n’avais pas accès à une clinique ou à une sage-femme. Beaucoup d’enfants mouraient" raconte Farzana, 20 ans, qui a fui les zones talibanes. 

Mariée à 10 ans, Shazia, 18 ans et trois enfants en zone talibane, devait marcher trois heures pour atteindre la clinique. "C'était très dangereux. Trois femmes sont mortes en route".  A l'hôpital d'ACF pour nourrissons dénutris, des mères désespérées ont risqué leur vie pour arriver.

Sur leurs lits, elles restent silencieuses avec leurs bébés décharnés. Rozia, arrivée des zones talibanes, regarde son fils Bilal, sept mois : né prématuré, il souffre d’un bec de lièvre, d’une pneumonie et de malnutrition aiguë. "J’avais très peur des combats" dit Rozia qui a traversé la ligne de front quand la santé de son fils a empiré. Nul ne sait s'il survivra. Elle a déjà perdu un enfant, né prématuré: l'hôpital l'a renvoyée après la naissance, faute de ressources pour la garder. Le bébé a survécu trois jours. 

 

Le Pakistan a longtemps été accusé de soutenir les talibans et de leur donner refuge. Le point de passage pris par les talibans relie l'Afghanistan à la province pakistanaise du Balouchistan (sud-ouest), réputée abriter une partie de la direction des talibans, dans la ville pakistanaise de Quetta, ou recevoir les blessés talibans qui s'y font soigner.

Depuis qu'ils ont lancé début mai une offensive tous azimuts contre les forces afghanes, à la faveur du commencement de retrait du pays des forces étrangères, les talibans se sont emparés de vastes portions rurales du pays et de postes-frontière clés avec l'Iran, le Turkménistan, le Tadjikistan et désormais le Pakistan. Privées du crucial soutien aérien américain, les forces afghanes n'ont jusqu'ici opposé qu'une faible résistance et ne contrôlent plus essentiellement que les axes majeurs et les grandes villes, dont plusieurs sont encerclées.

Début de retour à l'obscurantisme taliban dans les zones récemment conquises

KUNDUZ, AFGHANISTAN : Quelques jours après s'être emparés d'un district isolé de la province de Takhar dans le Nord de l'Afghanistan, les talibans ont annoncé dans une lettre à l'imam local les nouvelles règles en vigueur: barbe obligatoire pour les hommes, femmes sous tutelle.

Leur lettre "disait que les femmes ne pouvaient aller au marché sans un accompagnateur masculin et que les hommes ne devaient pas raser leur barbe", explique à l'AFP Sefatullah, 25 ans, un habitant du district de Kalafgan, tombé récemment aux mains des insurgés.

Fumer est désormais interdit, poursuit-il, et les talibans ont averti qu'ils "s'occuperaient sérieusement" de quiconque violerait ces règles.

Depuis que les forces étrangères ont entamé début mai leur départ définitif du pays, prévu pour s'achever d'ici fin août, les talibans ont pris le contrôle de vastes territoires ruraux dans le pays et de postes-frontières clés avec l'Iran, le Turkménistan et le Tadjikistan.

Ils ont notamment pris pied dans certaines zones du Nord - comme la province de Takhar - qu'ils n'avaient jamais contrôlées du temps où ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001 et qui n'avaient donc jamais connu l'interprétation ultra-rigoriste de la charia alors instaurée par les "étudiants en religion".

Le premier poste-frontière important saisi par les insurgés, en juin, a été celui de Shir Khan Bandar, frontalier du Tadjikistan, un axe névralgique pour les relations économiques avec l'Asie centrale. "Après que Shir Khan Bandar est tombé, les talibans ont ordonné aux femmes de ne pas sortir de leur maison", raconte Sajeda, 24 ans, qui travaillait alors dans une usine de la ville. "Beaucoup de femmes et jeunes filles travaillaient dans la broderie, la couture ou fabriquaient des chaussures (...) L'ordre des talibans nous a terrifiées", dit-elle à l'AFP par téléphone.

Vice et vertu

Lorsqu'ils étaient au pouvoir, avant d'être renversés fin 2001 par une coalition internationale menée par les États-Unis, les talibans ont imposé leur version particulièrement stricte de la loi islamique. Jeux, musique, photographies, télévision étaient interdits. Les voleurs avaient les mains coupées, les meurtriers étaient exécutés en public et les homosexuels tués.

Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, les filles d'aller à l'école. Les femmes accusées de crimes comme l'adultère étaient fouettées et lapidées à mort. Les hommes devaient garder une barbe longue, assister aux prières sous peine d'être battus et étaient contraints de porter le vêtement traditionnel.

Cette semaine, un communiqué attribué aux talibans a circulé sur les réseaux sociaux, ordonnant aux villageois de marier leurs filles ou veuves aux combattants du mouvement. Ce texte a fait resurgir le souvenir des édits du ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice qui faisait régner la terreur durant leur régime.

Les talibans, qui veillent à afficher une image plus modérée, à mesure qu'ils étendent leur mainmise et se rapprochent d'une possible nouvelle conquête du pouvoir, ont nié avoir publié ce communiqué, le qualifiant de propagande.

«Valeurs islamiques»

"C'est une accusation sans fondement", a déclaré Zabihullah Mujahid, un porte-parole du groupe. "Ce sont des rumeurs propagées à l'aide de faux documents." Mais des habitants des zones récemment conquises par les talibans confirment qu'ils semblent revenir à leurs vieilles méthodes.

A Yawan, un district de la province du Badakhshan - autre province où il n'avaient jamais pris pied - les insurgés ont rassemblé la population locale dans une mosquée à leur arrivée et immédiatement imposé certaines règles strictes. "Tout le monde doit porter un turban et aucun homme ne peut se raser", rapporte à l'AFP Nazir Mohammad, 32 ans. "Les filles scolarisées au-delà de la sixième année (celles âgées de 11-12 ans, ndlr) ont été interdites de retourner en classe".

Les talibans ont maintes fois promis que s'ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les "valeurs islamiques". Mais il existe dans le monde musulman de multiples manières d'interpréter celles-ci. Et certaines zones du pays restent très traditionalistes, même sans l'emprise talibane.

Sajeda, elle, a préféré ne pas attendre d'en savoir plus sur les intentions réelles des talibans. Quelques jours après leur arrivée, elle s'est enfuie vers Kunduz, la grande ville du Nord-Est afghan. "Nous n'aurions jamais pu jamais travailler dans un endroit sous le contrôle des talibans", conclut-elle. "Donc, nous sommes parties."    


Trump arrive en Chine pour un sommet de grandes puissances aux lourds enjeux

Trump a atterri à bord d’Air Force One à l’aéroport international de Pékin-Capitale à 19h50. (REUTERS)
Trump a atterri à bord d’Air Force One à l’aéroport international de Pékin-Capitale à 19h50. (REUTERS)
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  • Donald Trump est arrivé en Chine pour un sommet crucial avec Xi Jinping, abordant des tensions majeures sur le commerce, Taïwan, l’intelligence artificielle et la guerre en Iran
  • Les deux puissances cherchent un équilibre fragile entre coopération et rivalité, dans un contexte de guerre commerciale, de pressions économiques internes et de fortes incertitudes géopolitiques

PEKIN: Le président américain Donald Trump est arrivé mercredi en Chine pour un sommet aux lourds enjeux globaux avec son homologue Xi Jinping, du commerce international à la guerre en Iran en passant par Taïwan, ont constaté des journalistes de l'AFP.

L'avion présidentiel s'est posé vers 19H50 locales (11H50 GMT). Il s'agit de la première visite d'un président américain depuis celle que M. Trump lui-même a effectuée en novembre 2017.

M. Xi recevra M. Trump avec pompe jeudi à 10H00 locales (02H00 GMT) au Palais du Peuple sur la place Tianamen, haut lieu du pouvoir au coeur de la capitale placée sous haute protection.

Le faste de l'accueil et les marques d'attention témoignées envers un invité qui a reporté ce voyage initialement prévu fin mars à cause de la guerre en Iran ne feront pas disparaître les multiples désaccords qui attendent les deux leaders à huis clos.

M. Trump, apparemment concentré sur le business, a emmené avec lui un certain nombre de chefs d'entreprise, dont Elon Musk, le patron de Tesla et de SpaceX et l'homme le plus riche de la planète, les patrons d'Apple et Boeing Tim Cook et Kelly Ortberg, et celui du géant américain des puces électroniques Nvidia, Jensen Huang.

"Je demanderai au président Xi, dirigeant hors pair, d'ouvrir la Chine afin que ces personnes brillantes puissent opérer leur magie et contribuer à hisser la République populaire à un niveau encore plus élevé !", a écrit M. Trump sur son réseau Truth social, en route vers la Chine.

En haut de la liste de voeux américaine figure l'annonce d'accords dans des domaines comme l'agriculture et peut-être la confirmation d'une commande massive d'appareils auprès de Boeing.

"La Chine salue la visite d'Etat du président Trump", a déclaré un porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Guo Jiakun.

Pékin est prête à "élargir la coopération et gérer les différends". Il a répété le mantra de Pékin à l'approche du sommet: la recherche de "plus de stabilité et de certitude dans un monde en proie aux changements et aux turbulences".

MM. Trump et Xi devraient ainsi chercher à prolonger la trêve conclue en octobre dans la guerre des droits de douanes.

Mais les autres points de friction abondent: restrictions sur les approvisionnements en terres rares ou en semi-conducteurs, intelligence artificielle et propriété intellectuelle, Taïwan.

- "Longue conversation" sur l'Iran -

La guerre avec l'Iran s'y est ajoutée depuis fin février avec ses retombées mondiales.

Selon l'administration américaine, M. Trump entend faire pression pour que Pékin, partenaire stratégique et économique primordiale de l'Iran, principale importatrice de son pétrole, use de son influence pour une sortie de crise dans le Golfe.

Le président américain a cherché à mettre fin aux achats de pétrole iranien par la Chine en prenant diverses sanctions, condamnées par Pékin. Sans que cela ne dégénère jusqu'alors en crise diplomatique ouverte.

"Nous aurons une longue conversation à propos de l'Iran", a déclaré M. Trump aux journalistes venus assister à son départ de la Maison Blanche, tout en assurant qu'il n'avait besoin de l'aide de personne à ce propos.

La quasi fermeture du détroit d'Ormuz sous l'effet des blocus iranien et américain impacte directement les approvisionnements chinois. La guerre commence à faire ressentir ses effets sur la Chine.

La veille de l'arrivée de M.Trump, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a appelé le Pakistan à "intensifier" ses efforts de médiation entre Téhéran et Washington, selon l'agence Chine Nouvelle.

- Position de force -

Etats-Unis et Chine se livrent depuis des années une compétition acharnée, stratégique, technologique ou économique.

"Le sommet aura l'air poli en apparence, mais sur le plan tactique, ce sera un match de rugby lors duquel chaque partie voudra prendre l'avantage", prédit Melanie Hart, spécialiste de la Chine à l'Atlantic Council.

Les deux superpuissances se sont livré en 2025 une farouche guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples, dès après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Le sommet survient à un moment difficile sur le plan intérieur de part et d'autre.

Donald Trump fait face à des sondages catastrophiques et à une poussée d'inflation nourrie par la guerre contre l'Iran.

L'économie chinoise, dans le même temps, est confrontée à une faible consommation intérieure et à une crise de la dette persistante dans l'immobilier.

Les experts estiment que Xi Jinping aborde le sommet en relative position de force face à un Donald Trump empêtré dau Moyen-Orient et soumis à la pression grandissante des élections américaines de mi-mandat en novembre. Mais elle n'a pas intérêt à ce que la situation dans le Golfe dure, nuancent-ils.


Trump part à la rencontre de son «bon ami» Xi, l'Iran en toile de fond

Donald Trump s'est envolé mardi pour rencontrer son "bon ami" Xi Jinping à Pékin, en assurant que sa visite serait fructueuse en dépit de leurs désaccords sur la guerre au Moyen-Orient, le commerce et Taïwan. (AFP)
Donald Trump s'est envolé mardi pour rencontrer son "bon ami" Xi Jinping à Pékin, en assurant que sa visite serait fructueuse en dépit de leurs désaccords sur la guerre au Moyen-Orient, le commerce et Taïwan. (AFP)
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  • "Nous aurons une longue conversation à propos de l'Iran", a dit mardi Donald Trump aux journalistes venus assister à son départ de la Maison Blanche
  • Avant de déclarer tout le contraire quelques minutes plus tard: "Nous avons beaucoup de choses à discuter. Et je ne dirais pas que l'Iran en fait partie."

PEKIN: Donald Trump s'est envolé mardi pour rencontrer son "bon ami" Xi Jinping à Pékin, en assurant que sa visite serait fructueuse en dépit de leurs désaccords sur la guerre au Moyen-Orient, le commerce et Taïwan.

Le président américain ne veut pas que la guerre contre l'Iran, pays allié à la Chine, gâche l'accueil fastueux que lui réservera son homologue chinois jeudi et vendredi.

"Nous aurons une longue conversation à propos de l'Iran", a dit mardi Donald Trump aux journalistes venus assister à son départ de la Maison Blanche.

Avant de déclarer tout le contraire quelques minutes plus tard: "Nous avons beaucoup de choses à discuter. Et je ne dirais pas que l'Iran en fait partie."

Le dirigeant républicain, empêtré dans un conflit beaucoup plus long et complexe qu'il ne le prévoyait, a assuré qu'il n'avait de toute façon "pas besoin d'aide avec l'Iran."

"De bonnes choses" 

Jugeant que la Chine, première acheteuse de pétrole iranien, n'avait pas causé de "problèmes" face au blocus imposé par les Etats-Unis sur les ports iraniens, Donald Trump a déclaré à propos de son homologue chinois: "C'est quelqu'un avec qui nous nous entendons bien. Et je pense que vous allez voir de bonnes choses se produire."

Il s'agit de la première visite en Chine d'un président américain depuis celle qu'il avait lui-même effectuée en 2017.

Derrière l'optimisme de Donald Trump, les deux premières puissances mondiales continuent à se livrer une compétition acharnée, qu'elle soit militaire, diplomatique, technologique ou économique.

"Le sommet aura l'air poli en apparence, mais sur le plan tactique, ce sera un match de rugby lors duquel chaque partie voudra prendre l'avantage", prédit Melanie Hart, spécialiste de la Chine au Atlantic Council.

Les ventes d'armes des Etats-Unis à Taïwan, le contrôle des exportations de terres rares par la Chine et les droits de douane sont autant de sujets de friction.

"Des progrès seront certainement réalisés", veut croire Wen Wen, une femme de 24 ans originaire de Nankin, dans l'est de la Chine, interrogée par l'AFP. ELle espère que les deux superpuissances puissent garantir une "paix durable" malgré "l'instabilité actuelle dans le monde".

Tesla et Boeing 

Les relations économiques entre Pékin et Washington restent tendues, malgré la trêve commerciale d'un an conclue au cours de la dernière réunion des deux présidents en Corée du Sud en octobre.

Auprès de la Chine, qui affiche un important excédent commercial avec les Etats-Unis, le président américain espère décrocher de gros contrats et des promesses d'investissement ronflantes.

Il sera accompagné par une importante délégation de dirigeants d'entreprises américaines, dont Elon Musk (Tesla), Tim Cook (Apple) et Kelly Ortberg (Boeing).

Le sommet survient à un moment difficile pour Donald Trump, qui fait face à des sondages catastrophiques et à une poussée d'inflation aux Etats-Unis, nourrie par la guerre contre l'Iran.

La rencontre est aussi organisée à un moment incertain pour l'économie chinoise, confrontée à une faible consommation intérieure et à une crise de la dette persistante dans l'immobilier.

Pour Li Jiahao, gérant d'un bar karaoké à Pékin, la visite de M. Trump ne résoudra pas tout: "Venir ici et résoudre les problèmes sont deux choses différentes", a affirmé le trentenaire à l'AFP, avant de lancer: "seule l'amitié peut nous permettre de parvenir à un développement mutuel".

Les ventes d'armes à Taïwan

La guerre contre l'Iran, déclenchée par les Etats-Unis et Israël le 28 février, avait conduit Donald Trump à reporter une fois son voyage.

Ce conflit, et le blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, compliquent encore davantage la relation entre Washington et Pékin.

Le président américain a cherché à mettre fin aux achats de pétrole iranien par la Chine en prenant diverses sanctions, condamnées par Pékin, mais sans que cela ne dégénère jusqu'ici en crise diplomatique ouverte.

Un autre sujet de discorde majeur pour les responsables chinois est l'assistance militaire fournie à Taïwan par les Etats-Unis.

Donald Trump s'est montré prêt à aborder ce sujet épineux avec Xi Jinping.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces. Elle plaide pour une solution pacifique mais se réserve le droit de recourir à la force en vue de la "réunification".


Le Pentagone réévalue le coût de la guerre en Iran à près de 29 milliards de dollars

 Le Pentagone a réévalué le coût jusqu'à présent de la guerre en Iran à près de 29 milliards de dollars, a annoncé mardi son responsable financier au cours d'une nouvelle audition parlementaire, aux côtés du ministre américain de la Défense, Pete Hegseth. (AFP)
Le Pentagone a réévalué le coût jusqu'à présent de la guerre en Iran à près de 29 milliards de dollars, a annoncé mardi son responsable financier au cours d'une nouvelle audition parlementaire, aux côtés du ministre américain de la Défense, Pete Hegseth. (AFP)
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  • Les Etats-Unis et Israël ont lancé une vaste offensive contre Téhéran le 28 février
  • "A ce moment-là, c'était 25 milliards de dollars. Mais l'état-major et le contrôleur (financier) examinent en permanence les estimations et nous pensons maintenant que c'est plus proche de 29" milliards, a expliqué le responsable financier Jules Hurst

WASHINGTON: Le Pentagone a réévalué le coût jusqu'à présent de la guerre en Iran à près de 29 milliards de dollars, a annoncé mardi son responsable financier au cours d'une nouvelle audition parlementaire, aux côtés du ministre américain de la Défense, Pete Hegseth.

Ce montant est en hausse de près de quatre milliards par rapport à l'estimation avancée deux semaines plus tôt au cours d'un précédent face-à-face avec des parlementaires américains, alors la première audition du chef du Pentagone depuis le début de la guerre fin février.

"A ce moment-là, c'était 25 milliards de dollars. Mais l'état-major et le contrôleur (financier) examinent en permanence les estimations et nous pensons maintenant que c'est plus proche de 29" milliards, a expliqué le responsable financier Jules Hurst, présent aux côtés de Pete Hegseth et du chef d'état-major de l'armée américaine, le général Dan Caine.

Les Etats-Unis et Israël ont lancé une vaste offensive contre Téhéran le 28 février.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis plus d'un mois mais Donald Trump l'a décrit "sous assistance respiratoire" lundi, et les négociations entre Washington et Téhéran visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient piétinent.