Afghanistan: les talibans disent s'être emparés d'un poste-frontière clé avec le Pakistan

Des combattants talibans. Photo d'archives Noorullah Shirzada/AFP
Des combattants talibans. Photo d'archives Noorullah Shirzada/AFP
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Publié le Mercredi 14 juillet 2021

Afghanistan: les talibans disent s'être emparés d'un poste-frontière clé avec le Pakistan

  • « Ils ont hissé leur drapeau et retiré le drapeau afghan», a déclaré à l'AFP un responsable des forces pakistanaises de sécurité ayant requis l'anonymat
  • Le point de passage pris par les talibans relie l'Afghanistan à la province pakistanaise du Balouchistan (sud-ouest), réputée abriter une partie de la direction des talibans, dans la ville pakistanaise de Quetta, ou soigner les blessés talibans

KANDAHAR : Les talibans, qui mènent depuis deux mois une offensive tous azimuts contre les forces afghanes, se sont emparés d'un poste-frontière clé entre l'Afghanistan et le Pakistan, dans la province afghane méridionale de Kandahar, a affirmé mercredi un de leurs porte-parole.

Le ministère afghan de la Défense a indiqué à l'AFP être en train de vérifier cette information, mais un responsable des forces pakistanaises de sécurité ayant requis l'anonymat a confirmé à l'AFP que les talibans avaient pris le contrôle du poste-frontière entre les localités de Spin Boldak, en Afghanistan, et Chaman, au Pakistan. "Ils ont hissé leur drapeau et retiré le drapeau afghan", a-t-il déclaré.

Nos "combattants se sont emparés d'une importante localité frontalière, Vish, dans la province de Kandahar. Désormais, la route reliant Chaman, Spin Boldak et les douanes de Kandahar sont sous leur contrôle", a annoncé dans un communiqué Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans.

Les talibans "assurent tous les commerçants et les habitants que leur sécurité est garantie", a-t-il ajouté. "Nous sommes en état d'alerte élevée de notre côté" de la frontière et "sommes toujours en train d'évaluer la situation", a de son côté indiqué le responsable pakistanais.

 

La santé des Afghanes doublement menacée par le départ des troupes étrangères

DAND, AFGHANISTAN : Wati pense avoir 30 ans mais n’en paraît pas 25. Mariée à 18 ans à un vieillard, elle est venue à la clinique pour sa cinquième grossesse en quatre ans, dont deux fausses couches.

"J’ai peur de perdre encore mon bébé", explique avec tristesse la jeune Afghane maigrichonne. Dans cette petite maternité d’un village pauvre du district de Dand, près de Kandahar, dans le Sud de l'Afghanistan, les femmes luttent pour leur survie. Avec le retrait des forces américaines, qui génère déjà davantage de combats et commence à priver le pays des fonds internationaux, la situation ne peut qu'empirer.

Les femmes en burqa arrivent accompagnées d'un homme de la famille. Les messieurs, interdits d'entrée, patientent dans l'herbe.  "J’ai juste la permission de sortir pour aller chez le médecin", reprend Wati, serrant ses documents rassemblés dans un sac plastique. 

Khorma découvre qu'elle est encore enceinte, après cinq enfants. Ses deux fausses couches, c'est parce que "j'ai travaillé trop dur à la maison", croit-elle. "Certaines familles ne prêtent aucune attention aux grossesses: les femmes accouchent chez elles, saignent beaucoup et arrivent en état de choc", s'insurge Husna, une sage-femme.

Husna a choisi de travailler dans les campagnes quand elle a vu la détresse des femmes. "Si je ne viens pas, qui le fera ?" justifie-t-elle. "Ici les talibans n’attaquent pas les sages-femmes, donc j’ai moins peur".

«Impact meurtrier»

Pour beaucoup d'Afghanes, les cliniques sont trop éloignées, les routes dangereuses, les transports trop chers... Conséquence, en 2017 l’Unicef enregistrait 7.700 décès en couches - deux fois plus que le nombre de civils tués dans des attaques (3.448) selon l'ONU - et les chiffres sont encore pires dans le Sud, aux mains des talibans ou disputé au prix de violents combats.

C'est là que les femmes risquent de pâtir le plus de la baisse des aides après le retrait des troupes internationales d'ici le 31 août, date-butoir annoncée par le président américain Joe Biden. La diminution déjà sensible de l'aide a un "impact meurtrier" sur les Afghanes, prévient Human Rights Watch dans un rapport récent.

Mais avec le risque d'une guerre civile ou d'un retour des talibans au pouvoir, les donateurs refusent de s’engager sur le maintien d'un soutien "plus nécessaire que jamais". Pour surveiller la santé des villageoises,  Najia, sage-femme, va de maison en maison. "Certaines familles empêchent les femmes de se rendre à la clinique. Parfois, les hommes ne me laissent même pas entrer", rapporte-t-elle.

A Qasem Pul, Kela la reçoit dans sa cour, coiffée d'un voile blanc sale. Son petit garçon a posé la tête sur ses genoux, l’air souffrant. La patiente a compris il y a peu qu’elle était enceinte de cinq mois. C'est son sixième enfant.  "Après, je veux une contraception. Je suis trop pauvre pour m'occuper de tous mes enfants. Mon mari est d’accord", affirme-t-elle, "nous n'avons même pas assez d’argent pour du savon".

«Mon bébé est mort»

Selon une étude du KIT Institute, en 2018 - 17 ans après l'arrivée des forces de l'Otan dans le pays - 41% des Afghanes accouchaient chez elles et 60 % n’avaient aucun suivi post-natal. Pour les zones dangereuses et reculées, ces chiffres sont encore plus alarmants.

Dans la province du Helmand (Sud), bastion taliban, moins d'un cinquième des femmes enceintes avaient accès à au moins une visite pré-natale, selon l'institut. Dans une clinique mobile de l'ONG Action Contre la Faim, installée dans une maison d'argile de Lashkar Gah, la capitale provinciale, Qandi Gul reçoit des femmes déplacées par les combats.

"La plupart sont malades. Les familles ne prennent pas soin d'elles", déplore la sage-femme. Les patientes attendent assises par terre avec leurs enfants malades: fausse couche sur le front, voisine morte en couches... leurs histoires sont sordides. "Mon bébé est mort car je n’avais pas accès à une clinique ou à une sage-femme. Beaucoup d’enfants mouraient" raconte Farzana, 20 ans, qui a fui les zones talibanes. 

Mariée à 10 ans, Shazia, 18 ans et trois enfants en zone talibane, devait marcher trois heures pour atteindre la clinique. "C'était très dangereux. Trois femmes sont mortes en route".  A l'hôpital d'ACF pour nourrissons dénutris, des mères désespérées ont risqué leur vie pour arriver.

Sur leurs lits, elles restent silencieuses avec leurs bébés décharnés. Rozia, arrivée des zones talibanes, regarde son fils Bilal, sept mois : né prématuré, il souffre d’un bec de lièvre, d’une pneumonie et de malnutrition aiguë. "J’avais très peur des combats" dit Rozia qui a traversé la ligne de front quand la santé de son fils a empiré. Nul ne sait s'il survivra. Elle a déjà perdu un enfant, né prématuré: l'hôpital l'a renvoyée après la naissance, faute de ressources pour la garder. Le bébé a survécu trois jours. 

 

Le Pakistan a longtemps été accusé de soutenir les talibans et de leur donner refuge. Le point de passage pris par les talibans relie l'Afghanistan à la province pakistanaise du Balouchistan (sud-ouest), réputée abriter une partie de la direction des talibans, dans la ville pakistanaise de Quetta, ou recevoir les blessés talibans qui s'y font soigner.

Depuis qu'ils ont lancé début mai une offensive tous azimuts contre les forces afghanes, à la faveur du commencement de retrait du pays des forces étrangères, les talibans se sont emparés de vastes portions rurales du pays et de postes-frontière clés avec l'Iran, le Turkménistan, le Tadjikistan et désormais le Pakistan. Privées du crucial soutien aérien américain, les forces afghanes n'ont jusqu'ici opposé qu'une faible résistance et ne contrôlent plus essentiellement que les axes majeurs et les grandes villes, dont plusieurs sont encerclées.

Début de retour à l'obscurantisme taliban dans les zones récemment conquises

KUNDUZ, AFGHANISTAN : Quelques jours après s'être emparés d'un district isolé de la province de Takhar dans le Nord de l'Afghanistan, les talibans ont annoncé dans une lettre à l'imam local les nouvelles règles en vigueur: barbe obligatoire pour les hommes, femmes sous tutelle.

Leur lettre "disait que les femmes ne pouvaient aller au marché sans un accompagnateur masculin et que les hommes ne devaient pas raser leur barbe", explique à l'AFP Sefatullah, 25 ans, un habitant du district de Kalafgan, tombé récemment aux mains des insurgés.

Fumer est désormais interdit, poursuit-il, et les talibans ont averti qu'ils "s'occuperaient sérieusement" de quiconque violerait ces règles.

Depuis que les forces étrangères ont entamé début mai leur départ définitif du pays, prévu pour s'achever d'ici fin août, les talibans ont pris le contrôle de vastes territoires ruraux dans le pays et de postes-frontières clés avec l'Iran, le Turkménistan et le Tadjikistan.

Ils ont notamment pris pied dans certaines zones du Nord - comme la province de Takhar - qu'ils n'avaient jamais contrôlées du temps où ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001 et qui n'avaient donc jamais connu l'interprétation ultra-rigoriste de la charia alors instaurée par les "étudiants en religion".

Le premier poste-frontière important saisi par les insurgés, en juin, a été celui de Shir Khan Bandar, frontalier du Tadjikistan, un axe névralgique pour les relations économiques avec l'Asie centrale. "Après que Shir Khan Bandar est tombé, les talibans ont ordonné aux femmes de ne pas sortir de leur maison", raconte Sajeda, 24 ans, qui travaillait alors dans une usine de la ville. "Beaucoup de femmes et jeunes filles travaillaient dans la broderie, la couture ou fabriquaient des chaussures (...) L'ordre des talibans nous a terrifiées", dit-elle à l'AFP par téléphone.

Vice et vertu

Lorsqu'ils étaient au pouvoir, avant d'être renversés fin 2001 par une coalition internationale menée par les États-Unis, les talibans ont imposé leur version particulièrement stricte de la loi islamique. Jeux, musique, photographies, télévision étaient interdits. Les voleurs avaient les mains coupées, les meurtriers étaient exécutés en public et les homosexuels tués.

Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, les filles d'aller à l'école. Les femmes accusées de crimes comme l'adultère étaient fouettées et lapidées à mort. Les hommes devaient garder une barbe longue, assister aux prières sous peine d'être battus et étaient contraints de porter le vêtement traditionnel.

Cette semaine, un communiqué attribué aux talibans a circulé sur les réseaux sociaux, ordonnant aux villageois de marier leurs filles ou veuves aux combattants du mouvement. Ce texte a fait resurgir le souvenir des édits du ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice qui faisait régner la terreur durant leur régime.

Les talibans, qui veillent à afficher une image plus modérée, à mesure qu'ils étendent leur mainmise et se rapprochent d'une possible nouvelle conquête du pouvoir, ont nié avoir publié ce communiqué, le qualifiant de propagande.

«Valeurs islamiques»

"C'est une accusation sans fondement", a déclaré Zabihullah Mujahid, un porte-parole du groupe. "Ce sont des rumeurs propagées à l'aide de faux documents." Mais des habitants des zones récemment conquises par les talibans confirment qu'ils semblent revenir à leurs vieilles méthodes.

A Yawan, un district de la province du Badakhshan - autre province où il n'avaient jamais pris pied - les insurgés ont rassemblé la population locale dans une mosquée à leur arrivée et immédiatement imposé certaines règles strictes. "Tout le monde doit porter un turban et aucun homme ne peut se raser", rapporte à l'AFP Nazir Mohammad, 32 ans. "Les filles scolarisées au-delà de la sixième année (celles âgées de 11-12 ans, ndlr) ont été interdites de retourner en classe".

Les talibans ont maintes fois promis que s'ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les "valeurs islamiques". Mais il existe dans le monde musulman de multiples manières d'interpréter celles-ci. Et certaines zones du pays restent très traditionalistes, même sans l'emprise talibane.

Sajeda, elle, a préféré ne pas attendre d'en savoir plus sur les intentions réelles des talibans. Quelques jours après leur arrivée, elle s'est enfuie vers Kunduz, la grande ville du Nord-Est afghan. "Nous n'aurions jamais pu jamais travailler dans un endroit sous le contrôle des talibans", conclut-elle. "Donc, nous sommes parties."    


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.


Trois navires touchés, le détroit d'Ormuz au centre de toutes les attentions

Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
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  • Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février
  • La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés

TEHERAN: Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale.

En riposte aux frappes israélo-américaines, l'Iran poursuit une offensive de grande ampleur sur les infrastructures pétrolières du Golfe et force la communauté internationale à chercher des solutions d'urgence pour éviter la pénurie d'hydrocarbures.

Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février.

La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés.

Simultanément, plusieurs explosions ont été entendues par des journalistes de l'AFP à Doha, où le ministère qatari de l'Intérieur a fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé". Et des drones tombés près de l'aéroport de Dubaï ont fait quatre blessés, selon les autorités.

L'Arabie saoudite a pour sa part affirmé avoir neutralisé des drones visant le champ pétrolier géant de Shaybah, à la frontière des Emirats arabes unis, ainsi que des missiles ciblant une base aérienne abritant des militaires américains.

Quant à la raffinerie émiratie de Ruwais, l'une des plus grandes au monde, elle a été fermée mardi "par précaution".

Au lendemain de l'annonce par l'armée américaine de la destruction de 16 navires iraniens poseurs de mines "près du détroit", les dirigeants du G7 se réunissent par visioconférence mercredi et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) envisage un recours sans précédent aux réserves stratégiques de brut, selon le Wall Street Journal.

Le spectre d'un détroit miné 

Rassemblé à la demande du président français Emmanuel Macron, le G7 évoquera "sans doute" le sujet des stocks stratégiques, selon le ministre français de l'Economie Roland Lescure.

Le Japon a annoncé avant les discussions qu'il débloquerait des réserves de pétrole dès lundi. L'Allemagne fait de même, selon des sources gouvernementales à l'AFP, mais la mesure n'est pas une panacée.

"Le problème avec les libérations de réserves, c'est qu'une fois qu'elles ont été effectuées, les prix peuvent toujours flamber en raison d'un événement extérieur, comme l'attaque d'une raffinerie ou l'explosion d'un pétrolier", souligne Neil Wilson, analyste pour Saxo Markets.

Le blocage du détroit, par lequel transite un cinquième des hydrocarbures de la planète, entraîne une volatilité extrême des marchés depuis lundi.

Les bourses européennes sont reparties dans le rouge après leur rebond de la veille. Dans les premiers échanges mercredi, les bourses ouvraient en légère baisse à Paris, Francfort et Londres. Les cours du pétrole sont remontés dans le même temps d'au moins 5%.

Plusieurs pays ont commencé à prendre des mesures de restrictions, de l'Inde au Vietnam, en passant par la Thaïlande et la Grèce, qui a plafonné les marges sur le carburant afin d'éviter la spéculation.

Le président américain Donald Trump a menacé l'Iran de "conséquences militaires (...) sans précédent" s'il minait le détroit d'Ormuz. Washington avait déjà évoqué l'hypothèse d'escorter des navires dans le passage stratégique.

Mais "les risques sécuritaires à eux seuls pourraient rendre un seul passage par le détroit plus coûteux que la marge bénéficiaire sur la cargaison de pétrole elle-même", relève le Soufan Center, basé à New York et spécialisé dans les questions de sécurité.

"Le stock de mines navales de l'Iran se situe entre 2.000 et 6.000 unités, ce qui compliquerait encore tout plan naval visant à escorter des pétroliers commerciaux".

Mojtaba "sain et sauf" 

L'Iran ne donne aucun signe d'inflexion: son armée idéologique, les Gardiens de la Révolution, a revendiqué la vague de frappes "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre".

"L'agresseur doit être puni et recevoir une leçon qui le dissuadera d'attaquer l'Iran à nouveau", a prévenu mardi le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Les autorités assurent que le nouveau guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, était "sain et sauf". Désigné pour succéder à son père, tué dans des frappes au premier jour de la guerre, il n'est pas apparu publiquement.

Selon la télévision d'État, il a été "blessé" dans le conflit. "J'ai demandé à des amis qui ont des connections. Ils m'ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf", a écrit Yousef Pezeshkian, fils du président iranien et conseiller du gouvernement.

L'armée affirme avoir visé la direction du renseignement militaire et une base navale en Israël, après de nouveaux tirs de missiles dans la nuit. La chaîne israélienne Channel 12 fait état de plusieurs blessés près de Tel-Aviv.

Nouvelles frappes au Liban  

Israël a lui-même continué à frapper l'Iran et la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien.

A l'aube, une frappe a touché un immeuble du quartier de Aïcha Bakkar à Beyrouth, selon l'agence de presse officielle Ani. Un photographe de l'AFP a vu les septième et huitième étages de l'immeuble dévastés.

"Nous nous sommes réveillés en état de panique (...) je courais dans la maison comme un fou, en cherchant mes trois enfants", raconte à l'AFP, Mohammad, propriétaire d'un entrepôt de produits alimentaires qui habite dans un immeuble mitoyen.

Le quartier est inondé de déplacés. "Au lieu d'abriter une famille, chaque appartement en abrite désormais dix".

Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, dont 84 pour la seule journée de mardi, selon le ministère de la Santé. Le gouvernement évoque par ailleurs le chiffre de près de 760.000 déplacés.

A Téhéran, certaines déflagrations ont fait vibrer les vitres de l'appartement d'un journaliste de l'AFP habitant le nord de la ville.

"Si cette guerre insensée, anarchique et illégale se poursuit, les pertes humaines et matérielles s'aggraveront, et le coût pour l'économie mondiale ne fera que croître", a prévenu le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaidant pour un retour de la diplomatie, aujourd'hui au point mort.

 

 


Environ 140 militaires américains blessés dans la guerre en Iran annonce le Pentagone

Environ 140 militaires américains ont été blessés depuis le début de la guerre en Iran, a annoncé mardi le Pentagone. (AFP)
Environ 140 militaires américains ont été blessés depuis le début de la guerre en Iran, a annoncé mardi le Pentagone. (AFP)
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  • "La grande majorité de ces blessures étaient légères, et 108 (militaires) ont déjà repris du service", a déclaré le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, dans un communiqué
  • "Huit militaires sont toujours considérés comme gravement blessés et reçoivent les meilleurs soins médicaux possibles", a-t-il ajouté

WASHINGTON: Environ 140 militaires américains ont été blessés depuis le début de la guerre en Iran, a annoncé mardi le Pentagone.

"La grande majorité de ces blessures étaient légères, et 108 (militaires) ont déjà repris du service", a déclaré le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, dans un communiqué.

"Huit militaires sont toujours considérés comme gravement blessés et reçoivent les meilleurs soins médicaux possibles", a-t-il ajouté.